Archive pour le 4 février, 2013

Holy Mary

4 février, 2013

Holy Mary dans images sacrée 410311960_5fcc35ed20

http://onthesideoftheangels.blogspot.it/2007_10_01_archive.html

LA PROMESSE. « MES YEUX DEVANCENT LA FIN DE LA NUIT POUR MÉDITER SUR TA PROMESSE » – JEAN-MARIE LUSTIGER

4 février, 2013

http://www.esprit-et-vie.com/article.php3?id_article=275&var_recherche=Lustiger

JEAN-MARIE LUSTIGER

LA PROMESSE. « MES YEUX DEVANCENT LA FIN DE LA NUIT POUR MÉDITER SUR TA PROMESSE »

SR CÉCILE RASTOIN, O.C.D.

PARIS, ÉD. PAROLE ET SILENCE, COLL. « ESSAIS DE L’ÉCOLE CATHÉDRALE », 2002. -

ESPRIT & VIE N°75 / FÉVRIER 2003 – 1E QUINZAINE, P. 7-9.

La promesse : « Mes yeux devancent la fin de la nuit pour méditer sur ta promesse (Ps 119, 148) ». Reprenant les mots du psalmiste, l’auteur s’adresse au Dieu d’Israël pour lui confier son espérance. C’est en lui seul que l’on peut trouver le courage d’aborder le mystère d’Israël : « Je sais le risque que je prends en mettant ces propos à la disposition de tous. Certains passages pourront paraître excessifs ou parfois déconcertants à des lecteurs juifs, et d’autres, déconcertants ou parfois excessifs à des lecteurs catholiques. Que les uns et les autres m’accordent le crédit de la bonne foi, dans le service de la Parole de Dieu livrée aux hommes pour le bonheur et le salut de tous » (Introduction, p. 9-10).

1. MYSTÈRE D’ISRAËL AU CŒUR DE LA RÉALITÉ CHRÉTIENNE
La première partie de l’ouvrage est une méditation prêchée à des moniales, où le P. Jean-Marie LUSTIGER, alors jeune prêtre du diocèse de Paris, prie à haute voix l’évangile de saint Matthieu. Nous sommes en 1979 et les moines du Bec- Hellouin viennent de commencer la fondation d’Abu Gosh. Il s’agit de conduire les moniales, qui les soutiennent par leur prière, à pénétrer l’enjeu de l’événement et approfondir le mystère d’Israël. Le choix de l’évangile de Matthieu n’est pas un hasard : le plus visiblement pétri des Écritures [d'Israël !], il manifeste aussi que l’Église est « le peuple de l’Alliance destiné à ouvrir aux païens la richesse d’Israël en attendant sa venue [du Messie] dans la gloire » (p. 106). À travers les pages d’évangile se déploie le grand midrash sur l’appel lancé aux juifs et aux païens à suivre Jésus, le Messie. Les bergers et les mages dans leur consentement, les scribes et Hérode en leur opposition manifestent que les deux grandes catégories de l’histoire du salut (p. 119) que sont les juifs et les païens semblent éclater en présence de Jésus de Nazareth…
« Dieu n’est pas adultère en ce sens qu’il est absolument fidèle à son Alliance » (p. 36). L’Alliance avec Israël est irrévocable ; en douter est blasphématoire car cela reviendrait à mettre en doute la fidélité de Dieu. « La réponse de Jésus [sur l'indissolubilité du mariage] vise l’Alliance de Dieu et de son peuple : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas. » Elle s’applique donc à Israël et à l’indissolubilité de la promesse » (p. 19). Cette reconnaissance de la permanence de l’Alliance d’Israël est donc la première condition exigée des païens pour pouvoir être greffés sur la promesse. Et « les païens n’entreront dans l’histoire du salut que s’ils font de cette histoire [d'Israël] leur propre histoire » (p. 48). Ils ont alors accès aux « richesses d’Israël » : l’histoire sainte, la Loi de Dieu, la Parole inspirée, la prière d’Israël, la terre, le règne, la rédemption, la repentance… Chasser les marchands du Temple, du parvis des païens, c’est d’abord pour le Christ une manière d’annoncer que le parvis des païens est désormais soumis aux mêmes exigences de sainteté que le parvis des juifs, c’est annoncer par un geste prophétique l’entrée des païens dans l’Alliance (p. 149).
Il n’y a pas rejet d’Israël de la part de Dieu, ni substitution de l’Église de Jésus au peuple d’Israël (voir p. 131). « Il n’y a pas substitution mais agrégation » (p. 132). Tel est le signe de Jonas proposé aux juifs : voir les païens entrer dans l’Alliance. Que ce signe n’ait pas été « lu » par tout le peuple juif, mais seulement par une partie, les juifs devenus disciples de Jésus, donne à réfléchir et conduit à un sérieux examen de conscience de la part des « pagano-chrétiens ».

2. UNE HISTOIRE QUI FAIT PLEURER RACHEL
La méditation du P. J.-M. LUSTIGER rejoint ici l’histoire en ce qu’elle a de plus douloureux. La grande fracture, au-delà des polémiques initiales, est sans doute l’extinction de l’Église de Jérusalem, qui représentait justement l’Église issue de la circoncision. L’Église, en devenant quasi exclusivement pagano-chrétienne (et qui plus est religion d’État !), devenait plus vulnérable encore à la tentation de rejeter Israël et de s’accaparer par la violence ce qui lui était offert dans la gratuité de la miséricorde de Dieu. « L’Église, là où elle s’est pratiquement identifiée à un pagano-christianisme, voit celui-ci s’effondrer sous ses propres critiques et perd de vue sa propre identité chrétienne. La raison qui l’explique en partie est qu’elle s’est coupée de ses racines juives… » (p. 80). On retrouve déjà ici la pensée du futur cardinal sur l’évolution de la civilisation occidentale et de la philosophie des Lumières [1].
Le midrash de Matthieu nous propose son éclairage cru et dense sur cette histoire douloureuse : la mort des enfants de Bethléem et les pleurs de Rachel. « Si Rachel refuse le Consolateur, c’est à cause du péché des païens, sa douleur est trop grande. Elle masque jusqu’à son espérance et elle ne peut reconnaître, dans le massacre de ses fils qu’elle pleure, l’espérance du Consolateur qui cependant lui est donné » (p. 53). Méditant sur l’histoire à la suite de Matthieu, l’auteur explicite comment l’hostilité des pagano-chrétiens a empêché une grande partie d’Israël de reconnaître son Messie, et que ce refus par les seconds a exacerbé l’hostilité des premiers. Boucle mortelle de haine et d’incompréhension dont la Shoah fut, sans doute, comme le paroxysme, mais aussi peut-être la fin en réveillant la conscience chrétienne.
Le P. Jean-Marie LUSTIGER, s’aventurant dans la prière aux frontières de l’indicible, trouve des accents proprement juifs pour marquer les limites de la parole, quand le respect impose silence : « Nous ne pouvons méditer sur Israël à la place de celui-ci ; nous devons méditer sur nous-mêmes, à notre place » (p. 127). « Même pour Israël, sa propre souffrance est une énigme. Le chrétien ne peut la lui expliquer ; il ne peut que faire comme le Christ qui entre dans le silence de sa Passion. Le Christ n’explique pas sa Passion ; il l’annonce et il y entre en se taisant » (p. 75). Le chrétien est alors acculé à prier au pied de la croix, « prier à la fois pour que les péchés soient pardonnés et pour que cette Passion trouve son sens. C’est un immense secret, qui ne peut être partagé que par ceux qui acceptent de porter le même poids. Mais il ne faut pas chercher à consoler Rachel » (p. 64). Le P. LUSTIGER retrouve ici presque littéralement les mots d’une fille d’Israël disciple de Jésus, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, qui, devenue carmélite, mourut à Auschwitz en 1942 [2].

3. UNE PROMESSE PLUS GRANDE QUE LE CŒUR DE L’HOMME
Paradoxalement, c’est dans la souffrance d’Israël, persécuté au nom de son rejet de Jésus, que transparaît le visage du serviteur souffrant, indissociablement figure d’un peuple-serviteur et d’un homme-serviteur. Le peuple juif en son histoire dit à la conscience chrétienne quelque chose du Christ humilié et souffrant pour nos péchés : « Si l’on a osé parler de déicide à propos d’Israël et du Christ, il faudrait parler de déicide à propos des peuples dits chrétiens d’Occident et du sort qu’ils ont réservé au peuple juif » (p. 76). « Les pagano-chrétiens ont tué les juifs sous le prétexte que ceux-ci ont tué le Christ ; ce qui est blasphème manifeste, révélation claire que c’est l’esprit du monde et non pas l’esprit du Christ qui les animait » (p. 76). On pourrait aussi mentionner la contagion d’aveuglement qui a saisi aussi de nombreux juifs devenus chrétiens, et antisémites, au cours de l’histoire, même si l’auteur ne s’étend pas sur ce point.
La conclusion, toute paulinienne, reprend l’épître aux Romains (voir p. 157) : nous avons tous besoin d’un salut offert en toute gratuité. Tous, le fils aîné comme le fils prodigue. Le fils aîné peut accueillir le salut dans la mesure où il accepte ce cadet pécheur, gracié sans mérite de sa part ; et le cadet peut entrer dans la joie de son Père par son humilité, en reconnaissant que seul l’aîné avait encore le droit d’être appelé fils (voir p. 139). N’est-ce pas la promesse, cette joie partagée des fils enfin réunis dans la maison de leur Père prodigue ? Et l’espérance partagée d’une terre nouvelle, sans pleurs ni souffrances, n’est-elle pas déjà promesse ?
La repentance de la conscience pagano-chrétienne face aux juifs, que Jean-Marie LUSTIGER appelle de ses vœux, en 1979, a commencé à s’accomplir en acte sous l’impulsion du pape, dans la grâce jubilaire. Mais il faut encore qu’elle pénètre tout le corps de l’Église, qu’elle évangélise en profondeur les cœurs. L’Église prend conscience qu’elle ne saurait être vraiment « catholique » si elle se coupe de ses racines juives, qu’elle défigure le Christ et l’outrage quand elle dénie le droit d’exister au peuple juif. Les textes de la deuxième partie du livre ont été prononcés en 2002 devant des interlocuteurs juifs, à Tel-Aviv, Paris, Bruxelles et Washington. Les lieux ne sont pas sans importance. La reconnaissance de l’État d’Israël par le Vatican, dont le P. LUSTIGER parle en 1979, s’est produite, non sans manifester d’une manière toute nouvelle la complexité de la condition juive, l’enchevêtrement humainement inextricable des conflits, des droits et des torts. Le cardinal LUSTIGER peut en parler ouvertement à Washington devant le Congrès juif mondial, pour la simple raison qu’il peut dire « nous » : « Nous sommes un peuple différent des Nations, parce que formé par Dieu pour le servir ; et nous sommes une Nation semblable aux autres, lorsqu’elle réclame roi et pouvoir comme les autres nations du monde » (p. 211). Chacun est renvoyé à sa propre responsabilité, et non pas à celle de l’autre ! Il y a deux paraboles : la parabole des talents et celle du jugement entre brebis et boucs. Selon la parabole des talents, qui concerne Israël, ce dernier sera jugé sur la manière dont il aura géré les dons irrévocables de son Maître, apparemment absent de la scène de l’histoire ; et viendra aussi le jugement des nations païennes, quand elles découvriront Dieu au dernier jour et seront jugées sur leur relation à autrui.
Mais ces deux catégories de l’histoire du salut, juifs et païens, ont justement éclaté depuis la mort de Jésus de Nazareth : les chrétiens forment l’assemblée messianique composée de juifs et de païens, qui ont reçu la mission de suivre le Christ jusqu’au bout (voir p. 66-67).
Ce livre, qui explore une déchirure énigmatique, porte aussi une espérance immense : si la résurrection de l’Église de Jérusalem porte déjà de tels fruits, que sera-ce à la fin des temps lorsque ceux, qui furent mis à l’écart, seront admis et à nouveau greffés sur leur propre olivier ?… Ô abîme de la sagesse et de la science de Dieu ! À lui soit la gloire éternellement [3] !
[1] Voir, entre autres, Osez croire, osez vivre, Paris, Éd. du Centurion, 1985, et Le choix de Dieu, Paris, Éd. de Fallois, 1987.
[2] Edith Stein écrit en 1933 :« Je parlais avec le Sauveur et lui dis que je savais que c’était sa croix dont était maintenant chargé le peuple juif. La plupart ne le comprendraient pas ; mais ceux qui le comprendraient devaient la prendre sur eux de plein gré au nom de tous » (Vie d’une famille juive, Éd. du Cerf-Ad Solem, 2001, p. 492). Le P. Lustiger conclut de même sa méditation douloureuse : « La vocation chrétienne, au sens le plus fondamental et le plus rigoureux du mot, trouve là une signification d’une force extrême : prendre part à la Passion du Christ qui porte la souffrance de son peuple et travaille à la rédemption du monde » (p. 79).
[3] Voir Rm 11.

LE DÉSERT, LIEU DE LA RENCONTRE: GN 21, 14-20

4 février, 2013

http://www.eleves.ens.fr/aumonerie/numeros_en_ligne/careme99/sebastien.html

LE DÉSERT, LIEU DE LA RENCONTRE

GN 21, 14-20

SÉBASTIEN FAGART

Le désert1 apparaît bien des fois dans la Bible. Ses symboles sont variés : lieu de l’épreuve2, du refuge3, de la providence divine4, de l’alliance5, il est peut-être d’abord et à travers tout cela le lieu de la Rencontre. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette terre de solitude absolue est expérimentée par le peuple juif comme la terre des deux grandes rencontres, indissolubles : celle que l’on fait avec soi-même et celle que l’on fait avec Dieu.
J’ai été touché en relisant la rencontre d’Agar avec l’ange de Dieu, au chapitre 21 de la Genèse. Dans l’Ecriture, il y a la terre promise et il y a le désert. Il y a Sarah et il y a Agar. On se met toujours du côté de Sarah : c’est elle qui a donné la vie à Isaac et par lui à Israël. C’est elle, dira saint Paul, qui incarne la promesse, la Jérusalem d’en haut6. Mais le Seigneur laisse aussi une place à Agar dans l’histoire qui l’unit au peuple hébreu. Agar, à mon sens, est une bonne guide pour entrer dans le désert, car elle figure ce moment aride qu’a connu Abraham avant de recevoir par Sarah la plénitude de la promesse.
Isaac est né : Agar n’a plus rien à faire auprès d’Abraham et de Sarah. La promesse est réalisée : elle et son fils Ismaël ne peuvent que menacer son accomplissement. Abraham la chasse, avec pour seuls vivres du pain et une outre d’eau. Le désert est toujours un arrachement. Agar a connu l’abondance de la maison d’Abraham, elle va à présent connaître le jeûne. Elle vit son exil, son « Exode ». Qui d’entre nous n’a pas connu ce détachement, cette séparation qui est le prélude à toute grande découverte ? Quitter son pays, ses préjugés, le terrain ferme et solide qui nous rassure, notre famille, nos amis peut-être ? Il faut souvent cela, à un moment ou à un autre, pour grandir. Mais qui de nous l’a fait de lui-même ? Agar est chassée par Abraham. Pour vivre cette expérience difficile du désert, il faut bien souvent être poussé, contraint. Le désert, comme les souffrances qui précèdent l’accouchement, rend indispensable la présence de sages-femmes. Ces personnes qui nous aiment vraiment, parce qu’elles ne souhaitent pas nous éviter les difficultés de la vie, nous « rassurer » avec la mièvrerie que revêt souvent l’indifférence, mais qui veulent d’abord nous faire grandir, que ce soit dans l’épreuve ou dans le plaisir. On peut douter des intentions d’Abraham vis-à-vis d’Agar7. Mais ce qui est sûr, c’est que Dieu en a fait bon gré mal gré l’auxiliaire de son dessein.
Agar s’en va errer au désert de Bersabéee. Elle est renvoyée devant elle-même, son histoire, son péché. Qu’elle a dû regretter à ce moment d’avoir irrité Sarah par son mépris ! Chacun de nous a besoin de ce temps difficile pour prendre conscience de son péché. Cela ne veut pas dire que Dieu nous punit. Mais le fruit de nos propres actions nous ouvre les yeux. Il a fallu l’exil de 587 avant Jésus-Christ pour que les derniers rédacteurs du Pentateuque, de tradition sacerdotale8, puissent relire dans le passé d’Israël ses infidélités.
L’outre que tient Agar, et dont l’eau s’épuise bien vite, ce sont les provisions qu’elle a faites pour son départ. Agar croit encore pouvoir s’en sortir par elle-même, par ce qu’elle possède. Mais il est un moment où tout lâche, même ce sur quoi on pensait pouvoir toujours s’appuyer. L’enfant d’Agar, c’est peut-être l’avenir qu’elle rêvait, son ambition : Ismaël succéderait à Abraham, héritant de toutes ses richesses. Elle, d’esclave qu’elle était, deviendrait une femme honorée, supplanterait sa maîtresse Sarah… Bon nombre de péchés, de jalousies, d’ambitions mal placées trouvent leur source dans une humiliation première. Saül lui-même ne pourchasse-t-il pas David parce qu’il entend dire : « Saül a tué ses milliers, et David ses myriades »9 ? Son enfant, Agar le jette sous un buisson et se met à crier et à pleurer : elle se résout à vivre à l’abandon. Elle remet son avenir entre les mains de Dieu. Dans tout cri, dans tout pleur, il y a un espoir, celui d’être entendu. Un bébé crierait-il s’il n’espérait la consolation maternelle ? Il en est de même pour nous. Je me souviens avoir pleuré il y a quatre ans, pour la première fois depuis mon enfance. C’était le moment où je croyais avoir le moins d’espoir, où je me croyais le plus abandonné (je vivais de gros doutes, une grande solitude), et en réalité l’un de ceux où la grâce a le plus opéré en moi. Il ne s’agit pas de devenir pleurnichardŠ, mais accepter parfois de pleurer, quel merveilleux chemin de paix et d’humilité ! Ce n’est pas pour rien que saint Ignace parle du « don des larmes ». Et dire qu’il y a des gens qui ne pleurent jamais ! Ils ne savent pas que, quand nous pleurons, le Seigneur pleure avec nous.
Dieu a entendu les cris. Comme il entend les pleurs de son peuple opprimé en Egypte10, il entend ceux d’Agar et son enfant. « Qu’as-tu, Agar ? », demande le Seigneur par la voix de son ange. Dieu commence toujours par interroger l’homme. On voudrait d’un dieu qui réponde à nos questions, un Jupiter qui vous explique le pourquoi de la foudre. Un dieu qui bouche vos lacunes, et qu’on pourrait cantonner dans l’avant-Big Bang. Un dieu qui se désintéresse des hommes, et les laisse vivre un tiède épicurisme. Mais l’Unique, le Saint d’Israël n’est pas de ceux-là : il interroge l’homme. C’est lui qui pose les questions. Il nous appelle à dire en vérité le point où nous en sommes, nos faiblesses, nos doutes, nos angoisses : à rentrer en nous-mêmes. Marie et Joseph cherchent Jésus longtemps avant de le retrouver dans le temple, discutant avec les docteurs11. Catherine de Sienne explique que ce temple est la cellule de notre coeur, et c’est en elle que, nous éloignant du brouhaha du monde, nous trouverons la dicrète présence de Dieu. C’est dans ce désert intérieur et extérieur que la mère d’Ismaël entend le Seigneur lui dire : « Qu’as-tu, Agar ? » Mais il ne se contente pas d’interroger, d’écouter ce que nous sommes : il nous console. « Ne crains pas » : il s’agit de l’expression la plus fréquemment employée dans la Bible. Dieu appelle l’homme à la confiance. Encore faut-il que l’homme reconnaisse sa peur, rentre en lui-même au lieu de se rassurer lui-même vainement avec les moyens qu’offre le monde. Encore faut-il avoir le « Courage d’avoir peur »12. C’est alors qu’on peut se laisser consoler, envelopper de la paix qui vient du Ciel, plus douce que toute paix humaine parce qu’elle ne nie pas, mais vient féconder notre angoisse. Quand Dieu nous dit « Ne crains pas », nous pouvons, comme Pierre, marcher sur les eaux13 !
Car la paix d’en haut a cela de particulier, qu’elle ne nous renferme pas sur nous-mêmes, sur une quelconque ataraxie, une fausse extase qui nous retirerait du monde de l’action. Au contraire, elle nous pousse en avant, nous propulse dans le réel. « Debout ! » dit le Seigneur à Agar. « Soulève le petit et tiens-le ferme, car j’en ferai une grande nation ». Lorsque nous avons accepté de nous mettre à genoux devant lui, il nous relève. C’est toute l’Histoire Sainte : celle d’une humanité qui apprend peu à peu à adorer son Dieu pour se laisser relever, restaurer, diviniser une fois pour toutes dans le Christ. « Dieu veut l’homme debout », dit saint Irénée. La paix de Dieu nous engage parce qu’elle s’ouvre toujours sur une promesse. Dans l’Ancien Testament, toujours concret, la promesse s’incarne dans la postérité – ici, celle d’Ismaël. Mais Dieu nous promet bien plus : la vie éternelle, le bonheur, la vocation à laquelle il nous appelle et que nous découvrons jour après jour. Agar a entendu cet appel : le Seigneur « dessille » ses yeux et elle aperçoit un puits. A la différence d’une quelconque idéologie ou système clos de pensée, la foi ne pose pas une grille d’interprétation sur le monde. Elle ne cache pas ce qui gêne pour ne laisser en lumière que ce qui plaît. La foi nous ouvre au contraire les yeux : elle nous permet de regarder sans crainte ce qui est. Ecouter Dieu, ce n’est pas obstruer le mystère, mais accepter de s’ouvrir à ce mystère avec la certitude que Quelqu’un nous y attend. Lorsque nous fixons les yeux sur nous-mêmes, sur nos peurs, nos révoltes, nos plaisirs, nous ne pouvons pas voir, dans le désert, ce puits qui se cache. Mais lorsque nous sommes à l’écoute de Dieu, nous pouvons constater le mal qui sévit sur terre et y voir surgir la Source de Vie. Mère Teresa n’est pas de celles qui se ferment les yeux pour inventer un monde où « tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil » : elle a quitté toute sécurité matérielle ou spirituelle pour le désert de la pauvreté et de la maladie. Et c’est dans ce désert de Calcutta, dans le visage de ses frères souffrants, qu’elle a trouvé la source de la vraie joie. Les pauvres, ce sont le Christ dont nous avons une si grande soif. « Nos voisins sont toujours visibles, et nous pouvons faire pour eux ce que, si le Christ était visible, nous aimerions faire pour lui14 « .
Et Dieu fut avec eux… Quand l’Esprit nous mène au désert15, ce n’est pas pour nous « couper les vivres », mais pour que nous rencontrions Celui qui nous appelle sans cesse. Le désert n’est pas pour toute la vie : il est un passage béni de la vie spirituelle. Dieu permet l’hiver pour nous faire connaître la joie du printemps. Il nous émonde pour nous faire fructifier, nous désencombre pour mieux nous combler. De temps à autre, il nous rencontre seul à seul pour que nous puissions, à chaque instant, le rencontrer dans le monde qui nous entoure.

S.F.

PAPE BENOÎT: ANGÉLUS: AMOUR ET VÉRITÉ, DEUX NOMS DE DIEU

4 février, 2013

http://www.zenit.org/article-33357?l=french

ANGÉLUS: AMOUR ET VÉRITÉ, DEUX NOMS DE DIEU

Benoît XVI commente l’évangile du 3 février 2013

Benoît XVI
ROME, Sunday 3 February 2013 (Zenit.org).
« Amour et vérité sont les deux noms de la même réalité, deux noms de Dieu », explique Benoît XVI qui a commenté, avant l’angélus de midi, ce dimanche 3 février, place Saint-Pierre, l’évangile du jour : Jésus à Nazareth.
Paroles de Benoît XVI en italien avant l’angélus :
Cher frères et sœurs,
L’évangile d’aujourd’hui – tiré du chapitre 4 de saint Luc – est dans le prolongement de celui de dimanche dernier. Nous nous trouvons encore dans la synagogue de Nazareth, le village où Jésus a grandi et où tous les connaissent lui et sa famille. Or, après une période d’absence, il revient de façon nouvelle : au cours de la liturgie du sabbat, il lit une prophétie d’Isaïe sur le Messie, et il en annonce l’accomplissement, laissant entendre que cette parole de réfère à Lui.
Ce fait suscite l’étonnement des Nazaréens : d’une part, « tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Lc 4, 22). Saint Marc rapporte que beaucoup disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? » (Mc 6, 2). Mais d’autre part, ses concitoyens le connaissent trop bien : « C’est quelqu’un comme nous, disent-ils. Sa prétention ne peut être que présomption » (L’Enfance de Jésus, 11). « N’est-il pas le fils de Joseph ? » (Lc 4, 22), cela revient à dire : quelles aspirations peut bien avoir un charpentier de Nazareth ?
Justement parce qu’il connaît cette fermeture, qui confirme le proverbe « personne n’est prophète en son pays », dans la synagogue Jésus adresse aux gens des paroles qui résonnent comme une provocation. Il cite deux miracles accomplis par les grands prophètes Elie et Elysée en faveur de personnes qui n’étaient pas des Israélites, pour démontrer qu’il arrive qu’il y ait davantage de foi en dehors d’Israël. A ce moment-là, la réaction est unanime : tous se lèvent et le chassent, et ils cherchent même à le jeter du haut d’un précipice, mais Lui, avec un calme souverain, passe au milieu de la foule furieuse et il s’en va.
On se demande spontanément à ce moment-là : comment Jésus a-t-il pu vouloir cette rupture ? Au commencement, les gens l’admiraient, et il aurait peut-être pu obtenir une certaine approbation… Mais justement, voilà le point : Jésus n’est pas venu pour chercher l’approbation des hommes mais, comme il le dira à la fin à Pilate, pour « rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37). Le vrai prophète n’obéit à personne d’autre qu’à Dieu et il se met au service de la vérité, prêt à payer de sa personne. Il est vrai que Jésus est le prophète de l’amour, mais aussi l’amour a sa vérité. Et même, amour et vérité sont les deux noms de la même réalité, deux noms de Dieu.
Dans la liturgie d’aujourd’hui résonnent aussi ces paroles de saint Paul : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai » (1 Co 13, 4-6). Croire en Dieu signifie renoncer à ses préjugés et accueillir le visage concret par lequel il s’est révélé : l’homme Jésus de Nazareth. Et cette voie conduit aussi à le reconnaître et à le servir dans les autres.
L’attitude de Marie est éclairante à ce propos. Qui plus qu’elle a été familier de l’humanité de Jésus ? Mais elle n’en a jamais été scandalisée comme ses concitoyens de Nazareth. Elle conservait le mystère en son cœur et elle a su l’accueillir toujours davantage et toujours à nouveau, sur le chemin de la foi, jusqu’à la nuit de la croix et à la pleine lumière de la résurrection. Que Marie nous aide nous aussi à marcher avec fidélité et avec joie sur ce chemin.

Traduction de Zenit : Anita Bourdin