Archive pour le 23 février, 2013

Saint- Polycarpe , évêque et martyr

23 février, 2013

Saint- Polycarpe , évêque et martyr dans images sacrée polycarp

http://christbearers.wordpress.com/page/16/

 

LE POURIM OU CARNAVAL JUIF

23 février, 2013

http://judaisme.sdv.fr/perso/stauben/purim/carnaval.htm

LE POURIM OU CARNAVAL JUIF

Son origine historique. – Le livre d’Esther ou la Meghila. – Le Pourim en Alsace. – La lecture de la Meghila.- Les marteaux. – La matinée du Pourim. -  L’après-midi ; le Schlach Moness. – Le repas du soir. – Un plat de rigueur. – Le personnel du repas. – Masques. – Deux représentations dramatiques.
Je voudrais, pour être le moins incomplet possible dans ces esquisses de mœurs, faire connaître au lecteur deux autres fêtes juives, moins solennelles, moins graves, beaucoup moins importantes que les précédentes fêtes et peu ou point observées d’ailleurs dans les villes ; et  pourtant ces deux fêtes ne laissent pas que d’être curieuses, moins encore à cause de leur origine historique que pour la manière toute patriarcale dont les célèbrent les pieuses populations de nos campagnes de l’Alsace.
L’une d’elles tombe à la fin, l’autre au commencement de l’hiver ou à peu près. Évoquons d’abord  les souvenirs de la première, celle du joyeux Pourim ou carnaval. Entendons-nous cependant, et n’allons pas  confondre : il y a carnaval et carnaval. Le Pourim des juifs n’a absolument rien de commun avec le carnaval chrétien ; celui-ci, on le sait, n’est après tout qu’une sorte de réminiscence des Lupercales grecques et des Saturnales romaines tempérées par l’esprit moderne.  C’est une époque de gaieté exubérante et de folies  admises comme dédommagement, soi-disant, de l’austérité du carême, gaieté, folies, arrivant à leur apogée dans les trois jours qui précèdent le lugubre mercredi  des Cendres.

SON ORIGINE HISTORIQUE
Tout autre est l’origine de notre Pourim, tout différent son but.  Pourim est la fête anniversaire et commémorative de la délivrance des juifs, sous le règne d’Assuérus, alors que la belle et vertueuse Esther fit révoquer le sanglant édit que le cruel Haman avait arraché au roi contre tous les juifs répandus, depuis la Captivité, dans le vaste empire des rois Persans successeurs des rois de Babylone.
Cet événement, qui ne le connaît ? Grâce au livre d’Esther et grâce aussi aux vers immortels de Racine qui a mis en drame la chronique sacrée.

LE LIVRE D’ESTHER OU LA MEGHILA
Résumons et feuilletons un peu, tour à tour, cette chronique connue encore dans le rite juif sous le nom de Meghila, et voyons qu’elle nous apprend :
Haman l’Amalécite, devenu tout puissant, ne peut pardonner au juif Mardochée, un des nobles descendants la tribu de Benjamin, le dédain et le mépris dont il accable le ministre parvenu ; il calomnie donc auprès du roi les juifs ses nouveaux sujets, et obtient l’autorisation de les faire massacrer, à un jour donné, dans toute l’étendue de l’empire. Cependant Esther, la fille adoptive de Mardochée, avait remplacé sur le trône l’altière Vasthi, et le roi qui ignorait sa religion jusqu’à ce jour, l’aimait tendrement.
«Et Mardochée, ayant appris ce qui avait été arrêté, déchira ses vêtements, se couvrit d’un sac, répandit des cendres sur sa tête, et parcourut les rues en poussant des cris lamentables» (Esther 4:1).
«Il arriva ainsi devant le palais, mais vêtu comme il l’était, il ne lui était pas permis d’y pénétrer» (Esther 4:2).
«Et Mardochée fit dire à Esther ce qui s’était passé et lui communiqua une copie du décret de proscription rendu contre les juifs de Suze, et lui ordonna d’entrer chez le roi afin de le supplier et de lui demander grâce pour son peuple» (Esther 4:8).
Mais il n’était permis à personne de pénétrer auprès du prince sans en avoir été mandé, et si on pénétrait néanmoins, on était condamné à mort, à moins qu’à l’instant même, en signe de grâce, il ne tendît son sceptre vers cette même personne. Esther hésita donc un instant mais Mardochée lui ayant fait comprendre qu’elle devait tout risquer pour sauver les siens,
«Esther fit  répondre à Mardochée  : Va, rassemble tous les juifs de Suze, qu’ils jeûnent à mon intention…, je jeûnerai de  même avec mes filles, et ainsi préparée, j’irai trouver le roi, contente de mourir, si je dois mourir» (Esther 4:16).
Esther parut devant le roi et obtint grâce à ses yeux  ; elle l’instruisit de tout, démasqua les odieuses menées d’Haman que le roi fit pendre au gibet même préparé par Haman pour Mardochée, et le terrible édit fut révoqué.
«Et ils firent appeler les écrivains du roi qui écrivirent tout ce que Mardochée ordonna concernant les juifs, aux pachas et gouverneurs des cent vingt-sept provinces de l’empire, à chaque pays suivant son langage et aux juifs selon leur langue. Et l’on écrivit au nom du roi, on scella les dépêches, et on les fit porter par des courriers montés sur des chevaux, des mulets ou des dromadaires» (Esther 8:9-10).
L’ordre de suspendre l’exécution était arrivé partout à temps. Et le quatorzième jour du douzième mois, du mois d’Adar (février-mars), jour fixé pour l’exécution ainsi arrêtée,
«Les juifs firent des illuminations, des  fêtes joyeuses, des réjouissances et des festins… et s’envoyèrent réciproquement des présents…, et firent des dons aux pauvres. Car Haman, fils d’Hamdatha, de la race d’Agag, persécuteur de tous les juifs, avait eu le projet de les exterminer tous, et il avait jeté des pour c’est-à-dire des sorts  pour connaître le jour qui lui serait le plus favorable pour les anéantir…, c’est pour cela que ces jours de fêtes s’appellent Pourim» (Esther 9:22-26).
Et l’on comprendra maintenant pourquoi on appelle encore le Pourim des juifs, assez improprement cependant, du nom de carnaval. On a voulu marquer ainsi, par ce rapprochement, toute la joie et toutes les réjouissances qui caractérisent le Pourim.

LE POURIM EN ALSACE
Nous sommes dans nos villages de l’Alsace ; aujourd’hui c’est le 14  du mois d’Adar, veille du Pourim. Hommes, femmes et enfants, tout le monde jeûne dans la communauté en souvenir du jeûneauquel s’étaient livrés les juifs de Suze, avec Mardochée et Esther pendant que la juive devenue reine, se préparait à obtenir du sévère Assuérus une audience favorable. Heureusement pour nos jeûneurs villageois que la journée du 14 Adar, qui correspond à fin février ou au commencement de mars, est assez courte ; et pourtant on l’a passablement allongée, attendu qu’il n’est permis de rompre le jeûne qu’une heure après la nuit close. Et pourquoi cela ? Parce que l’on inaugure le Pourim par la lecture faite en pleine synagogue, du livre d’Esther ; cette lecture ne peut commencer que lorsque le jour a complètement disparu, et elle dure au moins une bonne heure.
Entrons au temple. La kehila (communauté) tout entière est assemblée. Des cierges dits cierges de Pourim éclairent l’édifice sacré. Les hommes sont debout derrière leurs pupitres ; les femmes, dans des tribunes à elles réservées ; tous les gamins de la kehila sont rangés sous les yeux de leurs parents et tiennent dans leurs mains de superbes marteaux de bois tout frais fabriqués. En face du hazan, sur l’estrade sacrée se trouve étendu un rouleau de parchemin que le schamess déroulera tout à l’heure devant lui, au fur et à mesure qu’il en sera besoin. Sur ce parchemin se trouve écrit en caractères manuscrits le livre d’Esther appelé encore Méghila. Chacun des fidèles a devant soi un rouleau du même genre.

LA LECTURE DE LA MEGHILA
Soudain le ministre-officiant, sur un ton particulier et traditionnel, commence la lecture. Avec quel art le hazan sait interpréter les passages les plus saillants ce curieux et piquant récit ! Avec quel talent il en sait rendre toutes les intentions, toutes les nuances ! semblable en cela à quelque excellent acteur commentant de la voix et du geste les moindres paroles de son auteur. Arrive-t-il à l’endroit de la Meghila où, en parlant du festin donné par Assuérus à tous les grands de la cour, l’auteur sacré raconte que le vin le plus généreux circulait dans les coupes d’or, et que «ces coupes étaient plus riches les unes que les autres» (Esther 1:7), la voix du hazan, en prononçant ces derniers mots, devient triste et mélancolique. Ces coupes en effet n’étaient-elles pas celles-là mêmes, que les rois d’Assyrie avaient autrefois pillées dans le temple de Jérusalem ?
Avec quelle malice, au contraire, et quelle verve comique, il lit la scène fameuse de la déconvenue d’Haman, scène qui devrait servir de leçon à tous les courtisans : Le roi avait trop longtemps laissé sans récompense le dévouement du juif Mardochée, qui l’avait jadis soustrait aux coups de deux conspirateurs. Il mande Haman, ministre favori et tout-puissant, pour lui demander ce qu’Assuérus pourrait bien faire pour celui qu’il voudrait combler du plus insigne honneur.
«Haman se dit, dans son coeur : « Qui le roi peut-il songer d’honorer ainsi, si ce n’est moi ?» Et il dit au prince : «L’homme que le roi veut honorer… il faut le revêtir des habits royaux, et lui faire monter le cheval que le roi montait lui-même le jour de son couronnement, et le grand maréchal du palais conduisant le cheval par la bride, parcourra les places de Suze en criant : Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer !» Et le roi dit à Haman : «Vite, prends les habits royaux et le cheval du roi, et fais ce que tu as dit au juif Mardochée, qui est assis à la porte du palais ; que rien ne manque à ce que tu as dit.» (Esther 6:6-10)
Haman, pris ainsi dans son propre piège, dut s’exécuter, sans mot dire. Et il faut entendre le hazan quand, remplissant le rôle plaisamment ridicule d’Haman, il crie, devant son public de village enthousiasmé, le fameux : « Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer ! » (Esther 6:11)
Et plus loin, quand Haman, dénoncé au roi par Esther, veut profiter de l’absence momentanée du roi de la salle du festin, pour solliciter sa grâce aux pieds d’Esther, et que le roi, en rentrant soudain, s’écrie, en voyant Haman incliné vers le divan de la reine : «Comment, oserait manquer de respect à la reine dans mon palais ?» (Esther 7:8). Ces derniers mots, le hazan les prononce sur un ton de jalousie dédaigneuse et de despotisme conjugal, qui, dans cette grave réunion, fait sourire les maris et frémir les femmes.

LES MARTEAUX
Est-ce là tout ? et cette lecture n’offre-t-elle pas d’autres incidents ? Il en est encore un surtout, qu’il est de notre devoir d’historien de mentionner. Vous n’avez pas oublié nos gamins armés de marteaux de bois ? Ils se sont tenus là, suivant avec la plus minutieuse attention la voix du hazan, et à chaque fois qu’il a prononcé le nom d’Haman, fils d’Amdatha, vous les auriez pu voir, comme un seul homme, se courber à terre et faire pleuvoir, sans trêve ni merci, au moins pendant cinq minutes, sur le plancher de la synagogue, d’innombrables coups de marteau. Tous ces coups sont censés retomber sur Haman ; c’est un tribut régulier que la jeunesse juive de nos villages lui paie, chaque année, avec la même monnaie. Et si depuis plus de deux mille deux cents ans qu’on lui inflige cette punition, l’ancien ministre d’Assuérus n’en a pas le dos aplati, il faut convenir que la faute n’en est pas à ses jeunes ennemis, et qu’il a les épaules solides.
La lecture de la Méghila terminée, on rentre chez soi pour rompre le jeûne, et le Pourim est commencé.

LA MATINÉE DU POURIM
Le lendemain, à l’office du matin, le hazan relit la Méghila avec le même cérémonial et les mêmes inflexions de voix ; et les infatigables ennemis du fils d’Amalec, à certains moments donnés, frappent de plus belle le dos imaginaire d’Haman, et chantent en chœur avec le hazan, ce verset du livre d’Esther : «Et l’on pendit Haman au gibet qu’il avait préparé pour Mardochée» (Esther 7:10)
Avant de quitter le temple, la foule ne manque pas de passer devant l’arche sainte, où l’administration a eu soin de faire placer deux urnes portant, l’une, l’inscription de machzé hasekel, l’autre, celle de mavet Pourim. Dans la première, les fidèles déposent une valeur de 25 centimes à peu près ; cet argent sera envoyé aux pauvres israélites de la Palestine. Dans l’autre, chacun dépose une somme proportionnée à ses moyens ou à sa bonne volonté ; elle est destinée aux frères nécessiteux de la localité même. C’est encore et toujours le même esprit de solidarité que nous avons signalé et admiré ailleurs. Les Juifs, dans leurs jours de joie, n’oublient jamais leurs coreligionnaires malheureux !
Et, maintenant, règne partout le bruyant et joyeux Pourim. Aujourd’hui, bien que la loi ne défende aucun travail, on laisse là les affaires ; et en attendant le grand repas de Pourim, qui aura lieu le soir, et dont nous parlerons tout à l’heure, on a mille et mille moyens de passer gaîment la journée. De toutes les maisons juives, quelque modeste que soit la fortune de leurs habitants,s’exhalent de délicieux fumets de pâtisseries de toutes sortes ; les gâteaux, dits gâteaux de Pourim, consistent en babas, en beignets, en gaufres, dont un chacun fait son déjeuner. Puis, si le temps le permet, les jeunes gens sortent du village pour jouer au bouchon, tandis que les jeunes filles font un brin de  toilette et vont jacasser à droite et à gauche. Et la matinée se passe ainsi.

L’APRÈS-MIDI ; LE SCHLACH MONESS
L’après-midi est consacrée aux courses du schlach moness. Qu’est-ce que le schlach moness ? On va le voir. la meghila nous a appris que, dans l’excès de la joie que leur avait causée leur miraculeuse délivrance, les Juifs de Suze «s’envoyèrent réciproquement des présents», et le texte ajoute que Mardochée et Esther ordonnèrent  à tous les Juifs d’en agir ainsi à perpétuité, en commémoration du Pourim. Donc, cet ordre est encore aujourd’hui observé, à la lettre, dans nos villages. Voyez ces jeunes filles allant et venant, en habits de fête, et portant très gracieusement, dans leurs mains, des assiettes en faïence verte ou brune, recouvertes d’une blanche serviette. Ce sont les filles de la bourgeoisie qui apportent réciproquement, dans les familles, le schlach moness ou cadeaux. Ces cadeaux consistent en confiseries et bonbons de toute nature, fabriqués à Colmar ou à Strasbourg, selon qu’on demeure dans le Haut ou le Bas-Rhin, et arrivés tout frais, le matin même, au village.
Comme choix de cadeaux de ce genre, la tradition ne permet que très peu d’innovations, et les dons innombrables qui se font ainsi en ce jour, de bourgeois à bourgeois du moins, ne sont autre chose, si l’on veut me permettre cette expression, qu’une variation infinie sur un même thème ; ce thème est un gâteau de Savoie affectant tour à tour, avec plus ou moins de grandeur dans les proportions, la forme d’un melon à tranches bien marquées, d’un dôme, d’une étoile, d’un cercle, d’un cône ou d’une pyramide. Cet usage permet, on même temps, de faire, d’une manière délicate et sans les blesser, l’aumône à des pauvres d’une certaine classe : Ceux-ci, en vertu de la joie de commande régnant ce jour en Israël, font, dès la veille, provision d’un schlach moness à leur goût, le portent dans les maisons aisées, et, on rentrant, trouvent toujours sous la serviette de leur assiette quelques pièces d’argent. Les maîtresses de maisons y ont glissé cela après en avoir enlevé, non sans une feinte admiration, le schlach moness consistant, en général, en bonshommes, en pralines, en bottes ou souliers glacés à nœuds rouges, ou encore en bergères, ou en papillotes à devises. En retour de quoi les pauvres ont reçu leurs dons. C’est ce qu’a ordonné, on se le rappelle, le livre d’Esther.

LE REPAS DU SOIR – UN PLAT DE RIGUEUR
Mais le jour a baissé, la nuit est survenue, et dans chaque maison aisée se prend et se donne maintenant le repas de Pourim. Il y a là comme deux actes bien distincts. – Dans le premier, on ne voit apparaître que la famille se régalant d’un dîner confortable. Au second, c’est le festin proprement dit. « Ils (Mardochée et Esther) ordonnèrent à tous les Juifs de faire en ce jour des festins» (Esther 9:22). Le second service ne se sert qu’à neuf heures, alors que sont arrivés les convives de rigueur : étrangers, amis, voisins et quelques personnages ­officiels faisant, ces derniers, leur apparition dans toutes les maisons riches.
A ce second service figure un plat indispensable, dit le Plat d’Haman, ou tout simplement le haman. Ce plat consiste on un morceau de bœuf fumé très gras et très gros. Tout bon croyant est tenu de le faire servir à sa table, et tout convive présent, d’en goûter. Le hazan, les aides-chanteurs, l’ins­tituteur, le schamess arrivent à un moment donné, s’attablent, rompent la croûte, choquent le verre, et ensuite se lèvent pour en faire autant dans maintes et maintes maisons. Comme fonctionnaires publics, ils n’appartiennent à personne en particulier, et se doivent à tout le monde.

MASQUES
A un certain moment aussi, la maison, dont les portes hospitalières restent toutes grandes ou­vertes, est envahie par un flot de jeunes gens déguisés. Ils viennent chanter une chanson de circonstance dont le pauvre Haman fait tous les frais ; puis avec l’autorisation du maître de la maison, quelques masques se détachent du groupe pour donner une représentation dramatique. 

DEUX REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES     
On se range et la troupe ambulante vous joue très proprement les deux pièces d’usage, l’une, toute de circonstance, l’autre, essentiellement juive. La première est l’histoire découpée en actes de la délivrance des Juifs par Esther et Mardochée et à laquelle la fête présente donne un singulier à-propos ; la seconde a pour sujet le sacrifice d’Isaac, selon le récit de la Bible. Les acteurs qui représentent les différents personnages historiques, se laissent aller à leur verve et à leur entrain. Il faut voir arriver Mardochée revêtu des insignes de la royauté, monté sur un camarade faisant le rôle du cheval, et précédé d’un autre, jouant Haman déconcerté et s’écriant en hébreu et d’une voix qu’étoffent la honte et le dépit :« Voilà ce que l’on fait à l’homme que le roi veut honorer !» (Esther 6:11).
Quel moment aussi que celui où Abraham étend la main pour immoler, avec un immense couteau de bois, son fils Isaac étendu sur une chaise et garrotté, et quand l’acteur représentant l’ange du Seigneur accourt, non pas du haut du ciel, mais du fond du corridor où il s’était tenu caché, quand il accourt avec ses ailes de papier blanc cousues aux épaules, et s’écrie, cette fois on patois judaïco-alsacien, et sur un. ton qu’il s’efforce de rendre solennel : «Ne porte pas la main sur ton fils, et lui fais aucun mal ; je suis convaincu que tu crains Dieu, puisque tu ne lui as pas refusé ton fils unique ! » (Genèse 22:12).
Les applaudissements alors retentissent dans la salle ; on régale la jeune troupe, on lui distribue d’immenses tranches d’Haman qu’elle dévore avec une sainte gloutonnerie ; les verres se vident et se remplissent aussitôt et la joie se prolonge jusqu’à une heure avancée dans la nuit, et ainsi se trouvent mises à exécution les recommandations finales de la Meghila :
«Mardochée ordonna à tous les juifs de célébrer tous les ans le quatorzième et le quinzième jour du douzième mois, en commémoration de ce qu’en ces jours, les Juifs ont eu raison de leurs ennemis ; que les jours de douleur se sont changés en jours de fête, et il recommanda d’en faire des jours de joie et de festin» (Esther 9:20-22).
Dans chaque maison, les festins ont été si abondants, qu’ils défraient largement encore le jour suivant ; de là, dans le pays, cette maxime : « Voulez-vous voyager ? Que ce soit au lendemain du Pourim. » En d’autres termes : ce jour-là vous trouverez partout en Israël, joyeuse humeur et bons reliefs.    

23 FÉVRIER : SAINT POLYCARPE, EVÊQUE DE SMYRNE ET MARTYR

23 février, 2013

http://missel.free.fr/Sanctoral/02/23.php

23 FÉVRIER : SAINT POLYCARPE, EVÊQUE DE SMYRNE ET MARTYR

BIOGRAPHIE

Polycarpe (dont le nom grec signifie fruit abondant) est regardé par toute l’Eglise comme ayant appartenu au groupe des Pères apostoliques. Il fut un disciple immédiat des apôtres, naquit au temps de Vespasien, vers l’an 70, fut converti à la religion chrétienne dès son enfance, sous le règne de Titus. Attaché à l’Eglise de Smyrne, il fut un disciple de l’apôtre saint Jean. Son biographe, Pionius, l’a dit originaire des contrées du Levant, puis amené jeune encore à Smyrne par des marchands qui le vendirent à une femme noble, nommée Callisto. Cette généreuse chrétienne l’éleva dans la crainte du Seigneur, lui confia le soin de sa maison. Héritier des biens de Callisto, Polycarpe n’en aurait usé que pour se perfectionner dans la connaissance des Ecritures, s’avancer dans la pratique de la piété, et aurait reçu le diaconat des mains de l’évêque de Smyrne, Bucolus, qui l’attacha à son Eglise. Cependant, des autorités, comme celle de saint Irénée ( Adv. hæresses, 1. V, c. XXXIII), nous apprennent que Polycarpe avec Papias suivit les leçons de Jean, l’apôtre bien-aimé de Jésus.
Au prêtre Florin qui était tombé dans l’erreur de Valentin, Irénée écrivait (Eusèbe, Hist. eccl., 1. V, c. XX, P. G., t. XX, col. 483) : Lorsque j’étais encore enfant, je vous ai vu en compagnie de Polycarpe, heureux au palais et soucieux de partager ses idées. Je me rappelle fort distinctement les événements de cette époque, car les souvenirs d’enfance sont plus vivaces que ceux d’un âge avancé. Je pourrais marquer distinctement la place où le très saint homme Polycarpe discourait, étant assis ; je pourrais dépeindre son attitude, la forme de ses traits, rappeler les enseignements qu’il donnait au peuple, exposer les entretiens qu’il nous disait avoir avec saint Jean et les autres disciples qui avaient vu le Seigneur ; je pourrais vous dire enfin comment il répétait leurs paroles et celles qu’ils avaient recueillies de la bouche même de Jésus. J’en prends Dieu à témoin, si ce saint et apostolique vieillard entendait ce que nous entendons maintenant, il se boucherait les oreilles et répéterait cette parole qui lui était familière : O Dieu bon ! pour quels temps m’avez-vous conservé jusqu’à ce jour ! et il quitterait sans retard le lieu où il aurait entendu de pareils propos.
Ce fut par les apôtres eux-mêmes que Polycarpe fut établi évêque de Smyrne ; des auteurs ont même pensé que l’apôtre saint Jean eut, en son disciple, plus d’égard au mérite qu’à l’âge, et le sacra avant son exil dans l’île de Pathmos. A Polycarpe, dans ce cas, s’appliqueraient les éloges de l’Apocalypse (II, 8-10) au sujet de l’ange de l’Eglise de Smyrne, le seul de tous déclaré irrépréhensible. L’épiscopat de Polycarpe fut assez tranquille sous le règne de Trajan, alors que la persécution agitait l’église dans les autres provinces de l’empire. Ignace d’Antioche, l’ami de Polycarpe, fut condamné à mort en Syrie et, de là, envoyé à Rome pour être livré aux bêtes de l’amphithéâtre. Il passa par Smyrne, heureux de voir Polycarpe et de l’embrasser avant de mourir. Arrivé à Troade, il lui adressa une lettre pour le remercier de son hospitalité ; il se félicitait d’avoir pu l’entretenir et lui donnait de sages conseils pour le gouvernement de son Eglise ; il lui demandait de communiquer en son nom avec les Eglises de l’Asie Mineure, notamment avec son Eglise d’Antioche.
Sur la demande des fidèles de Philippes, Polycarpe leur écrivit pour les féliciter d’avoir reçu Ignace et ses compagnons de captivité ; il leur exposait dans le détail les devoirs attachés aux différents états, leur donnait des instructions sur la réalité de l’incarnation et de la mort du Fils de Dieu ; il les félicitait d’avoir l’intelligence des saintes Ecritures et les exhortait à prier pour tous les saints. Il ajoutait en terminant : Quant aux lettres d’Ignace que j’ai pu me procurer, je vous les envoie toutes, elles vous seront d’un grand profit, respirant la foi, la patience, l’édification. L’évêque de Smyrne alla à Rome et y séjourna, mais il est difficile de dire à quelle époque ; il devait entretenir le pape de divers sujets, défense des vérités de la foi, union et paix des fidèles, observances de discipline. L’accord n’existait pas entre Rome et les Eglises d’Asie pour la célébration de la Pâque. Anicet et Polycarpe estimèrent que le plus sage, sur ce dernier point, était de laisser jusqu’à nouvel ordre l’Orient et l’Occident suivre leur coutume respective. Le séjour de Polycarpe à Rome fut encore utile à beaucoup de personnes qui s’étaient laissé infecter du venin de l’hérésie ; l’évêque rendit un public témoignage à la vérité orthodoxe, fit rentrer dans le sein de l’Eglise des âmes séduites par les erreurs de Valentin et de Marcion.
Rencontrant un jour ce dernier dans les rues de Rome, Marcion lui avait dit : Ne me reconnaissez-vous pas ? – Oui, répondit Polycarpe, je vous reconnais pour le fils aîné de Satan. Simple parole qui marque l’inviolable attachement de l’évêque aux enseignements de la foi.
Rentré dans son Eglise de Smyrne, Polycarpe n’y jouit pas longtemps du calme et de la tranquillité. alors s’éleva une grande persécution contre les chrétiens. L’Eglise de Smyrne, dans sa lettre à l’Eglise de Philadelphie et à toutes les Eglises catholiques, a raconté en quelles circonstances Polycarpe et ses compagnons endurèrent le martyre : Frères, nous vous envoyons une révélation de la mort de quelques martyrs, et particulièrement de la mort du bienheureux Polycarpe, qui, par son sang a mis fin à la persécution. Tout ce qui s’est passé en cette rencontre est arrivé pour vérifier ce que le Seigneur a prédit dans son Evangile, où il nous montre la voie que nous devons suivre. Il a voulu être livré lui-même et être attaché à la croix comme notre libérateur. Il veut que nous soyons ses imitateurs ; armé le premier d’une vertu céleste, il s’est assujetti à la volonté des impies ; comme un bon maître, il se fait le modèle de ses serviteurs pour n’être pas à charge à ceux qu’il instruit. Il a souffert tout d’abord ce qu’il ordonne aux autres de souffrir ; il nous apprend à tous à mourir utilement pour notre propre salut et celui de nos frères.
Nous nous sentons saisis de crainte au moment où nous nous préparons à vous raconter les combats des généreux athlètes et à vous décrire les glorieux trophées de leur amour pour Dieu et de leur invincible patience. Ils ont vu sans pâlir couler leur propre sang ; le peuple, ému d’un si horrible spectacle, n’a pu retenir ses larmes. Dieu, du haut du ciel, jetait des regards de complaisance sur ces illustres combattants ; leur âme était attaquée de tous côtés ; il l’a soutenue par sa force toute divine et l’a rendue victorieuse de la douleur malgré la faiblesse de leur corps. Même il les excitait de la voix ; de là vinrent le mépris pour leurs juges, le sage et judicieux discernement qui leur fit préférer la vérité au mensonge, le ciel à la terre, l’éternité au temps. Une heure de souffrance leur a acquis des joies sans fin.
La fermeté du martyr Germanicus a rassuré les esprits que les artifices du démon commençaient à ébranler. Quand ce confesseur eut été exposé aux bêtes, le proconsul, touché d’un sentiment d’humanité, l’exhorta à prendre pitié de lui-même, à conserver du moins ses jours. Regardant ce proconsul avec mépris, Germanicus lui dit : J’aime mieux perdre mille fois la vie que de la recevoir de toi à un tel prix. Et, s’avançant hardiment au-devant du lion, il chercha la mort dans les griffes et les dents meurtrières de cet animal. Le peuple fut frappé de dépit plutôt que de stupeur, car on entendit mille voix confuses s’écrier : Mort aux athées ! Qu’on amène Polycarpe !
Sur ses entrefaites, un chrétien de Phrygie, nommé Quintus, récemment arrivé à Smyrne, se présenta au proconsul ; mais la faiblesse trahit sa volonté. A peine eut-il aperçu les bêtes qu’il pâlit de frayeur, recula et demanda qu’on lui laissât la vie. Il était venu pour abattre les idoles et il prêta la main pour les soutenir, car le proconsul obtint de lui sans peine un sacrifice aux faux dieux. Tant il est vrai qu’il faut éviter toute présomption téméraire, réserver ses louanges pour ceux-là seuls qui se défient d’eux-mêmes, ne sortent de leur retraite que par l’ordre de Dieu. Le sage Polycarpe, pour avoir tenu la conduite humble et prudente que recommande l’Evangile, assura son propre triomphe. Apprenant qu’on le cherchait, il se déroba à la poursuite de ses ennemis ; par la tranquillité de son âme, il montrait qu’il ne fuyait pas la mort sous l’influence d’une crainte lâche, mais qu’il en reculait le moment en vertu d’une humble défiance de soi-même. Les fidèles qui lui donnaient asile le conjuraient de mettre sa vie en sûreté sans perdre un seul instant ; quant à lui, il marchait lentement, s’arrêtait volontiers là où il passait, ne semblait s’éloigner qu’à regret du lieu où l’on avait résolu sa mort. Soudain, il s’arrêta et revint dans une métairie peu distante de Smyrne ; il fit halte, adressa à Dieu de ferventes prières en vue du combat qu’il allait bientôt soutenir pour sa gloire. trois jours avant son supplice, il eut un songe dans lequel le chevet de son lit lui parut tout en feu. A son réveil, il dit à ceux qui l’entouraient : Dans trois jours, je serai brûlé vif !
On le fit alors changer de retraite, mais à peine arrivé à celle qu’on lui avait choisie, il y rencontra les émissaires du proconsul. Ceux-ci avaient eu bien de la peine à le découvrir, mais, s’étant emparés de deux jeunes enfants, ils avaient fouetté cruellement l’un d’eux et lui avaient arraché le secret de la retraite de Polycarpe. L’intendant de la police, Hérode, en fut aussitôt informé et, dans son impatience, il envoya aussitôt une escouade d’archers et de gens à cheval à la suite de l’enfant, qui les conduisit à la métairie. Polycarpe, caché dans un grenier, préféra se livrer lui-même. Il se présenta devant les archers surpris de trouver en ce vieillard une vivacité extraordinaire ; il leur fit servir à manger, leur demanda quelques heures de répit pour vaquer à la prière et enfin se remit entre leurs mains. L’escorte qui l’emmenait rencontra aux portes de la ville un char sur lequel étaient montés Hector et son père Nicétas. Hector décida Polycarpe à prendre place à ses côtés sur le char, espérant gagner par des promesses ce vieillard qui paraissait à l’épreuve des outrages et des mauvais traitements : Quel mal, lui répétait-il, trouvez-vous à donner à César le nom de Seigneur, puis à sacrifier pour sauver votre vie ? Fatigué de tant d’importunités, Polycarpe finit par rompre le silence et dit avec force : Non, non, je ne suis pas décidé à faire ce que vous me conseillez, rien ne sera capable de me faire changer de résolution. Irrités à ces mots, ces hommes jetèrent le masque, précipitèrent le saint évêque hors du char avec une telle violence qu’il fut blessé à la jambe dans la chute. Polycarpe, cependant, put se relever, continuer la route à pied et même se présenter allègrement dans l’amphithéâtre. Quand il y entra, il entendit une voix qui lui disait : Polycarpe, sois ferme !  Seuls les chrétiens de l’arène entendirent cette voix.
Amené directement en face du tribunal du proconsul, Polycarpe s’entendit exhorter à avoir égard à son grand âge. Epargne ta vieillesse, disait le magistrat, rends hommage au génie de César, dis avec nous : Plus d’athées ! Expression que le juge appliquait aux chrétiens. Polycarpe promena un instant ses regards sur la multitude des païens qui garnissaient les bancs de l’amphithéâtre et dit d’un air consterné, en lui appliquant l’expression : Oui, certes, plus d’athées ! – Poursuis, lui dit le proconsul, jure par le génie de César, et blasphème le Christ. – Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répliqua Polycarpe, et il ne m’a jamais fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon Sauveur et mon roi ? Que si vous voulez que je jure par le génie de César, comme vous l’appelez, voici ma confession sincère : Je suis chrétien ; si vous voulez apprendre de moi la doctrine du Christ, accordez-moi un jour d’audience pour m’entendre. – Donne satisfaction au peuple, dit le proconsul. A quoi Polycarpe répondit : Je vous ai adressé la parole parce qu’on nous a appris la déférence aux princes tant que la religion n’a pas à en souffrir ; quant au peuple, ce n’est pas un tribunal compétent devant lequel j’ai à me justifier. De fait, la fureur d’un tel auditoire le mettait bien dans l’incapacité d’écouter.
Mais le proconsul prit alors un air sévère : Quoi ! dit-il, j’ai à ma disposition les bêtes sauvages ! – Faites-les sortir, reprit l’évêque, qu’elles viennent assouvir leur rage. Je suis absolument résolu à ne pas changer de bien en mal. Ce qu’il faut faire, c’est de passer du mal au bien ! – Mais si tu méprises les morsures des bêtes, ajouta le proconsul, je te ferai consumer par le feu ! Polycarpe dit alors : Le feu dont tu menaces est un feu qui ne brûle qu’un moment ; au bout d’un instant, son ardeur s’amortit ; ce que vous semblez ignorer, c’est qu’il est un feu d’éternel punissement dont la flamme ne s’éteindra jamais pour le châtiment des impies !
Au moment où Polycarpe prononçait ces dernières paroles, son visage parut resplendir au milieu d’une lumière céleste. Le proconsul lui-même en fut frappé d’admiration ; il fit crier trois fois par un héraut : Polycarpe s’est déclaré chrétien !
A ces mots, toute la multitude des païens et des juifs poussa un grand cri pour réclamer la mort de Polycarpe : C’est le grand docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux ; il apprend au peuple à ne pas sacrifier ! On fit appel à Philippe l’Asiarque ; on voulut l’obliger à lâcher un des lions contre Polycarpe. Il s’en défendit en disant que cela n’était pas en son pouvoir, que l’heure des spectacles était passée. Tous furent d’accord qu’il fallait brûler vif le saint vieillard ; ils ne songeaient pas qu’ils réalisaient la prédiction de Polycarpe ; lui-même interrompit sa prière pour le faire remarquer aux chrétiens de son entourage.
Cependant, le peuple courait aux bains publics, enfonçait les boutiques, enlevait tout ce qui pouvait servir à construire un bûcher ; les juifs, selon leur coutume, se signalèrent en cette occasion. Le bûcher préparé, on y mit le feu. Polycarpe ôta lui-même sa ceinture et sa première robe, se baissa pour se déchausser, ce qu’il n’était pas accoutumé de faire, car d’ordinaire les fidèles lui rendaient ce service pour pouvoir baiser ses pieds. Comme on se disposait à l’attacher au bûcher avec des chaînes de fer, il s’y opposa : Laissez-moi comme je suis, dit-il alors ; celui qui m’a donné la volonté de souffrir pour lui m’en donnera la force ; il adoucira la violence du feu et me fera la grâce d’en pouvoir supporter l’ardeur. Alors, on se contenta de lui lier les mains derrière, le dos avec des cordes ; il monta ainsi sur le bûcher comme sur l’autel de son sacrifice. Elevant ensuite les yeux au ciel, il prononça cette prière : Dieu des anges, Dieu des archanges qui avez détruit le péché et détruirez un jour la mort, monarque souverain du ciel et de la terre, protecteur des justes et de tous ceux qui marchent en votre présence, je vous bénis, moi, le moindre de vos serviteurs, et je vous rends grâces de ce que vous m’avez jugé digne de souffrir, de recevoir de votre main la couronne du martyre, de pouvoir approcher mes lèvres du calice de la passion ; je vous rends grâces de tous ces bienfaits, par Jésus-Christ dans l’unité du Saint-Esprit. voilà Seigneur, mon sacrifice presque achevé ; avant que le jour finisse, je verrai l’accomplissement de vos promesses. Soyez donc à jamais béni, Seigneur ; que votre nom adorable soit glorifié dans tous les siècles, par Jésus-Christ, pontife éternel et tout-puissant, et que tout honneur vous soit rendu avec lui et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
Après la prière, la flamme sortant de tous côtés du bûcher à gros tourbillons s’éleva dans les airs. Dieu, pour honorer son serviteur devant les hommes, opéra un nouveau prodige ; tous ceux que sa providence a choisis pour en être les témoins le répandront partout comme un monument éclatant de sa puissance et de la gloire de son fidèle ministre. Les tourbillons de flammes se courbèrent en arc, s’étendant à droite et à gauche, et représentèrent une voile de navire enflée par le vent. Cette voûte de feu, suspendue en l’air, couvrit le corps du saint martyr, sans que la moindre étincelle osât pour ainsi dire en approcher ni toucher ses vêtements. Le corps avait la couleur d’un pain nouvellement cuit, ou d’un mélange d’or et d’argent en fusion ; l’éclat réjouissait la vue. On respirait comme un agréable mélange d’encens, de myrrhe et de parfums Précieux qui dissipait la mauvaise senteur du feu. Cette merveille a étonné les ennemis de notre religion ; ils ont été convaincus par leurs propres yeux que le corps d’un chrétien était devenu respectable au plus furieux des éléments. Un de ceux qui entretenaient le bûcher reçut l’ordre de s’en approcher et de reconnaître de plus près la vérité du prodige ; on lui dit ensuite d’aller enfoncer son poignard dans le corps du martyr. Il le fit, et à l’heure même le sang sortit en grande abondance et éteignit le feu ; en même temps, on vit une colombe sortir du milieu de ces flots pour prendre son essor vers le ciel. Tout le peuple fut alors dans l’étonnement et reconnut la différence entre la mort des chrétiens et celle des autres hommes ; plusieurs furent contraints d’admettre la grandeur de notre religion, sans avoir la force de l’embrasser. Ainsi Polycarpe, évêque et docteur de la sainte Eglise de Smyrne, consomma son sacrifice ; ce qui lui avait été révélé à ce sujet se réalisa pleinement.
Le démon, cet ennemi irréconciliable des justes, reconnut lui-même que cette vie illustrée par tant de vertus avait été couronnée par une mort pleine de merveilles. Mais il suggéra à ses suppôts l’idée de soustraire aux chrétiens le corps du saint martyr. Déjà plusieurs avaient tenté de recueillir ses cendres quand, à son instigation, les juifs poussèrent Nicétas, père d’Hérode, à aller trouver le proconsul pour lui dire : Refusez les cendre de Polycarpe aux chrétiens, car ceux-ci vont leur rendre les honneurs dus à la divinité. Comme si les chrétiens pouvaient ne plus reconnaître Jésus pour Seigneur et Maître, après ce qu’il a souffert pour eux, et comme s’il leur était permis d’offrir à un autre qu’à lui leurs prières et leurs vœux ! Le centurion envoyé par le proconsul pour apaiser le différend entre les juifs et nous, touchant le corps du martyr, brûla ces saintes dépouilles. Cependant, nous en avons recueilli quelques ossements ; nous les conservons comme l’or et les pierres précieuses. Notre Eglise se réunit pour célébrer avec une sainte allégresse le jour de cette heureuse naissance, le Seigneur nous ayant fait connaître sa volonté sur ce point. Voilà ce qui s’est passé à Smyrne au sujet du bienheureux Polycarpe. Il a souffert le martyre avec douze autres chrétiens de Philadelphie ; mais sa mémoire est l’objet de plus de vénération que celle des autres martyrs. toute l’Asie le nomme toujours le Maître. Vous nous avez demandé plus d’une fois le récit détaillé des événements  nous vous envoyons cette relation par notre frère Marcien. Quand vous aurez lu la lettre, faites-en part aux autres Eglises, pour que le Seigneur soit béni en tous lieux du choix que sa grâce fait des élus. Il est puissant pour nous sauver nous-mêmes par Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur ; à lui et à Jésus-Christ gloire, honneur, puissance, majesté dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il. Evariste qui a écrit cela vous salue et toute sa famille avec lui.
Polycarpe a souffert le martyre le VII des calendes de mars (22 février), le jour du grand samedi, à la huitième heure. Il fut arrêté par Hérode l’Erénarque, Philippe de Tralles étant pontife, et Statius Quadratus proconsul. On s’est beaucoup occupé en ces derniers temps de l’année ; quelques dissidents optent pour l’année 166, mais le plus grand nombre tient pour février 155 (ou 156). Une autre difficulté se présente ici, qui tient à la chronologie des évêques de Rome, en raison de l’avènement du pape Anicet en 155. Il faudrait mettre en 156 ou mieux en 155 la visite de Polycarpe au pape Anicet.
Les fidèles de Smyrne ont apporté un soin jaloux à établir un anniversaire pour célébrer la mémoire de Polycarpe. L’histoire ne parle d’aucune translation des reliques en dehors de Smyrne ; on prétend qu’il y en eut pourtant soit à Rhodes et à Malte, soit à Rome et enfin à Paris. Les Grecs ont placé la fête du saint martyr au 12 mars, puis au 23 février. Les Latins ont bien, dans quelques exemplaires du martyrologe hiéronymien, un saint Polycarpe au 23 février ; mais, depuis longtemps, la fête est au 26 janvier. C’est la date où l’inscrit le martyrologe de Florus. A cause de saint Irénée, évêque de Lyon, qui reçut une copie de la lettre de l’Eglise de Smyrne, on peut faire remonter le culte de saint Polycarpe jusqu’à l’époque de saint Irénée à Lyon. Mais pourquoi cet ajouté de Florus au 26 janvier : reliquiæ ejus Lugduni in crypta habentur ?