Archive pour le 15 février, 2013

Brooklyn Museum – Jésus tenté dans le désert – James Tissot

15 février, 2013

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SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX : CINQUIÈME PARABOLE. La Foi, l’Espérance et la Charité.

15 février, 2013

http://jesusmarie.free.fr/bernard_paraboles.html

SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX  

PARABOLES ATTRIBUÉES À SAINT BERNARD

CINQUIÈME PARABOLE. La Foi, l’Espérance et la Charité. 

1. Notre noble et puissant roi a trois filles qui sont la Foi, l’Espérance et la Charité. Il leur a donné une ville d’une grande beauté, c’est l’âme humaine. Dans cette ville se trouvent trois citadelles, la Rationabilité, la Concupiscibilité et l’Irascibilité ; chacune de ses filles a la sienne : à la Foi il a donné la première, la seconde à l’Espérance et la troisième est le lot de la Charité. La Foi commande donc dans la citadelle de la Rationabilité, attendu que la Foi qui s’appuie sur l’expérience de la raison n’a aucun mérite. L’Espérance gouverne la Concupiscibilité, attendu que nous ne saurions désirer les choses que nous voyons, mais seulement celles que nous espérons. Enfin la Charité gouverne l’Irascibilité, la chaleur commande à la chaleur, en sorte que l’ardeur de la nature se trouve dominée par celle de la vertu. A peine sont-elles entrées chez elles qu’elles établissent et règlent leur demeure chacune suivant son pouvoir. Ainsi pour garder la sienne la Foi place en sentinelle la Prudence, qui doit lui conserver son droit dans la citadelle et main tenir la raison sous les lois et dans les limites que la Foi lui assigne ; mais pour que son action soit bien faite, elle lui adjoint l’Obéissance; puis, voulant donner à celle-ci le moyen de persévérer dans son couvre et lui faire supporter la peine de la fatigue, elle lui donne la Patience pour auxiliaire. Enfin, pour qu’elle pût régir comme il faut et gouverner convenablement toute la domesticité des actes et des sentiments, elle lui donne encore la vertu de discrétion. Voulant que tout se passe chez elle selon le conseil de l’Apôtre, dans l’ordre et l’honnêteté, elle ajoute l’ordre à ses gardiens. Et pour que la malédiction n’entre jamais dans cette demeure, car on sait que toute maison sans discipline est maudite, elle place un dernier gardien à la porte, c’est la Discipline.

2. Quant à l’Espérance, elle place à la tête de sa maison, dans la Concupiscibilité, la Sobriété, pour s’assurer la possession de ses droits chez elle et pour forcer les principaux habitants de la citadelle à la servir. Pour lui donner le moyen de gouverner avec discernement toute la famille des volontés et des voluptés elle lui adjoint la Discrétion, puis, pour combattre la concupiscence de la chair, elle lui donne la Continence, pour dompter celle des yeux, elle lui donne la Constance, et pour lutter contre l’ambition du siècle, elle lui donne l’Humilité. Enfin, pour fermer la porte à la pauvreté, se rappelant ce mot de Salomon, «beaucoup de paroles, beaucoup de misère (Prov. XIV, 23), » elle confie la garde de porte au Silence.

3. Pour ce qui est de la Charité, elle a placé sa demeure du côté où souffle l’Auster, faisant face au Midi, elle la confie à son amie la Piété, lui remet tous ses droits ou lui donne pour premier serviteur la propreté du corps, puis des exercices appropriés, les lectures, les méditations, les oraisons, et les aspirations de l’âme; enfin, pour empêcher la misère d’entrer dans la maison et d’y semer le désordre, elle confie la garde de la porte à la Paix en personne, la Béatitude des enfants de Dieu qui, placés dans la perfection du bonheur au septième degré, se jouent et goûtent le bonheur dans la maison de la Charité. Leurs habitations étant ainsi réglées, on mit à la tête de la. cité tout entière une sorte de prévôt et d’économe appelé le Libre arbitre.

4. Cela fait, les trois filles du roi reviennent dans la maison de leur père. Mais alors survient l’ennemi qui, à la vue de l’ordre et de la gloire de la cité, est saisi d’envie, et machine des embûches contre elle. Dans ses désirs d’y pénétrer il en corrompt deux des principaux citoyens, la discrétion et la dispensation, et, grâce à eux, il fait entrer toute sa détestable armée par les deux portes du Rationalisme et de la Concupiscence. Il charge de chaires et jette au fond d’un cachot, le prévôt de la ville, le Libre arbitre, à qui la garde et l’administration en avaient été confiées, car le père de famille, en s’en allant en voyage, avait donné à tous ses serviteurs le pouvoir de faire chacun ce qui le concerne. Après avoir précipité du haut des murailles du Rationalisme ceux qui. en étaient les gardiens, l’ennemi fait entrer le Blasphème, ennemi juré de la Foi. Avec lui se précipitent dans le donjon les contradictions, les troubles, les confusions et mille autres ennemis du même genre qui, se jetant sur tout ce qu’ils rencontrent, et, n’appropriant tout ce qui leur convient, ne laissent presque rien de la raison dans le Rationalisme; puis après avoir tué le portier, je veux dire la discipline, ils laissent à tout venant la liberté d’entrer et de sortir.

5. Quant à la demeure de l’Espérances, la Concupiscibilité, c’est la Luxure qui s’y précipite, elle s’approprie tout ce qu’elle y trouve, elle précipite du haut en bas l’Espérance elle-même, jette la Continence, la Constance et l’Humilité, sous les pieds de leurs ennemis, la Concupiscence de la chair, la Concupiscence des yeux et l’Ambition du siècle, et les expose à leurs insultes. Puis, après avoir tué le Silence qui gardait la porte de la forteresse, elle ouvre la porte à deux battants à quiconque veut entrer ou sortir. Quant à la Sobriété et à ses compagnes, ou bien elles sont mises à mort, ou bien elles sont précipitées au fond d’un cachot, ou enfin envoyées en exil. Puis, montant jusqu’au haut de la citadelle, l’ennemi tue la Paix qui était le portier et le gardien de la souveraine béatitude, elle livre un libre accès à la Misère. Bientôt après, sa Seigneurie l’Orgueil monte dans la citadelle, car « l’orgueil de ceux qui vous haïssent, Seigneur, monte toujours (Psal. LXXIII, 23), » et d’une main impie renverse la Piété et condamne à la mort ou à l’exil toute la domesticité de la Foi et de la Piété. Après cela, quiconque le veut, entre dans le sanctuaire de Dieu, et tout ce qui s’y trouvé de saint, tout ce qui jusqu’alors n’avait été accessible et visible qu’aux enfants de Lévi, est profané, devient la proie des ennemis, est emporté à Babylone, dont le roi verse à boire à ses concubines dans les vases du temple. Voilà, comment la ville entière fut prise et saccagée : sa honte fut égale à ce qu’avait été sa gloire.

6. Tout étant ainsi bouleversé, un messager de la malheureuse cité vint tristement trouver celles qui en étaient les maîtresses. Consternées, celles-ci montent à pied vers leur père et implorent son secours. Celui-ci s’en prenant ail Libre arbitre, chargé de la garde de ces villes, l’accuse de négligence. Mais, ô père, s’écrient les trois filles, que pouvait-il faire sans le secours de la grâce ? Eh bien, dit le roi, je lui donnerai la grâce, mais commençons par envoyer la Crainte en avant, elle la précédera et lui préparera la voie. La Crainte s’éloigne donc de la présence du Seigneur, et s’approche de la cité, le bâton de la discipline à la main, mais elle trouve la porte de la difficulté fermée avec les gonds de fer de la mauvaise habitude. Sur le seuil, elle aperçoit le gardien de la porte, l’arrogante et malhonnête Lasciveté de la chair, l’ennemie déclarée de la Crainte. Elle accueille cette dernière par un torrent d’injures et de provocations. Mais la Crainte, du choc de la Confiance, brise les gonds de la mauvaise habitude, et, renversant la porte de la difficulté, elle s’empare du malheureux portier et le frappe du bâton de la discipline qu’elle tenait à la main, jusqu’à ce que mort s’en suive ; puis, hissant aussitôt au dessus de la porte, l’enseigne de la Grâce qui arrive, elle répand la terreur dans toute la ville. Après la Crainte se présente la Grâce qui entre dans la ville, menant à sa suite toute la troupe des vertus célestes. En un clin d’eeil tous les ennemis ont disparu et les vertus reprennent le poste qui leur était assigné. Alors on vit paraître d’abord la Discrétion et la Dispensation qui reconnaissent qu’elles se sont laissé tromper, et sollicitent leur pardon. Le libre arbitre sort aussi de ses fers et court en toute hôte au devant de sa maîtresse la Grâce, certain sous son règne de vivre en liberté. On prépare un repas aux filles du roi, dans leur demeure, et on dresse des tables pour chacune d’elles; sur celle de, la Foi on voit figurer le pain de la douleur, l’eau de la tristesse, et tous les autres mets de la pénitence. Sur celle de l’Espérance, on voit le pain qui fortifie, l’huile qui réjouit le visage, et tous les autres mets de la consolation. Sur la table de la Charité se trouvent le pain de vie, et le vin qui réjouit le coeur, et toutes les autres délices du paradis. On entre, on se met à table et on place des gardes à l’entrée de la ville, « mais si le Seigneur ne garde une ville, c’est en vain que veille celui qui la garde (Psal. CXXVI, 2). »

DEUXIEME LECTURE – Romains 10, 8 – 13 – COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

15 février, 2013

http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/commentaires-de-marie-noelle-thabut.html

DIMANCHE 17 FÉVRIER: COMMENTAIRES DE MARIE NOËLLE THABUT

DEUXIEME LECTURE – Romains 10, 8 – 13

Frères,
8 nous lisons dans l’Ecriture :
 « La Parole est près de toi,
 elle est dans ta bouche et dans ton coeur. »
 Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
9 Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur,
 si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts,
 alors tu seras sauvé.
10 Celui qui croit du fond de son coeur
 devient juste ;
 celui qui, de sa bouche, affirme sa foi
 parvient au salut.
11 En effet, l’Ecriture dit :
 « Lors du jugement, aucun de ceux qui croient en lui
 n’aura à le regretter. »
12 Ainsi, entre les Juifs et les païens,
 il n’y a pas de différence :
 tous ont le même Seigneur,
 généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
13 Il est écrit en effet :
 « Tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur
 seront sauvés. »

Tout le raisonnement de Paul aboutit à la conclusion : « Entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence ». Précisons tout de suite que ces Juifs et ces païens dont parle Paul sont tous des Chrétiens : soit d’origine juive, soit d’origine païenne. Et c’est bien cela le fond de son discours : que vous soyez des Juifs convertis au christianisme, ou que vous soyez d’anciens païens convertis au christianisme, vous êtes « avant tout » des Chrétiens. « Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent. »
 Si Paul insiste, c’est que le problème était bien là. Probablement parce que, à Rome comme dans toutes les communautés chrétiennes du premier siècle, la même question s’est posée. Etait-il bien normal de traiter de la même manière des Juifs et des païens ? Que des Juifs deviennent Chrétiens, c’était évidemment conforme au plan de Dieu. Puisque Dieu avait préparé son peuple pendant de longs siècles à recevoir le Messie, une fois celui-ci venu et reconnu, tous les Juifs auraient pu devenir Chrétiens. C’était évidemment le souhait de Paul. Mais les choses se sont passées autrement. C’est une minorité seulement du peuple juif qui a adhéré à Jésus-Christ ; en revanche, ce sont des païens qui ont constitué le noyau le plus important des communautés chrétiennes. Entre ces Chrétiens d’origines si diverses (soit juive, soit païenne), la cohabitation posait inévitablement des problèmes : sur le plan des habitudes quotidiennes, tout les séparait et les sujets de discussion ne manquaient pas : la loi, la circoncision, les coutumes alimentaires.
 Plus profondément, pour certains Juifs devenus Chrétiens, c’était une affaire de principe : ils acceptaient de mauvais gré l’entrée dans l’Eglise des anciens païens, ceux qu’ils appelaient les « incirconcis ». Car Israël était le peuple élu ; c’est en son sein que devait naître le Messie ; logiquement, les Juifs devaient être les fondements de l’Eglise ; alors une question revenait souvent : accepter des non-Juifs dans l’Eglise, n’était-ce pas une infidélité à l’Alliance, à l’élection du peuple juif ?
 Cette question-là, lorsque Paul écrit aux Romains, il y a longtemps qu’il l’a résolue. Car si on fermait l’entrée de l’Eglise aux païens, si on leur refusait le baptême, cela reviendrait à dire que Jésus ne peut sauver que des Juifs. Cette position-là est évidemment intenable. Alors, comme toujours, Paul est allé chercher la solution du problème dans l’Ecriture, c’est-à-dire dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Ancien Testament. Et il a trouvé la réponse chez le prophète Joël : « Tous ceux qui invoqueront le nom du SEIGNEUR seront sauvés. » Joël, parlait, justement, du temps de la venue du Messie : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair. Vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, vos jeunes gens auront des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, en ce temps-là je répandrai mon Esprit… Alors tous ceux qui invoqueront le Nom du SEIGNEUR seront sauvés. » (Jl 3, 1 – 5).
 Argument imparable, puisque c’était dans l’Ecriture ; mais bien surprenant quand même pour les contemporains de Paul : suffit-il réellement d’invoquer le Nom de Jésus pour être sauvé ? Jusqu’ici, il fallait être circoncis et pratiquer la Loi scrupuleusement ; les choses auraient-elles changé ? Oui, répond Paul ; car Jésus-Christ, lui aussi, mérite le Nom de Seigneur !
 Désormais, tout homme qui invoque le Seigneur Jésus-Christ peut être sauvé. N’est-ce pas ce que Jésus lui-même a déclaré à Nicodème ? « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » Jésus a bien dit « tout homme ». Et il a ajouté : « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17). Le monde, ici, veut bien dire « toute l’humanité ».
 Mais ce message reste dur à admettre pour certains. Alors Paul n’hésite pas à se répéter : « Celui qui (au sens de « tout homme qui ») croit du fond de son coeur devient juste ; celui qui (« tout homme qui »), de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. »
 Première remarque de vocabulaire : dans le langage de Paul, héritier de l’Ancien testament, « devenir juste » ou être sauvé », c’est exactement la même chose. On a ici un bel exemple du parallélisme si habituel dans les textes bibliques. Deuxième remarque de vocabulaire : entendons-nous sur le sens du mot « croire » ici : le parallèle entre « bouche » et « coeur », sur lequel Paul insiste, dit bien que la foi n’est pas affaire d’opinion ; en employant le mot coeur, selon le sens que ce mot avait à l’époque, il vise la profondeur de l’engagement de toute la personne. Ainsi, aux yeux de Paul, une autre phrase de l’Ecriture est désormais accomplie ; le livre du Deutéronome affirmait : « La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton coeur. » Au temps du Deutéronome, il s’agissait de la Loi qu’il fallait pratiquer, maintenant dit Paul, cette parole, c’est tout simplement le message de la foi en Jésus-Christ. 
 La voilà, la Bonne Nouvelle que Paul adresse à ceux qui ont reçu le Baptême : sans mérites de notre part, le salut nous est donné gratuitement par Dieu ; il nous faut simplement l’accueillir librement dans la foi : « Si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. Celui qui croit du fond de son coeur devient juste, celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut. »

HOMÉLIE : 1ER DIMANCHE DE CARÊME, C

15 février, 2013

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

1ER DIMANCHE DE CARÊME, C

DT 26, 4-10 ; RM 10, 8-13 ; LC 4, 1-13

THÈME : « UNE CHANCE À SAISIR »

(Prononcée en 1998 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), l’homélie suivante est marquée par les événements de cette époque. Le thème général de ce carême était  » Retrouver le souffle et la liberté de l’Esprit »)
Savez-vous que dans cet élégant vaisseau gothique, comme dans la plus modeste des églises, l’Esprit Saint peut, sans le moindre avertissement, « tomber brusquement sur ceux et celles qui écoutent la Parole », nous révèlent les Actes des Apôtres (10, 44). Avec, pour conséquence, des tremblements de cœur et des esprits brusquement enflammés.
Chaque assemblée dominicale peut être vécue comme une Pentecôte. Nous n’en sommes pas pour autant convaincus. C’est donc un rappel. Tout à fait d’actualité, puisque cette année consacrée à l’Esprit Saint nous invite à être attentifs à sa présence et à son action. Voilà une première chance à saisir. Il faut en profiter, car il nous arrive trop souvent de ne pas entendre et de ne pas écouter l’Esprit. Or, il se manifeste, discrètement, par des signes. Et nous passons outre sans même chercher à les comprendre. « Dieu était là et je ne le savais pas », titre Stan Rougier (Presses de la Renaissance, 1998).
Savez-vous ? Croyez-vous ? que nous sommes vraiment habités par l’Esprit ?
Toutes proportions gardées, nous sommes ce matin, comme Jésus au Jourdain. Remplis de l’Esprit Saint. Un Esprit qui veut nous conduire, nous pousser, à travers un désert symbolique durant 40 jours.
Tout désert est « un lieu de recueillement et de retour à l’essentiel » (Jean Paul II). Une occasion providentielle pour vivre aujourd’hui, personnellement et en Eglise, quelque chose de l’expérience du peuple Hébreu durant son exode. Et quelque chose de l’expérience intérieure de Jésus. Car lui aussi, parfaitement homme, a été confronté aux exigences de sa mission et à l’épreuve des tentations.
Cette quarantaine, qui nous prépare à la renaissance pascale, est pour nous l’occasion de prier, de descendre en soi, de nous recueillir en présence de Dieu et de son esprit d’amour qui habite l’intime de nous-même. Encore une chance à saisir pour découvrir ce que nous sommes. Car il y a aussi ce que nous croyons être. Et ce que nous voulons paraître.
Voilà un appel pressant à la conversion. Et donc déjà un espoir de transfiguration. Qui que nous soyons, quel que soit notre âge, notre état de santé, nos obligations de tous genres, ce temps nous est gracieusement offert pour reprendre souffle et acquérir cette merveilleuse liberté de l’Esprit qui délivre. Or, nous avons toujours besoin d’être délivrés de certaines chaînes qui freinent notre marche et même nous paralysent. Chaînes de l’habitude et celles de l’ignorance, les chaînes des certitudes aveugles, et donc orgueilleuses. Chaînes aussi de la peur du changement.
Entreprendre une expérience de carême n’est donc pas un simple exercice de piété. C’est une véritable guerre sainte. Les combats menés par les Hébreux et par Jésus ne sont pas de la figuration. Les nôtres non plus. « L’ascèse chrétienne, estimait Rimbaud, est un combat plus dur que la bataille d’hommes ».
Ce que les témoignages bibliques nous révèlent, c’est bien l’expérience des trois grandes tentations auxquelles les humains de tous les temps sont confrontés. Les tentations majeures de tout homme, écrit André Thayse, « la puissance économique, la puissance politique, la puissance idéologique et religieuse… » (Luc, l’Evangile revisité, Ed. Racines/Lumen Vitae 1997, p 59).
La première évoque l’appât des biens matériels, celui des nourritures terrestres. Le culte et l’idolâtrie du Mammon de toujours. Le dieu de l’Avoir, de la consommation et de toutes les gourmandises. A tout prix. Même s’il faut en faire payer le prix fort aux plus faibles et aux plus démunis. Pourquoi, en effet, et partout, le fossé ne cesse-t-il de s’agrandir entre ceux qui ne manquent de rien et ceux qui manquent à peu près de tout ?
Parce que, entre autres choses, il existe aujourd’hui une philosophie de l’homme « programmé » par et pour le marché. « L’homme-marché », traduit un économiste, celui d’une époque « où le travail, à tous les niveaux, se voit livré à une pure logique d’intérêt ». La vie d’un homme, avouait le personnage cynique d’un film récent, vaut ce qu’elle vaut sur le marché du travail. Rien de plus.
Mais nous savons que l’on peut être « matériellement rassasié et spirituellement privé de finalité, de sens et d’amour ». Il y a d’autres faims. Et en définitive, selon l’expression de Jean-Paul II, il y a une « faim de Dieu qui dévore l’homme ».
Autre tentation universelle, celle du pouvoir. La détention de la moindre autorité procure une sorte d’ivresse qui rend aveugle, sourd et impitoyable. Une arme qui conduit à tous les compromis pour qui veut s’imposer, dominer, profiter. Y compris à la plus petite échelle de la vie ordinaire. Un pouvoir qui monte à la tête et qui fait oublier et Dieu, et la personne humaine. Nul d’entre nous n’échappe à ce genre de sollicitations insidieuses et quotidiennes. Elles font des ravages dans tous les secteurs. Ce qui crée des situations d’oppression dans les couples et les familles, à l’école, au travail ou dans les cloîtres, dans l’industrie, la politique ou le commerce, dans les nations et dans les Eglises. Le pouvoir, la réussite, le prestige et la gloire m’appartiennent, susurre à nos oreilles l’esprit du Mal. Il suffit pour les acquérir de se prosterner devant lui, fait dire Luc au Démon tentateur.
Même Jésus, ne craignons pas de le constater, a été tenté par un messianisme terrestre et triomphant, que réclamaient ses partisans. « Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau seul dans la montagne. » (Jean). Tentation encore du prestige que procure l’action d’éclat. Transformer, par exemple une pierre en pain. « N’es-tu pas le Messie ? » Alors ! … Tout comme nous voudrions quelquefois que Dieu envoie des légions d’anges pour mettre fin au massacre des innocents, aux escalades de la violence et de l’injustice. Mais sans vouloir pour autant changer quoi que ce soit à nos propres comportements. Et cette autre tentation millénaire de vouloir mettre Dieu en demeure d’accomplir un miracle. Comme les Hébreux au désert qui en réclamaient : « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui, ou non ? » (Ex 17, 7). Qu’il le montre ! Perpétuelle tentation toujours actuelle de vouloir chercher preuves et assurances dans les faits merveilleux, les révélations et les apparitions. Recherche bien peu évangélique de l’extraordinaire.
C’est pourquoi, les mystiques nous invitent au « jeûne spirituel ». Celui qui nous apprend « à jeûner de l’amour du pouvoir et de la vaine gloire. A ne pas alimenter notre amour propre ». A jeûner aussi « de la médisance, de la parole mensongère et peut-être meurtrière », écrit le théologien orthodoxe Olivier Clément. Un jeûne qui « affronte et limite les deux « passions-mères » (que sont) l’avidité et l’orgueil ». Invitation pressante enfin à ne pas oublier « la grande tradition du partage, sans lequel le jeûne n’est qu’un pur ritualisme » (La Croix, 24.02.98).
Déjà au 4e siècle, Jean Chrysostome, « la bouche d’or », mettait en garde ses auditeurs : « Vos chiens sont nourris avec soin. Mais, à votre porte, vous laissez mourir de faim Jésus-Christ lui-même. » Et que dirait-il aujourd’hui des variétés de menus sélectionnés, offerts aux animaux domestiques. Et il n’y a pas que la porte de nos maisons, il y a celles de nos pays. Sans oublier les multiples faims réelles de l’humanité. « Si la ville est un territoire de crises, il doit être aussi celui des renouveaux, suggère le journal « Sans abri ».
Mais il n’y a pas que le temps du carême. Les harcèlements tentateurs que Jésus a eu à subir au début de sa vie publique ont été poursuivis par ses adversaires. Il y aura, comme aujourd’hui encore, les mécontents d’avoir été dérangés dans la quiétude de leurs habitudes et de leurs certitudes définitives. Ils ne cesseront de le critiquer, comme on critique tous les prophètes. D’autres tenteront de le mettre en contradiction avec la Parole de Dieu et les commandements de la Loi. Ils lui opposeront même des paroles de l’Ecriture, exactement comme le Démon au désert. Mais des paroles desséchées par la lettre, rapetissées par l’étroitesse de leur esprit, durcies par l’insensibilité de leur cœur de pierre. C’est toujours d’actualité.
C’est dire qu’aujourd’hui comme hier, une Parole de Dieu, une parole de l’Evangile, une parole du Coran, peut être détournée de sa source et de sa signification, pour être mise au service d’une idéologie religieuse, d’un pouvoir totalitaire.
Jésus, au désert, a été tenté par le Diable. Parfaitement !, disait saint Augustin. « Le Christ a été tenté par le Diable ! Mais c’est toi qui dans le Christ étais tenté. Et c’est en lui que tu es capable de dominer l’esprit du Mal. Reconnais donc que c’est toi qui es vainqueur en lui ». Le combat n’est donc pas au-dessus de nos forces. La conversion non plus.
C’est une publicité du moment qui m’inspire cette dernière interpellation synthétique. Cette pub chante les mérites de l’Exposition Batibouw, qui vient de s’ouvrir et qui ambitionne d’être sur le plan matériel ce que nous pouvons dire du Carême sur le plan spirituel : « Le grand rendez-vous annuel de la construction… ». Ajoutons-y (du Royaume de Dieu)… « Un secteur particulièrement créatif et novateur » … Et je complète : quand on se laisse éclairer, conduire, bousculer et pousser par l’Esprit.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)