Archive pour janvier, 2012

Homélie du 2e dimanche ordinaire B

13 janvier, 2012

http://parolesdudimanche.blogs.lalibre.be/

Homélie du 2e dimanche ordinaire B

1 S 3, 3b-10.19 ; 1 Co 6, 13c-16a, 17-20 ; Jn 1, 35-42

Moi aussi, comme Samuel, j’entends régulièrement, des voix qui attirent mon attention, et m’invitent donc à réfléchir. Ces voix sont de deux sortes. Les unes sont intérieures, comme un souffle, un murmure, une inspiration. Les autres sont extérieures. Depuis une parole à peine audible, jusqu’aux bruits déchirants. Il ne s’agit pas pour autant de faits extraordinaires.
Il faut savoir que, dans les récits bibliques, ce que nous appelons la Parole de Dieu est en réalité une Parole sur Dieu. Une voix ou un événement. Aujourd’hui encore, la rencontre de quelqu’un, un témoignage, une lecture, une prédication, une épreuve, peuvent susciter une réflexion, une conversion, un engagement. C’est la réponse à un appel. Une vocation… Voyez, Samuel. La vieille tradition juive voulait maintenir et prouver qu’en Israël la royauté était sacrée. La meilleure preuve, c’est que Dieu l’a instaurée. D’où, l’histoire de ce petit garçon, consacré pour la vie à Yahwé et au Temple, à la suite d’un vœu de sa mère. Or, une nuit, Samuel a entendu une voix. Manifestement intérieure, spirituelle. L’enfant aura donc besoin du prêtre Eli pour l’interpréter. Mais le brave homme ne verra pas clair du premier coup. Ce n’est qu’à la troisième fois qu’il y percevra un appel du Seigneur.
Ces appels répétés, ces difficultés à comprendre et à répondre, signifient qu’il faut souvent du temps pour prendre conscience du sens et de l’authenticité d’un appel, et du temps pour prendre des décisions.
La suite montre bien le choix difficile que devra faire Samuel devenu homme. Soit, rester fidèle au vœu de sa mère qui rêvait, dirions-nous aujourd’hui, de le voir entrer au couvent. Soit, répondre à une vocation de type politique et révolutionnaire qui le séduisait. C’est la seconde qu’il choisira. Elle sera prophétique. Samuel deviendra l’instrument de l’instauration de la royauté en Israël. Il lui donnera son premier roi, Saül, et il sacrera plus tard, en cachette, le futur roi David, dont la lignée révélera Jésus le Messie.
Autre exemple : François d’Assise. Dans la chapelle de la Portioncule, explique l’un de ses biographes,  » Dieu lui a parlé à nouveau « . C’est-à-dire tout simplement par la voix du prêtre qui proclamait l’évangile du jour. (Comme moi, aujourd’hui). Le jeune homme, toujours en recherche, croit entendre pour la première fois :  » Allez et annoncez partout que le Royaume de Dieu est proche. Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement…  » (Mt 10)… Voilà ce que je veux, ce que je cherche, ce que je désire faire du fond du cœur, dira ce jeune bourgeois de 26 ans.
Il avait mis trois ans pour comprendre. Et déjà interprété plusieurs songes. Le premier l’avait confirmé dans une vocation de  » volontaire de guerre « . Un autre, qu’il valait mieux servir le Seigneur Dieu plutôt que le seigneur pape, chef des croisades. A la Portioncule, il répondait à un nouvel appel. Qui sera définitif, celui de missionnaire et de témoin de l’Evangile. Auparavant, il avait déjà été secoué par des interpellations : celles des événements, un an d’emprisonnement, la maladie, la rencontre d’un lépreux, les drames de la misère et d’autres choses encore.
Voyez maintenant dans l’évangile : Le déroulement très incarné de l’éclosion des premières vocations de disciples de Jésus…  » Vous cherchez quelque chose ? Passez chez moi, on pourra en parler – D’accord « . Et les deux jeunes gens sortiront de la rencontre enthousiasmés. Naturellement, l’un en parle à son frère qu’il va ensuite présenter à Jésus. Et cela continue.
Dans le cadre du mystère de l’incarnation, les appels de Dieu s’incarnent aussi dans l’ordinaire du quotidien. Tout parle de Dieu à qui veut bien regarder et tendre l’oreille. Je crois même que, sur tous les chemins du monde, même en allant chez le boucher, chez le coiffeur, ou en prenant le métro, on peut croiser Jésus qui va et qui vient, comme il allait et venait sur les bords du Jourdain.
On peut aussi passer près de lui sans le remarquer, sans l’entendre, sans l’écouter.  » Je l’ai déjà trouvé « , direz-vous. Certes ! Mais il peut encore appeler pour un service d’Eglise ou de la société. En lisant les journaux, en écoutant radio et télévision, il nous interpelle par les victimes d’un désastre, ou le dévouement de ceux et celles qui se portent au secours des victimes. Il y a les appels de la conscience, où l’on peut reconnaître des appels de Dieu. Il y a des vocations par appel direct, quand on est sollicité pour venir en aide à certaines détresses, pour assumer une responsabilité politique ou paroissiale, sociale ou religieuse, et même sacerdotale.
La vocation fondamentale est signifiée dans l’Eglise par le baptême. Les autres en découlent. Y compris les vocations sacerdotales ou religieuses. Oui, mais elles diminuent, direz-vous. Je ne crois pas pour autant que les appels du Christ soient moins nombreux ou moins convaincants. Par contre, nous oublions peut-être qu’il peut appeler autrement, et pour des problèmes nouveaux ou des méthodes qui ne sont pas traditionnelles. Peut-être manquons-nous de lucidité, d’audace et d’imagination. A trop regarder en arrière, on finit par être incapable de regarder en avant pour découvrir de nouveaux horizons. Comme l’a écrit un théologien : « Il nous faut savoir, tout simplement savoir, si nous voulons entendre Dieu, non pas là où nous avons envie de l’entendre, mais là où il parle vraiment « . (« Les traces de Dieu », Marcel Neusch, Cerf 2005).

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 – 2008

Hannukah – December 2011 21-28 Kislev 5772 / Tevet 5772 25-2

12 janvier, 2012

Hannukah - December 2011  21-28  Kislev 5772 / Tevet 5772 25-2 dans images sacrée hannukah1

http://www.focusjunior.it/Cose_curiose/Special/2011/dicembre/natale-nel-mondo-il-natale-ebraico-ovvero-hanukkah.aspx

Comment dire le nom de Dieu : Yaveh ou YHWH ? (II)

12 janvier, 2012

http://www.pasaj.ch/comment-dire-le-nom-de-dieu-yaveh-ou-yhwh-ii-article1524.html

Comment dire le nom de Dieu : Yaveh ou YHWH ? (II)

(où il ya des points d’interrogation est le mot en hébreu)

samedi 1er novembre 2008

Dans un récent communiqué (Infocatho du 23 août 2008), nous apprenions que la Congrégation pour le Culte divin demande de pas prononcer le nom de Dieu : Yahvé. Pourquoi cette position et à quoi se réfère-t-elle ?
Dans l’article précédent, nous avons vu la position qu’a prise l’Eglise dans les débats autour de la prononciation ou nom du Nom divin : le choix de ne pas prononcer ???? ou YHWH. Poursuivons notre réflexion en nous approchant de ce que nous disent les récits bibliques et différents choix qui ont été faits dans les diverses traductions de la Bible
Comment se pose la question de la nomination de Dieu dans la Première Alliance ?
Dans l’Ancien Testament, aussi appelé Première Alliance, on dénombre pas moins d’une vingtaine d’appellations pour désigner Dieu : (Note) Ywhw, Yah, (note) Elohim, (????) Adonay, Adonay Yhwh, Yhwh Sabaot, El, Elohâ, Shadday, El Roï, El Olam, El Béthel, etc. Chacun d’entre-eux désigne Dieu avec une couleur particulière. Par exemple, « Elohim » est généralement traduit dans nos Bibles par « Dieu » et fait référence au Dieu juste, celui qui juge. « Adonay » est quant à lui couramment rendu en français par « Seigneur » et fait plutôt appel à l’image du Dieu de miséricorde. « Yhwh Sabaot » est retranscrit dans la TOB par « Dieu de l’univers », ce qui inclut une idée du Dieu de puissance et du créateur.
Cependant, parmi toutes ces nominations, il n’y a qu’un seul nom de Dieu : c’est le tétragramme, formé de quatre consonnes en hébreu ???? (yod hé wav hé) que l’on peut rendre par « Yhwh ». Il y a de nombreuses appellations qui sont données par les hommes, mais il n’existe qu’un seul nom de Dieu : « Yhwh », celui qu’Il a révélé de lui-même à Moïse, au Sinaï.
La retenue dans la nomination de Dieu
Dans la culture biblique et juive, le nom d’une personne n’est pas qu’une simple manière de le désigner. C’est faire appel à l’être même de la personne, c’est dire ce qu’elle est au plus profond d’elle-même. c’est dire son identité et son essence. D’une certaine manière, connaître le nom de quelqu’un, c’est aussi un peu le « posséder » ou se l’accaparer. Choisir de ne pas prononcer le nom de Dieu revient dans cette vision à renoncer à s’approprier ce nom, ce qu’il englobe (l’être lui-même) et lui accorder le plus grand respect en ne cherchant pas à le retenir.
Le judaïsme n’est pas le seul à avoir fait ce choix. L’Islam donne 99 attributs ou appellations à Dieu. Il ne va pas jusqu’à 100, il s’arrête avant, comme pour dire que le langage des hommes ne pourra jamais dire le 100ème attribut. Dieu révèle ce nom à qui il le souhaite.
Cependant, le nom de Dieu a été prononcé par les prêtres juifs durant de nombreuses années. Ce n’est que dans la période qui suit l’Exil qu’ils choisissent de ne plus le prononcer, à l’exception d’une ou deux fêtes exceptionnelles.
Aujourd’hui encore si vous allez dans une synagogue, lors de la proclamation publique de la Torah (qui correspond aux cinq premiers livres de notre Bible), vous n’entendrez pas le tétragramme divin. Il est remplacé par des mots tels que « le Nom », « le Lieu » ou « les Cieux ». Cela est aussi valable pour le catholicisme. Les Lectionnaires, ou Missel, qui sont les livres où sont rassemblés les textes bibliques destinés à la lecture publique (célébrations, messes), on ne retrouve pas le tétragramme. A sa place, on trouve d’autres mots tels que « le Seigneur ».
Yahvé, Jéovah, Adonay et les autres
On retrouve ces différentes retranscriptions du tétragramme dans divers ouvrages et ont leur histoire propre.
Ainsi, le terme « jéovah » est une association entre les consonnes « Yhwh » et les voyelles de « Adonay ». En mettant les voyelles d’ « Adonay » sous les consonnes de « Yhwh », on signifiait la présence du tétragramme tout en rendant attentif au fait qu’il faut bien dire « Jéovah » et ne pas essayer de prononcer le Nom de Dieu.
Quant à « Yahvé », c’est une tentative de vocalisation moderne du Nom « Yhwh ». En effet, certains exégètes ont voulu retrouver les voyelles qui semblaient accompagner les quatre consonnes de « Yhwh » et cela a donné « Yahvé ».
Ensuite, chaque traduction de la Bible a pris des options différentes. Ainsi, la Bible de Jérusalem a choisi de rendre le tétragramme par « Yahvé » (ce que faisait également la traduction de Crampon en 1928), la TOB (Traduction Oecuménique de la Bible) le notifie par LE SEIGNEUR (en majuscules), Chouraqui le rend par une superposition « adonaï IHWH » et le Nouvelle Bible Segond opte pour « l’Eternel ».

Comment dire le nom de Dieu : Yaveh ou YHWH ? (I)

12 janvier, 2012

http://www.pasaj.ch/comment-dire-le-nom-de-dieu-yaveh-ou-yhwh-i-article1464.html

Comment dire le nom de Dieu : Yaveh ou YHWH ? (I)

mercredi 1er octobre 2008

Dans un récent communiqué (Infocatho du 23 août 2008), nous avons appris que la Congrégation pour le Culte divin demande de pas prononcer le nom de Dieu : Yahvé. Cela peut étonner : cela revient-il à nous interdire de dire le Nom de Dieu ?
La recommandation de la Congrégation pour le Culte divin
Dans une lettre, envoyée aux conférences épiscopales le 29 juin, la Congrégation pour le Culte divin recommande effectivement « d’éviter de prononcer le tétragramme du nom de Dieu, « Yahveh » non pour une raison d’ordre purement philologique,mais pour rester fidèle à la tradition de l’Eglise et pour respecter la tradition et la sensibilité du Peuple juif. »
Dans une autre lettre, envoyée le 8 août à ses pairs, Mgr Arthur J. Serratelli (président du Comité pour le culte divin de la conférence épiscopale des Etats-Unis) demande qu’on en tire les conséquences et que le nom de « Yaweh » soit supprimé des hymnes et des diverses prières d’intercession au cours de la messe ou des autres sacrements.
« Trop tard » disent certains éditeurs
Or, il s’avère que le principal éditeur de chants d’Eglise aux USA, l’OCP (Oregon Catholic Press) répond que les livres d’hymnes pour 2009 sont déjà imprimés et qu’ensuite il faudra du temps pour que les gens s’habituent à chanter sur d’autres textes. Il s’agit principalement du chant de Dan Schutte, « You Are Near », qui commence par « Yahweh, I know you are near ». Une dizaine d’autres chants utilisant le mot « Yahweh » sont concernés.
L’autre grand éditeur, GIA, en West Virginie, rappelle quant à lui qu’il n’utilise plus le nom de « Yaweh » depuis 1986, non pas pour obéir au Vatican, mais par sensibilité aux préoccupations des juifs concernant la prononciation du nom de Dieu.

Un choix ancien
La Congrégation pour le culte divin rappelle que le tétragramme YHWH a toujours été tenu pour imprononçable, afin d’exprimer l’infinie grandeur et majesté de Dieu, et a toujours été remplacé, dans la lecture de l’Ecriture sainte, par un autre nom : en hébreu Adonaï, en grec Kyrios, en latin Dominus, qui tous signifient Seigneur.
Elle rappelle également que, depuis le début de l’Église, le tétragramme sacré n’a jamais été prononcé dans le contexte du christianisme, ni traduit dans aucune des langues dans lesquelles la Bible a été traduite. Son document Liturgiam Authenticam, de 2001, sur les traductions liturgiques, stipulait que « le nom du Dieu tout-puissant exprimé par le tétragramme hébreu et rendu en latin par le mot Dominus doit être rendu dans les langues vernaculaires par un mot de sens équivalent. »
Cependant, certaines traductions bibliques françaises, comme la Bible de Crampon en 1928, écrivait le nom de Yahveh.

AUDIENCE DU MERCREDI 11 JANVIER 2012 : CATÉCHÈSE DE BENOÎT XVI

12 janvier, 2012

http://www.zenit.org/article-29862?l=french

AUDIENCE DU MERCREDI 11 JANVIER 2012 : CATÉCHÈSE DE BENOÎT XVI

L’Eucharistie donne la force d’aimer Dieu et les frères

ROME, mercredi 11 janvier 2012 (ZENIT.org) – L’Eucharistie donne la force, à la suite du Christ d’offrir « nos croix en sacrifice, libre et responsable, par amour de Dieu et de nos frères », explique Benoît XVI.
Le pape a en effet consacré sa catéchèse du mercredi, ce 11 janvier, en la salle Paul VI du Vatican, à la prière du Christ au moment de l’institution de l’Eucharistie.

Catéchèse de Benoît XVI en italien :

Chers frères et sœurs,

Dans notre chemin de réflexion sur la prière de Jésus, présentée dans les Evangiles, je voudrais méditer aujourd’hui sur le moment, particulièrement solennel, de sa prière lors de la Dernière Cène.
L’arrière-fond temporel et émotionnel du repas au cours duquel Jésus prend congé de ses amis, est l’imminence de sa mort, qu’il sent désormais proche.
Depuis longtemps, Jésus avait commencé à parler de sa passion, en cherchant aussi à faire entrer ses disciples dans cette perspective. L’Evangile selon Marc raconte que depuis le départ pour le voyage vers Jérusalem, dans les villages de la lointaine Césarée de Philippe, Jésus avait commencé à « leur enseigner que le Fils de l’homme devait beaucoup souffrir et être rejeté par les Anciens, les chefs des prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter » (Mc 8,31). En outre, justement au cours des jours où il se préparait à dire adieu à ses disciples, la vie du peuple était marquée par l’approche de la Pâque, c’est-à-dire par le mémorial de la libération d’Israël de l’Egypte. Cette libération, expérimentée par le passé, et attendue de nouveau pour le présent et l’avenir, revivait dans les célébrations familiales de la Pâque. La Dernière Cène s’inscrit dans ce contexte, mais avec une nouveauté de fond : Jésus regarde sa Passion, Mort et Résurrection, en en étant pleinement conscient. Il veut vivre cette Cène avec ses disciples, avec un caractère tout à fait spécial et différent des autres repas : c’est sa Cène au cours de laquelle il donne Quelque chose de totalement nouveau, Lui-même. De cette façon, Jésus célèbre sa Pâque, anticipe sa Croix et sa Résurrection.
Cette nouveauté est mise en évidence par la chronologie de la Dernière Cène, dans l’Evangile de Jean, qui ne la décrit pas comme le repas pascal, justement parce que Jésus entend inaugurer quelque chose de nouveau, célébrer sa Pâque, certes, liée aux événements de l’Exode. Et pour Jean, Jésus est mort sur la croix justement au moment où l’on immolait les agneaux de la Pâque dans le Temple de Jérusalem.
Quel est donc le noyau de cette Cène ? Ce sont les gestes – de rompre le pain, de le distribuer aux siens, et de partager la coupe du vin – avec les paroles qui les accompagnent et dans le contexte de prière où ils se situent : c’est l’institution de l’Eucharistie, c’est la grande prière de Jésus et de l’Eglise. Mais regardons ce moment de plus près.
Avant tout, les traditions du Nouveau Testament de l’Institution de l’Eucharistie (cf. 1 Co 11,23-25; Lc 22, 14-20; Mc 14,22-25; Mt 26,26-29), indiquant la prière qui introduit les gestes et les paroles de Jésus sur le pain et le vin, utilisent deux verbes parallèles et complémentaires. Paul et Luc parlent d’eucharistie/action de grâce : « Il prit le pain, rendit grâce, le rompit et le leur donna » (Lc 22,19). Marc et Matthieu, au contraire, soulignent l’aspect d’eulogie/bénédiction : « Il prit le pain, et prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna » (Mc 14,22). Les deux termes grecs « eucharistein » et « eulogein » renvoient à la « berakha » juive, c’est-à-dire à la grande prière d’action de grâce et de bénédiction de la tradition d’Israël, qui inaugure les grands repas. Les deux mots grecs indiquent les deux directions intrinsèques et complémentaires de cette prière. En effet, la « berakha » est avant tout action de grâce et louange qui monte vers Dieu pour le don reçu : au cours de la Dernière Cène de Jésus, il s’agit du pain – élaboré à partir du froment que Dieu fait germer et croître dans la terre –, et du vin – produit par le fruit mûri sur les vignes. Cette prière de louange et d’action de grâce qui s’élève vers Dieu retourne en bénédiction, qui descend de Dieu sur le don et l’enrichit. Le fait de remercier, de louer Dieu devient ainsi bénédiction, et l’offrande donnée à Dieu retourne à l’homme bénie par le Tout Puissant. Les paroles de l’institution de l’Eucharistie se situent dans ce contexte de prière : en elle, la louange et la bénédiction de la « berakha » deviennent bénédiction et transformation du pain et du vin en Corps et Sang de Jésus.
Avant les paroles de l’institution, il y a les gestes : celui de rompre le pain et celui d’offrir le vin. Celui qui rompt le pain et passe la coupe, c’est avant tout le chef de famille, qui accueille ses parents à sa table, mais ces gestes sont aussi ceux de l’hospitalité, de l’accueil dans la communion conviviale de l’étranger qui ne fait pas partie de la maison. Ces mêmes gestes, au cours du repas où Jésus dit adieu aux siens, acquièrent une profondeur totalement neuve : Il donne un signe visible de l’accueil à la table où Dieu se donne. Dans le pain et le vin, Jésus s’offre et se communique lui-même.
Mais comment tout cela peut-il se réaliser ? Comment Jésus peut-il se donner lui-même à ce moment-là ? Jésus sait que sa vie va lui être enlevée par le supplice de la croix, la peine capitale des hommes non-libres, ce que Cicéron définissait comme « mors turpissima crucis ». Par le don du pain et du vin qu’il offre à la Dernière Cène, Jésus anticipe sa mort et sa résurrection en accomplissant ce qu’il avait dit dans le discours du Bon Pasteur : « Je donne ma vie, pour la reprendre à nouveau. Personne ne me l’enlève : je la donne moi-même. J’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre. C’est le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10,17-18). Il offre donc à l’avance la vie qui lui sera enlevée et de cette façon, il transforme sa mort violente en acte libre de don de soi pour les autres et aux autres. La violence subie se transforme en un sacrifice actif, libre, rédempteur.
Une fois encore, dans la prière, commencée selon les formes rituelles de la tradition biblique, Jésus montre son identité et sa détermination à accomplir jusqu’au bout sa mission d’amour total, d’offrande en obéissance à la volonté du Père. L’originalité profonde du don de soi aux siens par le mémorial eucharistique est le sommet de la prière qui caractérise le repas d’adieu avec les siens. En contemplant les gestes et les paroles de Jésus cette nuit-là, nous voyons clairement que le rapport intime et constant avec le Père est le lieu où Il accomplit le geste de laisser aux siens, et à chacun de nous, le sacrement de l’amour, le «Sacramentum caritatis». A deux reprises, ces paroles résonnent au Cénacle : « Faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11,24.25). Par le don de lui-même, Il célèbre sa Pâque, en devenant le vrai Agneau qui porte à son accomplissement tout le culte ancien. C’est pourquoi, en parlant aux chrétiens de Corinthe, Paul affirme : « Le Christ, notre Pâque [notre Agneau pascal !] a été immolé ! Célébrons donc la fête … avec des azymes de sincérité et de vérité » (1 Co 5,7-8).
L’évangéliste Luc a conservé des événements de la Dernière Cène un autre élément précieux qui nous permet de voir la profondeur émouvante de la prière de Jésus pour les siens cette nuit-là, son attention pour chacun. En partant de la prière d’action de grâce et de bénédiction, Jésus arrive au don eucharistique, au don de soi, et, alors qu’il donne la réalité sacramentelle décisive, il s’adresse à Pierre. Vers la fin du repas, il dit : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22,31-32). La prière de Jésus, quand s’approche l’épreuve aussi pour ses disciples, soutient leur faiblesse, leur difficulté à comprendre que le chemin de Dieu passe par le Mystère pascal de mort et de résurrection, anticipée dans l’offrande du pain et du vin. L’eucharistie est la nourriture des pèlerins qui devient la force de qui est fatigué, épuisé et désorienté. Et sa prière est particulièrement pour Pierre, afin qu’une fois converti, il confirme ses frères dans la foi. L’évangéliste Luc rappelle que ce fut justement le regard de Jésus qui a cherché le visage de Pierre au moment où celui-ci avait à peine consommé son triple reniement, pour lui donner la force de reprendre le chemin à sa suite : « Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta, et le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre. Et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur, qui lui avait dit » (Lc 22,60-61).
Chers frères et sœurs, en participant à l’Eucharistie, nous vivons de façon extraordinaire la prière que Jésus a faite et fait continuellement pour chacun afin que le mal, que nous rencontrons tous dans notre vie, ne l’emporte pas et qu’agisse en nous la force transformante de la mort et de la résurrection du Christ. Dans l’Eucharistie, l’Eglise répond au commandement de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22,19; cf. 1 Co 11, 24-26); elle répète la prière d’action de grâce et de bénédiction et, avec elle, les paroles de la transsubstantiation du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Seigneur. Nos eucharisties sont un « être attirés » dans ce moment de prière, une union toujours nouvelle à la prière de Jésus.
Depuis le début, l’Eglise a compris les paroles de la consécration comme faisant partie de la prière faite avec Jésus ; comme la partie centrale de la louange pleine de gratitude par laquelle le fruit de la terre et du travail de l’homme nous est à nouveau donné par Dieu comme le corps et le sang de Jésus, comme don de soi de Dieu lui-même dans l’amour accueillant du Fils (cf. Jésus de Nazareth, II, pp. 152-153). En participant à l’Eucharistie, en nous nourrissant de la Chair et du Sang du Fils de Dieu, nous unissons notre prière à celle de l’Agneau pascal dans sa nuit suprême, afin que notre vie ne se perde pas, en dépit de notre faiblesse et de nos infidélités, mais soit transformée.
Chers amis, demandons au Seigneur qu’après nous être dûment préparés, aussi par le Sacrement de la Pénitence, notre participation à son Eucharistie, indispensable pour la vie chrétienne, soit toujours le point le plus haut de toute notre prière. Demandons qu’unis profondément dans son offrande au Père, nous puissions nous aussi transformer nos croix en sacrifice, libre et responsable, par amour de Dieu et de nos frères. Merci.

Traduction de l’italien par ZENIT (Anita Bourdin)

Jérusalem, Vieille Ville

10 janvier, 2012

Jérusalem, Vieille Ville dans images sacrée citta-vecchia-1

http://www.terristory.altervista.org/contributi/gerusalemme/gerusalemme.htm

Le Serviteur verra une descendance (Is 52,13 – 55,13)

10 janvier, 2012

http://www.bible-service.net/site/777.html

Le Serviteur verra une descendance (Is 52,13 – 55,13)

Le Serviteur sera haut placé

La manière dont Dieu décrit le sort de  » son serviteur  » au v. 52,13 ( » il sera haut placé, élevé, exalté « ) ne peut pas manquer de surprendre le lecteur. En effet, les adjectifs  » haut « ,  » élevé  » et  » exalté  » (ram et nisa’) avaient été utilisés pour dénoncer l’orgueil des chefs qui se glorifient eux-mêmes (2,12-15) dans l’oubli du seul vrai Roi qui apparaissait au voyant dans le temple assis sur un trône  » haut  » et  » élevé  » (6,1).
La surprise du lecteur correspond d’ailleurs à celle des foules d’abord horrifiées (52,14) puis émerveillées (52,15). Or la méprise des foules au sujet du serviteur vient de ce qu’elles jugent l’homme à son apparence. Tout ceci rappelle en fait le récit de l’onction de David par le prophète Samuel. Ce dernier, voyant Éliav et sa  » haute  » taille, le prend pour le messie de YHWH, mais Dieu lui dit :  » Ne considère pas son apparence ni sa haute taille… les hommes voient ce qui saute aux yeux mais YHWH voit le cœur  » (2 Sm 16,7). Le parallèle entre l’élection de David et l’exaltation du serviteur s’enrichit encore d’un détail lexical. Le mot étrange qui sert à décrire l’apparence du serviteur ( » une corruption  » d’homme : mishha) est très proche en hébreu de celui par lequel Samuel, dans son erreur, qualifie Éliav :  » le messie – mashiah – de YHWH  » (1 Sm 16,6). Le rédacteur a donc une nouvelle fois recours à l’ironie pour battre en brèche le credo messianique traditionnel : YHWH en la matière fait du neuf et les rois en restent bouche close !

Le fondateur d’une nouvelle dynastie
C’est alors que le groupe du  » nous  » entre en scène, confessant lui aussi sa méprise :  » Il avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions, ni apparence telle que nous le recherchions  » (53,2). Pourtant  » racine sortant d’une terre aride « , le serviteur ne rappelle-t-il pas la  » racine de Jessé qui sera érigée, en ce jour-là, en étendard des peuples  » (11,10) ? En outre, comme le rejeton de Jessé, le Serviteur fait resplendir la justice.
Son sort évoque aussi celui d’Ézéchias lors de sa maladie : comme lui, il est  » rejeté par sa génération « ,  » retranché de la terre des vivants  » (53,8 cf. 38,11). Mais tandis qu’Ézéchias était surtout préoccupé de son sort et de celui de sa descendance, le serviteur porte celui du peuple. À cet égard, il est éclairant de lire le chant en regard de la diatribe qui ouvre le livre (1,1-9) :  » maladie « ,  » blessure « ,  » péché « ,  » révolte « , tous les maux du peuple énumérés dans cette diatribe sont maintenant endossés par le serviteur. Pourtant il ne se trouve en lui ni cette  » violence  » si caractéristique des fils d’Adam (Gn 6,11-13), ni la  » fraude  » dont font preuve Jacob et ses fils (Gn 27,35 ; 34,13).
C’est pourquoi, contrairement à ce qui arrive à Ézéchias, figure royale imparfaite, le serviteur se voit assurer par Dieu non seulement  » une prolongation de ses jours  » mais aussi  » une descendance « . Les fondements d’une nouvelle dynastie sont ainsi posés en remplacement de la dynastie davidique incapable de mettre en œuvre le plan de YHWH.

Sion et les fils-serviteurs
Sion est invitée à accueillir cette nouvelle dynastie dans la joie (54,1). Ézéchias se lamentait, comparant Jérusalem assiégée à une femme en travail :  » Des fils se présentent à la sortie du sein maternel et il n’y a pas de force pour enfanter  » (37,3). Le groupe du  » nous  » confessait :  » Nous avons été dans les douleurs mais nous avons enfanté du vent  » (26,18). Ici,  » celle qui n’a pas enfanté… qui n’a pas été dans les douleurs  » est invitée à accueillir  » une descendance  » si nombreuse qu’elle doit  » élargir l’espace de sa tente et distendre les toiles de ses demeures « .
La paire  » tente, demeure  » évoque l’époque précédant la construction du premier temple à propos de laquelle YHWH déclarait par la bouche du prophète Nathan :  » Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j’y habite ?… jusqu’à ce jour, j’ai cheminé sous une tente et à l’abri d’une demeure  » (2 Sm 7,6). La situation est ici la même que lorsque Nathan rendit visite à David : on parle certes de construire (54,12), mais ce qui compte c’est d’abord d’établir une maison de chair, une dynastie.
Comme au ch. 50, YHWH se présente comme l’époux de Sion : un temps il l’avait abandonnée, mais il veut maintenant renouveler son alliance avec elle. Il est le père de ses fils et, paradoxalement, ces  » fils  » sont aussi la descendance promise au Serviteur puisque pour la première fois dans le livre le mot  » serviteurs  » apparaît au pluriel pour les désigner (54,17). Enfin, ces fils sont des  » disciples « , comme le Serviteur (50,4) et comme ceux en qui le prophète avait  » enfermé l’attestation  » et  » scellé l’instruction  » (8,16). Mais qu’en est-il du groupe du  » nous  » constitué autour du prophète au ch. 8 ?

Renouvellement de l’alliance
C’est précisément au groupe du  » nous  » – groupe qui inclut les disciples, les serviteurs et même, potentiellement, les lecteurs – que s’adresse l’invitation de YHWH :  » O vous tous qui êtes assoiffés venez vers les eaux !  » Et voici que ces invités deviennent les destinataires inattendus d’un renouvellement radical des promesses faites à David ( » ta maison et ta royauté seront stables pour toujours  » [2 Sm 7,16]) :  » Je conclurai avec vous une alliance de toujours, selon les bienfaits stables accordés à David  » (Is 55,3).
Ainsi une réponse commence à être donnée à la douloureuse question de la fidélité de YHWH à ses promesses, et le lecteur découvre combien  » les pensées (de YHWH) sont hautes par rapport aux pensées (des hommes)  » (55,8). Bien que la maison de David se soit révélée incapable de servir le plan de YHWH, celui-ci réussit néanmoins à être fidèle. En effet, rien n’empêche que la maison du Serviteur puisse inclure celle de David (c’est bien pourquoi Sion est invitée à élargir l’espace de sa tente). Il est jusqu’au lecteur qui est convié à en faire partie puisque l’exhortation faite ici à  » rechercher YHWH  » (55,6) redouble celle présente dans le diptyque d’ouverture de la seconde partie :  » Cherchez dans le livre de YHWH et lisez !  » (34,16).

La fidélité de Dieu se lit à travers les  » signes « 
Se retournant, le lecteur peut effectivement retracer tout le développement de la question davidique à travers les occurrences du mot  » signe  » :
• Is-7,11.14 : Achaz refuse de demander un signe, il en est donné un à la maison de David : l’annonce de l’enfantement de l’Emmanuel.
• Is-37,30 : des signes sont donnés à Ézéchias indiquant la délivrance de la ville et sa guérison miraculeuse, mais lorsqu’il demande un signe pour monter à la maison de YHWH (38,22), il ne lui est fait aucune réponse si ce n’est la venue des Babyloniens.
• Is-55,13 : la descendance d’Israël procure à YHWH un  » nom  » et cela constitue  » un signe perpétuel qui ne sera jamais retranché « .

Maintenant que la nouvelle dynastie est ainsi solidement établie, il peut à nouveau être question du temple (qui avait disparu du livre depuis le faux pas d’Ézéchias) selon l’ordre de priorités que Dieu avait déjà imposé à David (2 Sm 7).

Dominique Janthial, Cahier Évangile n° 142 (décembre 2007) pages 42-44

DISCOURS DE BENOÎT XVI AU CORPS DIPLOMATIQUE, 9 JANVIER 2012

10 janvier, 2012

http://www.zenit.org/article-29843?l=french

DISCOURS DE BENOÎT XVI AU CORPS DIPLOMATIQUE, 9 JANVIER 2012

Le respect de la personne, au centre des institutions et des lois

ROME, lundi 9 janvier 2012 (ZENIT.org) – Le pape Benoît XVI demande à la communauté internationale des décisions inspirées par le « respect de la personne ».
« Le respect de la personne doit être au centre des institutions et des lois, il doit conduire à la fin de toute violence et prévenir le risque que l’attention due aux demandes des citoyens et la nécessaire solidarité sociale se transforment en simples instruments pour garder ou conquérir le pouvoir », déclare Benoît XVI dans son discours annuel au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, reçu ce matin au Vatican.

Discours de Benoît XVI

Excellences,

Mesdames et Messieurs,
Il m’est toujours particulièrement agréable de pouvoir vous accueillir, distingués Membres du Corps diplomatique accrédités près le Saint-Siège, dans le cadre splendide de cette salle royale, pour vous formuler personnellement des vœux fervents pour l’année qui commence. Je remercie tout d’abord votre Doyen, l’Ambassadeur Alejandro Valladares Lanza, ainsi que le vice Doyen, l’Ambassadeur Jean-Claude Michel, pour les paroles déférentes par lesquelles ils se sont fait les interprètes de vos sentiments et je salue de manière spéciale tous ceux qui participent pour la première fois à notre rencontre. À travers vous, mes souhaits s’étendent à toutes les Nations que vous représentez, avec lesquelles le Saint-Siège maintient des relations diplomatiques. C’est une joie pour nous que la Malaisie ait rejoint cette communauté au cours de l’année dernière. Le dialogue que vous entretenez avec le Saint-Siège favorise le partage d’impressions et d’informations, de même que la collaboration dans des domaines de caractère bilatéral ou multilatéral qui sont d’un intérêt particulier. Votre présence aujourd’hui rappelle l’importante contribution de l’Église à vos sociétés, dans des secteurs tels que l’éducation, la santé et l’assistance. Signes de la coopération entre l’Église catholique et les États sont les Accords qui ont été passés en 2011 avec l’Azerbaïdjan, le Monténégro et le Mozambique. Le premier a déjà été ratifié; je souhaite qu’il en aille de même rapidement pour les deux autres et que l’on parvienne à la conclusion de ceux qui sont en cours de négociation. De même, le Saint-Siège désire tisser un dialogue fructueux avec les Organisations internationales et régionales et, dans cette perspective, je relève avec satisfaction que les pays membres de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (A.S.E.A.N.) ont accueilli la nomination d’un Nonce Apostolique accrédité près de cette organisation. Je ne peux omettre de mentionner que, au mois de décembre dernier, le Saint-Siège a renforcé sa longue collaboration avec l’Organisation Internationale pour les Migrations, en en devenant membre à part entière. Il s’agit-là d’un témoignage de l’engagement du Saint-Siège et de l’Église catholique aux côtés de la communauté internationale, dans la recherche de solutions adéquates à ce phénomène qui présente de multiples aspects, de la protection de la dignité des personnes au souci du bien commun des communautés qui les reçoivent et de celles dont elles proviennent.
Au cours de l’année qui vient de s’achever j’ai rencontré personnellement de nombreux Chefs d’État et de Gouvernement, comme aussi des représentants éminents de vos nations qui ont participé à la cérémonie de la Béatification de mon très aimé Prédécesseur, le Pape Jean-Paul II. Des Représentants de vos pays ont aussi été aimablement présents à l’occasion du soixantième anniversaire de mon Ordination sacerdotale. À eux tous, comme à ceux que j’ai rencontrés dans mes voyages apostoliques en Croatie, à Saint-Marin, en Espagne, en Allemagne et au Bénin, je renouvelle ma gratitude pour la délicatesse qu’ils m’ont manifestée. En outre, j’adresse une pensée particulière aux pays de l’Amérique Latine et des Caraïbes qui, en 2011, ont fêté le bicentenaire de leur indépendance. Le 12 décembre dernier, ils ont voulu souligner leur lien avec l’Église catholique et avec le successeur du Prince des Apôtres, en participant, avec des représentants éminents de la communauté ecclésiale et des autorités institutionnelles, à la célébration solennelle dans la Basilique Saint-Pierre, au cours de laquelle j’ai annoncé mon intention de me rendre prochainement au Mexique et à Cuba. Je désire enfin saluer le Sud-Soudan qui, en juillet dernier, s’est constitué en tant qu’État souverain. Je me félicite que ce pas ait été accompli pacifiquement. Hélas, tensions et affrontements se sont succédé ces derniers mois et je souhaite que tous unissent leurs efforts afin que, pour les populations du Soudan et du Sud Soudan, s’ouvre enfin une période de paix, de liberté et de développement.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
La rencontre d’aujourd’hui se déroule traditionnellement à la fin des festivités de Noël, où l’Église célèbre la venue du Sauveur. Il vient dans l’obscurité de la nuit, et pourtant sa présence est immédiatement source de lumière et de joie (cf. Lc 2, 9-10). Vraiment, le monde est sombre, là où il n’est pas éclairé par la lumière divine ! Vraiment le monde est obscur, là où l’homme ne reconnaît plus son lien avec le Créateur et, ainsi, met également en danger ses relations avec les autres créatures et avec la création elle-même. Le moment actuel est malheureusement marqué par un profond malaise et les diverses crises: économiques, politiques et sociales, en sont une expression dramatique.
À ce sujet, je ne peux pas ne pas mentionner, avant tout, les développements graves et préoccupants de la crise économique et financière mondiale. Celle-ci n’a pas frappé seulement les familles et les entreprises des pays économiquement plus avancés, où elle a trouvé son origine, créant une situation dans laquelle beaucoup, surtout parmi les jeunes, se sont sentis désorientés et frustrés dans leurs aspirations d’un avenir serein, mais elle a aussi profondément marqué la vie des pays en voie de développement. Nous ne devons pas nous décourager mais retracer résolument notre chemin, avec de nouvelles formes d’engagement. La crise peut et doit être un aiguillon pour réfléchir sur l’existence humaine et sur l’importance de sa dimension éthique, avant même de le faire sur les mécanismes qui gouvernent la vie économique : non seulement pour chercher à endiguer les pertes individuelles ou celles des économies nationales, mais pour nous donner de nouvelles règles qui assurent à tous la possibilité de vivre dignement et de développer leurs capacités au bénéfice de la communauté dans son ensemble.
Je désire ensuite rappeler que les effets de l’actuel moment d’incertitude touchent particulièrement les jeunes. De leur malaise sont nés les ferments qui, les mois derniers, ont investi, parfois durement, diverses régions. Je me réfère tout d’abord à l’Afrique du Nord et au Moyen-Orient, où les jeunes, qui souffrent entre autres de la pauvreté et du chômage et craignent l’absence de perspectives assurées, ont lancé ce qui est devenu un vaste mouvement de revendication de réformes et de participation plus active à la vie politique et sociale. Il est difficile actuellement de tracer un bilan définitif des récents événements et d’en comprendre pleinement les conséquences pour les équilibres de la Région. L’optimisme initial a cependant cédé le pas à la reconnaissance des difficultés de ce moment de transition et de changement, et il me semble évident que la voie adéquate pour continuer le chemin entrepris passe par la reconnaissance de la dignité inaliénable de toute personne humaine et de ses droits fondamentaux.
Le respect de la personne doit être au centre des institutions et des lois, il doit conduire à la fin de toute violence et prévenir le risque que l’attention due aux demandes des citoyens et la nécessaire solidarité sociale se transforment en simples instruments pour garder ou conquérir le pouvoir. J’invite la communauté internationale à dialoguer avec les acteurs des processus en cours, dans le respect des peuples et en étant consciente que la construction de sociétés stables et réconciliées, opposées à toute discrimination injuste, en particulier d’ordre religieux, constitue un horizon plus vaste et plus lointain que celui des échéances électorales. J’éprouve une grande préoccupation pour les populations des pays dans lesquels se poursuivent tensions et violences, en particulier la Syrie, où je souhaite une rapide fin des effusions de sang et le commencement d’un dialogue fructueux entre les acteurs politiques, favorisé par la présence d’observateurs indépendants. En Terre Sainte, où les tensions entre Palestiniens et Israéliens ont des répercussions sur les équilibres de tout le Moyen-Orient, il faut que les responsables de ces deux peuples adoptent des décisions courageuses et clairvoyantes en faveur de la paix. J’ai appris avec plaisir que, suite à une initiative du Royaume de Jordanie, le dialogue a repris ; je souhaite qu’il se poursuive afin que l’on parvienne à une paix durable, qui garantisse le droit des deux peuples à vivre en sécurité dans des États souverains et à l’intérieur de frontières sûres et internationalement reconnues. La Communauté internationale, de son côté, doit stimuler sa propre créativité et les initiatives de promotion de ce processus de paix, dans le respect des droits de chaque partie. Je suis aussi avec grande attention les développements en Irak, déplorant les attentats qui ont causé encore récemment la perte de nombreuses vies humaines, et j’encourage ses Autorités à poursuivre avec fermeté sur le chemin d’une pleine réconciliation nationale.
Le bienheureux Jean-Paul II rappelait que « la voie de la paix est aussi la voie des jeunes» (1), puisque ceux-ci sont « la jeunesse des nations et des sociétés, la jeunesse de toute famille et celle de l’humanité entière » (2). Les jeunes, donc, nous poussent à considérer sérieusement leurs demandes de vérité, de justice et de paix. Par conséquent c’est à eux que j’ai dédié le Message annuel pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix, intitulé Éduquer les jeunes à la justice et à la paix. L’éducation est un thème crucial pour toutes les générations, puisque d’elle dépend aussi bien le sain développement de chaque personne que l’avenir de toute la société. C’est pourquoi elle représente une tâche de première importance en un temps difficile et délicat. Outre un objectif clair, comme est celui de conduire les jeunes à une connaissance pleine de la réalité et donc de la vérité, l’éducation a besoin de lieux. Parmi ceux-ci figure en premier la famille, fondée sur le mariage d’un homme avec une femme. Il ne s’agit pas d’une simple convention sociale, mais bien de la cellule fondamentale de toute société. Par conséquent, les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité. Le cadre familial est fondamental dans le parcours éducatif et pour le développement même des individus et des États ; en conséquence il faut des politiques qui le valorisent et qui aident à la cohésion sociale et au dialogue. C’est dans la famille que l’on s’ouvre au monde et à la vie et, comme j’ai eu l’occasion de le rappeler au cours de mon voyage en Croatie, « l’ouverture à la vie est un signe de l’ouverture à l’avenir » (3). Dans ce contexte de l’ouverture à la vie, j’accueille donc avec satisfaction la récente sentence de la Cour de Justice de l’Union européenne, qui interdit de breveter les processus relatifs aux cellules souches embryonnaires humaines, comme aussi la Résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui condamne la sélection prénatale en fonction du sexe.
Plus généralement, en regardant surtout le monde occidental, je suis convaincu que s’opposent à l’éducation des jeunes et par conséquent à l’avenir de l’humanité, les mesures législatives qui non seulement permettent, mais parfois même favorisent l’avortement, pour des motifs de convenance ou des raisons médicales discutables.
Continuant notre réflexion, un rôle tout autant essentiel pour le développement de la personne est rempli par les institutions éducatives : elles sont les premières instances à collaborer avec la famille et elles ont du mal à accomplir leur tâche propre si vient à manquer une harmonie d’objectifs avec la réalité familiale. Il faut mettre en œuvre des politiques de formation afin que l’éducation scolaire soit accessible à tous et qu’en plus de promouvoir le développement cognitif de la personne, elle prenne soin de la croissance harmonieuse de la personnalité, y compris son ouverture au Transcendant. L’Église catholique a toujours été particulièrement active dans le domaine des institutions scolaires et académiques, remplissant une œuvre appréciée à côté de celle des institutions étatiques. Je souhaite donc que cette contribution soit reconnue et valorisée aussi par les législations nationales.
Dans cette perspective, on comprend bien qu’une œuvre éducative efficace requiert également le respect de la liberté religieuse. Celle-ci est caractérisée par une dimension individuelle, ainsi que par une dimension collective et une dimension institutionnelle. Il s’agit du premier des droits de l’homme, parce qu’elle exprime la réalité la plus fondamentale de la personne. Trop souvent, pour des motifs divers, ce droit est encore limité ou bafoué. Je ne puis évoquer ce thème sans commencer par saluer la mémoire du Ministre pakistanais Shahbaz Bhatti, dont l’infatigable combat pour les droits des minorités s’est achevé par une mort tragique. Il ne s’agit pas, malheureusement, d’un cas unique. Dans de nombreux pays les chrétiens sont privés des droits fondamentaux et mis en marge de la vie publique ; dans d’autres ils souffrent des attaques violentes contre leurs églises et leurs habitations. Parfois, ils sont contraints à abandonner des pays qu’ils ont contribué à édifier, à cause des tensions continuelles et de politiques qui fréquemment les relèguent comme spectateurs secondaires de la vie nationale. Dans d’autres parties du monde, on trouve des politiques orientées à marginaliser le rôle de la religion dans la vie sociale, comme si elle était cause d’intolérance, plutôt que contribution appréciable dans l’éducation au respect de la dignité humaine, à la justice et à la paix. Le terrorisme motivé religieusement a fauché l’an passé également de nombreuses victimes, surtout en Asie et en Afrique, et c’est pourquoi, comme je l’ai rappelé à Assise, les responsables religieux doivent répéter avec force et fermeté que « telle n’est pas la vraie nature de la religion. C’est au contraire son antithèse, qui contribue à sa destruction » (4). La religion ne peut être utilisée comme prétexte pour mettre de côté les règles de la justice et du droit en faveur du « bien » qu’elle poursuit. Dans cette perspective, je suis fier de rappeler, comme je l’ai fait dans mon pays natal, que pour les Pères constituants de l’Allemagne la vision chrétienne de l’homme a été la vraie force inspiratrice, comme, du reste, elle l’a été pour les Pères fondateurs de l’Europe unie. Je voudrais mentionner aussi des signes encourageants dans le domaine de la liberté religieuse. Je me réfère à la modification législative grâce à laquelle la personnalité juridique publique des minorités religieuses a été reconnue en Géorgie; je pense aussi à la sentence de la Cour européenne des droits de l’homme en faveur de la présence du Crucifix dans les salles de classes italiennes. Et justement je désire adresser à l’Italie une pensée particulière, en conclusion du cent-cinquantième anniversaire de son unification politique. Les relations entre le Saint-Siège et l’État italien ont traversé des moments difficiles après l’unification. Au cours du temps, cependant, la concorde et la volonté réciproque de coopérer ont prévalu, chacun dans son domaine propre, pour favoriser le bien commun. Je souhaite que l’Italie continue à promouvoir une relation équilibrée entre l’Église et l’État, constituant ainsi un exemple, auquel les autres nations puissent se référer avec respect et intérêt.
Sur le continent africain, que j’ai visité de nouveau en me rendant récemment au Bénin, il est essentiel que la collaboration entre les communautés chrétiennes et les Gouvernements aide à parcourir un chemin de justice, de paix et de réconciliation, où les membres de toutes les ethnies et de toutes les religions soient respectés. Il est douloureux de constater que, dans divers pays de ce continent, ce but est encore lointain. Je pense en particulier à la recrudescence des violences qui touche le Nigeria, comme l’ont rappelé les attentats commis contre plusieurs églises durant le temps de Noël, aux séquelles de la guerre civile en Côte d’Ivoire, à l’instabilité persistante dans la Région des Grands Lacs et à l’urgence humanitaire dans les pays de la Corne de l’Afrique. Je demande, une fois encore, à la Communauté internationale d’aider avec sollicitude à trouver une solution à la crise qui perdure depuis des années en Somalie.

Enfin, je tiens à souligner qu’une éducation correctement comprise ne peut que favoriser le respect de la création. On ne peut oublier les graves calamités naturelles qui, au cours de 2011, ont touché diverses régions du Sud-Est asiatique et les désastres écologiques comme celui de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. La sauvegarde de l’environnement, la synergie entre la lutte contre la pauvreté et celle contre les changements climatiques constituent des domaines importants pour la promotion du développement humain intégral. Par conséquent je souhaite que, suite à la XVIIème session de la Conférence des États Parties à la Convention de l’ONU sur les changements climatiques, qui s’est conclue récemment à Durban, la Communauté internationale se prépare à la Conférence de l’ONU sur le développement durable (« Rio + 20 ») comme une authentique « famille des nations » et, donc, avec un grand sens de la solidarité et de la responsabilité envers les générations présentes et celles du futur.

Excellences, Mesdames et Messieurs,
La naissance du Prince de la paix nous enseigne que la vie ne finit pas dans le néant, que son destin n’est pas la corruption, mais l’immortalité. Le Christ est venu pour que les hommes aient la vie et l’aient en abondance (cf. Jn 10, 10). « C’est seulement lorsque l’avenir est assuré en tant que réalité positive que le présent devient aussi vivable » (5). Animé par la certitude de la foi, le Saint-Siège continue à donner sa propre contribution à la Communauté internationale, selon cette double intention que le Concile Vatican II – dont le cinquantième anniversaire a lieu cette année – a clairement définie : proclamer la grandeur suprême de la vocation de l’homme et la présence en lui d’un germe divin, et offrir à l’humanité une coopération sincère, qui instaure la fraternité universelle qui correspond à cette vocation (6). Dans cet esprit, je vous renouvelle à tous, aux membres de vos familles et à vos collaborateurs mes vœux les plus cordiaux pour la nouvelle année. Merci pour votre attention.
________________________________

1 JEAN-PAUL II, Lettre apostolique ‘Dilecti amici’, 31 mars 1985, n. 15.
2 Ibidem, n. 1.
3 Homélie de la Messe à l’occasion de la Journée nationale des familles catholiques croates, Zagreb, 5 juin 2011.
4 Intervention pour la Journée de réflexion, de dialogue et de prière pour la paix et la justice dans le monde, Assise, 27 octobre 2011.
5 Spe salvi, n. 2.
6 Cf. Gaudium et spes, n. 3.

[Texte original: Français]

Mother of God

9 janvier, 2012

Mother of God dans images sacrée viktor_vasnetsov-mother_of_god_1901_1

http://fatherstephen.wordpress.com/tag/mary-mother-of-god/

Dumitru Staniloae. « Ose comprendre que je t’aime »

9 janvier, 2012

http://www.esprit-et-vie.com/article.php3?id_article=2402

Dumitru Staniloae. « Ose comprendre que je t’aime »

P. David Roure

Préface d’A.-M. Allchin. – Paris, Éd. du Cerf, coll. « Patrimoines – Orthodoxie », 2008. -

Esprit & Vie n°207 – janvier 2009,

Le P. Staniloae est l’un des plus grands théologiens de l’orthodoxie roumaine du xxe siècle. Né en 1903 en Transylvanie, il consacra de longues années de sa vie à l’édition d’une Philocalie en roumain, dont les dix volumes parurent entre 1947 et 1982. Son œuvre maîtresse fut sa Théologie dogmatique orthodoxe, publiée en 1978, et non encore traduite dans notre langue dans laquelle on ne peut lire que quatre de ses ouvrages, d’ailleurs tous épuisés. À l’heure où l’on peut espérer que les Éditions du Cerf éditent bientôt les œuvres les plus importantes de ce théologien, le P. Costa de Beauregard, prêtre dans l’Église schismatique de l’ECOF (Église catholique orthodoxe de France) avant de l’être dans le Patriarcat de Roumanie (il est aujourd’hui recteur d’une paroisse dans les Yvelines), fait reparaître, un quart de siècle après une première édition (1983) et quinze ans après la mort du P. Staniloae (1993), les entretiens qu’il avait eus avec lui au cours de l’été 1981, au monastère de Cernica, près de Bucarest. Le lecteur francophone a ainsi un accès direct à la pensée de Dumitru Staniloae. Il regrette seulement un peu qu’un usage pour le moins étrange des guillemets ne lui permette pas de savoir toujours avec précision si c’est lui qui parle ou… le P. Costa de Beauregard ! D’autre part, il aurait également apprécié que la biographie fournie du théologien soit un peu plus développée. Ceci dit, c’est avec une grande joie qu’il pénètre peu à peu dans une pensée d’une si grande richesse spirituelle.
Costa de Beauregard insiste dès ses premières pages sur la spécificité roumaine : « Il y a quelque chose de mesuré et d’équilibré dans l’orthodoxie roumaine, que l’on ne trouve pas chez les Russes. Il y a quelque chose d’humain et de sensible que l’on ne trouve pas chez les Grecs. Et, pourtant, tous sont orthodoxes » (p. 13).
Le livre est divisé en quinze chapitres, reprenant chaque fois un thème important de la théologie orthodoxe, depuis « la vie » (chap. 1), « la communion des saints » (chap. 3) et « l’expérience trinitaire » (chap. 4), jusqu’à « la divine compassion » (chap. 14), où la compassion est présentée comme un « déchirement intérieur pour les hommes » (p. 199) et « la lutte pour la communion » (chap. 15), où nous lisons à l’avant-dernière page de l’ouvrage : « Nous sommes appelés à travailler avec Dieu à l’instauration de la communion entre les hommes. Dans chaque liturgie, nous anticipons le Royaume des cieux. Nous entrons dans une communion et une joie partagée : c’est l’avant-goût du Royaume. Mais cela ne suffit pas. Nous pouvons aussi prolonger cette communion dans le quotidien » (p. 215).
Si nous nous arrêtons au chapitre 11, intitulé « Théologie et union avec Dieu » (p. 153-168), nous constatons que, d’entrée de jeu, le P. Staniloae vise juste même s’il met la barre très haut : « La théologie ressort du désir de l’homme de connaître Dieu. Il ne peut être connu comme un objet. Il n’est pas un objet. Il est Le sujet par excellence. Une personne ne peut être connue comme un objet. Je la connais en m’unissant à elle ; elle me connaît en s’unissant à moi. Il n’y a connaissance que dans la mesure où il y a union. Dieu s’est uni à l’humanité pour qu’elle puisse Le connaître : c’est la base de la théologie » (p. 153). Il insiste sur le fait que « la fonction théologique de l’Église s’apparente au prophétisme » (p. 160). Et, plus loin : « Dans l’orthodoxie, on dit souvent que la liturgie est la seule chaire de théologie de l’Église » (p. 164). À la fin du chapitre : « L’être humain s’enrichit et devient plus complexe au cours de l’Histoire. La vie spirituelle est le lieu de nouvelles découvertes qui exigent une langue plus nuancée, plus poétique. La théologie a perdu son prestige quand elle a voulu devenir une science, quand elle s’est mise en compétition avec la sagesse du monde. Elle peut être lyrique mais unir la poésie à une grande précision de termes. Car il y a une extrême précision dans la terminologie ; elle est compatible avec la poésie » (p. 167). Bref, là comme sur toutes les autres thématiques abordées, la vision du P. Staniloae est originale et stimulante !

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