Archive pour le 22 février, 2013

Transfiguration – «Donneur de lumière , gloire à Toi ! »

22 février, 2013

Transfiguration - «Donneur de lumière , gloire à Toi !

http://www.simonospetras.org/2012/08/trasfigurazione-o-datore-di-luce-gloria-te/

DIMANCHE 24 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT – PREMIERE LECTURE

22 février, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 24 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

PREMIERE LECTURE – Genèse 15, 5-12. 17-18

Le SEIGNEUR parlait à Abraham dans une vision.
5 Puis il le fit sortir et lui dit :
 « Regarde le ciel,
 et compte les étoiles si tu le peux… »
 Et il déclara :
 « Vois quelle descendance tu auras ! »
6 Abraham eut foi dans le SEIGNEUR,
 et le SEIGNEUR estima qu’il était juste.
7 Puis il dit :
 « Je suis le SEIGNEUR,
 qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée
 pour te mettre en possession de ce pays. »
8 Abraham répondit :
 « SEIGNEUR mon Dieu, comment vais-je savoir
 que j’en ai la possession ? »
9 Le SEIGNEUR lui dit :
 « Prends-moi une génisse de trois ans,
 une chèvre de trois ans,
 un bélier de trois ans,
 une tourterelle et une jeune colombe. »
10 Abraham prit tous ces animaux,
 les partagea en deux,
 et plaça chaque moitié en face de l’autre ;
 mais il ne partagea pas les oiseaux.
11 Comme les rapaces descendaient sur les morceaux,
 Abraham les écarta.
12 Au coucher du soleil,
 un sommeil mystérieux s’empara d’Abraham,
 une sombre et profonde frayeur le saisit.
17 Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses.
 Alors un brasier fumant et une torche enflammée
 passèrent entre les quartiers d’animaux.
18 Ce jour-là, le SEIGNEUR conclut une Alliance avec Abraham

 en ces termes :

 « A ta descendance

 je donne le pays que voici. »

A l’époque d’Abraham, lorsque deux chefs de tribus faisaient alliance, ils accomplissaient tout un cérémonial semblable à celui auquel nous assistons ici : des animaux adultes, en pleine force de l’âge, étaient sacrifiés ; les animaux « partagés en deux », écartelés, étaient le signe de ce qui attendait celui des contractants qui ne respecterait pas ses engagements. Cela revenait à dire : « Qu’il me soit fait ce qui a été fait à ces animaux si je ne suis pas fidèle à l’alliance que nous contractons aujourd’hui ». Ordinairement, les contractants passaient tous les deux entre les morceaux, pieds nus dans le sang : ils partageaient d’une certaine manière le sang, donc la vie ; ils devenaient en quelque sorte « consanguins ». Pourquoi cette précision que les animaux devaient être âgés de trois ans ? Tout simplement parce que les mamans allaitaient généralement leurs enfants jusqu’à trois ans ; ce chiffre était donc devenu symbolique d’une certaine maturité : l’animal de trois ans était censé être adulte.

 Ici Abraham accomplit donc les rites habituels des alliances ; mais pour une alliance avec Dieu, cette fois. Tout est semblable aux habitudes et pourtant tout est différent, précisément parce que, pour la première fois de l’histoire humaine, l’un des contractants est Dieu lui-même.

 Commençons par ce qui est semblable : « Abraham prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l’autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les morceaux, Abraham les écarta. » La mention des rapaces est intéressante : Abraham les écarte parce qu’il les considère comme des oiseaux de mauvais augure ; cela nous prouve que le texte est très ancien : Abraham découvre le vrai Dieu, mais la superstition n’est pas loin.
 Ce qui est inhabituel maintenant : « Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux s’empara d’Abraham, une sombre et profonde frayeur le saisit. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les quartiers d’animaux. » A propos d’Abraham, le texte parle de « sommeil mystérieux » : ce n’est pas le mot du vocabulaire courant ; c’était déjà celui employé pour désigner le sommeil d’Adam pendant que Dieu créait la femme ; manière de nous dire que l’homme ne peut pas assister à l’oeuvre de Dieu : quand l’homme se réveille (Adam ou Abraham), c’est une aube nouvelle, une création nouvelle qui commence. Manière aussi de nous dire que l’homme et Dieu ne sont pas à égalité dans l’oeuvre de création, dans l’oeuvre d’Alliance ; c’est Dieu qui a toute l’initiative, il suffira à l’homme de faire confiance : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR et le SEIGNEUR estima qu’il était juste »…
 « Un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les quartiers d’animaux » : la présence de Dieu est symbolisée par le feu comme souvent dans la Bible ; depuis le Buisson ardent, la fumée du Sinaï, la colonne de feu qui accompagnait le peuple de Dieu pendant l’Exode dans le désert jusqu’aux langues de feu de la Pentecôte.
 Venons-en aux termes de l’Alliance ; Dieu promet deux choses à Abraham : une descendance et un pays. Les deux mots « descendance » et « pays » sont utilisés en inclusion dans ce récit ; au début, Dieu avait dit : « Regarde le ciel et compte les étoiles si tu le peux… Vois quelle descendance tu auras !… Je suis le SEIGNEUR qui t’ai fait sortir d’Ur en Chaldée pour te mettre en possession de ce pays » et à la fin « A ta descendance je donne le pays que voici. » Soyons francs, cette promesse adressée à un vieillard sans enfant est pour le moins surprenante ; ce n’est pas la première fois que Dieu fait cette promesse et pour l’instant, Abraham n’en a pas vu l’ombre d’une réalisation. Depuis des années déjà, il marche et marche encore en s’appuyant sur la seule promesse de ce Dieu jusqu’ici inconnu pour lui. Rappelons-nous le tout premier récit de sa vocation : « Va pour toi, loin de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de toi une grande nation… » (Gn 12, 1). Et dès ce jour-là, le texte biblique notait l’extraordinaire foi de l’ancêtre qui était parti tout simplement sans poser de questions : « Abraham partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit. » (Gn 12, 4).
 Ici, le texte constate : « Abraham eut foi dans le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR estima qu’il était juste. » C’est la première apparition du mot « Foi » dans la Bible : c’est l’irruption de la Foi dans l’histoire des hommes. Le mot « croire » en hébreu vient d’une racine qui signifie « tenir fermement » (notre mot « Amen » vient de la même racine). Croire c’est « TENIR », faire confiance jusqu’au bout, même dans le doute, le découragement, ou l’angoisse. Telle est l’attitude d’Abraham ; et c’est pour cela que Dieu le considère comme un juste. Car, le Juste, dans la Bible, c’est l’homme dont la volonté, la conduite sont accordées à la volonté, au projet de Dieu. Plus tard, Saint Paul s’appuiera sur cette phrase du livre de la Genèse pour affirmer que le salut n’est pas une affaire de mérites. « Si tu crois… tu seras sauvé » (Rm 10, 9). Si je comprends bien, Dieu donne : il ne demande qu’une seule chose à l’homme…. y croire.

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE CARÊME C

22 février, 2013

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

HOMÉLIE DU 2E DIMANCHE DE CARÊME C

THÈME : « UN AVANT-GOÛT D’AILLEURS »

(Prononcée en 1998 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), l’homélie suivante est marquée par les événements de cette époque. Le thème général de ce carême était  » Retrouver le souffle et la liberté de l’Esprit »)

Nous aurions tort de ne pas contempler de temps en temps les étoiles. Elles nous font lever la tête. Alors que trop souvent nous avons le nez et les yeux rivés au sol. Ce qui risque de nous faire vivre à courte vue. Par contre, le firmament nous entraîne vers l’infini et son mystère, où se rejoignent l’origine et la fin, l’alpha et l’oméga. Un vide immense, où règne l’Esprit. Un royaume de signes et de silence. Mais un silence habité, comme tous les silences.
Voilà bien un cadre merveilleux pour visualiser une expérience spirituelle et lire en lettres de vie le sens surprenant des événements d’une vie ordinaire. Voire même d’une existence éprouvée, douloureuse et décevante, comme ce fut le cas pour Abraham il y a prés de 4.000 ans.
Abraham ! Un apatride vagabond, et pire que tout, sans enfant. Et voici que durant un exode follement aventureux, ce mendiant d’espérance, ce chercheur de sens a l’intuition d’un Dieu qui non seulement vient à sa rencontre, mais qui le cherche. Non pour le soumettre à la question, mais pour faire alliance avec lui. En faire un fils, un ami, un héritier. Proposition étonnante mais gratuite. Une alliance de cœur et d’esprit… Abraham eut foi dans le Seigneur. Imaginez la transfiguration de cet immigré après une nuit passée au clair des astres.

Jusque-là, c’était l’homme qui, en pataugeant dans le noir et dans une crainte sacrée, était en quête de Dieu. Désormais, la nouvelle religion comprendra que Dieu prend aussi l’initiative de venir à la rencontre des hommes. Pour établir une Alliance. Non de maître à esclave, mais entre partenaires… C’était le début d’un long itinéraire qui est encore le nôtre aujourd’hui. La marche lente de tout un peuple, faite très prosaïquement d’infidélités et de pardons, de chutes et de recommencements. Des zones d’ombre et des zones de lumière. Un itinéraire balisé par des prophètes. Ils viennent très régulièrement claironner les avertissements d’une « Parole sur Dieu », riche de ses conseils et de ses directives. De ses déceptions aussi, de ses encouragements et de ses projets.
Sur les bords du chemin, les pèlerins de la liberté trouvent des publicités alléchantes habilement placées par les idoles et les faux dieux. Saint Paul vient de nous le rappeler en évoquant tous ces gens dont le ventre est devenu leur dieu. « Ils ne tendent que vers les choses de la terre, oubliant que nous sommes tous citoyens des cieux ». Citoyens des cieux, oui, vraiment ! Et cependant bien au cœur du monde, mais pas pour s’y installer. Voyez Jean-Claude Barrault dans « L’illusion de l’An 2000″, qui met en garde contre la fuite en avant d’un culte aveugle de la modernité et du progrès. Une nouvelle idole parmi les idoles plurielles de l’économie.
Nos 40 jours de carême nous permettent ainsi de découvrir le vrai visage de notre exode. Un pèlerinage de transformation progressive de la chair périssable à la transfiguration définitive de tout l’être. Notre avenir est au-delà de la mort. Mais cet « ailleurs » se construit maintenant au quotidien.
Dans le passé, la connaissance mutuelle des partenaires s’est éclairée. Le peuple des croyants a pris progressivement conscience, et de la présence, et de la proximité de Dieu à notre terre. Et il doit encore aujourd’hui poursuivre sa recherche inlassablement. Jadis, certains ont même compris un jour que Dieu, en Jésus Christ, allait venir habiter lui-même le cœur de chacun et y faire souffler son Esprit qui est l’Amour en Dieu.
Mais si le Verbe s’est fait chair, s’il est venu chez les siens, les siens ne l’ont pas reçu (Jn 1, 11). Le mystère de l’Incarnation, écrit le cardinal Etchegaray, « est, j’ose dire, tout ce qu’il y a de plus brut : c’est un vin sec et non pas un vin doux ». C’est vrai ! Tellement sec qu’il râpe notre esprit et notre conscience. D’instinct, nous préférons un Christ purement spirituel, qui pourrait se contenter d’une religion désincarnée. Mais l’Evangile a été annoncé et ne peut être vécu qu’en pleine terre.
Cependant, être disciple d’un Messie applaudi, c’est une chose. Suivre un prophète qui soulève les oppositions, c’en est une autre. Or, les disciples l’entendent avouer qu’il devra beaucoup souffrir, être rejeté, y compris par les prêtres, les théologiens et la hiérarchie religieuse. Jusqu’à être excommunié et même tué. Incroyable ! Et insupportable ! Même si Jésus avait glissé en finale cette explication à première vue inintelligible qu’il ressusciterait le troisième jour.
La même réalité est annoncée, répétée et vécue aujourd’hui. L’Evangile est toujours provoquant et dérangeant. Son incarnation nous heurte de plein fouet. Chacun, en effet, est confronté à l’héroïsme quotidien d’aimer son prochain comme soi-même. De garder aussi confiance et fidélité en Dieu, sachant qu’en définitive, nous sommes destinés à la gloire. Voilà le vrai credo. Un credo incarné. Infiniment plus authentique que celui des formules, même orthodoxes, récitées, proclamées ou chantées.
Nous avons donc besoin de haltes et d’encouragement pour éclairer et nourrir la foi, stimuler l’espérance. Voyez les disciples. Ce jour-là, ce n’était plus l’enthousiasme des barques et filets que l’on abandonne. Des signes étonnants et des succès de foule leur avaient donné des ailes. L’opposition des autorités religieuses et civiles les avait brisées… Et la suite annoncée par Jésus apparaissait comme le désastre d’un échec. Les disciples étaient abattus, déprimés, comme nous pouvons l’être nous-mêmes. Non sans raison.
La transfiguration est venue atténuer leurs inquiétudes, sans pour autant les vacciner contre toute peur et tout découragement. Encore faut-il comprendre que la scène décrite par saint Luc n’a rien d’un reportage. Il s’agit d’une expérience spirituelle, traduite dans le « grand spectacle » traditionnel d’une théophanie. Les mots qui l’habillent sont riches de sens. Mais le code biblique pour les déchiffrer bien souvent nous échappe.
Ici, ce qui importe d’abord, c’est le mystère du Christ et celui de sa prière. Une prière intense. Une prière de cœur. Car c’est « le cœur qui est le vrai lieu de la prière ». Le tête-à-tête le plus secret qui soit. Mystère d’une rencontre, d’une harmonie, d’une communion. D’esprit et de volonté. La plénitude d’un instant. Un instant d’accomplissement.         
Or, un tel état de feu et de rayonnement intérieur, doit nécessairement transparaître. C’est pourquoi, « le visage de Jésus devint autre », note Luc très discrètement. Ce que traduit très joliment un poème du bréviaire : « Sur son visage un instant passe le reflet d’une gloire inconnue ». Ce qui a donné aux disciples un avant-goût d’ailleurs. Ce quelque chose d’inhabituel qui éclaire déjà notre provisoire d’une lueur de définitif.             
N’allez pas croire pour autant que les disciples ont compris d’emblée. Ce n’est qu’après la résurrection qu’ils en découvriront le sens. Et encore plus tard sans doute qu’ils prendront conscience eux-mêmes de leur vie déjà transfigurée par la Foi au Christ ressuscité.
Ce qui veut dire que « dans nos vies, marquées par tant d’épreuves et d’échecs, la vraie prière peut nous transformer, nous transfigurer. Tout comme nous transfigure une démarche d’amour, de pardon, de justice et de paix, de solidarité et d’entraide ». Car, faut-il le rappeler, la vraie prière, nourrie par la rumination de la Parole est communion à la volonté du Père. Elle l’incarne. C’est ce qui peut donner aux chrétiens « un air sauvé », un « air transfiguré » et donner à leur témoignage l’avant-goût d’un Royaume de Dieu déjà en croissance ici-bas.
C’est ce qui arrive quand des hommes et des femmes de toutes conditions, races et religions, donnent de leur temps, de leurs compétences, de leur expérience et de leurs biens, pour se faire un instrument de l’Amour au service des personnes et des peuples qui sont dans la détresse. Ce qui revient à vêtir le Christ, à l’accueillir, le soigner, le respecter, l’honorer, disait Grégoire de Naziance au 4e siècle. Et comme il avait de l’humour, il ajoutait : Mais pas seulement comme l’avaient fait, du vivant de Jésus, les mages, la femme pécheresse, Joseph d’Arimathie ou Nicodème.
Il y a deux semaines, jour pour jour, un jeune père de famille de retour de l’étranger, me disait presque mot à mot : pendant des mois, j’ai vu dans les bas fonds d’une grande ville de petites équipes d’hommes et de femmes le visage transfiguré par la charité, accomplir des merveilles parmi les sans abri et autres exclus. Ils m’ont donné envie de croire. Je leur dois aujourd’hui ma conversion et mon baptême. Ma vie en a été transfigurée. La nôtre peut l’être aussi. Alors, comme les disciples, nous pourrons poursuivre notre route et nous enfoncer avec confiance dans le brouillard du quotidien.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)    1925 – 2008