Archive pour le 20 octobre, 2011

Then their eyes were opened and they knew Him; and He vanished from their sight. Luke 24:31

20 octobre, 2011

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Jean Paul II: Edifier la civilisation de l’amour

20 octobre, 2011

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/1999/documents/hf_jp-ii_aud_15121999_fr.html

JEAN-PAUL II

AUDIENCE GÉNÉRALE

 Mercredi 15 décembre 1999

Edifier la civilisation de l’amour    

Lecture:  Jn 13, 34-35

1. « Se souvenant de la parole du Seigneur:  « En ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres » (Jn 13, 35), les chrétiens ne peuvent pas former de souhait plus vif que celui de rendre service aux hommes de leur temps » (Gaudium et spes, n. 93).
Cette tâche que le Concile Vatican II nous a confiée au terme de la Constitution pastorale sur « L’Eglise dans le monde de ce temps », répond au défi fascinant de construire un monde animé par la loi de l’amour, une civilisation de l’amour, « fondée sur les valeurs universelles de paix, de solidarité et de liberté, qui trouvent dans le Christ leur plein accomplissement » (Tertio millennion adveniente, n. 52).
A la base de cette civilisation, se trouve la reconnaissance de la souveraineté universelle de Dieu le Père en tant que source intarissable d’amour. C’est précisément sur l’acceptation de cette valeur fondamentale, que doit être effectué un examen sincère de fin de millénaire à l’occasion du grand Jubilé de l’An 2000, pour repartir avec plus d’entrain vers l’avenir qui nous attend.
Nous avons assisté au déclin d’idéologies qui ont vidé de références spirituelles un grand nombre de nos frères, mais les fruits néfastes d’un sécularisme qui engendre l’indifférence religieuse continuent à persister, en particulier dans les régions les plus développées. Une réponse valable à cette situation n’est certainement pas le retour à une vague religiosité, motivée par de fragiles instances compensatrices et par la recherche d’un équilibre psycho-cosmique, tel qu’il se révèle dans les nouveaux modèles religieux qui proclament une religiosité sans référence à un Dieu transcendant et personnel.
Il faut en revanche analyser avec attention les causes de la perte du sens de Dieu et reproposer avec courage l’annonce du visage du Père, révélé par Jésus-Christ dans la lumière de l’Esprit. Cette révélation n’affaiblit pas mais exalte la dignité de la personne humaine en tant qu’image du Dieu Amour.
2. La perte du sens de Dieu a coïncidé, ces dernières décennies, avec l’avancée d’une culture nihiliste qui appauvrit le sens de l’existence humaine et relativise même, dans le domaine éthique, les valeurs fondamentales de la famille et du respect de la vie. Tout cela se produit souvent de façon non apparente, mais au moyen, plus subtil, de l’indifférence qui fait passer pour normaux tous les comportements, de sorte qu’aucun problème moral n’apparaît plus. On exige paradoxalement que l’Etat reconnaisse en tant que « droits » de nombreux comportements qui attentent à la vie humaine, en particulier celle  qui  est  la  plus  faible  et sans défense.  Pour  ne  pas  parler  des immenses difficultés d’acceptation de l’autre s’il est différent, gênant, étranger, malade, handicapé. C’est précisément le refus toujours plus grand de l’autre, en tant qu’autre, qui interroge notre conscience de croyants. Comme je le disais dans l’Encyclique Evangelium vitae:  « Nous sommes face à une réalité plus vaste, que l’on peut considérer comme une véritable structure de péché, caractérisée par la prépondérance d’une culture contraire à la solidarité, qui se présente dans de nombreux cas comme une « culture de mort »" (n. 12).
3. Face à cette culture nécrophile, notre responsabilité de chrétiens s’exprime dans l’engagement de la « nouvelle évangélisation », dont l’un des fruits les plus importants est la civilisation de l’amour.
« L’Evangile, et donc l’évangélisation, ne s’identifient certes pas avec la culture, et sont indépendants à l’égard de toutes les cultures » (Evangelii nuntiandi, n. 20), toutefois, ils possèdent une force régénératrice qui peut influencer de façon positive les cultures. Le message chrétien n’humilie pas les cultures en détruisant leurs caractéristiques particulières, au contraire, il agit en elles de l’intérieur, en valorisant les potentialités originales que leur génie est capable d’exprimer. L’influence de l’Evangile sur la culture purifie et élève l’être humain, en faisant resplendir la beauté de la vie, l’harmonie de la coexistence pacifique, le génie que chaque peuple apporte à la communauté des hommes. Cette influence possède sa force dans l’amour qui n’impose pas mais qui propose, en s’appuyant sur la libre adhésion, dans une atmosphère de respect et d’accueil réciproque.
4. Le message d’amour qui est propre à l’Evangile donne vie à des modèles et à des valeurs humaines, comme la solidarité, l’aspiration à la liberté et à l’égalité, le respect pour le pluralisme des formes expressives. Le pivot de la civilisation de l’amour est la reconnaissance de la valeur de la personne humaine et, concrètement, de toutes les personnes humaines. La grande contribution du christianisme se reconnaît justement sur ce terrain. En effet, c’est précisément de la réflexion sur le mystère du Dieu trinitaire et sur la personne du Verbe fait chair que s’est progressivement formée la doctrine anthropologique de la personne comme être de relation. Cette précieuse acquisition a fait mûrir la conception d’un société qui établit dans la personne son point de départ et l’objectif à atteindre. La doctrine sociale de l’Eglise, sur laquelle l’esprit du Jubilé invite à reméditer, a contribué à fonder sur le droit de la personne les lois mêmes de la coexistence sociale. La vision chrétienne de l’être humain, comme image de Dieu, implique en effet que les droits de la personne s’imposent, de par leur nature, au respect de la société, qui ne les crée pas, mais les reconnaît seulement (cf. Gaudium et spes, n. 26).
5. L’Eglise est consciente que cette doctrine peut rester lettre morte si la vie sociale n’est pas animée par le souffle d’une authentique expérience religieuse, et en particulier par le témoignage chrétien sans cesse alimenté par l’action créatrice et assainissante de l’Esprit Saint. En effet, elle est consciente que la crise de la société et de l’homme contemporain est motivée en grande partie par la réduction de la dimension spirituelle spécifique de la personne humaine.
Le christianisme offre sa contribution à la construction d’un société à la mesure de l’homme, précisément en lui assurant une âme et en proclamant les exigences de la loi de Dieu, à laquelle chaque organisation et législation de la société doit s’ancrer, si elles désirent garantir la promotion de l’homme, la libération de tout type d’esclavage, le progrès authentique.
Cette contribution de l’Eglise passe surtout à travers le témoignage offert par les chrétiens, et en particulier par les laïcs, dans leur vie quotidienne. En effet, l’homme contemporain accueille le message de l’amour des témoins plus que des maîtres, et de ces derniers lorsqu’ils se présentent comme d’authentiques témoins (cf. Evangelium nuntiandi, n. 41). Tel est le défi à relever, pour que s’ouvrent de nouveaux horizons pour l’avenir du christianisme et de l’humanité elle-même.

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 19 OCTOBRE 2011: LE PSAUME 136

20 octobre, 2011

du site:

http://www.zenit.org/article-29263?l=french

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 19 OCTOBRE 2011: LE PSAUME 136

Texte intégral

ROME, mercredi 19 octobre 2011 (ZENIT.org)  – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse  prononcée par le pape Benoît XVI, ce mercredi, au cours de  l’audience générale, Place Saint-Pierre.

***
Chers frères et sœurs,

Je voudrais méditer aujourd’hui avec vous sur un psaume qui résume toute l’histoire du salut dont l’Ancien Testament nous apporte le témoignage. Il s’agit d’un grand hymne de louange qui célèbre le Seigneur dans les manifestations multiples et répétées de sa bonté tout au long de l’histoire des hommes: c’est le Psaume 136 — ou 135 selon la tradition gréco-latine.
Prière solennelle d’action de grâce, connu comme le «Grand Hallel», ce psaume est chanté traditionnellement à la fin du repas pascal juif et a probablement été prié également par Jésus lors de la dernière Pâque célébrée avec les disciples; c’est à lui en effet que semble faire allusion l’annotation des évangélistes: «Après le chant des psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers» (cf. Mt 26, 30; Mc 14, 26). L’horizon de la louange illumine ainsi le chemin difficile du Golgotha. Tout le Psaume 136 se déroule sous forme de litanie, rythmée par la répétition de l’antienne «car éternel est son amour». Tout au long de la composition, sont énumérés les nombreux prodiges de Dieu dans l’histoire des hommes et ses interventions constantes en faveur de son peuple; et à chaque proclamation de l’action salvifique du Seigneur répond l’antienne avec la motivation fondamentale de la louange: l’amour éternel de Dieu, un amour qui, selon le terme hébreu utilisé, implique fertilité, miséricorde, bonté, grâce, tendresse. Tel est le motif unifiant de tout le psaume, répété toujours sous la même forme, tandis que changent ses manifestations ponctuelles et paradigmatiques: la création, la libération de l’exode, le don de la terre, l’aide providentielle et constante du Seigneur à l’égard de son peuple et de chaque créature.
Après une triple invitation à l’action de grâce au Dieu souverain (vv. 1-3), on célèbre le Seigneur comme Celui qui a fait «des merveilles» (v. 4), dont la première est la création: le ciel, la terre, les étoiles (vv. 5-9). Le monde créé n’est pas un simple scénario dans lequel s’inscrit l’action salvifique de Dieu, mais c’est le début même de cette action merveilleuse. Avec la création, le Seigneur se manifeste dans toute sa bonté et sa beauté, il se compromet avec la vie, révélant une volonté de bien dont jaillit toute autre action de salut. Et dans notre psaume, faisant écho au premier chapitre de la Genèse, le monde créé est synthétisé dans ses éléments principaux, en insistant en particulier sur les astres, le soleil, la lune, les étoiles, créatures magnifiques qui gouvernent le jour et la nuit. On ne parle pas ici de la création de l’être humain, mais il est toujours présent; le soleil et la lune sont pour lui — pour l’homme — pour rythmer le temps de l’homme, le mettant en relation avec le Créateur en particulier à travers l’indication des temps liturgiques.
C’est précisément la fête de Pâques qui est évoquée immédiatement après lorsque, passant à la manifestation de Dieu dans l’histoire, commence le grand événement de la libération de l’esclavage de l’Egypte, de l’exode, retracé dans ses éléments les plus significatifs: la libération de l’Egypte avec la plaie des premiers-nés égyptiens, le départ de l’Egypte, le passage de la Mer Rouge, le cheminement dans le désert jusqu’à l’entrée en terre promise (vv. 10-20). Nous nous trouvons au moment originel de l’histoire d’Israël. Dieu est intervenu à travers toute sa puissance pour conduire son peuple à la liberté; à travers Moïse, son envoyé, il s’est imposé au pharaon, se révélant dans toute sa grandeur et, enfin, a écrasé la résistance des Egyptiens par le terrible fléau de la mort des premiers-nés. Ainsi, Israël peut quitter le pays de l’esclavage, avec l’or de ses oppresseurs (cf. Ex. 12, 35-36), «sortant la main haute» (Ex. 14, 8), sous le signe exultant de la victoire. Au bord de la Mer rouge également, le Seigneur agit avec une puissance miséricordieuse. Devant un peuple d’Israël effrayé  à la vue des Egyptiens qui le poursuivent, au point de regretter d’avoir quitté l’Egypte (cf. Ex. 14, 10-12), Dieu, comme le dit notre Psaume, «sépara en deux parts la mer des Joncs… fit passer Israël en son milieu… Y culbutant pharaon et son armé» (vv. 13-15). L’image de la Mer rouge «séparée en deux» semble évoquer l’idée de la mer comme un grand monstre qui est coupé en deux morceaux et est rendu ainsi inoffensif. La puissance du Seigneur vainc le danger des forces de la nature et des forces militaires déployées par les hommes: la mer, qui semblait barrer la route au peuple de Dieu, laisse passer Israël au sec, puis se referme sur les Egyptiens, les emportant. «La main forte et le bras étendu» du Seigneur (cf. Dt 5, 15; 7, 19; 26, 8) se montrent ainsi dans toute leur force salvifique: l’oppresseur injuste a été vaincu, englouti par les eaux, tandis que le peuple de Dieu «passe en son milieu» pour poursuivre son chemin vers la liberté.
Notre psaume fait à présent référence à ce chemin, en rappelant par une phrase très brève le long pèlerinage d’Israël vers la terre promise: «Il mena son peuple au désert, car éternel est son amour!» (v. 16). Ces quelques mots contiennent une expérience de quarante ans, un temps décisif pour Israël qui, se laissant guider par le Seigneur, apprend à vivre de la foi, dans l’obéissance et dans la docilité à la loi de Dieu. Ce sont des années difficiles, marquées par la dureté de la vie dans le désert, mais aussi des années heureuses, de confiance dans le Seigneur, de confiance filiale; c’est le temps de la «jeunesse» comme le définit le prophète Jérémie en parlant à Israël, au nom du Seigneur, avec des expressions pleines de tendresse et de nostalgie: «Je me rappelle l’affection de ta jeunesse, l’amour de tes fiançailles, alors que tu marchais derrière moi au désert, dans une terre qui n’est pas ensemencée» (Jr 2, 2). Le Seigneur, comme le pasteur du Psaume 23 que nous avons contemplé dans une catéchèse, a guidé son peuple pendant quarante ans, l’a éduqué et aimé, le conduisant jusqu’à la terre promise, vainquant également les résistances et l’hostilité de peuples ennemis qui voulaient faire obstacle à son chemin de salut (cf. vv. 17-20).
Dans l’énumération des «grandes merveilles» que notre Psaume énonce, on parvient ainsi au moment du don conclusif, dans l’accomplissement de la promesse divine faite aux pères: «Il donna leur terre en héritage, car éternel est son amour! En héritage à Israël son serviteur, car éternel est son amour!» (vv. 21-22). Dans la célébration de l’amour éternel du Seigneur, on fait à présent mémoire du don de la terre, un don que le peuple doit recevoir sans jamais en prendre possession, vivant continuellement dans une attitude de recueillement reconnaissant et plein de gratitude. Israël reçoit le territoire dans lequel habiter comme «héritage», un terme qui désigne de manière générique la possession d’un bien reçu d’un autre, un droit de propriété qui, de manière spécifique, fait référence au patrimoine paternel. Une des prérogatives de Dieu est de «donner»; et à présent, à la fin du chemin de l’exode, Israël, destinataire du don, comme un fils, entre dans le pays de la promesse accomplie. Le temps du vagabondage, sous les tentes, dans une vie marquée par la précarité, est fini. A présent a commencé le temps heureux de la stabilité, de la joie de construire des maisons, de planter les vignes, de vivre dans la sécurité (cf. Dt 8, 7-13). Mais c’est également le temps de la tentation de l’idolâtrie, de la contamination avec les païens, de l’autosuffisance qui fait oublier l’Origine du don. C’est pourquoi le psalmiste mentionne l’humiliation et les ennemis, une réalité de mort dans laquelle le Seigneur, encore une fois, se révèle comme le Sauveur: «Il se souvint de nous dans notre abaissement, car éternel est son amour! Il nous sauva de la main des oppresseurs, car éternel est son amour!» (vv. 23-24).
Dès lors se pose la question: comment pouvons-nous faire de ce psaume une prière qui soit nôtre, comment pouvons-nous nous approprier, par notre prière, de ce psaume? Le cadre du psaume est important, au début et à la fin: c’est la création. Nous reviendrons sur ce point: la création comme le grand don de Dieu dont nous vivons, dans lequel il se révèle dans sa bonté et sa grandeur. Et donc, avoir à l’esprit la création comme don de Dieu est un point qui nous est commun à tous. Vient ensuite l’histoire du salut. Naturellement nous pouvons dire: cette libération de l’Egypte, le temps du désert, l’entrée en Terre Sainte puis les autres problèmes, sont très loin de nous, ils n’appartiennent pas à notre histoire. Mais nous devons être attentifs à la structure fondamentale de cette prière. La structure fondamentale est qu’Israël se rappelle de la bonté du Seigneur. Dans cette histoire, il y a beaucoup de vallées obscures, il y a beaucoup de moments marqués par la difficulté et la mort, mais Israël se rappelle que Dieu était bon et qu’il peut survivre dans cette vallée obscure, dans cette vallée de la mort, parce qu’il se souvient. Il garde en mémoire la bonté du Seigneur, de sa puissance; sa miséricorde vaut pour l’éternité. Et cela est important pour nous aussi: garder en mémoire la bonté du Seigneur. La mémoire devient force de l’espérance. La mémoire nous dit: Dieu existe, Dieu est bon, éternelle est sa miséricorde. Et ainsi la mémoire ouvre, même dans l’obscurité d’un jour, d’un temps, la route vers l’avenir: elle est lumière et étoile qui nous guide. Nous avons nous aussi une mémoire du bien, de l’amour miséricordieux, éternel de Dieu. L’histoire d’Israël appartient déjà à notre mémoire aussi, la mémoire de la façon dont Dieu s’est montré, a créé son peuple. Puis Dieu s’est fait homme, l’un d’entre nous: il a vécu avec nous, il a souffert avec nous, il est mort pour nous. Il reste avec nous dans le Sacrement et dans la Parole. C’est une histoire, une mémoire de la bonté de Dieu qui nous assure sa bonté: son amour est éternel. Et puis aussi en ces deux mille ans de l’histoire de l’Eglise il y a toujours, à nouveau, la bonté du Seigneur. Après la période obscure de la persécution nazie et communiste, Dieu nous a libérés, il a montré qu’il est bon, qu’il a de la force, que sa miséricorde vaut pour toujours. Et, comme dans l’histoire commune, collective, est présente cette mémoire de la bonté de Dieu, elle nous aide, elle devient étoile de l’espérance, ainsi aussi chacun a son histoire personnelle de salut, et nous devons réellement tirer profit de cette histoire, avoir toujours à l’esprit la mémoire des grandes choses qu’il a faites dans ma vie aussi, pour avoir confiance: sa miséricorde est éternelle. Et si aujourd’hui je suis dans la nuit obscure, demain Il me libère car sa miséricorde est éternelle.
Revenons au psaume, parce que, à la fin, il revient à la création. Le Seigneur — c’est ce qui est dit — « à toute chair, il donne le pain, éternel est son amour!» (n. 25). La prière du psaume se conclut avec une invitation à la louange: «Rendez grâce au Dieu du ciel, éternel est son amour!». Le Seigneur est le Père bon et prévoyant, qui donne son héritage à ses fils et offre à tous la nourriture pour vivre. Le Dieu qui a créé les cieux et la terre et les grandes lumières célestes, qui entre dans l’histoire des hommes pour conduire au salut tous ses enfants est le Dieu qui comble l’univers de sa présence de bien en étant attentif à la vie et en donnant du pain. La puissance invisible du Créateur et Seigneur chantée dans le Psaume se révèle dans la petite visibilité du pain qu’il nous donne, avec lequel il nous fait vivre. Et ainsi ce pain quotidien symbolise et synthétise l’amour de Dieu comme Père, et nous ouvre à l’accomplissement néo-testamentaire, à ce «pain de vie», l’Eucharistie, qui nous accompagne dans notre existence de croyants, en anticipant la joie définitive du banquet messianique au Ciel.
Frères et sœurs, la louange de bénédiction du Psaume 136 nous a fait reparcourir les étapes les plus importantes de l’histoire du salut, jusqu’à parvenir au mystère pascal, où l’action salvifique de Dieu arrive à son sommet. Avec joie reconnaissante nous célébrons donc le Créateur, Sauveur et Père fidèle, qui «a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique: ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle» (Jn 3, 16). Dans la plénitude des temps, le Fils de Dieu se fait homme pour donner la vie, pour le salut de chacun de nous, et il se donne comme pain dans le mystère eucharistique pour nous faire entrer dans son alliance qui fait de nous ses fils. C’est à ce point que s’élève la bonté miséricordieuse de Dieu et la sublimité de son «amour pour toujours».
Je veux donc conclure cette catéchèse en faisant miennes les paroles que saint Jean écrit dans sa Première Lettre et que nous devrions toujours avoir à l’esprit dans notre prière: «Voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés: il a voulu que nous soyons appelés fils de Dieu — et nous le sommes» (1 Jn 3, 1). Merci.

A l’issue de l’audience générale le pape a résumé sa catéchèse en différentes langues et salué les pèlerins. Voici ce qu’il a dit en français :

Chers frères et sœurs,
Le Psaume 136 appelé le «Grand Hallel», reprend toute l’histoire du salut dont l’Ancien Testament témoigne. Cet hymne de louanges célèbre le Seigneur à travers les nombreuses manifestions de sa bonté au cours de l’histoire des hommes. Traditionnellement chanté lors de la Cène pascale hébraïque, il a été probablement prié par Jésus lors de la dernière Pâque célébrée avec les disciples. Cette litanie est scandée par «Eternel est son amour», refrain qui répond à chaque intervention de Dieu en faveur de son peuple. Le motif fondamental de la louange est l’amour éternel de Dieu. Dès la Création, Dieu se révèle comme voulant le bien et donnant la vie. Après la libération d’Egypte, est décrit le long et éprouvant chemin vers la liberté, dans le désert où Israël apprend à vivre de foi et à obéir aux lois de Dieu. En bon pasteur plein de tendresse, le Seigneur conduit son peuple vers la Terre promise. Cet «héritage» est un don, qu’il doit recevoir sans jamais s’en emparer, l’accueillant comme un fils, avec gratitude et reconnaissance.
Chers amis, le salut d’Israël et de l’humanité est lié à la fidélité de Dieu qui se souvient. Tandis que l’homme oublie facilement Dieu, Lui reste fidèle. Louons et célébrons avec une joie profonde le Créateur, Sauveur et Père qui nous a donné son Fils unique pour que celui qui croit ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.
Je salue les pèlerins francophones, particulièrement les groupes de pèlerins venus de France, de Suisse, du Canada, ainsi que les jeunes des collèges Saint Joseph du Parchamp, Sainte Geneviève, Notre Dame de Bourbourg, et les lycéens de Sète et du Lot-et-Garonne. Par la foi, devenons chaque jour plus conscient de la présence de Dieu dans notre vie. Demandez-lui d’éclairer vos choix et de fortifier votre amour. Bon pèlerinage à tous!

Traduction française : Zenit