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Station III – Jésus tombe pour la première fois sous la croix

12 février, 2013

Station III - Jésus tombe pour la première fois sous la croix dans images sacrée III_stazione

http://www.parrocchiasantapollinare.it/sacramenti-e-liturgia/via-crucis

LA PAROLE DE LA CROIX CHEZ SAINT PAUL

12 février, 2013

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/1126.html

LA PAROLE DE LA CROIX CHEZ SAINT PAUL

THÉOLOGIE

APPROFONDIR

Rien ne disposait Paul à devenir le messager de l’Evangile de Jésus-Christ crucifié et ressuscité…
Rien ne disposait Paul[1] à devenir l’apôtre des nations et le messager de l’Evangile de Jésus-Christ crucifié et ressuscité. C’est dans sa rencontre avec Celui qu’il persécutait qu’il lui a été donné de comprendre que Jésus qu’il croyait, « maudit de Dieu » était, en réalité, son Fils, un Fils parfaitement « obéissant jusqu’à la mort et la mort sur la croix… élevé au rang de Seigneur de l’univers (Ph 2,9-11). Sur le chemin de Damas, Dieu a, en effet, « ôté le voile » qui empêchait Paul de voir sa gloire sur le visage du Christ Jésus crucifié. Dans le « dévoilement » du Fils (Ga 1,13-17), il a perçu le sens de la croix et la gratuité radicale de l’initiative de Dieu à son égard.
Parce qu’il lui a été révélé que la Passion est l’expression parfaite de l’amour du Christ pour son Père et pour l’humanité, en même temps que la révélation de la nature paradoxale de la toute-puissance du Dieu de Jésus-Christ, Paul a donc décidé de ne chercher que Jésus Christ crucifié, pour être crucifié avec lui : «  Avec le Christ, je suis un crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,19-20). En conséquence, s’il sera dominé par l’annonce de l’évangile qu’il a reçu (1 Co 15,3-5), le ministère de Paul sera surtout déterminé par la révélation de la nature déconcertante de la puissance de Dieu qui se donne à voir dans la faiblesse de Jésus-Christ crucifié. Alors que la première tradition chrétienne évoquait la mort de Jésus, mais sans nécessairement s’attarder sur la nature de cette mort, l’insistance sur la mort de Jésus par crucifixion sera même un trait caractéristique de la prédication de Paul[2].
Comme on le constate à la lecture des deux premiers chapitres de la 1ère lettre aux Corinthiens rédigée dans les années 53-54[3], Paul, pour la première fois, mettra en œuvre une « théologie de la croix[4] » qui ne relève pas d’une construction intellectuelle ou d’une théorie religieuse, car la croix a « parlé » dans son existence, lorsque Dieu s’est révélé à lui sous la figure d’un crucifié.

LA « PAROLE DE LA CROIX » EST FOLIE
Pour bien saisir les enjeux de la « théologie de la croix » que Paul va élaborer[5], il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la communauté de Corinthe était confrontée à de multiples problèmes, mais ce qui par-dessus tout semblait inquiéter l’apôtre, c’était l’existence de tensions identitaires au sein de la communauté (1 Co 1, 11). Chaque groupe en présence se référait, semble-t-il, à une figure fondatrice qui donnait une orientation particulière à l’expression de sa foi : Paul, Apollos ou Céphas (1 Co 1,12). Or, devant ces divisions (1 Co 1,10-17), conséquence d’une trop grande importance accordée à la parole (cf. 1 Co 2,1-5), à la connaissance (1 Co 8,1-3.11) ou à certaines manifestations de l’Esprit (1 Co 12-14)[6], que fait Paul ? Il plante la croix du Christ au milieu de la communauté déchirée de Corinthe : « Le Christ est-il divisé ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été crucifiés ? » (1 Co 1,13)
A ceux qui sont divisés, Paul oppose ainsi un événement scandaleux qui n’offre, à cette époque, aucune possibilité de référence identitaire, puisque la crucifixion était le « supplice le plus cruel et le plus infamant[7] » qui soit, celui que l’on réservait aux criminels et aux esclaves. Après avoir rappelé que l’unité de la communauté chrétienne n’a pas d’autre origine et fondement que la croix du Christ, l’apôtre consacre ensuite un long développement à la « parole de la croix » qui proclame sur Dieu le contraire de ce que les hommes conçoivent et comprennent habituellement de lui : « Le langage de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, il est puissance de Dieu (…) Les Juifs demandent des miracles et les Grecs recherchent la sagesse ; mais nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, il est Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes» (1 Co 1,18.22-25)
Bien qu’inséparable de « la proclamation de la résurrection de celui qui est devenu, par elle, le Crucifié[8] », la « parole de la croix[9] »,  est, pour l’apôtre Paul, un « scandale » pour les Juifs et une « folie » pour les Grecs. Elle est un « scandale », une pierre d’achoppement, parce que l’aspect sous lequel le Messie se présente est en totale contradiction avec l’attente des Juifs et les représentations qu’ils se faisaient du Messie[10]. La croix semble même être la preuve par excellence que Celui qui y est pendu ne peut être le Messie. La croix est une « folie » pour les Grecs au sens où ne peut prétendre être dieu, même au sens mythologique, quelqu’un qui subit une telle mort, infrahumaine, réservée aux esclaves.
L’événement de la croix heurte ainsi de plein fouet les deux cultures, grecque et juive. C’est un défi pour la raison puisque la croix proclame la puissance de Dieu là où la sagesse des hommes ne perçoit que l’impuissance et l’échec. C’est un non-sens apparent, une aberration, qui rejoint l’humanité – représentée ici par les Grecs à la recherche de la sagesse et les Juifs qui attendent de Dieu des signes de puissance -, dans sa quête de vérité en faisant éclater les limites de la sagesse et de la piété, surtout lorsqu’à travers elles les hommes prétendent identifier Dieu, et par là se sauver eux-mêmes ou se poser comme leur propre fondement[11]. La croix « scandalise tout ce qui mesure (et c’est la folie même) les choses divines à la mesure du visible et de l’humain[12] »
A la lumière de la Résurrection, la mort de Jésus sur la croix, comprise par les hommes comme signe de faiblesse et d’anéantissement, met donc en échec toutes les représentations divines que l’être humain peut se faire, en même temps qu’elle donne accès à une nouvelle connaissance de Dieu (1 Co 1,23-25 ; 2 Co 13,4). Le Dieu que Juifs et Grecs croyaient connaître et dominer, est un Dieu qui se manifeste au cœur de l’humanité là où  le plus horrible revêt, par la mort du Fils comprise comme mort d’oblativité (Ga 1,4 ; 2,20 ; Ph 2,8), la forme la plus extrême de l’Amour[13]. Avec les conséquences qui en découlent pour la vie de l’Eglise et pour l’existence de chacun.

IL S’EST FAIT OBÉISSANT JUSQU’À LA MORT SUR LA CROIX
Pour illustrer les conséquences opérées par la « parole de la croix » pour la vie de l’Eglise, Paul indique ensuite aux chrétiens de Corinthe, comment, par leurs origines sociales ou leurs histoires personnelles, ils sont une illustration de la « folie » qui est au cœur de la prédication chrétienne : « Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse s’enorgueillir devant Dieu » (1 Co 1,26-29) [14].
Parce qu’elle rassemble des hommes et des femmes vils, faibles méprisables (cf. 1 Co 6,9-11) mais choisis, élus et aimés par Dieu, la communauté de Corinthe manifeste donc aux yeux du monde la grâce de Dieu qui appelle et sauve tout être humain sans condition et sans tenir compte de ses identités mondaines[15]. Accomplissement de la révélation biblique, la « parole de la croix » trouve ainsi, dans la réflexion de Paul, un corrélat ecclésiologique. Car ce qui vaut pour la mort du Christ sur la croix, avec le renversement qu’un tel événement induit par rapport aux représentations que l’on se fait de Dieu, cela vaut aussi pour les communautés chrétiennes qui incarnent la manière dont Dieu élit ce qui est faible et détruit ce qui est fort en contredisant les critères et les attentes des hommes[16].
Mais c’est aussi à l’intérieur de chaque communauté chrétienne, comprise comme Corps du Christ, que la « parole de la croix » fonde des exigences de fraternité, de solidarité, de communion et d’attention aux membres les plus faibles de la communauté « pour lesquels le Christ est mort » (1 Co 8,11). La manière dont Paul, dans la lettre aux Philippiens, relie sa bouleversante exhortation à l’humilité et à l’unité au Christ qui s’est abaissé et humilié en est une très belle illustration : « Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité, ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres. Comportez-vous ainsi entre vous, comme on le fait en Jésus Christ : lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie d’être l’égal de Dieu, mais il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes, et, par son aspect, il était reconnu comme un homme ; il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui  a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue proclame que le Seigneur, c’est Jésus Christ à la gloire du Père » (Ph 2,2-11)[17]
En invitant chaque baptisé à se comporter au sein de sa communauté chrétienne dans la fidélité au Christ Jésus qui s’est abaissé et s’est fait obéissant jusqu’à la mort sur la croix, Paul entend poser ici le critère ultime et décisif pour une vie communautaire réellement chrétienne (Ph 2,5). A cet effet, il rappelle que la communion requise des baptisés ne peut être que le reflet de la communion trinitaire qui se révèle sur la croix. Il n’y a donc pas d’autre exigence pour le baptisé que de revêtir les sentiments du Christ qui, en s’abaissant et en s’humiliant a « tué le mur de la haine » (Ep 2,14-18) et réconcilié l’humanité avec Dieu et avec elle-même « en ayant établi la paix par le sang de la croix » (Col 1,20). La « parole de la croix » fonde ainsi un « universalisme » que l’on retrouvera dans la manière dont Paul construira des communautés où « il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave  ni homme libre, ni l’homme et la femme » (Ga 3,28)[18].
Enfin – c’est une autre forme d’universalité -, si « la croix est l’excès de la honte, elle est pour nous le témoignage que, quelle que soit l’abjection dans laquelle un homme puisse tomber, en elle il trouvera la croix du Christ, lui qui s’est abaissé, humilié (cf.Ph 2,8), pour compatir avec lui »[19]

POUR QUE NE SOIT PAS RÉDUITE À NÉANT LA CROIX DU CHRIST
C’est le troisième aspect de notre réflexion ; il s’inscrit dans le droit fil du développement de Paul qui, après avoir montré aux chrétiens de Corinthe comment ils incarnent le monde nouveau né de la mort et de la résurrection du Christ, poursuit sa réflexion en évoquant sa venue à Corinthe : « Moi-même, quand je suis venu chez vous, frères, ce n’est pas avec le prestige de la parole ou de la sagesse que je suis venu vous annoncer le mystère de Dieu. Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus Christ et Jésus Christ crucifié ». Ce à quoi il ajoute « Aussi ai-je été devant vous faible, craintif et tout tremblant ; ma parole et ma prédication n’avaient rien des discours persuasifs de la sagesse, mais elles étaient une démonstration faite par la puissance de l’Esprit, afin que votre foi ne soit pas fondée sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu » (1 Co 2,3-5)
Voilà qui montre que l’orientation de la réflexion de Paul sur le Christ, mort crucifié et ressuscité[20], avec ses conséquences par rapport aux représentations que l’on se fait de Dieu et à la vie des communautés chrétiennes, éclaire aussi la manière dont l’apôtre envisage son ministère, notamment en s’interdisant toute annonce de l’Évangile qui risquerait de le réduire à un simple discours de sagesse humaine : « Le Christ ne m’a pas envoyé baptiser, mais annoncer l’Évangile, et cela sans recourir à la sagesse du discours pour que ne soit pas réduite à néant la croix du Christ » (1 Co 1,17 ; 2,3-5). C’est la raison pour laquelle Paul défendra farouchement l’Évangile qu’il a reçu (Ga 1,6-9 ; 2,14ss) contre ceux qui, trahissant l’œuvre salvifique du Christ,  en prônant surtout le retour à la loi de Moïse, annoncent des évangiles  qui ne sont pas conformes à cet Evangile dont il ne cesse d’approfondir les conséquences pour l’humanité.
C’est aussi pour cela qu’à la lumière de la croix Paul interprètera les échecs et les épreuves qu’il rencontre. Ils sont un des lieux privilégiés de la configuration de l’apôtre au Christ et de la participation à son œuvre salvifique : « Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus » (2 Co 4,10)[21]. Et l’auteur de la lettre aux Colossiens écrira : « Je trouve maintenant ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète ce qui manque aux tribulations du Christ en ma chair pour son corps qui est l’Église » (Col 1,24)[22]. Il n’en est pas moins vrai que s’ils sont l’occasion, pour l’apôtre, de communier aux souffrances du Christ sur la croix, les épreuves, les faiblesses et les échecs sont surtout le lieu où l’apôtre peut expérimenter la présence du Ressuscité et la puissance de l’Amour de Dieu qui  console et rend fort (2 Co 1,3-5). D’autant plus que « nos détresses d’un moment sont légères par rapport au poids extraordinaire de gloire éternelle qu’elles nous préparent. Notre objectif n’est pas ce qui se voit, mais ce qui ne se voit pas ; ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel » (2 Co 4,17 ; Rm 8,18).
On se souvient ici de ce passage de la lettre aux Philippiens où Paul lie de manière indissociable la puissance de la Résurrection et la communion aux souffrances du Christ : « Car il s’agit de le connaître, lui, avec la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans sa mort afin de parvenir, s’il l’est possible, à la Résurrection d’entre les morts » (Ph 3,10-11).  Pourquoi une telle insistance ? Parce que, pour le disciple de Jésus, souffrances et persécutions sont « le moyen par lequel la puissance de Dieu se révèle en plénitude, comme dans le « logos tou staurou », lorsque la fragilité et la vulnérabilité deviennent le lieu même de la puissance divine[23] » Ce à quoi Jean Noël Aletti ajoute : « De plus, le disciple du Christ ne souffre pas seul, il souffre avec le Christ[24] et avec les autres croyants[25]; mieux étant en Christ, membre du corps du Christ, c’est en quelque sorte le corps du Christ qui souffre en lui et par lui[26] ». Pas de dolorisme ni de masochisme donc dans le désir qu’a Paul de participer aux souffrances du Christ, puisque c’est dans la perspective de la communion avec le Ressuscité, qui est le Vivant, que les souffrances sont envisagées et éprouvées. Pour que la puissance de Dieu puisse vraiment et paradoxalement se manifester.
Pour Paul, tel est le grand mystère de l’Annonce de l’Évangile : c’est dans la faiblesse et la pauvreté des situations que la puissance de Dieu peut donner toute sa mesure[27] (1 Co 1,26ss ; 2 Co 4,7-10). C’est aussi le mystère de toute vie baptismale et de tout apostolat où, au plus profond de sa misère, de sa faiblesse, de ses échecs et de ses souffrances, s’impose la nécessité d’accueillir l’œuvre de la toute-puissance divine : « À ce sujet, par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : ‘Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse afin que repose sur moi la puissance du Christ’. Donc, je me complais dans les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les angoisses pour le Christ. Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12,8-10).
Que dire en conclusion ? Que la croix, dans l’œuvre de Paul, est toujours en référence avec le Ressuscité ou le Seigneur de Gloire[28]. Comprise comme « parole de la croix », elle porte avec elle un langage qui n’est pas de négativité, puisqu’il s’inscrit toujours dans un contexte d’amour (Ga 2,21), de réconciliation (Col 1,28), de paix (Ep 2,14-18), de justice, de sanctification et de délivrance (lCo 1,30). La croix a ainsi, dans l’œuvre de Paul, une fonction de révélation[29] qui fait qu’à l’amour de Dieu manifesté par et sur la croix (Rm 8,31-39), le baptisé est invité à répondre dans un même élan d’amour et d’oblativité[30].
Mais, parce que la foi au Christ, crucifié et ressuscité comporte – et comportera toujours – un aspect de « scandale » et de « folie », on comprendra que la révélation chrétienne et l’existence du baptisé soient, pour Paul, irrémédiablement marqués du double sceau de la contradiction et de l’espérance qui lui est intimement liée[31],et qui fonde une manière particulière d’habiter la condition humaine (2 Co 4,8ss).

© Mgr Pierre Debergé, recteur de l’Institut catholique de Toulouse, SBEV, Bulletin Information Biblique n° 76 (juin 2011) p. 1.

NOTES SUR EL SITE

BENOÎT XVI, L’AVAIT DIT, IL LE FAIT: « NE RIEN PRÉFÉRER À L’AMOUR DU CHRIST »

12 février, 2013

http://www.zenit.org/fr/articles/benoit-xvi-l-avait-dit-il-le-fait-ne-rien-preferer-a-l-amour-du-christ

BENOÎT XVI, L’AVAIT DIT, IL LE FAIT: « NE RIEN PRÉFÉRER À L’AMOUR DU CHRIST »

LE SECRET DE LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

ROME, 12 FÉVRIER 2013 (ZENIT.ORG). ANITA BOURDIN

L’Anneau du pêcheur sera brisé pour une pêche plus féconde encore. Le geste du pape éclaire d’une lumière nouvelle le service du Successeur de Pierre, appelé, comme tout baptisé, à « ne rien préférer à l’amour du Christ ».
Benoît a évoqué, dans le livre d’entretien avec Peter Seewald « Lumière du monde » (2010), le droit et le devoir de se retirer de cette charge (p.51). On peut voir dans la décision du pape un geste proprement « eucharistique » et donc au service de la Nouvelle évangélisation, comme il le disait de Célestin V: « le premier impératif est toujours celui de prier le Seigneur de la moisson ».
Seewald demande : « On peut imaginer une situation dans laquelle vous jugiez opportun un retrait du pape ? »  La réponse est « Oui, quand un pape en vient à reconnaître en toute clarté que physiquement, psychiquement, et spirituellement i ne peut plus assumer la charge de son ministère, alors il a le droit, et, selon les circonstances, le devoir, de se retirer ».
Le 11 février, avec cohérence, le pape fait ce qu’il avait « envisagé » à l’époque, a souligné le cardinal Vingt-Trois. Mais ce n’est certainement pas « abdiquer ». Là-dessus aussi, dans sa réponse dans la question précédente, Benoît XVI ne laisse aucun doute.
Seewald demande (p. 50), en faisant allusion au poids du pontificat : « Avez-vous pensé à vous retirer ? » Réponse : Quand le danger est grand, il ne faut pas s’enfuir. »  On se souvient, par exemple, du voyage qualifié « à risque » au Liban en septembre 2013: le pape n’a pas renoncé.
Le pape ajoute à sa réponse : « Le moment n’est donc sûrement pas venu de se retirer. C’est justement dans ce genre de moments qu’il faut tenir bon et dominer la situation difficile. C’est ma conception. On peut se retirer dans un moment calme, ou quand, tout simplement on ne peut plus ; Mais on ne doit pas s’enfuir au milieu du danger et dire : « Qu’un autre s’en occupe ». »
Benoît XVI a attendu un « moment calme » : la dernière turbulence datant du procès « vatileaks », mené tambour battant, en octobre dernier.
Un autre te ceindra
Le pape manifeste par ce geste un sens aigu de sa responsabilité, une docilité spirituelle à l’Esprit Saint, un détachement du pouvoir, un grand réalisme spirituel. Comme le dit Thérèse de Lisieux: « L’humilité, c’est la vérité sur soi ». La vérité sur des forces qui diminuent c’est aussi une parole du Christ à son Serviteur.
En Jean (21, 18) le Christ ressuscité dit à Pierre: « En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais ; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas ».
Même sur un chemin que (presque) personne n’a jamais pris. Le Chemin d’un Célestin V. Il prend ce faisant le risque d’être incompris, humilié par les incompréhensions, car suivre le Christ, « l’amitié avec le Christ », selon sa belle expression, c’est cela la valeur suprême. Pas l’exercice du pouvoir. Quel enseignement pour toute l’Eglise et pour les grands de ce monde… Un enseignement différent mais certainement aussi fort que l’enseignement de la « Passion » douloureuse de Jean-Paul II. Ce geste enseigne davantage que tous les discours du pape à ses séminaristes sur le « carriérisme ».
Benoît XVI donne l’enseignement suprême qui anticipe en quelque sorte la mort: il va librement et seul vers sa « Passion ». On a l’impresson que celui qui a longuement médité sur l’alliance dans l’Eglise du « principe pétrinien » et du « principe marial » fait un geste « marial » après avoir affronté les tempêtes de façon « pétrinienne ». La vie cachée de Marie après la résurrection du Christ.
Il y a une existence encore plus féconde pour l’Eglise que l’exercice de la charge suprême, il y a une offrande qui fait plus de bien à cette humanité, et il choisit cette voie du « davantage »: humilité, sacrifice, prière, vie cachée.

UN GESTE MARIAL ET EUCHARISTIQUE
Mais surtout, comme Marie, à la suite du Christ. Dans l’Incarnation, la divinité prend un visage humain et en quelque sorte se cache sous ce voile; dans la Passion, le Verbe incarné défiguré, n’a plus de « vaisage humain », comme le dit Isaïe dans sa vision du Serviteur souffrant; enfin, dans l’Eucharistie, la divinité, sous l’apparence du pain et du vin, et le « plus beau des enfants des hommes », se fait pain de vie pour l’humanité. Pour être avec l’humanité jusqu’à la fin des temps. Cette retraite de Benoît XVI est comme « eucharistique », et un mode nouveau que lui a inspiré l’Esprit Saint de servir encore « davantage ».
De Célestin V, le pape moine qui a lui aussi décidé de finir sa vie de façon cachée, en moine, en 1294 (cf. Zenit du 11 février 2013) et que Benoît XVI est allé honorer deux fois en 2009 et 2010, le pape a souligné tout d’abord combien il a marqué l’histoire, par sa sainteté: « Huit cents ans se sont écoulés depuis la naissance de saint Pierre Célestin V, mais il reste présent dans l’histoire en raison des célèbres événements de son époque et de son pontificat et, surtout, de sa sainteté. En effet, la sainteté ne perd jamais sa force d’attraction, elle ne tombe pas dans l’oubli, elle ne passe jamais de mode, au contraire, avec le passage du temps elle resplendit d’une luminosité toujours plus grande, exprimant la tension éternelle de l’homme vers Dieu ».
Plus encore, le pape a voulu tirer « plusieurs enseignements de la vie » du saint pape  qui sont «  valables également à notre époque ».
Tout d’abord, il voit en lui un  «chercheur de Dieu», « un homme souhaitant trouver des réponses aux grandes interrogations de notre existence: qui suis-je, d’où est-ce que je viens, pourquoi est-ce que je vis, pour qui est-ce que je vis? Il se met en route à la recherche de la vérité et du bonheur, il se met à la recherche de Dieu et, pour écouter sa voix, il décide de se séparer du monde et de vivre en ermite. Le silence devient ainsi l’élément qui caractérise sa vie quotidienne. Et c’est précisément dans le silence extérieur, mais surtout dans celui intérieur, qu’il réussit à percevoir la voix de Dieu, capable d’orienter sa vie ».
Le pape en tire ce premier enseignement pour aujourd’hui, l’appel à la sainteté, et au silence, en disant: « N’ayons pas peur de faire le silence en nous et à l’extérieur de nous, si nous voulons être capables non seulement de percevoir la voix de Dieu, mais également la voix de ceux qui sont à nos côtés, la voix des autres ».
Deuxième enseignement: la découverte du Seigneur « n’est pas le résultat d’un effort, mais elle est rendue possible par la grâce de Dieu lui-même, qui le prévient ».
Le pape actualise cet enseignement en soulignant que tout est don à recevoir, avant d’être action à accomplir: « Tout l’essentiel de notre existence nous a été donné sans notre contribution. Le fait que je vive ne dépend pas de moi; le fait que des personnes m’aient introduit dans la vie, m’aient enseigné ce que signifie aimer et être aimé, m’aient transmis la foi et m’aient ouvert les yeux à Dieu: tout cela est une grâce et n’est pas «fait par moi». Seuls nous n’aurions rien pu faire si cela ne nous avait pas été donné: Dieu nous précède toujours et dans chaque vie il existe du beau et du bon que nous pouvons reconnaître facilement comme sa grâce, comme un rayon de lumière de sa bonté ».

L’IMPÉRATIF DE PRIER POUR LA MOISSON
A une société du « faire », de « l’efficacité », de la recherche du pouvoir et de la domination, la décision de Benoît XVi indique qu’il y a une voie plus essentielle encore: « Si nous apprenons à connaître Dieu dans sa bonté infinie, alors nous serons également capables de voir, avec étonnement, dans notre vie — comme les saints — les signes de ce Dieu qui est toujours proche de nous, qui est toujours bon avec nous, qui nous dit: «Aie foi en moi!». »
Et c’est un chemin de croix: « La Croix constitua véritablement le centre de sa vie, elle lui donna la force pour affronter les dures pénitences et les moments les plus difficiles, de sa jeunesse à sa dernière heure: il fut toujours conscient que le salut vient de celle-ci. La Croix donna également à saint Pierre-Célestin une claire conscience du péché, toujours accompagnée par une tout aussi claire conscience de l’infinie miséricorde de Dieu envers sa créature. En voyant les bras grands ouverts de son Dieu crucifié, il s’est senti conduit dans l’océan infini de l’amour de Dieu ».
Voilà la fécondité du sacerdoce de Célestin V, au service de la miséricorde : « En tant que prêtre, il a fait l’expérience de la beauté d’être l’administrateur de cette miséricorde, en donnant l’absolution des péchés aux pénitents, et, lorsqu’il fut élu sur le Siège de l’Apôtre Pierre, il voulut accorder une indulgence particulière, appelée «Le Pardon». Je désire exhorter les prêtres à devenir des témoins clairs et crédibles de la bonne nouvelle de la réconciliation avec Dieu, en aidant l’homme d’aujourd’hui à retrouver le sens du péché et du pardon de Dieu ».
Troisième élément souligné par Benoît XVI, et c’est certainement décisif pour son choix de se retirer, c’est la « fécondité pastorale » du pape démissionnaire : « Saint Pierre-Célestin, bien que conduisant une vie d’ermite, n’était pas «fermé sur lui-même», mais il était pris par la passion d’apporter la bonne nouvelle de l’Evangile à ses frères. Et le secret de sa fécondité pastorale se trouvait précisément dans le fait de «demeurer» avec le Seigneur, dans la prière (…): le premier impératif est toujours celui de prier le Seigneur de la moisson».
Voilà en quelque sorte le nouveau programme du pape: « Et c’est seulement après cette invitation que Jésus définit certains engagements essentiels des disciples: l’annonce sereine, claire et courageuse du message évangélique — même dans les moments de persécution — sans céder ni à l’attrait des modes, ni à celui de la violence ou de l’imposition; le détachement des préoccupations pour les biens matériels — l’argent et les vêtements — en se confiant à la Providence du Père; l’attention et le soin particulier à l’égard des maladies du corps et de l’esprit ».
Il y voit les caractéristiques d’un pontificat « missionnaire » qui ressemble au sien : « Ce furent également les caractéristiques du pontificat, bref et tourmenté, de Célestin V, et telles sont les caractéristiques de l’activité missionnaire de l’Eglise à chaque époque ». La retraite ne veut donc pas dire la fin de la mission, au contraire. Saint Augustin indique ce chemin spirituel, « de l’extérieur à l’intérieur, de l’inférieur au supérieur » (ab exterioribus ad interiora, ab infèrioribus ad superiora).
Le pape se retire pour répondre à sa mission, il pose cet acte de foi, en l’Année de la foi, fait ce saut dans le vide – aucun modèle proche, un chemin à inventer, en se déprenant de tout -, pour s’engager davantage encore dans la Nouvelle évangélisation.
Comme les apôtres qui n’ont pas achevé leur pêche, mais posent leurs filets pour suivre le Maître qui les appelle à être des « pêcheurs d’hommes », il laisse à un autre l’Anneau du pêcheur pour une pêche plus féconde encore. En affirmant cette règle de vie du chrétien formulée par saint Benoît: « Ne rien préférer à l’amour du Christ ». C’est cela la Nouvelle évangélisation réussie: qu’en tout chrétien, rien ne soit préféré à son amour. Pas même la plus haute charge dans l’Eglise. Ou bien encore: « Quoi de plus doux, mes frères, que la voix du Seigneur qui appelle ».
Un dernier mot. Le geste inouï de Benoît XVI – le coup de tonnerre du 11 février 2013 restera dans l’histoire – évoque surtout une autre figure, évangélique: celle de Jean Baptiste qui déclare « Il faut qu’Il grandisse et que je diminue ». Mais il dit aussi sa joie: « Qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Telle est ma joie, et elle est complète » (Jean 3, 29-30). Ce qui est en jeu, c’est le mystère de l’Eglise. Il nous faudra du temps pour y entrer, pour se laisser éclairer par cette lumière si nouvelle – et aveuglante aujourd’hui -  sur la mission de Pierre et son service de la communion.