Archive pour le 7 février, 2013

St. Josephine Bakhita of Sudan

7 février, 2013

St. Josephine Bakhita of Sudan dans images sacrée

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L’EGLISE POUR SAINT PAUL

7 février, 2013

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L’EGLISE POUR SAINT PAUL

Dans la Bible grecque, dite des Septante, le terme ekklésia désigne l’ensemble du peuple juif réuni pour la prière. Pour Paul, ce même terme désigne uniquement les chrétiens, en commençant par la communauté des disciples de Jérusalem, l’Eglise-mère, puis en continuant par les différentes communautés locales. Ce n’est que dans les lettres dites de captivité, qu’il prendra ce terme dans le sens de l’Eglise universelle.

L’EGLISE, CORPS DU CHRIST
La communauté des disciples implique une participation effective à la vie du Christ : tout le peuple participe à cette vie dans le Christ. C’est une multitude qui se trouve ainsi greffée sur le Christ lui-même. Et la communauté avec le Christ conduit et implique une communauté de vie avec tous ceux qui participent à la vie du Seigneur. Cette grande idée de Paul se trouve ainsi exprimée au chapitre 12 de la lettre aux Romains :
Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. (Ro. 12, 4-5).
Cette réalité du Corps qui est ainsi constitué par les chrétiens n’est pas une métaphore, une image, c’est, selon Paul, une réalité ontologique, même si elle n’est pas physique, même si elle n’est pas visible. Déjà, le livre de Jérémie présentait le Peuple de Dieu comme une personne à qui Dieu s’adressait comme à une fiancée, comme à sa bien aimée :
En ce temps-là, dit Yahvé, Je serai le Dieu de toutes les familles d’Israël, Et ils seront mon peuple. Ainsi parle Yahvé : Il a trouvé grâce dans le désert, Le peuple de ceux qui ont échappé au glaive ; Israël marche vers son lieu de repos. De loin Yahvé se montre à moi : Je t’aime d’un amour éternel ; C’est pourquoi je te conserve ma bonté. Je te rétablirai encore, et tu seras rétablie, Vierge d’Israël ! (Jér. 31 l-4).
Le terme même d’ekklésia qui indique la communauté rassemblée convoquée par un appel de Dieu traduit le terme hébreu « qahal », convocation. L’Eglise, c’est la convocation du nouvel Israël.
De cette manière, Paul se situe dans la droite ligne des textes de l’Ancien Testament, dont il se trouve l’héritier. En effet, toute la Bible peut être considérée comme le grand roman d’amour de Dieu et de son peuple, avec qui il a fait une alliance comparable à l’alliance nuptiale. Les traditions mystiques, aussi bien juives que chrétiennes, ont toujours considéré le Cantique des cantiques comme le livre qui exprime le secret de toute l’Ecriture sainte, celui qui indique explicitement l’amour de Dieu pour son épouse. C’est aussi dans la tradition prophétique du livre d’Ezéchiel qu’il serait possible d’inscrire la pensée de Paul :
Je te jurai fidélité, je fis alliance avec toi, dit le Seigneur, Yahvé, et tu fus à moi. Je te lavai dans l’eau, je fis disparaître le sang qui était sur toi, et je t’oignis avec de l’huile. Je te donnai des vêtements brodés, et une chaussure de peaux teintes en bleu ; je te ceignis de fin lin, et je te couvris de soie. Je te parai d’ornements je mis des bracelets à tes mains, un collier à ton cou, je mis un anneau à ton nez, des pendants à tes oreilles, et une couronne magnifique sur ta tête. Ainsi tu fus parée d’or et d’argent, et tu fus vêtue de fin lin, de soie et d’étoffes brodées. La fleur de farine, le miel et l’huile, furent ta nourriture. Tu étais d’une beauté accomplie, digne de la royauté. Et ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté ; car elle était parfaite, grâce à l’éclat dont je t’avais ornée, dit le Seigneur, Yahvé. (Ez. 16, 9-14)
En effet, la lettre aux Ephésiens, au chapitre 5, reprend les mêmes thèmes de la préparation nuptiale :
Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur ; car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église, qui est son corps, et dont il est le Sauveur. Or, de même que l’Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses. Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier par la parole, après l’avoir purifiée par le baptême d’eau, afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et irrépréhensible. C’est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. Celui qui aime sa femme s’aime lui-même. Car jamais personne n’a haï sa propre chair; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l’Église, parce que nous sommes membres de son corps. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand; je dis cela par rapport à Christ et à l’Église. Du reste, que chacun de vous aime sa femme comme lui-même, et que la femme respecte son mari. (Eph. 5, 22-32).
Tout au long de ce texte, Paul pense que le Christ et l’Eglise ont l’un à l’égard de l’autre le statut d’époux et d’épouse transposant ainsi au nouveau peuple de Dieu les thèmes classiques de l’Ancien Testament. Mais bien qu’il utilise ce thème des épousailles, il ne dit pas explicitement, comme il peut le faire par ailleurs, que le Christ est époux et que l’Eglise est épouse. En revanche, il qualifie le Christ de chef (tête) et l’Eglise de corps. Saint Paul applique ainsi à l’Eglise une manière, déjà courante dans l’antiquité, de parler : un groupe humain est considéré comme un corps. Le groupe « Eglise » se caractérise par l’influence du Christ et par l’appartenance au Christ; et en ce sens, l’Eglise mérite bien ce nom de corps du Christ. Et pour appuyer ses considérations, il cite un verset du livre de la Genèse, en précisant : « Ce mystère est grand : je déclare qu’il concerne le Christ et l’Eglise ». Paul semble voir dans le couple Christ-Eglise, en quelque sorte, l’image du couple primitif, le type de tout mariage humain. Le terme « mystère », chez saint Paul, signifie une réalité cachée, un secret que seule une révélation peut dévoiler ; en fait. il s’agit presque toujours d’une réalité qui appartient au dessein éternel de Dieu et que Dieu seul peut faire connaître. Dans le cas présent, le mystère recouvre le sens figuratif du couple d’Adam et Eve. Dans le dessein de Dieu, ce couple primitif symbolise et prépare l’union du Christ et de l’Eglise qui réalise dans la pleine vérité l’union du premier homme et de la première femme. En créant l’homme et la femme, Dieu a commencé a réaliser son dessein qu’il réaliserait définitivement et manifesterait tout son sens dans l’union du Christ et de l’Eglise.
Paul rappelle les aspects fondamentaux de l’activité du Christ en faveur de son Eglise : la purification et la sollicitude constante. Le Christ a voulu pour lui un corps, une épouse, sainte et immaculée, et, pour cela, il l’a purifiée dans un bain de purification « avec l’eau qui lave et cela par la parole », et pour réaliser ce bain, il est mort pour elle.
On trouve ici les éléments essentiels de la doctrine de la rédemption et de la sanctification : le bain d’eau qu’une parole accompagne représente le baptême, bien que Paul n’explique pas ici le lien du baptême avec la mort de Jésus. Mais l’activité du Christ pour son Eglise ne s’achève pas dans le baptême : il veille à la croissance de son Corps, ainsi que Paul le disait déjà au chapitre 4 de cette même lettre aux Ephésiens :
afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ. C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité. (Eph. 4, 14-16).
L’Eglise, quant à elle, se soumet à son chef, mais cette soumission n’a rien de servile, si l’on considère l’attitude du Christ vis-à-vis d’elle : l’Eglise se sait aimée de son chef, et bien plus encore qu’elle ne peut l’aimer. Sa soumission se traduit alors par un abandon confiant de celle qui est la bien-aimée et par la fidélité de son amour pour son bien-aimé. De la sorte, le rapport d’autorité n’est ni dur ni avilissant : l’Eglise vit sa relation au Christ dans la liberté caractéristique de l’amour.
Mais, Paul découvre aussi que le Corps du Christ se trouve encore dans un état d’inachèvement, il va même un peu plus loin, dans sa lettre aux Colossiens, au chapitre premier, en affirmant qu’il complète ce qu’il manque à la Passion du Christ pour son Corps qui est l’Eglise :
Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances de Christ, je l’achève en ma chair, pour son corps, qui est l’Église. C’est d’elle que j’ai été fait ministre, selon la charge que Dieu m’a donnée auprès de vous, afin que j’annonçasse pleinement la parole de Dieu, le mystère caché de tout temps et dans tous les âges, mais révélé maintenant à ses saints, à qui Dieu a voulu faire connaître quelle est la glorieuse richesse de ce mystère parmi les païens, savoir: Christ en vous, l’espérance de la gloire. C’est lui que nous annonçons, exhortant tout homme, et instruisant tout homme en toute sagesse, afin de présenter à Dieu tout homme, devenu parfait en Christ. C’est à quoi je travaille, en combattant avec sa force, qui agit puissamment en moi. (Col. 1, 24-29).
Il introduit ici le thème de la participation des chrétiens aux souffrances du Christ qui sont incomplètes. Mais rien dans le contexte, ni même dans l’ensemble de la théologie de Paul ne permet d’interpréter ces souffrances et ces détresses du Christ au sens des souffrances historiques de sa passion : la mort du Christ a été pleinement efficace, comme Paul l’affirme d’ailleurs fréquemment. Il s’agit plutôt des épreuves du Christ au sens de la personnalité corporative, aussi bien en tant que Paul vit dans le Christ et que le Christ vit en lui, qu’en tant que l’Eglise vit dans le Christ et que le Christ vit en elle. Les souffrances que les uns et les autres endurent sont des signes qui témoignent de la puissance de Dieu : le Christ continue de souffrir en Paul et dans l’Eglise, comme il a souffert historiquement pour établir l’Eglise. Il faut encore revenir ici sur le sens de l’expression « pour son Corps qui est l’Eglise ». puisque le corps est l’homme lui-même, tout en se distinguant de lui, les chrétiens, qui forment un seul corps (au sens de la personnalité corporative), sont le Christ en tant que corps. Et continuant le Christ par ses souffrances Paul le continue également par la prédication de l’Evangile, puisqu’il est devenu le serviteur de la Parole auprès des hommes, et particulièrement auprès des païens. Sa fonction principale est de faire connaître le « mystère » de Dieu, le dessein caché de sa volonté. Et ce « mystère », c’est le Christ lui-même, le mystère du Corps du Christ, qui inclut aussi bien les païens que les juifs, et la pleine réalisation de l’univers, ainsi que Paul l’exprime lui-même au premier chapitre de sa lettre aux Ephésiens :
nous faisant connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu’il avait formé en lui-même, pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. (Eph. 1, 9-10)
La révélation du mystère du Christ ne peut se faire que dans la prédication évangélique, qui ne peut pas être totalement épuisée par une connaissance humaine, rationnelle, mais qui peut être révélée par la grâce de Dieu. Et c’est précisément le dessein de Dieu que son peuple connaisse toutes les merveilles de ce mystère. Paul et tous les prédicateurs de l’Evangile ne font rien d’autre que ne faire resplendir la gloire du mystère que Dieu a daigné révéler en son Fils. De plus, il faut remarquer que la communauté des souffrances avec le Christ obtient de Dieu la communauté des mérites du Christ. C’est ce que le Symbole des apôtres et toute la tradition théologique ultérieure appellent la « communion des saints » qui construit le corps mystique du Christ. Cette communion se réalise d’abord par la prière, ainsi qu’en témoignent de nombreux extraits des lettres de Paul, par exemple en Ephésiens :

C’est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus et de votre charité pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières, afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance, et qu’il illumine les yeux de votre cœur, pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu’il réserve aux saints… (Eph. 1, 15-18)
Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications. Veillez à cela avec une entière persévérance, et priez pour tous les saints. Priez pour moi, afin qu’il me soit donné, quand j’ouvre la bouche, de faire connaître hardiment et librement le mystère de l’Évangile, pour lequel je suis ambassadeur dans les chaînes, et que j’en parle avec assurance comme je dois en parler. (Eph. 6, 18-20).
Persévérez dans la prière, veillez-y avec actions de grâces. Priez en même temps pour nous, afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, en sorte que je puisse annoncer le mystère de Christ, pour lequel je suis dans les chaînes, et le faire connaître comme je dois en parler. (Col. 4, 2-4).
Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus-Christ et par l’amour de l’Esprit, à combattre avec moi, en adressant à Dieu des prières en ma faveur, afin que je sois délivré des incrédules de la Judée, et que les dons que je porte à Jérusalem soient agréés des saints… (Ro. 15, 30-31).
Mais cette communauté me se traduit pas seulement dans la prière, elle s’effectue dans des actes, notamment ceux de l’aumône. Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul donne lui-même des indications pour que se fasse la collecte en faveur de l’Eglise de Jérusalem :
Pour ce qui concerne la collecte en faveur des saints, agissez, vous aussi, comme je l’ai ordonné aux Églises de la Galatie. Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu’il pourra, selon sa prospérité, afin qu’on n’attende pas mon arrivée pour recueillir les dons. Et quand je serai venu, j’enverrai avec des lettres, pour porter vos libéralités à Jérusalem, les personnes que vous aurez approuvées. Si la chose mérite que j’y aille moi-même, elles feront le voyage avec moi. (1 Co. 16, 1-4).
Et, dans sa lettre aux Romains, au chapitre 15, en manifestant des projets de voyage, Paul souligne qu’il doit d’abord aller à Jérusalem porter le fruit de la collecte organisée par les Eglises :
C’est ce qui m’a souvent empêché d’aller vers vous. Mais maintenant, n’ayant plus rien qui me retienne dans ces contrées, et ayant depuis plusieurs années le désir d’aller vers vous, j’espère vous voir en passant, quand je me rendrai en Espagne, et y être accompagné par vous, après que j’aurai satisfait en partie mon désir de me trouver chez vous. Présentement je vais à Jérusalem, pour le service des saints. Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem. Elles l’ont bien voulu, et elles le leur devaient ; car si les païens ont eu part à leurs avantages spirituels, ils doivent aussi les assister dans les choses temporelles. Dès que j’aurai terminé cette affaire et que je leur aurai remis ces dons, je partirai pour l’Espagne et passerai chez vous. Je sais qu’en allant vers vous, c’est avec une pleine bénédiction de Christ que j’irai. (Ro. 15, 24-29).
Si la solidarité s’exerce au niveau spirituel, elle doit aussi se traduire dans les faits. C’est ainsi que peut s’édifier le Corps du Christ, dans la charité. Mais si la solidarité peut exister dans le bien, elle existe aussi dans le mal : les membres malsains d’une communauté, d’un corps constitué font souffrir les autres membres. C’est principalement dams sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 12, que Paul exprime le plus clairement sa comparaison de l’Eglise avec le corps humain, en soulignant que le pluralisme n’empêche absolument pas l’unité.
Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il de Christ. Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Ainsi le corps n’est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs membres. Si le pied disait : Parce que je ne suis pas une main, je ne suis pas du corps, ne serait-il pas du corps pour cela ? Et si l’oreille disait : Parce que je ne suis pas un oeil, je ne suis pas du corps, ne serait-elle pas du corps pour cela ? Si tout le corps était oeil, où serait l’ouïe ? S’il était tout ouïe, où serait l’odorat ? Maintenant Dieu a placé chacun des membres dans le corps comme il a voulu. Si tous étaient un seul membre, où serait le corps ? Maintenant donc il y a plusieurs membres, et un seul corps. L’œil ne peut pas dire à la main : Je n’ai pas besoin de toi ; ni la tête dire aux pieds : Je n’ai pas besoin de vous. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires ; et ceux que nous estimons être les moins honorables du corps, nous les entourons d’un plus grand honneur. Ainsi nos membres les moins honnêtes reçoivent le plus d’honneur, tandis que ceux qui sont honnêtes n’en ont pas besoin. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d’honneur à ce qui en manquait, afin qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les membres aient également soin les uns des autres. Et si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. (1 Co. 12, 12-27).
Il faut dire que la communauté de Corinthe avait chaleureusement accueilli la prédication évangélique, en découvrant le jaillissement spontané de l’Esprit-Saint et la totale liberté qu’il était possible de vivre en Jésus-Christ. Mais ce succès commence à poser des problèmes au sein de l’Eglise. Chacun des nouveaux convertis s’en va de son coté, en se réclamant de tel ou tel apôtre, et tout le monde s’imagine avoir l’Esprit de Dieu. Et c est le désordre et la discorde en tous les domaines. Il n’y a plus de vie communautaire possible, et le témoignage a Jésus-Christ se révèle totalement inexistant. Paul est inquiet, la situation de l’Eglise à Corinthe est un de ses soucis principaux, mais il est animé d’une certitude : la liberté totale des chrétiens n’est pas incompatible avec l’unité qui doit régner dans l’Eglise. Le Christ ne peut être divisé.
Dans le corps humain, la pluralité des membres n’empêche pas l’unité de l’ensemble, et les membres ne peuvent pas se soustraire a l’unité qu’ils partagent les uns avec les autres : ils appartiennent tous au même corps. Et inversement, le corps humain n’existe que dans la diversité de ses membres. Le pluralisme et l’unité à l’intérieur du corps apparaissent liés, et cela représente la volonté de Dieu lui-même : aucun membre ne peut être rejeté, car chacun joue un rôle spécifique. Et quand un membre souffre, c’est tout le corps qui souffre avec lui : dans la communauté constituée par les membres, tout ce qui arrive à l’un se répercute immédiatement à l’ensemble. Le premier terme de la comparaison se trouve ainsi, posé clairement, le second le sera très succinctement : « Vous êtes le corps du Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part ». Paul n’a pas besoin de s’attarder davantage : il suffit à son lecteur de reprendre tous les termes de la comparaison du corps pour comprendre immédiatement ce que l’apôtre entend faire saisir au moyen de cette comparaison : que chacun reste donc à la place que Dieu lui a réservée, car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Le pluralisme ne peut être une prétexte suffisant pour justifier le désordre ; la visée commune doit être le bien de l’ensemble, pour que puisse s’édifier, se construire, le corps de l’Eglise dans l’amour, qui est la voie qui surpasse toutes les voies, ainsi que Paul l’expliquera au chapitre 13 de cette même lettre aux orinthiens.

LE TEMPLE DE L’ESPRIT
Le Corps du Christ est également qualifié de Temple de l’Esprit-Saint. Et Paul utilise ensemble les deux images du corps et de l’édifice pour signifier l’Eglise. C’est dans la lettre aux Ephésiens particulièrement que ces deux images se retrouvent, ainsi au chapitre 2 d’une part et au chapitre 4 d’autre part :
Il est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux qui étaient près ; car par lui nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors ; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre angulaire. En lui tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit. (Eph. 2, 17-22).
afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ. C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité. (Eph. 4, 14-16)
L’Esprit habite en plénitude dans le Christ, et il habite également l’Eglise, qui est le Corps du Christ : c’est au Christ, et non à l’Esprit, que les chrétiens, en tant que membres du Corps, sont identifiés par la grâce de Dieu. Il n’y a pas de corps de l’Esprit, même si le Christ vit dans son Eglise par l’action de l’Esprit, même si l’Esprit habite en nous. L’inhabitation de l’Esprit-Saint en nous est une doctrine constante chez Paul, et elle se trouve particulièrement exprimée dams la lettre aux Romains, au chapitre 8 :
Or ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit, si du moins l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. Et si Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’esprit est vie à cause de la justice. Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, frères, nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez (Ro. 8, 8-13).
Paul fait une distinction classique chez lui, celle de la chair et de l’esprit : la chair s’oppose à l’esprit et l’esprit s’oppose à la chair. La chair, c’est le monde humain marqué par le péché, soumis à la loi de la mort. L’esprit, c’est le monde divin dans lequel la nouvelle humanité se trouve assumée, le monde spirituel qui a été engendré dans la résurrection de Jésus. L’homme sous l’empire de la chair se cherche lui-même et ne trouve rien d’autre que la mort ; l’homme spirituel, porté par l’Esprit, est mené à la paix et à la vie. Laissés à nous-mêmes, nous ne pouvons que rester dans le péché, puisque nous sommes charnels, mais Dieu prend pitié de nous, il nous sauve dans son Fils Jésus. Il nous transfère du monde de la chair au monde de l’Esprit, il nous communique son Esprit qui vit réellement en nous : nous sommes de la famille de Dieu. Nous sommes chrétiens, ou plus exactement, nous le devenons, nous sommes en train de le devenir, puisque c’est actuellement que nous vivons le mystère de notre rédemption : nous sommes assimilés progressivement au Christ, qui prend de plus en plus possession de nous-mêmes. Nous vivons encore la vie terrestre, et, de ce fait, nous sommes marqués par le péché, nous sommes donc conduits nécessairement à la mort : tout ce qui est péché en nous doit être englouti dans la mort pour que puisse vivre l’homme nouveau, l’homme sous l’empire de l’Esprit. Mais déjà l’Esprit s’est emparé de nous et nous participons déjà à sa vie. En reprenant méthodiquement ce court texte, il serait possible de dire :

NOUS SOMMES DANS L’ESPRIT,

car l’Esprit de Dieu et le Christ sont en nous (v. 9)
puisque le Christ est en nous,
nous sommes morts au péché et vivants pour la justice (v. 10)
puisque l’Esprit est en nous,
nous recevrons la vie par cet Esprit (v. 11)
en conséquence, nous sommes débiteurs
non envers la chair, mais envers l’Esprit (vv. 12-13).
L’Esprit de Dieu est en nous, : celui qui appartient au Christ possède son Esprit et grâce à lui , il existe dans l’Esprit. Pour appartenir au Christ et le considérer comme Seigneur, il faut avoir l’Esprit, et, réciproquement, quiconque a l’Esprit appartient par le fait même au Seigneur Jésus Christ. Et puisque l’Esprit habite pleinement Jésus Christ, et que l’Eglise constitue le corps mystique du Seigneur, l’Esprit habite en nous, comme il habite en Jésus, le vrai Temple de Dieu. Mais avant que n’intervienne l’Esprit, l’homme habite dans le péché. Celui-ci domine toute l’existence de l’homme : l’homme vit alors selon la chair, cette demeure du péché, qui est l’anti-temple de Dieu. Mais l’installation de l’Esprit chasse le, péché qui n’exerce plus son influence dominatrice. Le chrétien est ainsi sauvé par l’Esprit qui le sanctifie et qui en fait son Temple. Et cela se fait dans l’identification au Christ, lui qui est à la fois mort et vivant. Crucifié, le Christ est mort au péché, sa chair semblable à la chair de péché a été détruite ; ressuscité, il vit dans la sainteté divine. L’identification de l’homme au Christ le place également dans ce double état : d’une part il est crucifié avec lui et donc il est mort au péché, et d’autre part il est vivant avec lui parce qu’il possède son Esprit, qui fait naître à la vie nouvelle de la justice, c’est-à-dire à la sainteté qui fait produire des oeuvres agréables à Dieu. Ce n’est donc plus le péché qui règne en l’homme pour le pousser au mal, mais e’est l’Esprit qui pousse l’homme vers une conduite juste et bonne. Le chrétien apparaît alors comme un homme nouveau qui vit de l’Esprit Saint, dès aujourd’hui mais bientôt pleinement. Comme la mort du Christ, la mort du chrétien est déjà transfigurée : elle semble être une fin et une destruction, alors qu’elle est en fait résurrection et vie nouvelle.
Ce que les chrétiens sont, ils le sont en devenir : ils sont en train de vivre le mystère de leur salut. Ce sont des hommes qui doivent assumer à chaque instant leur condition humaine, et, en tant que membres du Christ, ils deviennent chrétiens dans la mesure où ils meurent et ressuscitent à chaque instant avec le Christ. L’Esprit Saint leur est donné, mais encore faut-il qu’ils l’acceptent et lui permettent de les renouveler tous les jours à nouveau.
En somme, pour reprendre une autre idée de Paul, l’Esprit en nous constitue les arrhes de la promesse qui nous est faite de devenir enfants de Dieu, et même bien plus que des arrhes, un levain qui déjà nous constitue comme tels dans un corps nouveau, un corps pneumatique, spirituel. Nous participons à la vie de l’Esprit. Ce terme de participation a l’Esprit Saint traduit le terme grec de koinonia, qui indique un contact soit avec une personne soit avec des réalités : c’est la communauté. Nous sommes appelés à la communauté avec le Fils de Dieu, ainsi que l’indique la salutation de la première lettre aux Corinthiens :
Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur (1 Co. 1, 9).
Nous sommes appelés à communier à ses souffrances, comme le dit Paul dans sa lettre aux Philippiens, au chapitre 3 :
afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort (Phi. 3, 10).
Nous communions à son corps et à son sang lors de l’eucharistie, ainsi que Paul le rappelle dans sa première lettre aux Corinthiens, au chapitre 10 :
La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps ; car nous participons tous à un même pain (1 Co. 10, 16-17).
C’est de la même manière que Paul entrevoit la participation des chrétiens dans l’Esprit-Saint ; il salue les Corinthiens en ces termes, dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, au chapitre 13 :
Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu, et la communication du Saint-Esprit, soient avec vous tous ! (2 Co. 13, 13).
formule qui peut être d’origine liturgique, mais qui est la plus trinitaire de toutes les formules de salutation du Nouveau Testament, puisque le sens personnel de l’Esprit s’impose nettement, alors que très souvent l’Esprit est simplement considéré comme l’Esprit de Dieu ou l’Esprit de Jésus-Christ. Dans cette formule, l’amour est mis en rapport direct avec Dieu, qui est la source de tout amour, la grâce est mise en rapport avec le Christ qui en est l’origine avec le Père, ainsi que Paul l’annonçait au début de cette même lettre : l’Esprit, quant à lui, est mis en rapport avec la communion. Nous participons à l’Esprit et c’est lui qui nous procure tous les dons spirituels, la charité et tous les autres charismes. C’est a un état de vie complètement nouveau qu’est introduit le croyant, en vivant dans la communion de l’Esprit.

LES CHARISMES DANS LA VIE DE L’EGLISE
La naissance de l’Eglise, telle qu’elle est rapportée dans le livre des Actes des apôtres, s’est accompagnée de manifestations psychiques extraordinaires, et ce livre rapporte bien tout l’intérêt que l’on pouvait porter aux charismes, en tant qu’ils signalaient les origines du christianisme, même dans des groupes qui n’avaient pas encore entendu la prédication de l’Evangile, signe que l’Esprit précède les disciples dans leur travail d’évangélisation. Paul interprète ces charismes comme des manifestations de l’Esprit de Dieu ; en bon héritier de la tradition juive, il estime que la puissance de Dieu est toujours à l’œuvre dans le monde et qu’elle peut gouverner les phénomènes naturels aussi bien que l’existence des hommes. Progressivement, il en viendra à considérer cette puissance de l’Esprit, comme la manifestation d’une hypostase divine, distincte du Père et du Fils et qu’il nommera l’Esprit-Saint, avec une particulière affirmation dans le verset de conclusion de la deuxième lettre aux Corinthiens. Si les interventions divines ont été nombreuses dans les premiers temps du christianisme, c’est parce que l’on se trouvait à un moment crucial de l’histoire religieuse : Dieu lui-même inaugurait un nouveau plan de salut.
Les Thessaloniciens ne semblent pas avoir accordé une grande importance à ces manifestations extraordinaires de la puissance de Dieu, même s’ils ont pu être les témoins des phénomènes spirituels qui ont marqué certainement le passage de Paul, à tel point que celui-ci leur recommande dans sa première lettre aux Thessaloniciens, au chapitre 5 :
N’éteignez pas l’Esprit. Ne méprisez pas les prophéties. Mais examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon ; abstenez-vous de toute espèce de mal. (1 Thes. 5, 19-22).
Peut-être faut-il comprendre la méfiance des Thessaloniciens à l’égard des charismes, à partir de cette phrase de Paul, dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens, au chapitre 2 :
Pour ce qui concerne l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ et notre réunion avec lui, nous vous prions, frères, de ne pas vous laisser facilement ébranler dans votre bon sens, et de ne pas vous laisser troubler, soit par quelque inspiration, soit par quelque parole, ou par quelque lettre qu’on dirait venir de nous, comme si le jour du Seigneur était déjà là. (2 Thes. 2, 1-2).
Les Thessaloniciens devaient être quelque peu alarmés, car des rumeurs diverses couraient sur l’imminence de la parousie, du retour du Seigneur ; et les nouvelles paraissent fondées puisqu’elles trouvent leur origine dans des paroles prophétiques que Paul aurait prononcées… Aussi certains chrétiens commencent à déserter leurs occupations quotidiennes, leur travail, pour se préparer à la parousie. La méfiance viendrait donc de la non-réalisation des paroles dites sous l’inspiration de l’Esprit : tout ce qui doit troubler inutilement les cœurs est à éviter sinon à proscrire.
En revanche, la lettre aux Galates et la première lettre aux Corinthiens fournissent de nombreux renseignements sur les dons de l’Esprit au passage de l’apôtre. Les Galates ont commencé leur vie chrétienne en recevant à profusion les dons de l’Esprit, en faisant des expériences spirituelles extraordinaires ; c’est leur oubli de leurs origines chrétiennes que Paul réprimande vivement :
O Galates, dépourvus de sens ! qui vous a fascinés, vous, aux yeux de qui Jésus-Christ a été peint comme crucifié ? Voici seulement ce que je veux apprendre de vous : Est-ce par les oeuvres de la loi que vous avez reçu l’Esprit, ou par la prédication de la foi ? Etes-vous tellement dépourvus de sens ? Après avoir commencé par l’Esprit, voulez-vous maintenant finir par la chair ? Avez-vous tant souffert en vain ? si toutefois c’est en vain. Celui qui vous accorde l’Esprit, et qui opère des miracles parmi vous, le fait-il donc par les oeuvres de la loi, ou par la prédication de la foi ? (Gal. 3, 1-5).
Aux Corinthiens, Paul rappelle les commencements de sa prédication. parmi eux : il leur a annoncé Jésus-Christ crucifié, et cela dans une démonstration de la puissance de l’Esprit :
Pour moi, frères, lorsque je suis allé chez vous, ce n’est pas avec une supériorité de langage ou de sagesse que je suis allé vous annoncer le témoignage de Dieu. Car je n’ai pas eu la pensée de savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Moi-même j’étais auprès de vous dans un état de faiblesse, de crainte, et de grand tremblement ; et ma parole et ma prédication ne reposaient pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance, afin que votre foi fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu. (1 Co. 2, 1-5).
Alors que ces phénomènes extraordinaires des interventions divines ne caractérisent guère la religion juive, qui est essentiellement légaliste, dans laquelle la tradition et l’écrit font la loi, le christianisme sera une religion fondée sur les interventions de l’Esprit. La foi en la résurrection de Jésus Christ est elle-même basée sur les apparitions qui sont des phénomènes d’ordre prophétique et spirituel. De plus, les preuves que le christianisme naissant tire de l’Ecriture proviennent d’une lecture des livres saints à la lumière de l’Esprit.
C’est également dans sa première lettre aux Corinthiens que Paul est le plus explicite, en ce qui concerne les dons de l’Esprit. Tout d’abord, il insiste sur le fait que les dons de l’Esprit font des fidèles du Christ des « spirituels » ou encore des « pneumatiques », qui sont marqués par des dons différents même si c’est le même Esprit qui agit. Ces phénomènes sont appelés « charismes », ou plus simplement « dons », parce qu’ils sont accordés simplement sous l’effet de la seule grâce de Dieu. Mais Paul parle aussi de « modes d’action », du fait même que c’est Dieu qui agit avec puissance dans ses fidèles, par l’Esprit. Et, au milieu de tous ces dons Paul insiste d’une manière particulière sur ces dons spirituels efficaces que sont les ministères, qui mettent les fidèles au service des autres fidèles, en vue du bien de tous.
Pour ce qui concerne les dons spirituels, je ne veux pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance. Vous savez que, lorsque vous étiez païens, vous vous laissiez entraîner vers les idoles muettes, selon que vous étiez conduits. C’est pourquoi je vous déclare que nul, s’il parle par l’Esprit de Dieu, ne dit : Jésus est anathème ! et que nul ne peut dire : Jésus est le Seigneur! si ce n’est par le Saint-Esprit. Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diversité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d’opérations, mais le même Dieu qui opère tout en tous. Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ; à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues. Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut. (1 Co. 12, 1-11).
Au chapitre 14, comme au chapitre 12 de cette lettre, un certain accent est mis sur le dom des langues, la glossolalie : c’est un caractère étrange qui s’est déjà manifesté à la Pentecôte. On a l’impression que le chrétien qui parle en langues s’adresse à Dieu pour prier : les mots prononcés son incompréhensibles, le discours n’a pas de signification déterminée. C’est ce qui donne à ce phénomène son caractère mystérieux : pourtant, saint Paul n’a pas l’air de mettre en doute le fait que ces paroles soient de véritables vocables. Mais un nouveau don se fait nécessairement jour, c’est celui de traducteur en langue normale de ce que les « glossolales » expriment d’une manière incompréhensible pour la plupart des fidèles. La glossolalie apparaît alors simplement comme une émotion de caractère extatique.
Recherchez la charité. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à celui de prophétie. En effet, celui qui parle en langue ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, car personne ne le comprend, et c’est en esprit qu’il dit des mystères. Celui qui prophétise, au contraire, parle aux hommes, les édifie, les exhorte, les console. Celui qui parle en langue s’édifie lui-même; celui qui prophétise édifie l’Église. Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n’interprète, pour que l’Église en reçoive de l’édification. Et maintenant, frères, de quelle utilité vous serais-je, si je venais à vous parlant en langues, et si je ne vous parlais pas par révélation, ou par connaissance, ou par prophétie, ou par doctrine ? Si les objets inanimés qui rendent un son, comme une flûte ou une harpe, ne rendent pas des sons distincts, comment reconnaîtra-t-on ce qui est joué sur la flûte ou sur la harpe ? Et si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat ? De même vous, si par la langue vous ne donnez pas une parole distincte, comment saura-t-on ce que vous dites ? Car vous parlerez en l’air. Quelque nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n’en est aucune qui ne soit une langue intelligible ; si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serai un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi. De même vous, puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l’édification de l’Église que vous cherchiez à en posséder abondamment. C’est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d’interpréter. Car si je prie en langue, mon esprit est en prière, mais mon intelligence demeure stérile. Que faire donc ? Je prierai par l’esprit, mais je prierai aussi avec l’intelligence ; je chanterai par l’esprit, mais je chanterai aussi avec l’intelligence. Autrement, si tu rends grâces par l’esprit, comment celui qui est dans les rangs de l’homme du peuple répondra-t-il : Amen ! à ton action de grâces, puisqu’il ne sait pas ce que tu dis ? Tu rends, il est vrai, d’excellentes actions de grâces, mais l’autre n’est pas édifié. Je rends grâces à Dieu de ce que je parle en langue plus que vous tous ; mais, dans l’Église, j’aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d’instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue. Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement ; mais pour la malice, soyez enfants, et, à l’égard du jugement, soyez des hommes faits. Il est écrit dans la loi : C’est par des hommes d’une autre langue et par des lèvres d’étrangers que je parlerai à ce peuple, et ils ne m’écouteront pas même ainsi, dit le Seigneur. Par conséquent, les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les non-croyants ; la prophétie, au contraire, est un signe, non pour les non-croyants, mais pour les croyants. Si donc, dans une assemblée de l’Église entière, tous parlent en langues, et qu’il survienne des hommes du peuple ou des non-croyants, ne diront-ils pas que vous êtes fous ? Mais si tous prophétisent, et qu’il survienne quelque non-croyant ou un homme du peuple, il est convaincu par tous, il est jugé par tous, les secrets de son cœur sont dévoilés, de telle sorte que, tombant sur sa face, il adorera Dieu, et publiera que Dieu est réellement au milieu de vous (1 Co. 14, 1-25).
Paul oppose alors prier en esprit, c’est-à-dire dans un état d’extase, et prier avec son intelligence, même si l’apôtre ne manifeste aucun mépris du don de la glossolalie, puisque lui-même le possède à un degré supérieur même s’il évite de l’utiliser, notamment dans les assemblées liturgiques, puisque personne ne peut donner son assentiment à ce qu’il ne comprend pas il préfère dire quelques paroles compréhensibles par tous que des milliers qui ne soient pas compréhensibles par les fidèles. De la sorte, Paul ne pense certainement pas que la glossolalie soit un phénomène susceptible de caractériser l’universalité du christianisme, comme pouvant s’exprimer ainsi dans toutes les langues du monde ; il accepte simplement ce phénomène, mais en dissuadant quand même les Corinthiens de traiter ce don comme une performance à réaliser d’une manière quelque peu sportive…

La suite de ce chapitre 14 de la première lettre aux Corinthiens permet de se représenter assez concrètement une séance de prophétie dans la communauté de Corinthe. Les chrétiens sont rassemblés, sans doute à la suite de la célébration de la Cène. Quand tout se passe dans l’ordre, comme Paul le souhaite vivement, les fidèles se contentent d’entendre deux ou trois prophètes : les charismatiques parlent séparément, l’un après l’autre, afin que tout le monde soit instruit et encouragé. Et même si quelqu’un se trouve inspiré à un moment ou à un autre, il convient qu’il se taise, car il est maître de l’esprit prophétique qui peut l’animer :

Que faire donc, frères ? Lorsque vous vous assemblez, les uns ou les autres parmi vous ont-ils un cantique, une instruction, une révélation, une langue, une interprétation, que tout se fasse pour l’édification. En est-il qui parlent en langue, que deux ou trois au plus parlent, chacun à son tour, et que quelqu’un interprète ; s’il n’y a point d’interprète, qu’on se taise dans l’Église, et qu’on parle à soi-même et à Dieu. Pour ce qui est des prophètes, que deux ou trois parlent, et que les autres jugent ; et si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise. Car vous pouvez tous prophétiser successivement, afin que tous soient instruits et que tous soient exhortés. Les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes; car Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints, que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis d’y parler ; mais qu’elles soient soumises, selon que le dit aussi la loi. Si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris à la maison ; car il est malséant à une femme de parler dans l’Église. Est-ce de chez vous que la parole de Dieu est sortie ? ou est-ce à vous seuls qu’elle est parvenue ? Si quelqu’un croit être prophète ou inspiré, qu’il reconnaisse que ce que je vous écris est un commandement du Seigneur. Et si quelqu’un l’ignore, qu’il l’ignore. Ainsi donc, frères, aspirez au don de prophétie, et n’empêchez pas de parler en langues. Mais que tout se fasse avec bienséance et avec ordre. (1 Co. 14, 26-40).
Mais, d’après les recommandations de l’apôtre, il semble bien que tout ne soit pas aussi ordonné dans la communauté de Corinthe : glossolales et prophètes veulent tous parler ensemble ! et même des femmes prient en langues et prophétisent, ce qui apparaît comme contradictoire avec la bienséance…
A Corinthe également, les chrétiens se prenaient pour des spirituels au plus haut degré, possédant une connaissance d’ordre religieux qui les placerait volontiers au-dessus des autres. Ainsi, les charismatiques de Corinthe s’estimaient supérieurs aux autres frères, en méprisant par exemple leurs scrupules à consommer des viandes consacrées aux idoles. Paul les invite à une plus grande modestie, même s’il les considère comme des forts, et il leur recommande de vivre la grande dimension de l’amour :
Pour ce qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles, nous savons que nous avons tous la connaissance. – La connaissance enfle, mais la charité édifie. Si quelqu’un croit savoir quelque chose, il n’a pas encore connu comme il faut connaître. Mais si quelqu’un aime Dieu, celui-là est connu de lui. – Pour ce qui est donc de manger des viandes sacrifiées aux idoles, nous savons qu’il n’y a point d’idole dans le monde, et qu’il n’y a qu’un seul Dieu. Car, s’il est des êtres qui sont appelés dieux, soit dans le ciel, soit sur la terre, comme il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs, néanmoins pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses et par qui nous sommes. Mais cette connaissance n’est pas chez tous. Quelques-uns, d’après la manière dont ils envisagent encore l’idole, mangent de ces viandes comme étant sacrifiées aux idoles, et leur conscience, qui est faible, en est souillée. Ce n’est pas un aliment qui nous rapproche de Dieu: si nous en mangeons, nous n’avons rien de plus ; si nous n’en mangeons pas, nous n’avons rien de moins. Prenez garde, toutefois, que votre liberté ne devienne une pierre d’achoppement pour les faibles. Car, si quelqu’un te voit, toi qui as de la connaissance, assis à table dans un temple d’idoles, sa conscience, à lui qui est faible, ne le portera-t-elle pas à manger des viandes sacrifiées aux idoles ? Et ainsi le faible périra par ta connaissance, le frère pour lequel Christ est mort ! En péchant de la sorte contre les frères, et en blessant leur conscience faible, vous péchez contre Christ. C’est pourquoi, si un aliment scandalise mon frère, je ne mangerai jamais de viande, afin de ne pas scandaliser mon frère. (1 Co. 8, 1-13).
Mais, dans la communauté corinthienne, comme dans d’autres églises fondées par Paul dans le monde païen, les survivances du paganisme sont encore très fortes, et les prophètes eux-mêmes semblent parfois appartenir à un passé païen. A côté, et même à l’intérieur de l’authentique prophétisme chrétien, subsiste un prophétisme païen : certains esprits sont encore en relation avec l’idolâtrie. Et il se peut que les manifestations prophétiques à Corinthe aient revêtu l’aspect des phénomènes du culte dionysiaque. C’est pourquoi Paul essaye par tous les moyens de faire cesser toutes les survivances du passé, en soulignant que les prophètes eux-mêmes ne doivent jamais perdre le contrôle de leurs paroles et de leurs actes. Si Dieu invite ses prophètes à l’obéissance, il ne supprime jamais leurs réactions ni même leurs résistances purement humaines, comme ce fut le cas pour Moïse ou pour Jérémie, dans l’Ancien Testament.
Au chapitre 12 de sa première lettre aux Corinthiens, Paul établit une sorte de hiérarchie dans les charismes qui sont donnés aux membres de l’Eglise, en vue du bien de tous et pour l’édification du Corps du Christ. Si les Corinthiens avaient une certaine tendance à voir dans la glossolalie la manifestation suprême de l’Esprit, Paul les convainc que tout doit être ordonné en vue du bien de tous, dans l’ensemble du corps, dont il vient de donner la comparaison, au chapitre 12. Les manifestations, même les plus extraordinaires ne sont rien si elles ne servent pas a construire, à édifier. Aussi faut-il d’abord quelqu’un qui soit capable d’interpréter les paroles qui sont dites en langues, sinon il vaut mieux se taire. Mais il n’est nullement question d’empêcher l’Esprit de parler, même de façon curieuse ou inaccoutumée. Toutefois, Paul ne cesse d’affirmer que le véritable Esprit est donné en vue du bien commun ; et, certains membres de la communauté en sont les garants à commencer par les apôtres, puis les prophètes et les docteurs. C’est ainsi que s’élabore textuellement un ordre déjà reconnu dans l’Eglise naissante :
Ceux que Dieu a établis dans l’Eglise sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs… Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d’assistance, de gouvernement, les diversités de langues. Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ? Tous font-ils des miracles ? Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ? Aspirez aux dons supérieurs. Et je vais encore vous montrer une voie qui les dépasse toutes. (1 Co. 12, 28-33)
Il faut remarquer que Paul place au premier rang des charismes ce que nous appelons aujourd’hui les fonctions ou les ministères, ce qui exclut toute tentative de séparer une Eglise charismatique et une Eglise hiérarchique : ceux qui exercent les plus hautes fonctions dans l’Eglise sont précisément ceux qui ont reçu les charismes les plus importants. Les apôtres, à côté des prophètes, tels qu’ils sont présentés dans cette lettre, jouent le rôle des grands prophètes de l’Ancien Testament, qui furent des prophètes de vocation, et c’est sans doute la raison pour laquelle Paul interprète très souvent sa vocation personnelle dans un sens prophétique : il a reçu, comme les grands prophètes, un message, qu’il lui revient de communiquer et de transmettre. Les apôtres, comme les grands prophètes, parlent au nom de Dieu, ils agissent et s’expriment dans la lumière de l’Esprit. Mais le message apostolique n’apparaît pas comme quelque chose de radicalement nouveau, il ne fait que répéter le message de Jésus-Christ, tout en étant un message de Dieu pour aujourd’hui : l’apostolat, placé ainsi en première place, manifeste que même les prophètes sont soumis aux apôtres. Les charismatiques doivent, selon Paul, reconnaître le bien-fondé des mesures disciplinaires imposées par les apôtres, car le même Esprit qui anime les charismatiques anime également l’apôtre, lui, le fondateur et le chef des Eglises.

LA VOIE LA MEILLEURE
La manière dont Paul analyse les charismes dans sa première lettre aux Corinthiens apparaît comme le fruit d’une sérieuse controverse, et Paul en rabaisse l’importance en raison de la manière dont les Corinthiens considéraient ces charismes. Ils voyaient dams ces dons leur épanouissement définitif et leur accès au monde du divin. Et c’est pour cette raison que Paul est amené à insister sur leur aspect transitoire. Même si ces charismes enrichissent la vie humaine présente, notamment dans le domaine de l’intelligence, ils n’en sont pas moins proportionnés à la vie présente, car ils ne sont absolument pas l’achèvement qui est promis dans la résurrection du Christ. D’une part, il faut reconnaître qu’ils atteignent le niveau des réalités divines et éternelles, mais ils sont aussi des éléments de la vie quotidienne. C’est dans un tel contexte que Paul place la grande hymne à la charité, à l’amour fraternel :
Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit. Quand j’aurais le don de prophétie et que je connaîtrais tous les mystères et toute la science, quand j’aurais la plénitude de la foi, une foi à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais. Les prophéties ? Elles disparaîtront. Les langues ? Elles se tairont. La science ? Elle disparaîtra. Car partielle est notre science, partielle aussi notre prophétie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra. Lorsque j’étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant ; une fois devenu homme, j’ai fait disparaître ce qui était de l’enfant. Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. A présent, je connais d’une manière partielle; mais alors je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité. (1 Co.13, 1-13).
Paul veut affirmer la voie chrétienne par excellence : c’est l’amour. Les charismes les plus extraordinaires, si appréciés des Corinthiens, qui semblent ainsi en être restés à un stade infantile, ne sont que pure ostentation s’ils ne sont pas rythmés par l’amour. Celui-ci peut prendre alors le contre-pied de toutes les rivalités que l’apôtre constate dans la communauté. Enfin, l’amour n’est pas caduc : les charismes disparaîtront au retour du Seigneur, mais l’amour demeurera.
L’hymne commence par l’affirmation de la valeur et de la nécessité absolument uniques de l’amour (vv. 1-3), et il se termine par l’affirmation de sa perfection et de son éternité (vv. 8-13). Mais c’est sans conteste la partie centrale qui est la plus intéressante, en ce sens qu’elle définit l’amour, d’abord en ce qu’il fait (deux descriptions positives), puis en ce qu’il ne fait pas (huit descriptions négatives), et enfin en ce qu’il fait (cinq descriptions positives) :