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BENOÎT XVI
AUDIENCE GÉNÉRALE
Mercredi 11 mai 2005
Hymne d’adoration et de louange
Lecture: Ap 15, 3-4
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Apocalypse 15
Revelation 15 French: Martin (1744)
http://mar.saintebible.com/revelation/15.htm
1 Puis je vis au ciel un autre signe, grand et admirable, [savoir] sept Anges qui avaient les sept dernières plaies; car c’est par elles que la colère de Dieu est consommée.
2 Je vis aussi comme une mer de verre mêlée de feu, et ceux qui avaient obtenu la victoire sur la bête, sur son image, sur sa marque, et sur le nombre de son nom, se tenant sur la mer qui était comme de verre, et ayant les harpes de Dieu,
3 Qui chantaient le Cantique de Moïse serviteur de Dieu, et le Cantique de l’Agneau, en disant : que tes œuvres sont grandes et merveilleuses, ô Seigneur Dieu tout-puissant! tes voies [sont] justes et véritables, ô Roi des Saints!
4 Seigneur, qui ne te craindra, et qui ne glorifiera ton Nom? car tu es Saint toi seul, c’est pourquoi toutes les nations viendront et se prosterneront devant toi; car tes jugements sont pleinement manifestés.
5 Et après ces choses je regardai, et voici le Temple du Tabernacle du témoignage fut ouvert au ciel. 6 Et les sept Anges qui avaient les sept plaies sortirent du Temple, vêtus d’un lin pur et blanc, et ceints sur leurs poitrines avec des ceintures d’or. 7 Et l’un des quatre animaux donna aux sept Anges sept fioles d’or, pleines de la colère du Dieu vivant aux siècles des siècles. 8 Et le Temple fut rempli de la fumée qui [procédait] de la majesté de Dieu et de sa puissance; et personne ne pouvait entrer dans le Temple jusqu’à ce que les sept plaies des sept Anges fussent accomplies.
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Chers frères et soeurs,
1. Le Cantique que nous venons d’entendre et avons ainsi repris en l’élevant comme un hymne de louange au « Seigneur Dieu tout-puissant » (Ap 15, 3) possède un caractère bref et solennel, incisif et grandiose. Il s’agit là de l’un des nombreux textes de prière placés dans l’Apocalypse, le dernier livre de l’Ecriture Sainte, livre de jugement, de salut et surtout livre d’espérance.
En effet, l’histoire ne se trouve pas entre les mains de puissances obscures, du hasard ou des seuls choix humains. Sur le déchaînement des énergies malfaisantes que nous voyons, sur l’irruption véhémente de Satan, sur l’apparition de tant de fléaux et de maux, s’élève le Seigneur, arbitre suprême du cours de l’histoire. Il la conduit avec sagesse vers l’aube des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, chantés dans la partie finale du livre sous l’image de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 22).
Ceux qui entonnent le Cantique sur lequel nous méditerons à présent sont les justes de l’histoire, les vainqueurs de la Bête satanique, ceux qui à travers la défaite apparente du martyre sont en réalité les artisans véritables du monde nouveau, dont Dieu est l’artisan suprême.
2. Ils commencent en exaltant les « grandes et merveilleuses oeuvres » et les « voies justes et droites » du Seigneur (cf. v. 3). Le langage utilisé dans ce Cantique est celui qui est caractéristique de l’exode d’Israël de l’esclavage égyptien. Le premier cantique de Moïse – prononcé après le passage de la Mer Rouge – célèbre le Seigneur « redoutable en exploits, artisan de merveilles » (Ex 15, 11). Le deuxième cantique – rapporté par le Deutéronome au terme de la vie du grand législateur – réaffirme que « son oeuvre est parfaite, car toutes ses voies sont le Droit » (Dt 32, 4).
On souhaite donc réaffirmer que Dieu n’est pas indifférent aux événements humains, mais qu’il pénètre dans ceux-ci en réalisant ses « voies », c’est-à-dire ses projets et ses « oeuvres » efficaces.
3. Selon notre hymne, cette intervention divine a un objectif bien précis: être un signe qui invite tous les peuples de la terre à la conversion. L’hymne invite donc chacun de nous sans cesse à la conversion. Les nations doivent apprendre à « lire » dans l’histoire un message de Dieu. L’aventure de l’humanité n’est pas confuse et sans signification, elle n’est pas non plus destinée sans recours aux prévarications des violents et des pervers.
Il existe la possibilité de reconnaître l’action divine cachée dans l’histoire. Le Concile oecuménique Vatican II, dans la Constitution pastorale Gaudium et spes, invite lui aussi le croyant à scruter, à la lumière de l’Evangile, les signes des temps pour trouver en eux la manifestation de l’action même de Dieu (cf. nn. 4 et 11). Cette attitude de foi conduit l’homme à reconnaître la puissance de Dieu en oeuvre dans l’histoire, et à s’ouvrir ainsi à la crainte du nom du Seigneur. Dans le langage biblique, en effet, cette « crainte » de Dieu n’est pas une peur, elle ne coïncide pas avec la peur; mais la crainte de Dieu est une tout autre chose: elle est la reconnaissance du mystère de la transcendance divine. Celle-ci se trouve donc à la base de la foi et se mélange à l’amour. Dans le Deutéromone, l’Ecritiure Sainte dit: « Le Seigneur ton Dieu te demande de le craindre et de l’aimer de tout ton coeur et de toute ton âme » (cf. Dt 10, 12). Et saint Hilaire, Evêque du IV siècle a dit: « Toute notre crainte est dans l’amour ».
C’est dans cette optique que, dans notre bref hymne tiré de l’Apocalypse, s’unissent la crainte et la glorification de Dieu. L’hymne dit: « Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom? (15, 4). Grâce à la crainte du Seigneur, l’on n’a pas peur du mal qui envahit l’histoire et l’on reprend avec vigueur le chemin de la vie. Précisément grâce à la crainte de Dieu, nous n’avons pas peur du monde et de tous ses problèmes, nous n’avons pas peur des hommes parce que Dieu est plus fort. Le Pape Jean XXIII a dit un jour: « Celui qui croit n’a pas peur, parce qu’en craignant Dieu qui est bon, il n’a pas peur du monde et de l’avenir ». Et ainsi disait le prophète Isaïe: « Fortifiez les mains affaiblies, affermissez les genoux qui chancellent. Dites aux coeurs défaillants: « Soyez forts, n’ayez pas peur »" (Is 35, 3-4).
4. L’hymne se termine par la prévision d’une procession universelle de peuples qui se présenteront devant le Seigneur de l’histoire, révélé à travers ses « jugements justes » (cf. Ap 15, 4). Ils se prosterneront en adoration. Et l’unique Seigneur et Sauveur semble leur répéter les paroles prononcées le dernier soir de sa vie terrestre quand il a dit à ses Apôtres: « Ayez confiance; j’ai vaincu le monde! » (Jn 16, 33).
Nous voulons conclure notre brève réflexion sur le cantique de l’ »Agneau victorieux » (cf. Ap 15, 3), entonné par les justes de l’Apocalypse, par un antique hymne du lucernaire, c’est-à-dire de la prière vespérale, déjà connu de saint Basile de Césarée. Cet hymne dit: « Parvenus au coucher du soleil, en voyant la lumière du soir, nous chantons le Père, le Fils et l’Esprit Saint de Dieu. Tu es digne d’être chanté en tout moment avec des voix saintes, Fils de Dieu, toi qui donnes la vie. C’est pourquoi le monde te glorifie » (S. Pricoco-M. Simonetti, La prière des chrétiens, Milan 2000, p. 97).
Merci!