L’Au-delà de la mort

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L’Au-delà de la mort 
 
     Un premier trait de la tradition catholique est que la destinée éternelle de l’homme est décidée au moment de sa mort. Par conséquent, elle élimine toutes perspectives de réincarnation. En écartant ces vues par la doctrine du Jugement particulier, la foi catholique témoigne du sérieux avec lequel sont prises la liberté humaine et ses décisions ; dans cette vision biblique, ce qui nous paraît tragique, ce n’est pas du tout le peu d’importance de l’homme, mais au contraire la manière dont Dieu le prend excessivement au sérieux : ceci entraîne toute une conception nouvelle de l’existence.
     En effet, ici les frontières de l’au-delà et de l’en deçà s’estompent. En réalité, entre ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous serons éternellement, il n’y a plus tellement de différence. C’est-à-dire, comme l’a dit admirablement Gabriel Marcel, que la vie éternelle manifestera seulement ce que nous aurons aimé sur la terre, c’est-à-dire qu’elle ne fera que ratifier ce qu’ont été nos adhésions durant cette vie, en les menant à la plénitude de leur réalisation. La vie présente prend alors tout son sens dramatique : elle nous est donnée pour être chargée de la plus grande mesure possible d’amour, car c’est sur l’amour que nous serons jugés.
     Un second trait sur lequel insiste la théologie catholique est l’affirmation que ce temps de l’au-delà est pour l’ensemble des hommes d’abord un temps de purification. Ceci, débarrassé des représentations mythiques dont l’affublaient les prédicateurs d’autrefois pour frapper les imaginations, exprime une réalité qui apparaît d’une évidence éblouissante. Car s’il y a quelque chose qui me paraisse évident, c’est que, quand nos pauvres êtres de chair, débarquant de cette planète, encore tout engagés dans leurs préoccupations terrestres, seront projetés devant la face de la Trinité, ils prendront à ce moment-là une conscience aiguë de tout ce qui, en eux, est impur, s’écriant comme le prophète Isaïe : « Malheur à moi, je suis un homme aux lèvres souillées ». Il faudra que nous soyons en quelque sorte progressivement adaptés au poids écrasant de la gloire. Ceci supposera toute une transformation du plus profond de nous-mêmes, à la fois purifiante et transformante. C’est là le feu du purgatoire, qui est Dieu lui-même, comme le dit Catherine de Gênes ; c’est sa sainteté qui, comme un feu dévorant, brûlera l’âme, non pas pour la détruire, mais pour la transformer en Lui. Car Dieu n’aime que le Fils. Et pour pénétrer dans la maison du Père, il faudra donc avoir revêtu entièrement le Fils.
     Une troisième affirmation est que, une fois les purifications achevées, l’âme connaît la béatitude. Cette affirmation est pour nous infiniment consolante : elle nous permet de croire que ceux que nous aimons, ceux qui nous ont quittés, et nous-mêmes quand nous les aurons rejoints, nous sommes appelés, après ces purifications dont nous sentirons tellement le besoin, à entrer dans la vision de la face de Dieu ; et celle-ci sera pour nous éternellement, et dès ce moment, la source de Joie. Dans cette vision, nos âmes trouveront enfin le repos, au-delà de toutes les incertitudes et de toutes les vicissitudes. Ce repos ne sera pas immobilisme, mais une découverte indéfiniment renouvelée des inépuisables richesses divines dont nous n’arriverons jamais à épuiser la plénitude. En effet, penser que notre intelligence pourrait, en quelque sorte, épuiser Dieu dans un acte de connaissance c’est méconnaître la transcendance de l’Être divin : dans la vision même, celui-ci demeurera une ténèbre lumineuse et, même contemplé dans son essence, restera toujours au-delà de ce que, à travers l’éternité tout entière, nous en pourrons comprendre.

Cardinal Danielou

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