Archive pour le 20 février, 2013

Shabbat

20 février, 2013

Shabbat dans images sacrée Shabbos

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CE JOUR QU’A FAIT LE SEIGNEUR, EXULTONS ET SOYONS DANS LA JOIE (PS 117, 24).

20 février, 2013

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ARTICLE 3 : LE TROISIÈME COMMANDEMENT

II. LE JOUR DU SEIGNEUR

CE JOUR QU’A FAIT LE SEIGNEUR, EXULTONS ET SOYONS DANS LA JOIE (PS 117, 24).

LE JOUR DE LA RÉSURRECTION : LA CRÉATION NOUVELLE
2174 Jésus est ressuscité d’entre les morts,  » le premier jour de la semaine  » (Mt 28,1 ; Mc 16,2 ; Lc 24,1 ; Jn 20,1). En tant que  » premier jour « , le jour de la Résurrection du Christ rappelle la première création. En tant que  » huitième jour  » qui suit le sabbat (cf. Mc 16,1 ; Mt 28,1) il signifie la nouvelle création inaugurée avec la Résurrection du Christ. Il est devenu pour les chrétiens le premier de tous les jours, la première de toutes les fêtes, le jour du Seigneur (Hè kuriakè hèmera, dies dominica), le  » dimanche
Nous nous assemblons tous le jour du soleil parce que c’est le premier jour [après le Sabbat juif, mais aussi le premier jour] où, Dieu tirant la matière des ténèbres, a créé le monde et que, ce même jour, Jésus Christ notre Sauveur, ressuscita d’entre les morts (S. Justin, apol. 1, 67).
LE DIMANCHE – ACCOMPLISSEMENT DU SABBAT
2175 Le Dimanche se distingue expressément du Sabbat auquel il succède chronologiquement, chaque semaine, et dont il remplace pour les chrétiens la prescription cérémonielle. Il accomplit, dans la Pâque du Christ, la vérité spirituelle du sabbat juif et annonce le repos éternel de l’homme en Dieu. Car le culte de la loi préparait le mystère du Christ, et ce qui s’y pratiquait figurait quelque trait relatif au Christ (cf. 1 Co 10, 11) :
Ceux qui vivaient selon l’ancien ordre des choses sont venus à la nouvelle espérance, n’observant plus le sabbat, mais le Jour du Seigneur, en lequel notre vie est bénie par Lui et par sa mort (S. Ignace d’Antioche, Magn. 9, 1).
2176 La célébration du dimanche observe la prescription morale naturellement inscrite au cœur de l’homme de  » rendre à Dieu un culte extérieur, visible, public et régulier sous le signe de son bienfait universel envers les hommes  » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 122, 4). Le culte dominical accomplit le précepte moral de l’Ancienne Alliance dont il reprend le rythme et l’esprit en célébrant chaque semaine le Créateur et le Rédempteur de son peuple.
L’EUCHARISTIE DOMINICALE
2177 La célébration dominicale du Jour et de l’Eucharistie du Seigneur est au cœur de la vie de l’Église.  » Le dimanche, où, de par la tradition apostolique, est célébré le mystère pascal, doit être observé dans l’Église tout entière comme le principal jour de fête de précepte  » (⇒ CIC, can. 1246, § 1).
 » De même, doivent être observés les jours de la Nativité de notre Seigneur Jésus Christ, de l’Epiphanie, de l’Ascension et du Très Saint Corps et Sang du Christ, le jour de Sainte Marie Mère de Dieu, de son Immaculée Conception et de son Assomption, de saint Joseph, des saints Apôtres Pierre et Paul et de tous les Saints  » (⇒ CIC, can. 1246, § 1).
2178 Cette pratique de l’assemblée chrétienne date des débuts de l’âge apostolique (cf. Ac 2,42-46 ; 1 Co 11, 17). L’épître aux Hébreux rappelle :  » Ne désertez pas votre propre assemblée comme quelques-uns ont coutume de le faire ; mais encouragez-vous mutuellement  » (He 10,25).
La tradition garde le souvenir d’une exhortation toujours actuelle :  » Venir tôt à l’Église, s’approcher du Seigneur et confesser ses péchés, se repentir dans la prière … Assister à la sainte et divine liturgie, finir sa prière et ne point partir avant le renvoi … Nous l’avons souvent dit : ce jour vous est donné pour la prière et le repos. Il est le Jour que le Seigneur a fait. En lui exultons et réjouissons-nous  » (Auteur anonyme, serm. dom.).
2179  » La paroisse est une communauté précise de fidèles qui est constituée d’une manière stable dans une Église particulière, et dont la charge pastorale est confiée au curé, comme à son pasteur propre, sous l’autorité de l’évêque diocésain  » (⇒ CIC, can. 515, § 1). Elle est le lieu où tous les fidèles peuvent être rassemblés par la célébration dominicale de l’Eucharistie. La paroisse initie le peuple chrétien à l’expression ordinaire de la vie liturgique, elle le rassemble dans cette célébration ; elle enseigne la doctrine salvifique du Christ ; elle pratique la charité du Seigneur dans des œuvres bonnes et fraternelles :                
Tu ne peux pas prier à la maison comme à l’Église, où il y a le grand nombre, où le cri est lancé à Dieu d’un seul cœur. Il y a là quelque chose de plus, l’union des esprits, l’accord des âmes, le lien de la charité, les prières des prêtres (S. Jean Chrysostome, incomprehens. 3, 6 : PG 48, 725D).
L’OBLIGATION DU DIMANCHE             
2180 Le commandement de l’Église détermine et précise la loi du Seigneur :  » Le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l’obligation de participer à la Messe  » (⇒ CIC, can. 1247).  » Satisfait au précepte de participation à la Messe, qui assiste à la Messe célébrée selon le rite catholique le jour de fête lui-même ou le soir du jour précédent  » (⇒ CIC, can. 1248, § 1).
2181 L’Eucharistie du dimanche fonde et sanctionne toute la pratique chrétienne. C’est pourquoi les fidèles sont obligés de participer à l’Eucharistie les jours de précepte, à moins d’en être excusés pour une raison sérieuse (par exemple la maladie, le soin des nourrissons) ou dispensés par leur pasteur propre (cf. ⇒ CIC, can. 1245). Ceux qui délibérément manquent à cette obligation commettent un péché grave.
2182 La participation à la célébration commune de l’Eucharistie dominicale est un témoignage d’appartenance et de fidélité au Christ et à son Église. Les fidèles attestent par là leur communion dans la foi et la charité. Ils témoignent ensemble de la sainteté de Dieu et de leur espérance du Salut. Ils se réconfortent mutuellement sous la guidance de l’Esprit Saint.
2183  » Si, faute de ministres sacrés, ou pour toute autre cause grave, la participation à la célébration eucharistique est impossible, il est vivement recommandé que les fidèles participent à la liturgie de la Parole s’il y en a une, dans l’église paroissiale ou dans un autre lieu sacré, célébrée selon les dispositions prises par l’évêque diocésain, ou bien s’adonnent à la prière durant un temps convenable, seuls ou en famille, ou, selon l’occasion, en groupe de familles  » (⇒ CIC, can. 1248, § 2).
JOUR DE GRÂCE ET DE CESSATION DU TRAVAIL
2184 Comme Dieu  » se reposa le septième jour après tout le travail qu’il avait fait  » (Gn 2, 2), la vie humaine est rythmée par le travail et le repos. L’institution du Jour du Seigneur contribue à ce que tous jouissent du temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette de cultiver leur vie familiale, culturelle, sociale et religieuse (cf. GS 67, § 3).
2185 Pendant le dimanche et les autres jours de fête de précepte, les fidèles s’abstiendront de se livrer à des travaux ou à des activités qui empêchent le culte dû à Dieu, la joie propre au Jour du Seigneur, la pratique des œuvres de miséricorde et la détente convenable de l’esprit et du corps (cf. ⇒ CIC, can. 1247). Les nécessités familiales ou une grande utilité sociale constituent des excuses légitimes vis-à-vis du précepte du repos dominical. Les fidèles veilleront à ce que de légitimes excuses n’introduisent pas des habitudes préjudiciables à la religion, à la vie de famille et à la santé.
L’amour de la vérité cherche le saint loisir, la nécessité de l’amour accueille le juste travail (S. Augustin, civ. 19, 19).
2186 Que les chrétiens qui disposent de loisirs se rappellent leurs frères qui ont les mêmes besoins et les mêmes droits et ne peuvent se reposer à cause de la pauvreté et de la misère. Le dimanche est traditionnellement consacré par la piété chrétienne aux bonnes œuvres et aux humbles services des malades, des infirmes, des vieillards. Les chrétiens sanctifieront encore le dimanche en donnant à leur famille et à leurs proches le temps et les soins, difficiles à accorder les autres jours de la semaine. Le dimanche est un temps de réflexion, de silence, de culture et de méditation qui favorisent la croissance de la vie intérieure et chrétienne.
2187 Sanctifier les dimanches et jours de fête exige un effort commun. Chaque chrétien doit éviter d’imposer sans nécessité à autrui ce qui l’empêcherait de garder le jour du Seigneur. Quand les coutumes (sport, restaurants, etc.) et les contraintes sociales (services publics, etc.) requièrent de certains un travail dominical, chacun garde la responsabilité d’un temps suffisant de loisir. Les fidèles veilleront, avec tempérance et charité, à éviter les excès et les violences engendrées parfois par des loisirs de masse. Malgré les contraintes économiques, les pouvoirs publics veilleront à assurer aux citoyens un temps destiné au repos et au culte divin. Les employeurs ont une obligation analogue vis-à-vis de leurs employés.
2188 Dans le respect de la liberté religieuse et du bien commun de tous, les chrétiens ont à faire reconnaître les dimanches et jours de fête de l’Église comme des jours fériés légaux. Ils ont à donner à tous un exemple public de prière, de respect et de joie et à défendre leurs traditions comme une contribution précieuse à la vie spirituelle de la société humaine. Si la législation du pays ou d’autres raisons obligent à travailler le dimanche, que ce jour soit néanmoins vécu comme le jour de notre délivrance qui nous fait participer à cette  » réunion de fête « , à cette  » assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux  » (He 12,22-23).

SAINT AUGUSTIN ET LA JÉRUSALEM CÉLESTE.

20 février, 2013

http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/numeros_en_ligne/automne99/elise.html

SAINT AUGUSTIN ET LA JÉRUSALEM CÉLESTE.

ÉLISE GILLON

Saint Augustin, né en 354 en Afrique du Nord, dans la Tunisie actuelle, a vécu les derniers moments de l’Empire romain d’Occident : l’évêque d’Hippone (aujourd’hui Annaba en Algérie) est mort en 430 dans une ville assiégée par les envahisseurs Vandales. Ce déclin de la puissance romaine lui a donné l’occasion de réfléchir à la précarité des pouvoirs séculiers comparés à l’éternité du Royaume de Dieu. L’évêque agonisant cerné par les Vandales ariens, qui niaient la divinité du Christ, avait combattu tout au long de sa vie chrétienne pour l’unité et la paix de l’Église, sans rien sacrifier de la rectitude de la foi, la regula fidei. Mais son parcours était avant tout celui d’un converti, à qui l’amour du Dieu-Trinité s’est révélé par le témoignage d’autres chrétiens, dans la tradition apostolique.

PRIONS POUR SAINT AUGUSTIN ET SAINTE MONIQUE !
Dans ses Confessions, le converti Augustin demande à ses lecteurs, quand ils approcheront de l’autel, de prier pour le repos de sa mère Monique, et de ne pas oublier l’auteur de l’ouvrage. Nous serions tentés plutôt, en « bons catholiques », de demander l’intercession de ceux qui furent reconnus par la suite comme saint Augustin et sainte Monique ; sans nier la légitimité de cette attitude, on peut donner à la requête d’Augustin une signification théologique très précise : les membres du corps du Christ, unis par l’Esprit Saint dans l’amour fraternel, ne peuvent se passer de la prière d’aucun frère, d’aucune soeur. Seul Dieu est saint, seul le Christ est le Médiateur parfait ; autrement dit, la solidarité des chrétiens entre eux est si forte que chaque homme, chaque pécheur (n’oublions pas que saint Augustin est le théoricien du péché originel) a besoin de la multitude de ses frères : « Ne gardez d’autre dette que celle de l’amour mutuel », exhorte saint Paul dans sa lettre aux Romains (XIII, 8). C’est ce caractère mutuel qui définit les relations entre chrétiens, maintenant comme dans la vision béatifique où les citoyens de la Cité sainte s’invitent mutuellement à louer et magnifier le Seigneur.
Cette Jérusalem céleste s’oppose, dans la pensée de saint Augustin, à la cité des hommes, aux formes toujours temporaires que revêt la dévastatrice et dérisoire volonté de puissance d’hommes faibles et déchus. Confronté à la prise de Rome, la Ville par excellence, tombée en 410 aux mains des barbares, l’intellectuel chrétien prend conscience que l’Empire confondu par beaucoup, depuis sa christianisation, avec le royaume de Dieu en train d’advenir, ne représente qu’une forme transitoire de gouvernement. L’absolu déserte l’état. L’effondrement de la civilisation romaine, de sa civilisation, enseigne à Augustin la primauté du Règne du Christ. Il en tirera l’opposition qui structure la Cité de Dieu, son oeuvre la plus connue avec les Confessions : « Deux amours ont bâti deux cités [...] ; l’amour de soi jusqu’à la haine de Dieu, la cité des hommes [...] ; l’amour de Dieu jusqu’à la haine de soi, la cité de Dieu. » La présentation antithétique et hyperbolique de l’ancien rhéteur, qui écrivait alors pour un public païen sensible aux séductions du langage, ne doit pas nous faire oublier l’essentiel, l’amour de Dieu à l’oeuvre dans Sa Providence depuis la création du monde, amour de Dieu révélé dans l’histoire et les écritures de Son peuple Israël, jusqu’à l’Événement suprême, la grâce de l’Incarnation, la mort et la Résurrection du Fils de Dieu, et l’annonce de la Bonne Nouvelle à l’humanité entière. La Civitas Dei, offerte à tout homme qui accepte humblement cette grâce pour devenir concitoyen du Christ, est ainsi déjà présente dans l’histoire humaine, de manière cachée ; elle sera révélée à la consommation des siècles, où nous aurons sans doute quelques surprises… En effet elle ne se confond pas avec l’Église visible, pas plus qu’elle ne se superposait à l’ordre romain : saint Augustin considère que l’Église, en lançant le filet de l’Évangile, ramène nécessairement toutes sortes de poissons au fond du bateau, et que le tri entre les bons et les mauvais n’incombe qu’à Dieu, au jugement dernier. L’Église temporelle ne peut ni ne doit être une église de purs : il faut laisser croître les semences sur son sol maternel, la laisser former ses enfants avec patience et miséricorde, jusqu’au jour de la moisson céleste où le blé sera entassé dans les greniers, enfin séparé de l’ivraie. Sur ce point, saint Augustin s’est farouchement opposé aux schismatiques donatistes pour défendre l’unité de l’Église.

AUGUSTIN, CHAMPION DE L’UNITÉ DE L’ÉGLISE.
Contre les donatistes qui défendaient une Église « intègre », d’où étaient exclus les faibles et les pécheurs, où l’excellence morale des ministres garantissait la validité des sacrements, saint Augustin interprète les paroles du Christ en faveur d’une église « mélangée », où « les scandales sont inévitables » (Luc XVII, 1, Matthieu XVIII, 7), bien que douloureux. La faute fondamentale des donatistes, dans leur recherche de pureté ecclésiale, est de s’être séparés de la Grande Église : saint Augustin leur reproche ce schisme comme une monstruosité, car si l’Église est le corps du Christ, si le « Christ total », totus Christus, est formé de la Tête et du corps, diviser l’Église, c’est diviser le Christ ! De fait, c’est une autre conception de l’intégrité que prêche saint Augustin : l’unité dans la foi, l’espérance et la charité.
La recherche constante de la vérité a conduit saint Augustin à combattre toutes les hérésies de son temps; en particulier, la fidélité à l’Amour l’a porté à « rendre à Dieu ce qui est à Dieu », à reconnaître et confesser la toute-puissance de la grâce de Dieu en s’opposant au pélagianisme naissant. Augustin y a gagné son titre de « docteur de la grâce », associé à la réputation de théologien pessimiste et sévère. Certes, son affirmation de la corruption radicale de l’humanité depuis le péché originel, qui affecte même les nouveaux-nés, peut sembler désespérante : l’homme est impuissant à faire son salut, trop débile pour accomplir le bien par lui-même, contrairement à ce qu’affirme le moine Pélage. Mais saint Augustin affirme simultanément la toute-puissance de la grâce de Dieu dans le Christ Jésus et Sa miséricorde infinie : cette espérance fondamentale lui arrache le cri de reconnaissance des Confessions ; non, Dieu n’abandonne pas l’homme pécheur à sa perte inévitable, il le guide, le conduit, le nourrit de Sa Vérité même, le Christ incarné, mort et ressuscité pour nous. L’obstination, les excès parfois, qui marquent la polémique anti-pélagienne ne pourraient se comprendre sans se référer à l’expérience personnelle de saint Augustin, au chemin de conversion où il a puisé la certitude de la déchéance humaine et de la toute-puissante sollicitude divine ; autant qu’il a pu, le philosophe Augustin s’est dressé en faveur de la liberté humaine, mais comme il le déclare lui-même, « à la fin, la grâce a vaincu ».

UNE FOULE IMMENSE DE TÉMOINS.
Les Confessions nous retracent le chemin qui conduit un jeune homme ambitieux et noceur, un sectateur de l’hérésie manichéenne, un professeur qui poursuivait une belle carrière de rhétorique à Milan, résidence impériale, jusqu’au baptême et à l’épiscopat : la parabole de l’enfant prodigue structure le parcours d’Augustin, qui se reconnaît pauvre et affamé au milieu des honneurs et des plaisirs, et revient vers son Père en abandonnant tout. La rencontre du Christ s’est faite toutefois à travers la rencontre de témoins directs ou indirects de l’amour de Dieu. C’est d’abord sa mère, Monique, vénérée depuis comme sainte, dont les larmes ont intercédé puissamment auprès de Dieu pour la conversion du fils dépravé ; saint Augustin a « sucé le nom du Christ avec son lait », selon sa propre expression, et n’a pu se satisfaire d’aucune des doctrines qu’on lui proposait comme vérités, si la personne du Christ n’y était associée. Saint Ambroise, évêque de Milan, amena le premier l’auditeur manichéen à écouter et respecter la « vérité catholique », dont saint Augustin n’avait rencontré auparavant que des défenseurs intellectuellement peu brillants, facilement désarmés par la subtilité de son argumentation ; Ambroise, ancien avocat, le séduit par la cohérence et l’harmonie de ses discours (Augustin allait à ses homélies comme on va au théâtre), par l’élaboration philosophique de sa foi, puisée au cercle néo-platonicien de Milan, par la beauté des liturgies cathédrales, rehaussées par le chant des psaumes et des hymnes. Le témoignage de saint Ambroise est aussi capital dans la rencontre de saint Augustin avec l’Écriture sainte : l’obscurité et la grossièreté des textes sacrés les rendaient opaques à l’orgueilleux philosophe ; Ambroise lui permet d’y entrer par la porte étroite de l’humilité, en lui révélant la profondeur symbolique des Écritures.
D’autres témoignages ont mené saint Augustin à la conversion, témoignages reçus par la parole ou l’écriture. La « scène du jardin » de Milan, où se concentre l’expérience décisive du renoncement au péché et de la vocation à suivre le Christ, est préparée par le récit d’un ami qui revient de Trèves avec des nouvelles extraordinaires : il a assisté à la conversion radicale d’une de ses connaissances, tombée par hasard sur le passage de la Vie de saint Antoine où saint Athanase relate la conversion du jeune homme ; le père des moines du désert avait abandonné tous ses biens en entendant la parole du Christ à l’homme riche, « Va, vends tout ce que tu as, et suis-moi. » : ainsi agira le camarade de Trèves, ainsi agira le futur saint Augustin quelques minutes après ce récit, en lisant une exhortation de saint Paul à quitter le péché. L’apôtre Paul est de fait le grand modèle de saint Augustin dans la vie chrétienne, le saint auquel le pécheur Augustin se réfère le plus volontiers : « Je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. » (Romains VII, 19). L’exemple du persécuteur de l’Église qui fut apôtre par la grâce du Christ soutiendra Augustin sa vie durant.
Sainte Monique, saint Ambroise, saint Antoine, saint Athanase, l’humble converti de Trèves, saint Paul, et tant d’autres après la conversion, saint Paulin de Noles, saint Jérôme avec qui les relations furent souvent tendues… Cette litanie nous montre saint Augustin soutenu par le témoignage de ses frères, par la communion des chrétiens sur son chemin de foi. Le docteur de la grâce, le chercheur de vérité, l’amant de la Parole de Dieu, le prédicateur infatigable, l’évêque plein de sollicitude envers les frères qui lui étaient confiés est solidaire de tous les membres du Christ dans son pèlerinage vers la Jérusalem céleste. « Ama et fac quod vis , aime et fais ce que tu veux »! : c’est la parole qu’on se plaît souvent à retenir du grand saint ; recevoir l’amour de Dieu du Frère par excellence, le Christ, et de tous Ses frères adoptifs, y répondre en suivant le Christ au service du peuple chrétien, telle est la voie de la sainteté selon saint Augustin.

É.G.

Article paru dans Sénevé