Archive pour janvier, 2012

Actes 20,17 à 31 – Adieux de Paul aux anciens d’Ephèse

9 janvier, 2012

http://ichtus02-actes.blogspot.com/2008/10/actes-2017-31.html

Actes 20,17 à 31 – Adieux de Paul aux anciens d’Ephèse

Texte biblique

Cependant, de Milet Paul envoya chercher à Ephèse les anciens de l’Eglise. Lorsqu’ils furent arrivés vers lui, il leur dit : Vous savez de quelle manière, depuis le premier jour où je suis entré en Asie, je me suis sans cesse conduit avec vous, servant le Seigneur en toute humilité, avec larmes, et au milieu des épreuves que me suscitaient les embûches des Juifs. Vous savez que je n’ai rien caché de ce qui vous était utile, et que je n’ai pas craint de vous prêcher et de vous enseigner publiquement et dans les maisons, annonçant aux Juifs et aux Grecs la repentance envers Dieu et la foi en notre Seigneur Jésus–Christ. Et maintenant voici, lié par l’Esprit, je vais à Jérusalem, ne sachant pas ce qui m’y arrivera ; seulement, de ville en ville, l’Esprit–Saint m’avertit que des liens et des tribulations m’attendent. Mais je ne fais pour moi–même aucun cas de ma vie, comme si elle m’était précieuse, pourvu que j’accomplisse ma course avec joie, et le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus, d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. Et maintenant voici, je sais que vous ne verrez plus mon visage, vous tous au milieu desquels j’ai passé en prêchant le royaume de Dieu. C’est pourquoi je vous déclare aujourd’hui que je suis pur du sang de vous tous, car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu, sans en rien cacher. Prenez donc garde à vous–mêmes, et à tout le troupeau sur lequel le Saint–Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Eglise du Seigneur, qu’il s’est acquise par son propre sang. Je sais qu’il s’introduira parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n’épargneront pas le troupeau, et qu’il s’élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux. Veillez donc, vous souvenant que, durant trois années, je n’ai cessé nuit et jour d’exhorter avec larmes chacun de vous.

Réflexion

Adieux de Paul aux anciens d’Ephèse :

Conscient qu’il est sur la fin de son parcours, Paul profite de son passage à proximité d’Ephèse pour envoyer chercher les anciens de l’église de cette ville dans laquelle il demeura au moins deux ans pour leur faire ses adieux. Réuni avec eux, Paul leur ouvre son coeur et leur donne une triple vue sur le parcours commun que le Seigneur leur a permis de vivre ensemble :
1. Concernant le passé, Paul témoigne et rappelle quelle a été sa conduite devant eux depuis le premier jour où, dit-il, il a mis les pieds en Asie pour annoncer l’Evangile. Paul leur rappelle ainsi le modèle qu’il leur a donné. Il le fait pour plusieurs raisons : pour que les éphésiens se souviennent de quel moule ils sont sortis et n’oublient pas quel est le père duquel ils sont issus : cf Esaïe 51,1-2; Hébr 13,7. C’est ce modèle initial, veut dire Paul, qui doit rester dans leur esprit le modèle de référence pour leurs vies de ce qui doit être fait et vécu pour le nom de Jésus-Christ. Il leur rappelle par ce modèle les grandes vertus qui doivent caractériser la vie du témoin de Christ dans le monde : courage, ténacité, persévérance, humilité… mais aussi la méthode qui a été la sienne : l’annonce publique et dans les maisons à tous de l’Evangile… ainsi que le contenu du message qui a été le sien : repentance, conversion à Dieu, foi en Jésus-Christ.
2. Concernant le moment présent, il témoigne de ce que, esclave du Saint-Esprit, il sait et pressent de ce qui l’attend en faisant route vers Jérusalem. Là encore, Paul réaffirme, malgré le degré de menace plus important, sa volonté de ne changer en rien sa ligne de conduite. Une seule chose compte en effet à ses yeux : non la sécurité et l’avenir de sa personne, mais le fait d’achever sa course et de mener à terme le ministère que le Seigneur lui a confié : rendre témoignage de la bonne nouvelle de la grâce de Dieu.
3. Concernant l’avenir, Paul, conscient que c’est la dernière fois qu’il voit ses frères, leur donne sous forme de testament spirituel, ses dernières directives et avertissements :
- v 26-27 : il responsabilise les anciens en se déchargeant une fois pour toutes de sa propre responsabilité spirituelle quant à l’avenir de l’oeuvre de Dieu parmi eux. De son côté, c’est en toute bonne conscience et avec le sentiment du devoir accompli qu’il ôte le tablier de serviteur qu’il portait et quitte son service pour le confier à ceux qui en prendront la suite.
- v 28 à 31 : il les exhorte à veiller et prendre garde au troupeau que Dieu leur confie (ce qui est le devoir et la charge principale d’un berger) et les avertit du danger des prédateurs féroces qui, après son départ, ne manqueront pas de s’attaquer à lui. Indirectement, Paul souligne ici l’une des fonctions essentielles de l’apôtre ou du père fondateur d’une église, celle d’être un rempart donné par Dieu contre les ambitions humaines et charnelles de ceux qui ne songent qu’à une chose : utiliser le troupeau pour satisfaire leur désir de domination sur les âmes. C’est pourquoi Paul le rappelle : veiller est la mission permanente et première que doit se donner chaque berger, une mission qui oblige à être lucide et se garder de toute naïveté et sentimentalisme bon enfant. Une mission difficile qui requiert à la fois une attitude de détachement et de proximité, de recul et de vigilance, de patience et d’intervention, d’amour pour les hommes et d’obéissance prioritaire à Dieu. Paul, maintenant qu’il quitte sa charge, se cite de nouveau comme modèle à imiter pour ses frères, non en vue de s’enorgueillir de ce qu’il a fait au milieu d’eux, mais pour que chacun garde en son esprit l’exemple vivant de son vécu pour s’en inspirer.

Saint Jean Baptiste

8 janvier, 2012

Saint Jean Baptiste dans images sacrée 14%20BIONDO%20ALTARPIECE%20OF%20THE%20BAPTIST

http://www.artbible.net/3JC/-Mat-03,01-John%20the%20baptist_Jean%20Baptiste/slides/14%20BIONDO%20ALTARPIECE%20OF%20THE%20BAPTIST.html

LUNDÌ 9 JANVIER 2012 : BAPTÊME DU SEIGNEUR – ANNÉE B – HOMELIE

8 janvier, 2012

http://dimancheprochain.org/241-le-bapteme-du-seigneur/

LUNDÌ 9 JANVIER 2012 : BAPTÊME DU SEIGNEUR – ANNÉE B – HOMELIE

(Dimanche 11 janvier 2009 – Le Baptême de Jésus – Année B – Evangile de Marc 1, 7 – 11)

Le Baptême de Jésus et le Nôtre

Depuis plus de 5 siècles Israël avait perdu son indépendance, depuis plus de 90 ans les Romains occupaient le pays. Mais les Ecritures entretenaient une espérance inébranlable: en dépit de son long silence, Dieu n’avait pas abandonné son peuple, il interviendrait et le sauverait par la venue de son Messie. Quand ?….Et quel salut ?….
Soudain, en l’an 28 de notre calendrier ( Jésus doit avoir 33 ans ), la nouvelle se répand: un prophète a surgi et il annonce la venue du Royaume de Dieu. Jésus de Nazareth décide de répondre à l’appel et il prend la route du sud, vers la Judée. Sait-il que Dieu l’y attend pour bouleverser sa vie et lui donner sa mission?…
Jean-Baptiste proclamait dans le désert: » Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Et je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi je vous ai baptisés dans l’eau; lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint ». Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain.
Les quatre évangélistes prennent bien soin de souligner la distance abyssale qui sépare Jésus de Jean et des anciens prophètes. Même si Jésus a un itinéraire semblable au leur (prédication, refus, mort violente), même si effectivement il fut baptisé par Jean, son statut est infiniment supérieur. Les prophètes ne peuvent qu’exhorter, prévenir, menacer, conférer des rites: tout cela est bien, important, mais absolument impuissant à changer le cœur de l’homme. Trop de chrétiens, aujourd’hui encore, réduisent Jésus à un prédicateur, son message à un enseignement, ses rites à une sacralisation des tournants de la vie (naissance, mariage, mort). En rester à ce niveau c’est tuer l’Evangile. Comme saint Paul le criera, une loi ne peut jamais être une bonne nouvelle.
Marc ne raconte pas l’acte du baptême (enlever son vêtement, descendre dans l’eau): l’essentiel, c’est la suite. Jésus va faire une expérience tout à fait personnelle, unique: Dieu se révèle à lui, le nomme, lui confère sa mission.
Et aussitôt, montant hors de l’eau, il vit les cieux déchirés et l’Esprit, comme une colombe descendant vers lui; et une voix hors des cieux: » Toi, tu es mon fils, le bien-aimé, en toi je me complais »
( traduction plus littérale que le texte de la liturgie)
Marc écrit ceci dans les années 70 quand les chrétiens, après Pâques, ont découvert l’identité de Jésus et qu’ils entrent en Eglise grâce au baptême. Donc il raconte la scène pour en montrer la gloire et en s’inspirant des Ecritures, notamment d’ Isaïe 63. Après la catastrophe de 587 avant notre ère (destruction du temple, déportation du peuple), un prophète évoquait les anciennes merveilles de Dieu quand il fit monter de la mer le pasteur de son troupeau et mit en lui son Esprit Saint ( il s’agit de Moïse lors de l’exode d’Egypte). Mais à présent, parmi les ruines et du fond de la détresse immense, le prophète suppliait et en appelait à une nouvelle intervention divine:
» Regarde et vois depuis le ciel…Notre Père, c’est Toi…notre rédempteur…Pourquoi nous laisses-tu errer ?…Reviens !..Ah si tu déchirais les cieux et si tu descendais pour faire connaître ton Nom… » ( Isaïe 63, 19)
Cri extraordinaire ! L’expérience du terrible échec a convaincu que ni Moïse ni les Prophètes ne suffisent à garder le peuple fidèle à son Dieu. Serait-il possible que Dieu lui-même vienne, surgisse, « descende » parmi nous ?…. Et Marc répond: Oui le vœu s’est réalisé: Dieu a exaucé cette folle prière grâce à la descente de Jésus chez nous !

L’EXPERIENCE SPIRITUELLE DE JESUS BAPTISÉ
Chaque expression de Marc est à commenter car tout s’éclaire à la lumière des Ecritures que Jésus « accomplit ». Il y a Vision et Audition:
Les cieux fermés se déchirent: l’expression symbolique signifie que le péché avait rompu le lien avec Dieu, il y avait comme un mur entre Dieu et son peuple pécheur. Aujourd’hui avec Jésus, la communication est rétablie ! Seul ce lien « vertical » rend possible l’harmonie des relations « horizontales » entre nous et entre les peuples.
L’Esprit de Dieu ( son Souffle, sa Puissance) se remet à souffler et descend sur Jésus pour demeurer sur lui. Là est la différence absolue avec le baptême de Jean qui n’est qu’un rite de purification. Jésus est OINT par l’Esprit: « Dieu a conféré à Jésus l’Onction d’Esprit Saint et de Puissance » ( Ac 10, 38)
« Comme une colombe » : cette image a de multiples significations:
1) A la création, on disait que l’Esprit planait sur les eaux (Genèse 1, 2): le baptême est donc plus qu’une ablution, qu’une purification. Il est une NOUVELLE CREATION.
2) A la fin du déluge, la colombe était revenue avec un rameau d’olivier. En Jésus, l’eau du baptême noie toutes nos fautes et l’Esprit nous apporte le pardon et la Paix.
3) Dans le Cantique des Cantiques ( chant d’amour conjugal entre Dieu et son peuple), le Roi appelle sa fiancée « ma colombe »(5, 6; 6, 9). Puisque la colombe symbolise Israël, cela signifie que Jésus est l’Israël fidèle, aimé: il prend sur lui le destin de son peuple, il assume ses frères, il le porte avec ses faiblesses, ses péchés…
« Tu es mon fils »: le psaume 2 décrit l’intronisation royale. Dieu déclare au nouveau roi, qui vient d’être oint, qu’il l’adopte comme son fils, son délégué, son représentant. Certes Jésus était né « Fils de Dieu » (diront Matthieu et Luc) mais ici il est institué ROI; sa mission d’inaugurer le Royaume de Dieu sur terre va commencer. Tout l’évangile peu à peu montrera que Jésus n’est pas un « homme adopté » mais qu’il est vraiment FILS de Dieu car au-delà du rite d’eau, il a reçu l’Esprit, il a été OINT d’Esprit Saint
( Ac 10 = 2ème lecture)
« Bien-aimé »: dans la célèbre scène du sacrifice d’Abraham (Genèse 22), Isaac est ainsi nommé. Donc Jésus sera le Fils portant le bois (de la croix) et conduit au mont du Golgotha. Les hommes tueront le bien-aimé de Dieu mais Dieu le leur rendra par la résurrection. Le baptême voue au sacrifice.
« En toi j’ai mis mon bon plaisir »: c’est ainsi que Dieu présente son « serviteur » qui fera paraître le jugement de Dieu sur toutes les nations du monde et qui agira de façon très douce, sans violence: « Il ne criera pas, il ne brisera pas le roseau ployé »( Isaïe 42). Jésus sera ce serviteur fidèle qui réalisera le salut du monde entier par une conduite non-violente et même en donnant sa vie (Isaïe 53).

LE BAPTEME CHRETIEN
Dès le début, après Pâques, l’entrée dans l’Eglise s’effectue par le rite du baptême qui se substitue à la circoncision. (cf. Actes des Apôtres).
Il se fait « au nom du Christ » c’est-à-dire qu’il relie à Lui, qu’il assimile à lui.
Saint Paul, qui a été baptisé, en soulignera l’importance capitale en ces mots à méditer en ce jour:
« Nous avons été tous baptisés dans un seul Esprit pour être un seul Corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres » (1 Corinthiens 12, 13) – « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec; ni esclave ni homme libre; l’homme et la femme. Car vous n’êtes qu’UN en Jésus Christ » ( Galates 3, 27)
» Nous avons été baptisés dans la mort de Jésus Christ; nous avons été ensevelis avec lui afin que – comme le Christ est ressuscité des morts – nous menions une vie nouvelle…..Morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » ( Romains 6)
Donc en ce jour, 1) nous contemplons notre Seigneur qui descend au cœur de notre humanité pour la laver de ses péchés et la recréer par la Vie divine dans l’Esprit.
2) Nous reprenons conscience de notre dignité: le baptême est une re-naissance dans l’Esprit. Par lui nous devenons ENFANTS DE DIEU, nous avons le privilège de pouvoir prier : « NOTRE PERE ». Et nous formons un peuple, une communauté. En Christ nous sommes UN. Le baptême n’est en rien un rite privé: il est de soi agrégation à une Eglise unique.
3) Enfin le baptême nous envoie en mission: porter cette Révélation au monde entier. Comment les baptisés peuvent-ils ré-évangéliser l’Europe ?…

R. D , dominicain

Introduction au récit de Marc (année B)

8 janvier, 2012

http://www.bible-service.net/site/638.html

Introduction au récit de Marc (année B)

Lire Marc dans son site liturgique

Parce que tout son contenu narratif, ou presque, se retrouve chez les autres évangiles, le récit de Marc a été autrefois peu utilisé dans la liturgie. Il a suscité moins d’intérêt que ceux de Matthieu, Luc ou Jean de la part des Pères de l’Église, des docteurs du moyen âge, des prédicateurs de l’âge classique ou des artistes. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé.
D’une part, le Lectionnaire issu de la réforme liturgique voulue par le concile Vatican II et entré en vigueur en 1969 a choisi, pour les dimanches ordinaires de l’année B, une lecture  » semi-continue  » du second évangile. D’autre part, depuis le début du XXe siècle, les études tant historiques que sémiotiques ou narratives l’ont scruté avec attention. Enfin, à cause de sa brièveté, son rythme et sa nervosité, des comédiens n’ont pas hésité à le lire en public – pendant environ deux heures – procurant un réel bonheur à leurs auditeurs croyants ou non.
Ce Cahier n’a pas la prétention de proposer un commentaire exhaustif. Il se concentre sur les passages retenus dans la liturgie par le Lectionnaire catholique romain. Pour un approfondissement, des ouvrages plus complets sont nécessaires. Le présent Cahier a d’ailleurs abondamment puisé dans trois d’entre eux dus à Simon Légasse (1997), Élian Cuvillier (2002) et Camille Focant (2004).
La lecture  » semi-continue  ». Pour les dimanches de l’année B, les solennités et les fêtes, la liturgie a sélectionné seulement 39 passages. Dans l’année A, elle proposait 50 passages de l’évangile de Matthieu. Quasiment absent de l’Avent, de Noël, de Carême et de Pâques, Marc est privilégié par le temps ordinaire.
Le Lectionnaire a néanmoins omis des épisodes importants, par exemple l’institution des Douze (Mc 3, 13-19), la parabole du semeur et son explication (4, 1-20) ou les multiplications des pains (6, 30-44 et 8, 1-9 ; à la place, on lit le long récit de Jn 6). Des chapitres 11 à 13 seuls quelques brefs épisodes ont été retenus : entrée dans Jérusalem, controverse sur le premier commandement, mise en garde contre les scribes, louange d’une veuve, fin du discours apocalyptique. Ce dernier extrait, scindé en deux, forme d’ailleurs une curieuse inclusion : 13, 33-37 est proclamé au début de l’année (1er dimanche de l’Avent B) alors que 13, 24-32 qui le précède immédiatement est lu presque un an plus tard lors de l’avant-dernier dimanche du cycle liturgique (33e dimanche B) ! Notre travail devrait permettre de situer chacune des péricopes retenues dans la dynamique d’ensemble du récit.
La liturgie ne cherche pas à faire entendre un évangile pour lui-même. Elle l’éclaire par la rencontre d’autres passages bibliques, en particulier ceux de la première lecture et du psaume responsorial. Une rubrique intitulée Lectionnaire tentera, discrètement, de mettre au jour ces liens.
Un plan parmi d’autres. Dans les harmonies recherchées par la liturgie, le rapport direct entre l’Ancien Testament et la péricope évangélique ne vaut que pour le temps ordinaire. Dans les grandes périodes liturgiques (Avent-Noël, Carême-Temps pascal), le rapport entre l’Ancien Testament, le texte de l’Apôtre et l’évangile sont à redéfinir au cas par cas. Ce rappel est important parce que, faute de percevoir les règles que le lectionnaire s’est lui-même fixé, on risque parfois des rapprochements fort douteux entre les textes.
Un récit déconcertant. L’évangile de Marc est déroutant… à l’image de l’attitude de Jésus. Ainsi, pourquoi celui-ci impose-t-il le silence à ceux qu’il vient de guérir ? Pourquoi interdit-il à Pierre qui vient de reconnaître en lui le Christ d’en parler ?
Bien que choisis par Jésus et ayant tout laissé pour le suivre, les disciples ne sont pas présentés sous leur meilleur jour : plus le récit avance, plus leur inintelligence, leurs peurs, leurs manques de foi et leurs faiblesses sont mis en lumière. Au moment de l’arrestation de Jésus, ils l’abandonnent tous et s’enfuient. Dans la cour du Grand Prêtre, Pierre le renie.
Si la prédication de Jésus a pour thème principal la proximité du Règne de Dieu, si son enseignement manifeste son autorité, il doit faire face non seulement à l’incompréhension des disciples mais à l’hostilité et au rejet des autorités juives. L’itinéraire de Jésus qui prédit la venue du Fils de l’homme dans la gloire à la fin des temps passe paradoxalement par la souffrance et la mort. Sur la croix, abandonné des siens, moqué par tous, Jésus se dit abandonné même de Dieu (Mc 15, 34) ! Pourtant, n’est-il pas le  » Fils bien-aimé  » (1, 11 relayé par 9, 7) ?
Confessé comme  » Christ  » par Pierre au terme d’une première prédication en Galilée et en Décapole (8, 29), c’est par un païen, au pied de la croix, qu’il est reconnu dans sa vérité de  » Fils de Dieu  » (15, 39).
La dernière page qui raconte l’annonce pascale n’est pas la moins déconcertante par sa manière abrupte de clore le récit : les femmes s’enfuient du tombeau et ne disent rien  » car elles avaient peur  » (16, 8).
Du point vue de la forme, le récit se présente comme une succession rapide et hachée de petites unités ce qui a pour effet de dérouter le lecteur comme aussi bien de le tenir en haleine.
Un tel évangile ne peut laisser son lecteur indifférent. Il le provoque à s’interroger sur sa confession de foi. En même temps, il le rejoint dans ses peurs et ses incompréhensions devant le mystère de l’identité de Jésus. Invité à devenir disciple, le lecteur est confronté au portrait du disciple dessiné par Marc. Dans la mesure où il s’identifie à ce portrait, il est obligé, d’un côté, à une certaine lucidité sur lui-même et, de l’autre, il est encouragé à la fidélité : Jésus appelle des êtres limités et fragiles et, malgré leurs défaillances, il continue de leur faire confiance. Un échec dans la  » suivance  » n’est jamais définitif. La figure de Pierre, est, de ce point de vue, exemplaire depuis l’appel initial (1, 16) jusqu’au message de résurrection qui lui est transmis (16, 7).

Philippe Léonard Cahier Évangile n° 133 (septembre 2005) pages 4-6.

Les Mages

7 janvier, 2012

Les Mages dans images sacrée 20%20AGE%2012%20HUNGARY%20THE%20MAGI

 

http://www.artbible.net/3JC/-Mat-02,01-The%20magis,%20Les%20mages/1-The%20star-L’etoile/index3.html

HOMÉLIE DE BENOÎT XVI POUR L’EPIPHANIE, 6 JANVIER 2012

7 janvier, 2012

http://www.zenit.org/article-29826?l=french

HOMÉLIE DE BENOÎT XVI POUR L’EPIPHANIE, 6 JANVIER 2012

« La véritable Super nova qui nous guide, c’est le Christ »

ROME, vendredi 6 janvier 2012 (ZENIT.org) – « La grande étoile, la véritable Super nova qui nous guide, c’est le Christ lui-même », déclare Benoît XVI.
Le pape a en effet présidé la messe de l’Epiphanie – la « Révélation » – de l’Enfant Jésus aux Mages venus d’Orient, ce vendredi 6 janvier, en la basilique Saint-Pierre, puisqu’au Vatican et en Italie, la fête est maintenue à cette date traditionnelle du 6, tandis que pour des raisons pastorales, dans de nombreux pays, la fête est renvoyée à dimanche prochain.
Au cours de cette messe, le pape a ordonné évêques deux prêtres des diocèses de New York et de Varsovie: Mgr Charles John Brown, nommé nonce apostolique en Irlande, et Mgr Marek Solczynski, nommé nonce apostolique en Géorgie et en Arménie.
Voici l’homélie de Benoît XVI, dans la traduction officielle de l’italien publiée par la salle de presse du Saint-Siège :

Chers Frères et Sœurs !

L’Épiphanie est une fête de la lumière. « Debout ! [Jérusalem] Rayonne ! Car voici ta lumière et sur toi se lève la gloire du Seigneur » (Is 60,1). Avec ces paroles du prophète Isaïe, l’Église décrit le contenu de la fête. Oui, Il est venu dans le monde Celui qui est la vraie Lumière, Celui qui rend les hommes lumière. Il leur donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu (cf. Jn 1,9.12). Le voyage des Mages d’Orient est pour la liturgie le début seulement d’une grande procession qui continue tout au long de l’histoire. Avec ces hommes commence le pèlerinage de l’humanité vers Jésus-Christ – vers ce Dieu qui est né dans une étable ; qui est mort sur la croix et qui depuis sa résurrection demeure avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28,20). L’Église lit le récit de l’Évangile de Matthieu avec celui de la vision du prophète Isaïe, que nous avons écouté dans la première lecture : le voyage de ces hommes est seulement un commencement. D’abord étaient venus les bergers – des âmes simples qui demeuraient au plus près du Dieu fait petit enfant et qui pouvaient aller vers Lui plus facilement (cf. Lc 2,15) et Le reconnaître comme Seigneur. Mais maintenant, viennent aussi les sages de ce monde. Viennent les grands et les petits, les rois et les serviteurs, les hommes de toutes les cultures et de tous les peuples. Les hommes d’Orient sont les premiers, suivis par tant d’autres, tout au long des siècles. Après la grande vision d’Isaïe, la lecture tirée de la lettre aux Éphésiens exprime la même réalité d’une façon très sobre et simple : les païens partagent le même héritage (cf. Ep 3,6). Le Psaume 2 l’avait exprimé ainsi : « Je te donne les nations pour héritage et pour domaine les extrémités de la terre » (Ps 2,8).
Les Mages d’Orient précèdent. Ils inaugurent la marche des peuples vers le Christ. Durant cette Messe je conférerai l’Ordination épiscopale à deux prêtres, je les consacrerai Pasteurs du peuple de Dieu. Selon les paroles de Jésus, précéder le troupeau fait partie de la charge du Pasteur (Jn 10,4). Donc, dans ces personnages qui comme les premiers païens trouvèrent le chemin vers le Christ, nous pouvons peut-être chercher – malgré toutes les différences de vocations ou de fonctions – des indications regardant la charge des Évêques. Quel genre d’hommes étaient-ils ? Les experts nous disent qu’ils appartenaient à la grande tradition de l’astronomie qui à travers les siècles s’était développée en Mésopotamie et y fleurissait encore. Cependant cette information seule ne suffit pas. Il y avait peut-être de nombreux astronomes dans la Babylone antique, mais seul ce petit nombre s’est mis en route et a suivi l’étoile en laquelle il avait reconnu l’étoile de la promesse, celle qui indique la route vers le vrai Roi et Sauveur. Ils étaient, pourrions-nous dire, des hommes de science, mais non seulement dans le sens où ils voulaient connaître beaucoup de choses : ils voulaient davantage. Ils voulaient comprendre ce qui compte dans l’être humain.
Probablement avaient-ils entendu parler de la prophétie du prophète païen Balaam : « Un astre issu de Jacob devient chef et un sceptre se lève, issu d’Israël » (Nb 24,17). Ceux-ci approfondirent cette promesse. C’étaient des personnes au cœur inquiet, qui ne se contentaient pas de ce qui paraît et est habituel. C’étaient des hommes à la recherche de la promesse, à la recherche de Dieu. Et c’étaient des hommes attentifs, capables de percevoir les signes de Dieu, son langage discret et insistant. Mais c’étaient encore des hommes à la fois courageux et humbles : nous pouvons imaginer qu’ils durent supporter quelques moqueries parce qu’ils s’étaient mis en route vers le Roi des Juifs, affrontant pour cela beaucoup de fatigue. Pour eux, ce que pensait d’eux celui-ci ou celui-là ou encore les personnes influentes ou intelligentes, n’était pas déterminant. Pour eux, ce qui comptait était la vérité elle-même, et non l’opinion des hommes. Pour cela ils affrontèrent les renoncements et les fatigues d’un voyage long et incertain. Ce fut leur courage humble qui leur permit de pouvoir s’incliner devant le petit enfant de gens pauvres et de reconnaître en Lui le Roi promis dont la recherche et la reconnaissance avait été le but de leur cheminement extérieur et intérieur.
Chers amis, comment ne pas voir en tout cela quelques-uns des traits essentiels du ministère épiscopal ? L’Évêque lui aussi doit être un homme au cœur inquiet qui ne se contente pas des choses habituelles de ce monde, mais suit l’inquiétude de son cœur qui le pousse à s’approcher intérieurement toujours plus de Dieu, à chercher son Visage, à Le connaître toujours mieux, pour pouvoir l’aimer toujours plus. L’Évêque doit être lui aussi un homme au cœur vigilant qui perçoit le langage discret de Dieu et sait discerner le vrai de l’apparent. L’Évêque encore doit être rempli du courage de l’humilité, qui ne s’interroge pas sur ce que peut dire de lui l’opinion dominante, mais tire son critère de mesure de la vérité de Dieu, et pour elle s’engage « opportune – importune » à temps et à contre-temps. Il doit être capable d’ouvrir et d’indiquer la route. Il doit marcher en avant, suivant Celui qui nous a tous précédés, parce qu’il est le vrai Pasteur, l’étoile véritable de la promesse : Jésus-Christ. Et il doit avoir l’humilité de s’incliner devant ce Dieu qui s’est rendu si concret et si simple qu’il contredit notre stupide orgueil, qui ne veut pas voir Dieu aussi proche et aussi petit. Il doit vivre l’adoration du Fils de Dieu fait homme, adoration qui lui indique toujours à nouveau la route.
La liturgie de l’Ordination épiscopale interprète l’essentiel de ce ministère en huit questions posées aux candidats à l’ordination, qui commencent toujours par la parole : « Vultis ? – Voulez-vous ? ». Les questions orientent la volonté et lui indiquent la route à prendre. Je voudrais ici mentionner brièvement quelques unes des paroles-clés d’une telle orientation, dans lesquelles se concrétise ce sur quoi nous avons réfléchi peu auparavant à partir des Mages de la fête d’aujourd’hui. La charge des Évêques est de « predicare Evangelium Christi », « custodire » et « dirigere », « pauperibus se misericordes praebere », « indesinenter orare ». Annoncer l’Évangile de Jésus-Christ, précéder et conduire, garder le patrimoine sacré de notre foi, la miséricorde et la charité envers les plus nécessiteux et les pauvres en qui se reflète l’amour miséricordieux de Dieu pour nous et, pour finir, la prière continue sont des caractéristiques fondamentales du ministère épiscopal. La prière continue qui signifie ne jamais perdre contact avec Dieu, se laisser toujours toucher par Lui dans l’intime de notre cœur et être ainsi envahis par sa lumière. Seul celui qui connaît Dieu personnellement peut guider les autres vers Dieu. Seul celui qui guide les hommes vers Dieu, les guide sur le chemin de la vie.
Le cœur inquiet, dont nous avons parlé en nous reportant à saint Augustin, est le cœur qui, en fin de compte, ne se contente de rien de moins que de Dieu et, précisément ainsi, devient un cœur qui aime. Notre cœur est inquiet par rapport à Dieu et il le reste, même si aujourd’hui on s’efforce, avec des « narcotiques » très efficaces, de libérer l’homme de cette inquiétude. Toutefois, ce n’est pas seulement nous, les êtres humains, qui sommes inquiets par rapport à Dieu. Le cœur de Dieu est inquiet pour l’homme. Dieu nous attend. Il nous cherche. Il n’est pas tranquille lui non plus tant qu’il ne nous a pas trouvés. Le cœur de Dieu est inquiet, et c’est pour cela qu’il s’est mis en chemin vers nous – vers Bethléem, vers le Calvaire, de Jérusalem à la Galilée et jusqu’aux confins du monde. Dieu est inquiet à notre égard, il est à la recherche de personnes qui se laissent gagner par son inquiétude, par sa passion pour nous. De personnes qui portent en elles la recherche qui est dans leur cœur et, en même temps, qui se laissent toucher dans leur cœur par la recherche de Dieu à notre égard. Chers amis, c’est la tâche des Apôtres d’accueillir l’inquiétude de Dieu à l’égard de l’homme et de porter Dieu lui-même aux hommes. Et c’est votre tâche sur les pas des Apôtres de vous laisser toucher par l’inquiétude de Dieu afin que le désir de Dieu à l’égard de l’homme puisse être satisfait.
Les Mages ont suivi l’étoile. À travers le langage de la création, ils ont trouvé le Dieu de l’histoire. Certes, le langage de la création à lui seul ne suffit pas. Seule la Parole de Dieu, que nous rencontrons dans la Sainte Écriture, pouvait leur indiquer de façon définitive la route. Création et Écriture, raison et foi doivent coexister pour nous conduire au Dieu vivant. On a beaucoup discuté sur le genre d’étoile qu’était celle qui avait guidé les Mages. On pense à une conjonction de planètes, à une Super nova, c’est-à-dire à une de ces étoiles au départ très faible en qui une explosion interne libère pendant un certain temps une immense splendeur, à une comète, etc. Que les savants continuent de discuter !
La grande étoile, la véritable Super nova qui nous guide, c’est le Christ lui-même. Il est, pour ainsi dire, l’explosion de l’amour de Dieu, qui fait resplendir sur le monde le grand éclat de son cœur. Et nous pouvons ajouter : les Mages d’Orient dont parle l’Évangile d’aujourd’hui, de même que les saints en général, sont devenus eux-mêmes petit à petit des constellations de Dieu, qui nous indiquent la route. En toutes ces personnes, le contact avec la Parole de Dieu a, pour ainsi dire, provoqué une explosion de lumière, à travers laquelle la splendeur de Dieu illumine notre monde et nous indique la route. Les saints sont des étoiles de Dieu, par lesquelles nous nous laissons guider vers Celui auquel notre cœur aspire. Chers amis, vous avez suivi l’étoile Jésus Christ, quand vous avez dit votre « oui » au sacerdoce et au ministère épiscopal. Et des étoiles mineures ont certainement brillé aussi pour vous, vous aidant à ne pas perdre la route. Dans les litanies des Saints, nous invoquons toutes ces étoiles de Dieu, afin qu’elles brillent toujours à nouveau pour vous et vous indiquent la route. En étant ordonnés Évêques, vous êtes appelés à être vous aussi étoiles de Dieu pour les hommes, à les guider sur la route vers la véritable lumière, vers le Christ. Prions donc à présent tous les Saints afin que vous puissiez toujours accomplir votre tâche et montrer aux hommes la lumière de Dieu. Amen.

PAROLES DE BENOÎT XVI À L’ANGÉLUS DU 6 JANVIER 2012

7 janvier, 2012

http://www.zenit.org/article-29835?l=french

PAROLES DE BENOÎT XVI À L’ANGÉLUS DU 6 JANVIER 2012

« Jésus est le soleil apparu à l’horizon de l’humanité »

ROME, vendredi 6 janvier 2012 (ZENIT.org) – « Jésus est le soleil apparu à l’horizon de l’humanité pour éclairer l’existence personnelle de chacun de nous, et pour nous conduire tous ensemble vers le but de notre pèlerinage, vers la terre de la liberté et de la paix où nous vivrons pour toujours en pleine communion avec Dieu et entre nous », a expliqué Benoît XVI avant l’angélus de ce dimanche, place Saint-Pierre.

Paroles de Benoît XVI, en italien avant l’angélus :

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, en la solennité de l’Epiphanie du Seigneur, j’ai ordonné, en la basilique Saint-Pierre, deux nouveaux évêques et ainsi pardonnez ce retard.
Cette fête de l’Epiphanie est une fête très ancienne, qui a ses origines dans l’Orient chrétien et met en relief le mystère de la manifestation de Jésus Christ à tous les peuples, représentés par les Mages qui sont venus adorer le Roi des Juifs, tout juste né à Bethléem, comme le raconte l’évangile de Matthieu (cf. 2,1-12). Cette « lumière nouvelle » qui s’est allumée la nuit de Noël (cf. Préface I de Noël), commence aujourd’hui à resplendir sur le monde, comme le suggère l’image de l’étoile, signe céleste qui a attiré l’attention des Mages et les a guidés dans leur voyage vers la Judée.
Toute la période de Noël et de l’Epiphanie est caractérisée par le thème de la lumière, lié aussi au fait que, dans l’hémisphère Nord, après le solstice d’hiver, le jour recommence à s’allonger par rapport à la nuit. Mais, au-delà de leur position géographique, la parole du Christ vaut pour tous les peuples : « Je suis la Lumière du monde ; qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jn 8,12). Jésus est le soleil apparu à l’horizon de l’humanité pour éclairer l’existence personnelle de chacun de nous, et pour nous conduire tous ensemble vers le but de notre pèlerinage, vers la terre de la liberté et de la paix où nous vivrons pour toujours en pleine communion avec Dieu et entre nous.
L’annonce de ce mystère de salut a été confié par le Christ à son Eglise. « Il a été révélé par l’Esprit Saint à ses saints apôtres et prophètes, écrit saint Paul : les païens sont appelés, dans le Christ Jésus, à partager le même héritage, à former le même Corps, à être les bénéficiaires de la même Promesse, par le moyen de l’Évangile (Ep 3,5-6). L’invitation que le prophète Isaïe adressait à la sainte cité de Jérusalem peut être appliquée à l’Eglise : « Lève-toi, revêts-toi de lumière parce que ta lumière vient, que la gloire du Seigneur brille sur toi. Parce que voici que les ténèbres recouvrent la terre, un brouillard épais enveloppe les peuples. Mais sur toi resplendit le Seigneur et sa gloire apparaît sur toi » (Is 60,1-2). Et ainsi, le monde et toutes ses ressources, n’est pas en mesure de donner à l’humanité la lumière qui oriente son cheminement. Nous le constatons aussi de nos jours : la civilisation occidentale semble avoir perdu l’orientation, elle navigue à vue. Mais l’Eglise, grâce à la Parole de Dieu, voit à travers ces brouillards. Elle ne possède pas de solutions techniques, mais elle garde le regard tourné vers le but, et elle offre la lumière de l’Evangile à tous les hommes de bonne volonté, quelle que soit leur nation ou culture.
C’est aussi la mission des représentants pontificaux auprès des Etats et des organisations internationales. Et justement ce matin – comme je l’ai déjà dit – j’ai eu la joie de conférer l’ordination épiscopale à deux nouveaux nonces apostoliques. Confions à la Vierge Marie leur service et l’œuvre d’évangélisation de toute l’Eglise.

En français, Benoît XVI a ajouté, après l’angélus :
Je suis heureux de vous saluer, chers frères et sœurs francophones présents pour la prière de l’Angélus. En ce jour de l’Épiphanie, avec les Mages, nous sommes tous invités à marcher pleins de confiance vers le Christ, Lumière des nations. Comme eux laissons-nous guider par l’étoile lumineuse de la Parole qui sauve. En adorant le Seigneur n’ayons pas peur de lui offrir cette nouvelle année, afin qu’elle soit remplie de Foi, d’Espérance et de Charité. En ce jour, j’adresse aussi mes vœux cordiaux à nos frères et à nos sœurs des Églises d’Orient qui célèbrent le Saint Noël ! Avec ma Bénédiction Apostolique !

Traduction française de Zenit (Anita Bourdin)

RÉCIT DE PAUL CLAUDEL: CONVERTI PENDANT LE CHANT DU MAGNIFICAT

7 janvier, 2012

http://maranatha.mmic.net/Conversion.html

RÉCIT DE PAUL CLAUDEL

CONVERTI PENDANT LE CHANT DU MAGNIFICAT

« Je suis né le 6 août 1868. Ma conver­sion s’est produite le 25 décembre 1886. J’avais donc dix-huit ans. Mais le dévelop­pement de mon caractère était déjà, à ce moment, très avancé. Bien que rattachée des deux côtés à des lignées de croyants qui ont donné plusieurs prêtres à l’Église, ma famille était indifférente et, après notre arrivée à Paris, devint nettement étrangère aux cho­ses de la Foi.

Auparavant, j’avais fait une bonne pre­mière communion qui, comme pour la plu­part des jeunes garçons, fut à la fois le cou­ronnement et le terme de mes pratiques religieuses. J’ai été élevé, ou plutôt instruit, d’abord par un professeur libre, dans des collèges (laïcs) de province, puis enfin au lycée Louis-le-Grand. Dès mon entrée dans cet établissement, j’avais perdu la foi, qui me semblait inconciliable avec la pluralité des mondes. La lecture de la Vie de Jésus de Renan fournit de nouveaux prétextes à ce changement de convictions que tout, d’ailleurs, autour de moi, facilitait ou encourageait.

Que l’on se rappelle ces tristes années quatre-vingts, l’époque du plein épanouissement de la littérature naturaliste. Jamais le joug de la matière ne parut mieux affermi. Tout ce qui avait un nom dans l’art, dans la science et dans la littérature, était irréligieux. Tous les soi-disant grands hommes de ce siècle finissant s’étaient distingués par leur hostilité à l’Église. Renan régnait. Il prési­dait la dernière distribution de prix du lycée Louis-le-Grand à laquelle j’assistai et il me semble que je fus couronné de ses mains. Victor Hugo venait de disparaître dans une apothéose.

À dix-huit ans, je croyais donc ce que croyaient la plupart des gens dits cultivés de ce temps. La forte idée de l’individuel et du concret était obscurcie en moi. J’acceptais l’hypothèse moniste et mécaniste dans toute sa rigueur; je croyais que tout était soumis aux « lois », et que ce monde était un enchaînement dur d’effets et de causes que la science allait arriver après-demain à débrouiller parfaitement. Tout cela me semblait d’ailleurs fort triste et fort en­nuyeux. Quant à l’idée du devoir kantien que nous présentait mon professeur de philo­sophie, M. Burdeau, ja­mais il ne me fut pos­sible de la digérer.

Je vivais d’ailleurs dans l’immoralité et, peu à peu, je tombai dans un état de désespoir. La mort de mon grand-père, que j’avais vu de longs mois rongé par un cancer à l’estomac, m’avait inspiré une profonde terreur et la pensée de la mort ne me quittait pas. J’avais complètement oublié la religion et j’étais à son égard d’une ignorance sau­vage. La première lueur de vérité me fut donnée par la rencontre des livres d’un grand poète, à qui je dois une éternelle re­connaissance, et qui a eu dans la formation de ma pensée une part prépondérante : Arthur Rimbaud. La lecture des Illuminations, puis, quelques mois après, d’Une Sai­son en Enfer, fut pour moi un événement capital. Pour la première fois, ces livres ou­vraient une fissure dans mon bagne matéria­liste et me donnait l’impression vivante et presque physique du surnaturel. Mais mon état habituel d’asphyxie et de désespoir res­tait le même.

Tel était le malheureux enfant qui, le 25 décembre 1886, se rendit à Notre-Dame de Paris pour y suivre les offices de Noël. Je commençais alors à écrire et il me semblait que, dans les cérémonies catholiques, considérées avec un dilettan­tisme supérieur, je trouverais un excitant ap­proprié et la matière de quelques exercices décadents. C’est dans ces dispositions que, cou­doyé et bousculé par la foule, j’assistai, avec un plaisir médiocre, à la grand-messe. Puis, n’ayant rien de mieux à faire, je revins aux vêpres. Les enfants de la maîtrise en robes blan­ches et les élèves du pe­tit séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui les assistaient, étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur, à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie.

En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion, d’un tel soulèvement de tout mon être, d’une conviction si puissante, d’une telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable.

En essayant, comme je l’ai fait souvent, de reconstituer les minutes qui suivirent cet instant extraordinaire, je retrouve les éléments suivants qui, cependant, ne formaient qu’un seul éclair, une seule arme, dont la Providence divine se servait pour atteindre et s’ouvrir enfin le cœur d’un pauvre enfant désespéré : « Que les gens qui croient sont heureux ! Si c’était vrai, pourtant ? C’est vrai ! Dieu existe, Il est là. C’est quelqu’un, c’est un être aussi personnel que moi ! Il m’aime, Il m’appelle. » Les larmes et les san­glots étaient venus et le chant si tendre de l’Adeste ajoutait encore à mon émotion.

Émotion bien douce où se mêlait cepen­dant un sentiment d’épouvante et presque d’horreur ! Car mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avait laissées dédaigneusement où elles étaient, je ne voyais rien à y changer, la religion catho­lique me semblait toujours le même trésor d’anecdotes absurdes, ses prêtres et les fidèles m’inspiraient la même aversion qui allait jusqu’à la haine et jusqu’au dégoût. L’édifice de mes opinions et de mes connaissan­ces restait debout et je n’y voyais aucun défaut. Il était seulement arrivé que j’en étais sorti.

Un Être nouveau et formidable, avec de terribles exigences pour le jeune homme et l’artiste que j’étais, s’était révélé que je ne savais concilier avec rien de ce qui m’entou­rait. L’état d’un homme qu’on arracherait d’un seul coup de sa peau pour le planter dans un corps étranger au milieu d’un monde inconnu est la seule comparaison que je puisse trouver pour exprimer cet état de désarroi complet. Ce qui était le plus répugnant, à mes opinions et à mes goûts, c’est cela pourtant qui était vrai, c’est cela dont il fallait bon gré, mal gré, que je m’accommodasse. Ah ! Ce ne serait pas, du moins, sans avoir essayé tout ce qu’il m’était possible pour résister.

Cette résistance a duré quatre ans. J’ose dire que je fis une belle défense et que la lutte fut loyale et complète. Rien ne fut omis. J’usai de tous les moyens de résis­tance et je dus abandonner l’une après l’autre des armes qui ne me servaient à rien. Ce fut la grande crise de mon existence, cette agonie de la pensée dont Arthur Rimbaud a écrit : « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face ! » Les jeunes gens qui abandonnent si facilement la foi ne savent pas ce qu’il en coûte pour la recou­vrer et de quelles tortures elle devient le prix. La pensée de l’enfer, la pensée aussi de tou­tes les beautés et de toutes les joies, dont, à ce qu’il me paraissait, mon retour à la vérité, devait m’imposer le sacrifice, étaient surtout ce qui me retirait en arrière.

Mais enfin, dès le soir même de ce mémorable jour à Notre-Dame, après que je fus rentré chez moi par les rues pluvieuses qui me semblaient maintenant si étranges, j’avais pris une bible protestante qu’une amie allemande avait donnée autrefois à ma sœur Camille et, pour la première fois, j’avais entendu l’accent de cette voix si douce et si inflexible qui n’a cessé de retentir dans mon cœur.

Je ne connaissais que par Renan l’histoire de Jésus et, sur la foi de cet imposteur, j’ignorais même qu’Il se fût jamais dit le Fils de Dieu. Chaque mot, chaque ligne démen­tait, avec une simplicité majestueuse, les impudentes affirmations de l’apostat et me dessillait les yeux. C’est vrai, je l’avouais avec le centurion, oui, Jésus était le Fils de Dieu. C’est à moi, Paul, entre tous, qu’Il s’adressait et Il me promettait Son amour. Mais, en même temps, si je ne Le suivais, Il ne me laissait d’autre alternative que la damnation. Ah ! de n’avais pas besoin qu’on m’expliquât ce qu’était l’enfer et j’y avais fait ma « Saison ». Ces quelques heures m’avaient suffi pour me montrer que l’enfer est partout où n’est pas Jésus-Christ. Et que m’importait le reste du monde auprès de cet Être nouveau et prodigieux qui venait de m’être révélé ?

C’était l’homme nouveau en moi qui par­lait ainsi, mais l’ancien résistait de toutes ses forces et ne voulait rien abandonner de cette vie qui s’ouvrait à lui. L’avouerai-je ? Au fond, le sentiment le plus fort qui m’empêchait de déclarer mes convictions était le res­pect humain. La pensée d’annoncer à tous ma conversion, de dire à mes parents que je vou­lais faire maigre le ven­dredi, de me proclamer moi-même un de ces catholiques tant raillés, me donnait des sueurs froides et, par mo­ments, la violence qui m’était faite me causait une véritable indignation. Mais je sentais sur moi une main ferme. Je ne connaissais pas un prêtre. Je n’avais pas un ami catholique.

L’étude de la religion était devenue mon intérêt dominant. Chose curieuse ! l’éveil de l’âme et celui des facultés poétiques se fai­sait chez moi en même temps, démentant mes préjugés et mes terreurs enfantines. C’est à ce moment que j’écrivis les premières versions de mes drames : Tête d’Or et La Ville. Quoique étranger encore aux sacrements, déjà je participais à la vie de l’Église, je respirais enfin et la vie pénétrait en moi par tous les pores. Les livres qui m’ont le plus aidé à cette époque sont d’abord les Pensées de Pascal, ouvrage inestimable pour ceux qui cherchent la foi, bien que son influence ait souvent été funeste; les Élévations sur les Mystères et les Méditations sur les Évangiles de Bossuet, et ses autres traités philosophiques; le Poème de Dante, et les admirables récits de la Sœur Emmerich. La Métaphysique d’Aristote m’avait nettoyé l’esprit et m’intro­duisait dans les domaines de la véritable rai­son. L’Imitation appartenait à une sphère trop élevée pour moi et ses deux premiers li­vres m’avaient paru d’une dureté terrible.

Mais le grand livre qui m’était ouvert et où je fis mes classes, c’était l’Église. Louée soit à jamais cette grande mère majes­tueuse aux genoux de qui j’ai tout appris ! Je passais tous mes dimanches à Notre-Dame et j’y allais le plus sou­vent possible en se­maine. J’étais alors aussi ignorant de ma religion qu’on peut l’être du bouddhisme, et voilà que le drame sacré se déployait de­vant moi avec une magni­ficence qui surpassait toutes mes imaginations. Ah ! ce n’était plus le pauvre langage des livres de dévotion ! C’était la plus pro­fonde et la plus grandiose poésie, les gestes les plus augustes qui aient jamais été confiés à des êtres humains.

Je ne pouvais me rassasier du spectacle de la messe et chaque mouvement du prêtre s’inscrivait profondément dans mon esprit et dans mon cœur. La lecture de l’office des Morts, de celui de Noël, le spectacle des jours de la Semaine Sainte, le sublime chant de l’Exultat auprès duquel les accents les plus enivrés de Sophocle et de Pindare me paraissaient fades, tout cela m’écrasait de respect et de joie, de reconnaissance, de re­pentir et d’adoration ! Peu à peu, lentement et péniblement, se faisait jour dans mon cœur cette idée que l’art et la poésie aussi sont des choses divines, et que les plaisirs de la chair, loin de leur être indispensables, leur sont au contraires un détriment. Combien j’enviais les heureux chrétiens que je voyais communier ! Quant à moi, j’osais à peine me glisser parmi ceux qui, à chaque vendredi de Carême, venaient baiser la couronne d’épines.

Cependant les années passaient et ma situation devenait intolérable. Je priais Dieu avec larmes en secret et cependant je n’osais ouvrir la bouche. Pourtant, chaque jour, mes objections devenaient plus faibles et l’exigence de Dieu plus dure. Ah ! que je Le connaissais bien à ce moment, et que Ses tou­ches sur mon âme étaient fortes ! Comment ai-je trouvé le courage d’y résister ?

La troisième année, je lus les Écritures posthumes de Baudelaire, et je vis qu’un poète que je préférais à tous les Français avait trouvé la foi dans les dernières années de sa vie et s’était débattu dans les mêmes angoisses et dans les mêmes remords que moi. Je réunis mon courage et j’entrai un après-midi dans un confessionnal de Saint-Médard, ma paroisse. Les minutes où j’attendis le prêtre sont les plus amères de ma vie. Je trouvai un vieil homme qui me parut fort peu ému d’une histoire qui, à moi, semblait si intéressante ; il me parla des « souvenirs de ma première communion » (à ma pro­fonde vexation) et m’ordonna avant toute absolu­tion de déclarer ma conversion à ma famille : en quoi aujourd’hui je ne puis lui donner tort. Je sortis de la boîte humilié et courroucé, et n’y revins que l’année suivante, lorsque je fus décidément forcé, réduit et poussé à bout. Là dans cette même église Saint-Médard, je trouvai un jeune prêtre miséricor­dieux et fraternel, M. l’abbé Ménard, qui me réconcilia, et plus tard, le saint et vénérable ecclésias­tique, l’abbé Villaume, qui fut mon directeur et mon père bien-aimé, et dont, du ciel où il est maintenant, je ne cesse de sentir sur moi la protection. Je fis ma seconde communion en ce même jour de Noël, le 25 décembre 1890, à Notre-Dame. »

Ecclesia, Lectures chrétiennes, Paris, No 1, avril 1949, p. 53-58,

bonne soirée et bonne nuit

6 janvier, 2012

bonne soirée et bonne nuit dans image bon nuit, jour, dimanche etc. ash-maple-leaves-adirondacks-melford_42694_990x742

Leaves, Cascade Lake

http://photography.nationalgeographic.com/photography/photo-of-the-day/nature-weather/

Epiphany of the Lord (pour moi, à Rome, l’Epiphanie, c’est demain)

5 janvier, 2012

Epiphany of the Lord (pour moi, à Rome, l'Epiphanie, c'est demain) dans images sacrée magi

 http://www.danielmitsui.com/hieronymus/index.blog/1870230/epiphany-of-our-lord/
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