SERMON EXCEPTIONNEL : Annonciation miraculeuse (Saint Augustin)

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SERMON EXCEPTIONNEL : Annonciation miraculeuse (Saint Augustin)

Le Verbe ternel se faisant homme, et daignant habiter parmi les hommes, tel est le grand mystre que clbre aujourd’hui l’Eglise universelle, et dont elle salue chaque anne le retour par des transports de joie. Aprs l’avoir une premire fois reu pour sa propre rdemption, le monde fidle en a consacr le souvenir de gnration en gnration, afin de perptuer l’heureuse substitution de la vie nouvelle la vie ancienne. Maintenant donc, lorsque le miracle depuis longtemps accompli nous est remis annuellement sous les yeux dans le texte des divines Ecritures, notre dvotion s’enflamme et s’exhale en chants de triomphe et de joie. Le saint Evangile que nous lisions nous rappelait que l’archange Gabriel a t envoy du ciel par le Seigneur pour annoncer Marie qu’elle serait la Mre du Sauveur. L’humble Vierge priait, silencieuse et cache aux regards des mortels; l’ange lui parla en ces termes : Je vous salue, Marie, dit-il, je vous salue, pleine de grce, le Seigneur est avec vous (Luc 1, 28). O annonciation miraculeuse ! salutation cleste, apportant la plnitude de la grce et illuminant ce cur virginal ! L’Ange tait descendu port sur ses ailes de feu et inondant de clarts divines la demeure et l’esprit de Marie. Dput par le Juge suprme et charg de prparer son Matre une demeure digne de lui, l’ange, blouissant d’une douce clart, pntre dans ce sanctuaire de la virginit, rigoureusement ferm aux regards de la terre : Je vous salue, Marie, dit-il, je vous salue, pleine de grce, le Seigneur est avec vous ; Celui qui vous a cre vous a prdestine; Celui que vous devez enfanter vous a remplie de ses dons. A l’aspect de l’ange, la Vierge se trouble et se demande quelle peut tre cette bndiction. Dans son silence humble et modeste, elle se rappelle le vu qu’elle a form, et, jusque-l, tout fait trangre au langage d’un homme, elle se trouble devant un tel salut, elle est saisie de stupeur devant un tel langage, et n’ose d’abord rpondre au cleste envoy. Plonge dans l’tonnement, elle se demandait elle-mme d’o pouvait lui venir une telle bndiction. Longtemps elle roula ces penses dans son esprit, oubliant presque la prsence de l’ange que lui rappelaient peine quelques regards fugitifs attirs par l’clat de l’envoy cleste. Elle hsitait donc et s’obstinait dans son silence; mais l’ambassadeur de la Sainte Trinit, le messager des secrets clestes, le glorieux archange Gabriel, la contemplant de nouveau, lui dit : Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouv grce devant Dieu; voici que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous le nommerez Jsus. Il sera grand et sera appel le Fils du Trs-Haut, et le Seigneur-Dieu lui donnera le sige de David son pre; il rgnera ternellement sur la maison de Jacob, a et son rgne n’aura pas de fin (Luc 1, 30-21). Alors Marie, pesant srieusement ces paroles de l’ange et les rapprochant de son vu de virginit perptuelle, s’cria : Comment ce que vous me dites pourra-t-il se raliser, puisque je ne connais point d’homme ? . Aurai-je un fils, moi qui ne connais point d’homme ? Porterai-je un fruit, moi qui repousse l’enfantement ? Comment pourrai-je engendrer ce que je n’ai point conu ? De mon sein aride, comment pourrai-je allaiter un fils, puisque jamais l’amour humain n’est entr dans mon cur et n’a pu me toucher. L’ange rpliqua : Il n’en est point ainsi, Marie, il n’en est point ainsi; ne craignez rien ; que l’intgrit de votre vertu ne vous cause aucune alarme ; vous resterez vierge et vous vous rjouirez d’tre mre; vous ne connatrez point le mariage, et un fils fera votre joie; vous n’aurez aucun contact avec un homme mortel, et vous deviendrez l’pouse du Trs-Haut, puisque vous mettrez au monde le Fils de Dieu. Joseph, cet homme chaste et juste, qui est pour vous, non point un mari mais un protecteur, ne vous portera aucune atteinte ; mais l’Esprit-Saint surviendra en vous , et, sans qu’il s’agisse ici d’un poux et d’affections charnelles, la vertu du Trs-Haut vous couvrira de son ombre : voil pourquoi le Saint qui natra de vous sera appel le Fils de Dieu . O sjour digne de Dieu ! Avant que l’ange ne lui et fait connatre clairement le Fils qui lui tait promis au nom du ciel, Marie ne laissa chapper de ses lvres pudiques aucune parole d’assentiment. Mais ds qu’elle sut que sa virginit ne subirait aucune atteinte, ds qu’elle en reut l’attestation solennelle, faisant de son cur un sanctuaire digne de la Divinit, elle rpondit : Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole . Comme si elle et dit : Mon cur est prt, Dieu, mon cur est prt , puisque mon sein doit rester intact. Qu’il me soit fait selon votre parole , glorieux archange Gabriel; qu’il vienne dans sa demeure, Celui qui a plac sa tente dans le soleil (Ps XVIII, 6). Puisque je dois demeurer vierge, que le Soleil de justice se lve en moi (Malachie IV, 2) sous ses rayons je conserverai ma blancheur, et la fleur de mon intgrit s’panouira dans une chastet perptuelle. Que le juste sorte dans toute sa splendeur (Isae LVI, 1), et que le Sauveur brille comme un flambeau (Eccli XLVIII, 1). Le flambeau du soleil illumine l’univers; il pntre ce qui semble vouloir lui faire obstacle, et il n’en jette pas moins ses flots de lumire. Qu’il apparaisse donc aux yeux des hommes le plus beau des enfants des hommes ; qu’il s’avance comme un poux sort du lit nuptial (Ps XLIV, 3); car maintenant je suis assure de persvrer dans mon dessein. Quelle parole humaine pourrait raconter cette gnration ? Quelle loquence serait suffisante pour l’expliquer ? Les droits de la virginit et de la nature sont conservs intacts, et un fils se forme dans les entrailles d’une vierge. Lorsque les temps furent accomplis, le ciel et la terre purent contempler cet enfantement sacr auquel toute paternit humaine tait reste compltement trangre. Telle est cette ineffable union nuptiale du Verbe et de la chair, de Dieu et de l’homme. C’est ainsi qu’entre Dieu et l’homme a t form le Mdiateur de Dieu et des hommes, l’homme Christ Jsus (I Timothe II, 5). Ce lit nuptial divinement choisi, c’est le sein d’une Vierge. Car le Crateur du monde venant dans le monde, sans aucune coopration du monde, et pour racheter le monde de toutes les iniquits qui le souillaient, devait sortir du sein le plus pur et entourer sa naissance d’un miracle plus grand que le miracle mme de la cration. Car, comme le dit lui-mme le Fils de Dieu et de l’homme, le Fils de l’homme est venu non point pour juger le monde, mais pour le sauver (Jean XII, 47).
O vous, Mre du Saint des Saints, qui avez sem dans le sein de l’Eglise le parfum de la fleur maternelle et la blancheur du lis des valles, en dehors de toutes les lois de la gnration et de toute intervention purement humaine; dites-moi, je vous prie, Mre unique, de quelle manire, par quel moyen la Divinit a form dans votre sein ce Fils dont Dieu seul est le Pre. Au nom de ce Dieu qui vous a faite digne de lui donner naissance votre tour, dites-moi, qu’avez-vous fait de bien ? Quelle grande rcompense avez-vous obtenue ? Sur quelles puissances vous tes-vous appuye ? Quels protecteurs sont intervenus ? A quels suffrages avez-vous eu recours ? Quel sentiment ou quelle pense vous a mrit de parvenir tant de grandeur ? La vertu et la sagesse du Pre qui atteint d’une extrmit l’autre avec force et qui dispose toutes choses avec suavit (Sagesse VIII, 1), le Verbe demeurant tout entier partout, et venant dans votre sein sans y subir aucun changement, a regard votre chastet dont il s’est fait un pavillon, dans lequel il est entr sans y porter atteinte et d’o il est sorti en y mettant le sceau de la perfection. Dites-moi donc comment vous tes parvenue cet heureux tat ? Et Marie de rpondre : Vous me demandez quel prsent m’a mrit de devenir la mre de mon Crateur ? J’ai offert ma virginit, et cette offrande n’tait pas de moi, mais de l’Auteur de tout bien; car tout don excellent et parfait nous vient du Pre des lumires (Jacques I, 17). Toute mon ambition, c’est mon humilit ; voil pourquoi mon me grandit le Seigneur, et mon esprit a tressailli en Dieu mon Sauveur (Luc I, 47); car il a regard, non pas ma tunique garnie de noeuds d’or, non pas ma chevelure pompeusement orne et jetant l’clat de l’or, non pas les pierres prcieuses, les perles et les diamants suspendus mes oreilles , non pas la beaut de mon visage trompeusement fard; mais il a regard l’humilit de sa servante . Le Verbe est venu plein de douceur son humble servante, selon l’oracle du Prophte : Gardez-vous de craindre, fille de Sion. Voici venir vous votre Roi plein de douceur et de bont, assis sur un lger nuage (Isae LXII, 11). Quel est ce lger nuage ? C’est la Vierge Marie dont il s’est fait une Mre sans gale. Il est donc venu plein de douceur, reposant sur l’esprit maternel, humble, calme et craignant ses paroles (Isae LXVI, 1). Il est venu plein de douceur, remplissant les cieux, s’abaissant parmi les humbles pour arriver aux superbes, ne quittant pas les cieux et prsentant ses propres humiliations pour gurir avec une mansutude toute divine ceux qu’oppressent les gonflements de l’orgueil. O profonde humilit ! O grandeur infinie des trsors de la sagesse et de la science de Dieu; que les jugements de Dieu sont incomprhensibles et ses voies impntrables (Romains XI, 33). Le pain des Anges est allait par les mamelles d’une mre; la source d’eau vive jaillissant jusqu’ la vie ternelle demande boire la Samaritaine, figure de l’Eglise ; il ne refuse pas de manger avec les publicains et les pcheurs, lui que les Anges au ciel servent dans la crainte et la terreur. Le Roi des rois a rendu la sant le fils de l’officier, sans employer aucun remde et par la seule efficacit de sa parole. Il gurit le serviteur du centurion et loue la foi de ce dernier, parce qu’il a cru que le Seigneur commande la maladie et la mort comme lui-mme commandait ses soldats. Quelque cruelles que fussent les souffrances de la paralysie, il en trouva la gurison infaillible dans la visite misricordieuse de Jsus-Christ. Une femme afflige depuis de longues annes d’une perte de sang qui faisait de ses membres une source de corruption, s’approche avec foi du Sauveur qui sent aussitt une vertu s’chapper de lui et oprer une gurison parfaite. Mais comment rappeler tant de prodiges ? Le temps nous manque pour numrer tous ces miracles inspirs notre Dieu par sa puissance infinie et sa bont sans limite. Abaissant sa grandeur devant notre petitesse et son humilit devant notre orgueil, il est descendu plein de pit, et, nouveau venu dans le monde, il a sem dans le monde des prodiges nouveaux. C’est lui que les vanglistes nous dpeignent sous diffrentes figures : l’homme, le lion, le boeuf et l’aigle. Homme, il est n d’une Vierge sans le concours de l’homme ; lion, il s’est prcipit courageusement sur la mort et s’est lev sur la croix par sa propre vertu ; boeuf, il a t volontairement immol dans sa passion pour les pchs du peuple; et comme un aigle hardi, il a repris son corps, est sorti du tombeau, a fait de l’air le marchepied de sa gloire, est mont au-dessus des chrubins, prenant son vol sur les ailes des vents , et maintenant il sige au ciel, et c’est lui qu’appartient l’honneur et la gloire dans les sicles des sicles. Ainsi soit-il .

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