Archive pour avril, 2011

Holy Mary

7 avril, 2011

Holy Mary dans images sacrée

http://fratres.wordpress.com/2011/01/01/solemnity-of-the-blessed-virgin-mary-the-mother-of-god-1-1-11/

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 6 AVRIL 2011 : SAINTE THÉRÈSE DE LISIEUX

7 avril, 2011

du site:

http://www.zenit.org/article-27523?l=french

AUDIENCE GÉNÉRALE DU 6 AVRIL 2011 : SAINTE THÉRÈSE DE LISIEUX

Texte intégral

ROME, Mercredi 6 avril 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée par le pape Benoît XVI, ce mercredi, au cours de l’audience générale, sur la Place saint-Pierre, au Vatican.
Chers frères et sœurs,
Je voudrais vous parler aujourd’hui de sainte Thérèse de Lisieux, Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte-Face, qui ne vécut que 24 ans dans ce monde, à la fin du XIXe siècle, conduisant une vie très simple et cachée mais qui, après sa mort et la publication de ses écrits, est devenue l’une des saintes les plus connues et aimées. La « petite Thérèse » n’a jamais cessé d’aider les âmes les plus simples, les petits, les pauvres, les personnes souffrantes qui la priaient, mais elle a également illuminé toute l’Eglise par sa profonde doctrine spirituelle, au point que le vénérable Pape Jean-Paul II, en 1997, a voulu lui conférer le titre de Docteur de l’Eglise, s’ajoutant à celui de patronne des missions, qui lui avait été attribué par Pie XI en 1939. Mon bien-aimé prédécesseur la définit « experte en scientia amoris » (Novo Millennio ineunte, n. 42). Cette science, qui voit resplendir dans l’amour toute la vérité de la foi, Thérèse l’exprime principalement dans le récit de sa vie, publié un an après sa mort sous le titre Histoire d’une âme. C’est un livre qui eut immédiatement un immense succès, et qui fut traduit dans de nombreuses langues et diffusé partout dans le monde. Je voudrais vous inviter à redécouvrir ce petit-grand trésor, ce commentaire lumineux de l’Evangile pleinement vécu !
L’Histoire d’une âme, en effet, est une merveilleuse histoire d’Amour, racontée avec une telle authenticité, simplicité et fraîcheur que le lecteur ne peut qu’en être fasciné ! Mais quel est cet Amour qui a rempli toute la vie de Thérèse, de son enfance à sa mort ? Chers amis, cet Amour possède un Visage, il possède un Nom, c’est Jésus ! La sainte parle continuellement de Jésus. Reparcourons alors les grandes étapes de sa vie, pour entrer au cœur de sa doctrine.
Thérèse naît le 2 janvier 1873 à Alençon, une ville de Normandie, en France. C’est la dernière fille de Louis et Zélie Martin, époux et parents exemplaires, béatifiés ensemble le 19 octobre 2008. Ils eurent neuf enfants ; quatre d’entre eux moururent en bas âge. Les cinq filles survécurent, et devinrent toutes religieuses. A l’âge de 4 ans, Thérèse fut profondément frappée par la mort de sa mère (Ms A, 13r). Son père s’installa alors avec ses filles dans la ville de Lisieux, où se déroulera toute la vie de la sainte. Plus tard, Thérèse, frappée d’une grave maladie nerveuse, fut guérie par une grâce divine, qu’elle-même définit comme le « sourire de la Vierge » (ibid., 29v-30v). Elle reçut ensuite la Première Communion, intensément vécue (ibid., 35r), et plaça Jésus Eucharistie au centre de son existence.
La « Grâce de Noël » de 1886 marque un tournant important, qu’elle appelle sa « conversion complète » (ibid., 44v-45v). En effet, elle guérit totalement de son hypersensibilité infantile et commence une « course de géant ». A l’âge de 14 ans, Thérèse s’approche toujours plus, avec une grande foi, de Jésus Crucifié, et prend à cœur le cas, apparemment désespéré, d’un criminel condamné à mort et impénitent (ibid., 45v-46v). « Je voulais à tout prix l’empêcher de tomber dans l’enfer » écrit la sainte, dans la certitude que sa prière le mettrait en contact avec le Sang rédempteur de Jésus. C’est sa première expérience fondamentale de maternité spirituelle : « J’avais tant confiance dans la Miséricorde infinie de Jésus », écrit-elle. Avec la très Sainte Vierge Marie, la jeune Thérèse aime, croit et espère avec « un cœur de mère » (cf. PR 6/10r).
En novembre 1887, Thérèse se rend en pèlerinage à Rome avec son père et sa sœur Céline (ibid. 55v-67r). Pour elle, le moment culminant est l’audience du Pape Léon XIII, auquel elle demande le permis d’entrer, à peine âgée de quinze ans, au carmel de Lisieux. Un an plus tard, son désir se réalise : elle devient carmélite « pour sauver les âmes et prier pour les prêtres » (ibid., 69v). Dans le même temps, commence également la douloureuse et humiliante maladie mentale de son père. C’est une grande souffrance qui conduit Thérèse à la contemplation du Visage de Jésus dans sa passion (ibid., 71rv). Ainsi, son nom de religieuse – sœur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face – exprime le programme de toute sa vie, dans la communion aux mystères centraux de l’Incarnation et de la Rédemption. Sa profession religieuse, en la fête de la Nativité de Marie, le 8 septembre 1890, est pour elle un véritable mariage spirituel dans la « petitesse » évangélique, caractérisée par le symbole de la fleur : « Quelle belle fête que la Nativité de Marie pour devenir l’épouse de Jésus ! – écrit-elle – C’était la petite Vierge Sainte d’un jour qui présentait sa petite fleur au petit Jésus » (ibid., 77r). Pour Thérèse être religieuse signifie être l’épouse de Jésus et mère des âmes (cf. Ms B, 2v). Le même jour, la sainte écrit une prière qui indique toute l’orientation de sa vie : elle demande à Jésus le don de l’Amour infini, d’être la plus petite, et surtout elle demande le salut de tous les hommes : « Qu’aucune âme ne soit damnée aujourd’hui » (Pr 2). Son Offrande à l’Amour miséricordieux, faite en la fête de la Très Sainte Trinité de 1895, est d’une grande importance (Ms A, 83v-84r ; Pr 6) : une offrande que Thérèse partagea immédiatement avec ses consœurs, étant déjà vice-maîtresse des novices.
Dix ans après la « Grâce de Noël », en 1896, arrive la « Grâce de Pâques », qui ouvre la dernière période de la vie de Thérèse, avec le début de sa passion en union profonde avec la Passion de Jésus. Il s’agit de la passion du corps, avec la maladie qui la conduira à la mort à travers de grandes souffrances, mais il s’agit surtout de la passion de l’âme, avec une très douloureuse épreuve de foi (Ms C, 4v-7v). Avec Marie à côté de la Croix de Jésus, Thérèse vit alors la foi la plus héroïque, comme une lumière dans les ténèbres qui envahissent son âme. La carmélite a conscience de vivre cette grande épreuve pour le salut de tous les athées du monde moderne, qu’elle appelle « frères ». Elle vit alors encore plus intensément l’amour fraternel (8r-33v) : envers les sœurs de sa communauté, envers ses deux frères spirituels missionnaires, envers les prêtres et tous les hommes, en particulier les plus lointains. Elle devient véritablement une « sœur universelle » ! Sa charité aimable et souriante est l’expression de la joie profonde dont elle nous révèle le secret : « Jésus, ma joie est de T’aimer » (P 45/7). Dans ce contexte de souffrance, en vivant le plus grand amour dans les petites choses de la vie quotidienne, la sainte conduit à son accomplissement sa vocation d’être l’Amour au cœur de l’Eglise (cf. Ms B, 3v).
Thérèse meurt le soir du 30 septembre 1897, en prononçant les simples paroles « Mon Dieu, je vous aime ! », en regardant le Crucifix qu’elle serrait entre ses mains. Ces dernières paroles de la sainte sont la clé de toute sa doctrine, de son interprétation de l’Evangile. L’acte d’amour, exprimé dans son dernier souffle, était comme la respiration continuelle de son âme, comme le battement de son cœur. Les simples paroles « Jésus je T’aime » sont au centre de tous ses écrits. L’acte d’amour à Jésus la plonge dans la Très Sainte Trinité. Elle écrit : « Ah tu le sais, Divin Jésus je T’aime, / L’Esprit d’Amour m’enflamme de son feu, / C’est en T’aimant que j’attire le Père » (P 17/2).
Chers amis, nous aussi avec sainte Thérèse de l’Enfant Jésus nous devrions pouvoir répéter chaque jour au Seigneur que nous voulons vivre d’amour pour Lui et pour les autres, apprendre à l’école des saints à aimer de manière authentique et totale. Thérèse est l’un des « petits » de l’Evangile qui se laissent conduire par Dieu dans les profondeurs de son Mystère. Un guide pour tous, surtout pour ceux qui, dans le Peuple de Dieu, accomplissent le ministère de théologiens. Avec l’humilité et la charité, la foi et l’espérance, Thérèse entre continuellement dans le cœur de la Sainte Ecriture qui renferme le Mystère du Christ. Et cette lecture de la Bible, nourrie par la science de l’amour, ne s’oppose pas à la science académique. La science des saints, en effet, dont elle parle elle-même dans la dernière page de l’Histoire d’une âme, est la science la plus élevée. « Tous les saints l’ont compris et plus particulièrement peut-être ceux qui remplirent l’univers de l’illumination de la doctrine évangélique. N’est-ce point dans l’oraison que les saints Paul, Augustin, Jean de la Croix, Thomas d’Aquin, François, Dominique et tant d’autres illustres Amis de Dieu ont puisé cette science divine qui ravit les plus grands génies ? » (Ms C, 36r). Inséparable de l’Evangile, l’Eucharistie est pour Thérèse le Sacrement de l’amour divin qui s’abaisse à l’extrême pour s’élever jusqu’à Lui. Dans sa dernière Lettre, sur une image qui représente l’Enfant Jésus dans l’Hostie consacrée, la sainte écrit ces simples mots : « Je ne puis craindre un Dieu qui s’est fait pour moi si petit ! (…) Je l’aime car Il n’est qu’Amour et Miséricorde ! » (LT 266).
Dans l’Evangile, Thérèse découvre surtout la Miséricorde de Jésus, au point d’affirmer : « A moi il a donné sa Miséricorde infinie, et c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections divines ! (…) Alors toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour » (Ms A, 84r). Ainsi s’exprime-t-elle dans les dernières lignes de l’Histoire d’une âme : « Je n’ai qu’à jeter les yeux dans le Saint Evangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir… Ce n’est pas à la première place, mais à la dernière que je m’élance… Oui je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui » (Ms C, 36v-37r). « Confiance et Amour » sont donc le point final du récit de sa vie, deux mots qui comme des phares ont éclairé tout son chemin de sainteté, pour pouvoir guider les autres sur sa propre « petite voie de confiance et d’amour », de l’enfance spirituelle (cf. Ms C, 2v-3r ; LT 226). Confiance comme celle de l’enfant qui s’abandonne entre les mains de Dieu, inséparable de l’engagement fort, radical du véritable amour, qui est un don total de soi, pour toujours, comme le dit la sainte en contemplant Marie : « Aimer c’est tout donner, et se donner soi-même » (Pourquoi je t’aime, ô Marie, P 54/22). Ainsi Thérèse nous indique à tous que la vie chrétienne consiste à vivre pleinement la grâce du Baptême dans le don total de soi à l’Amour du Père, pour vivre comme le Christ, dans le feu de l’Esprit Saint, Son propre amour pour tous les autres.
A l’issue de l’audience générale le pape a résumé sa catéchèse en différentes langues et salué les pèlerins. Voici ce qu’il a dit en français :
Chers frères et sœurs,
Fille des bienheureux Louis et Zélie Martin, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face est née en 1873 en France. Le décès de sa mère, alors qu’elle a 4 ans, la blesse profondément. Totalement guérie et convertie à Noël 1886, elle devint à 15 ans religieuse carmélite à Lisieux, épouse du Christ comme elle le dit elle-même, pour sauver les âmes et prier pour les prêtres. Elle vécut ses douloureuses souffrances physiques et spirituelles en union à la Passion de Jésus et dans une foi héroïque, jusqu’à sa mort à 24 ans. Docteur de l’Église et Patronne des Missions, Thérèse s’est offerte totalement à l’Amour miséricordieux, voulant être l’amour au cœur de l’Église. Son œuvre, Histoire d’une âme, est un lumineux commentaire de l’Évangile vécu à la lumière de la science de l’amour. L’amour a un Visage, un Nom, c’est Jésus ! Inséparable de l’Évangile, l’Eucharistie est le Sacrement de l’Amour divin. L’amour était comme le souffle ininterrompu de l’âme et le battement du cœur de la petite Thérèse. « Aimer c’est tout donner, et se donner soi-même ». Chers amis, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est un guide pour tous, particulièrement pour les théologiens. Experte de la scientia amoris, elle nous enseigne que la voie de la sainteté est toute de confiance et d’amour.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les Frères du Sacré-Cœur, ainsi que les lycéens et les collégiens ! N’ayez pas peur d’imiter sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ! La vie chrétienne consiste vraiment à vivre pleinement la grâce du baptême dans le don total de soi à l’amour du Père, pour manifester comme le Christ, dans le feu de l’Esprit Saint, son amour pour les autres. Ma prière vous accompagne !

APPEL
Au cours de l’Audience générale, le pape a lancé l’appel suivant :
Je continue de suivre avec une grande préoccupation les événements dramatiques que vivent en ces jours les chères populations de Côte d’Ivoire et de Libye. Je souhaite, en outre, que le cardinal Turkson, que j’avais chargé de se rendre en Côte d’Ivoire pour exprimer ma solidarité, puisse bientôt entrer dans le pays. Je prie pour les victimes et je suis proche de tous ceux qui souffrent. La violence et la haine sont toujours un échec ! C’est pourquoi j’adresse un nouvel appel pressant à toutes les parties en conflit afin que soit entamée l’œuvre de pacification et de dialogue et que l’on évite de nouvelles effusions de sang.
© Copyright du texte original plurilingue : Libreria Editrice Vaticana
Traduction : Zenit

1ère rencontre – Les repas dans la Bible : manger un acte sacre?

7 avril, 2011

du site:

http://www.stjosephdesepinettes.org/repas1.htm

1ère rencontre – Les repas dans la Bible

MANGER, UN ACTE SACRE ?
 
Après tout, pourquoi y a-t-il tant de moines sur les boîtes de fromage ? Pourquoi tant de vignobles portent-ils des noms de saints ? Pourquoi tant d’abbayes productrices de bières, de fromages, de liqueurs, de bonbons, de gâteaux, de chocolats et autres pâtes de fruits ? Pourquoi tant de bons religieux inventeurs d’élixirs en tous genres ? Mais aussi, pourquoi tant de mentions de repas dans l’Evangile ? La réponse paraît simple : c’est, bien sûr, parce que la nourriture est quelque chose de vital. Mais il faut aller plus loin : parce que c’est vital, parce que le boire et le manger sont, à toutes les époques, et en tous lieux, des éléments essentiels de la vie humaine, le boire et le manger sont très souvent intimement liés au sacré, et ce, dans toutes les religions.
 
Manger ensemble : le partage de la table crée entre les convives une communauté d’existence. Ce repas peut aussi avoir un caractère sacré, dans les religions païennes comme dans la Bible. Et on peut, en quelque sorte, s’asseoir à la table des démons ou à celle de Dieu : chacun réalise la communauté d’existence qu’il veut, avec Dieu ou avec les puissances d’en bas. Un exemple dans le Premier Testament de repas sacré d’alliance avec Dieu: Ex 24,7-11. Bien plus tard, on retrouvera cette notion de « repas d’alliance » dans la Cène de Jésus avec ses apôtres. A l’inverse, on trouve l’affaire du veau d’or : Ex 32,1-6.
 

ET EN FRANCE ?
 
Mais, pour l’instant, avant d’aller parcourir de plus près le monde biblique, puisque nous sommes en France, restons-y : la France qui aime tant donner des leçons au monde entier, et tout particulièrement quand il s’agit de cuisine, la France qui revendique haut et fort sa laïcité, la France qui a inventé une forme unique en son genre de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la France donc, fait beaucoup dans le religieux quand il s’agit de manger et de boire.
 
Deux exemples de menu : vous pouvez faire un repas avec, grâce à un brave chanoine dijonnais, un Kir en apéritif ( à moins que vous ne préfériez un Cardinal, c’est la même chose mais avec du vin rouge ), des coquilles saint Jacques en entrée, du saint Pierre en plat de résistance, du saint Paulin en fromage et un saint Honoré en dessert, le tout arrosé, mettons, d’un vin blanc de st Véran.
 
Autre menu possible : un verre de saint Raphaël en apéritif, du jésus en entrée, des pieds de cochon à la sainte Menehould, une salade de capucine, et du saint Nectaire ; pour le dessert, vous avez le choix entre des clémentines, fruit inventé en Algérie par un Père Blanc, frère Clément, et des fruits de la passion, ainsi nommés parce que leurs fleurs figurent de manière paraît-il impressionnante le matériel de la passion de Jésus : la couronne d’épines, les fouets de la flagellation et les trois clous de la crucifixion. Le tout arrosé de st Amour, st Emilion ou st Estèphe ou, si vous le préférez, de st Yorre.
 
Pour les jours de fête, vous pouvez ouvrir une bouteille de champagne dom Pérignon : grâces soient rendues à ce bon religieux de l’abbaye de Hautvillers qui, au temps de Louis XIV, trouva la solution pour maîtriser et bonifier la fermentation capricieuse du vin des bords de Marne.
 
Restons, si j’ose dire, en odeur de sainteté, et parlons fromages. La France, dont le Général de Gaulle disait, paraît-il : « comment voulez-vous gouverner un pays qui possède 365 sortes de fromages ? », en réalité, en possède beaucoup plus. Or, beaucoup de fromages ont leur origine et souvent encore leur lieu de production dans des abbayes, comme l’Abondance, le Tamié, le Mont-des-Cats, le Belval, le Citeaux, le Maroilles, le Port Salut, le saint Marcellin, le saint Félicien, le sainte Maure, sans compter le Munster dont le nom vient semble-t-il du mot « monastère ». Faut-il parler du Caprice des Dieux ou du Chaussée aux Moines ?
 
Côté vignoble, c’est pas mal non plus : nombre de crus de Bordeaux s’appellent saint quelque chose. Pensez aussi au saint Pourçain ou au Châteauneuf-du-Pape ( dont le nom vient de la proximité d’Avignon où la Papauté s’installa quelque temps ). Et en plus, quand le vin est bon et qu’il flatte le palais, toutes opinions religieuses confondues, tout bon Français s’exclame : «  c’est le petit Jésus en culotte de velours » ….
 
Côté bières, on pourrait faire une litanie avec les abbayes du Nord de la France et surtout de nos voisins belges : Leffe, Affligem, Chimay, etc. N’oublions pas, à tout péché miséricorde, de citer une très bonne bière qui s’appelle le « fruit défendu », dont Adam et Eve fort peu vêtus ornent l’étiquette. Pour compenser, d’autres étiquettes de bières portent d’ailleurs de très suggestifs portraits de diables.
 
Et que dire, côté liqueurs, de la Bénédictine ou de la Chartreuse ?
 
Comme on a l’esprit large, on peut même boire de l’eau : saint Yorre, saint Amand, san Pellegrino, sainte Enimie, saint Georges, sainte Marguerite, il n’y a que l’embarras du choix.
 
Côté sucreries, c’est la même chose : on trouve des nonnettes et des religieuses, mais aussi, fermons nos chastes oreilles, des pets de nonne. On trouve aussi des galettes saint Michel, ou des pains d’épice en forme de saint Nicolas, que certains enseignants du Nord de la France ont interdit dans leurs écoles au nom de la laïcité, mais ceci est une autre histoire. Il existe également des gâteaux moins connus qui s’appellent le Sacristain, le doigt de la Vierge ou le Jésuite.
 
Ou n’oubliera pas non plus de mentionner la galette des Rois, les crêpes de la Chandeleur, les cloches et les œufs de Pâques.
 
Et si avec tout cela vous avez une indigestion, pas de souci, on a de quoi vous soigner avec l’eau de mélisse des Carmes, les gouttes de l’abbé Chaupitre ou la Jouvence de l’abbé Soury.
 
Mais comme nous sommes un peuple très prévoyant, pour vous faire pardonner vos excès, vous pouvez vous adresser :
à saint Antoine, patron des charcutiers,
à saint Vincent, patron des vignerons,
à saint Amand, patron des brasseurs et cafetiers,
à saint Honoré, patron des boulangers,
à saint Pierre, patron des pécheurs et des poissonniers,
à saint Laurent, patron des rôtisseurs,
à saint Michel, patron des biscuitiers,
à saint Nicolas, patron des confiseurs, etc.
 
 
DANS LA BIBLE …
Plus sérieusement, la nourriture en général et les repas en particulier jouent un rôle prépondérant dans l’histoire humaine et donc dans l’histoire biblique. Du fruit cueilli par Adam et Eve ( dont la Bible n’a d’ailleurs jamais dit que c’était une pomme ) au repas de l’eucharistie, en passant par la manne au désert et les noces de Cana, beaucoup de moments décisifs se jouent autour d’un repas. Combien de fois ne voit-on pas Jésus partager le repas de gens très différents, de la famille de Lazare à une table de pharisien en passant par Zachée ou Lévi les publicains. Ce sera d’ailleurs un des points de friction entre Jésus et les religieux de son peuple : Mc 2,13-17, Mt 11,18-19.
Notons aussi que le récit de la multiplication des pains et du gigantesque repas qui en découle est le texte le plus fréquent des quatre Evangiles, puisqu’on en trouve pas moins de six narrations : 2 chez Matthieu, 2 chez Marc,1 chez Luc et chez Jean.
 
Nous allons donc, au fil des rencontres, essayer de mieux comprendre tout cela. Nous irons dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, en passant souvent de l’un à l’autre. Nous regarderons de près le sens de la Pâque juive pour mieux voir ce que le Nouveau Testament apporte de radicalement neuf dans l’eucharistie ; nous découvrirons quelques coutumes de repas à sens religieux à travers le monde ; et nous nous attacherons particulièrement à la messe.
 
 
LA NOURRITURE AUX TEMPS BIBLIQUES
 
Et d’abord : qu’est-ce qu’on mange ? Commençons par regarder comment les repas se passaient au quotidien dans le monde biblique.
Bien entendu, ce que je vais décrire ici est surtout vrai à partir du moment où Israël s’est sédentarisé, à partir du moment où les tribus revenant d’Egypte ont commencé à s’installer de manière un peu plus stable et un peu plus durable, autrement dit à partir du X° s. Et comme, contrairement à notre époque, en ces temps-là les choses de la vie courante évoluent assez lentement, ce sera, en gros, le quotidien que connaîtra Jésus. Avant cette sédentarisation, au temps de l’errance des tribus nomades, il faut évidemment imaginer une vie et donc une nourriture encore plus simple et fruste.
 
LA CREATION EST BONNE
 
Il faut d’abord dire que la religion juive est une religion très réaliste, très proche des réalités de la vie de chaque jour. Son point de départ est une conviction de foi : la création est bonne : et Dieu vit que cela était bon, répète le poème de la Création au livre de la Genèse. Dans toute la Bible, monte le chant d’action de grâce pour le créateur : Ps 65,10-14 ; 104,15.27-28. Les choses et les gestes les plus humbles de la vie sont sacrés parce qu’ils entrent dans le plan de Dieu. Un exemple : la Loi d’Israël exigeait de réciter une prière avant et après les repas. On demande à Dieu ce dont on a besoin : Pr 30,7-9. Les biens matériels ne sont pas méprisables, puisqu’ils viennent de Dieu, mais l’homme doit s’en souvenir. Ce que l’homme possède, il le doit à Dieu, et l’abondance matérielle doit être prise comme un signe de bénédiction de Dieu. Regardez comment Dieu récompense Job de sa fidélité dans l’épreuve : en multipliant ses biens ( Jb 42,10-15 ). Chez les prophètes, l’annonce d’un temps de paix et de joie après des temps d’épreuve, prend bien souvent des images de banquet : par exemple, chez Joël : vous mangerez à satiété, vous louerez le nom du Seigneur votre Dieu, qui a agi merveilleusement pour vous ( Jl 2,26 ) ; Ce jour-là, les montagnes dégoulineront de vin nouveau, les collines ruisselleront de lait, dans tous les ruisseaux de Juda les eaux couleront ( Jl 4,18 )
 
Mais que mangeait-on aux temps Bibliques ? Une nourriture simple, modeste. Connu depuis très longtemps au Moyen-Orient, le pain constituait l’essentiel de l’alimentation. Cela restera vrai dans beaucoup d’endroits et jusqu’à une époque récente : n’oublions pas qu’une des raisons de la prise de la Bastille en 1789 fut une augmentation telle du prix du pain que les pauvres ne pouvaient plus se nourrir. En hébreu, « manger son pain » signifiait « prendre un repas ». Il fallait donc traiter le pain avec respect : même si le pain durci servait parfois d’assiette, il était par exemple interdit de poser de la viande crue ou une cruche sur le pain, ou de placer un plat chaud à côté ; il était encore plus interdit de le jeter : on devait ramasser les miettes « à partir de la taille d’une olive ». On ne coupait pas le pain : on le rompait. Pensez aux paroles de la messe : Jésus prit du pain, et après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ( Mt 26,26 ).
Le pain n’était pas le même pour tous : les pauvres mangeaient du pain d’orge, les riches du pain de froment, toujours broyé entre deux meules de pierre, ce travail étant souvent celui de la femme.
Les grains de blé pouvaient aussi être rôtis, et servir de garniture à la viande. Broyés un peu gros, cela donnait l’équivalent de la polenta savoyarde ou du couscous des Arabes. On en faisait aussi des gâteaux, parfumés à la menthe, ou au cumin, et même, eh oui, à la sauterelle. Existaient aussi les beignets de farine et de miel frits à la poêle, ce qui n’est pas sans rappeler certaines pâtisseries orientales d’aujourd’hui. Et l’on savait déjà faire des sortes de bonbons parfumés à la rose ou au jasmin, l’équivalent des loukoums d’aujourd’hui.
 
Au lait de vache on préférait celui de chèvre ou de brebis. Quant au miel, il avait une grande place dans l’alimentation, puisqu’il servait de sucre.
En revanche, l’œuf était quasiment inconnu : on n’en parle pas une seule fois dans l’Ancien Testament, et une fois ( dans la bouche de Jésus ) dans le Nouveau Testament.
Les légumes aussi avaient une grande place : fèves, lentilles ( qui ont rendu Esaü célèbre ! ), mais aussi les salades, les concombres, les oignons.
On mangeait peu de viande : c’était un aliment de luxe réservé aux grandes fêtes ou aux familles les plus riches. Le veau gras pour les grandes circonstances, l’agneau pour les fêtes religieuses, et plus ordinairement le chevreau, le pigeon, mais aussi la gazelle, la caille et la perdrix. Mais c’était surtout le poisson qui nourrissait le petit peuple, mangé le plus souvent grillé ou séché. Si bien que la base du menu habituel, et souvent le menu tout court, était composée de pain et de poisson. On retrouvera bien sûr cela dans les Evangiles : multiplication des pains, repas du Christ ressuscité …
 
Plus exotique pour nous, on mangeait beaucoup de sauterelles : pensez à Jean Baptiste : il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage ( Mt 3,4 ). Cuites à l’eau avec du sel, comme des crevettes, séchées ou confites dans le miel ou le vinaigre, ou bien réduites en poudre pour parfumer des galettes. Tout cela était cuisiné avec beaucoup d’épices : le sel, venant des bords de la Mer Morte, mais aussi cumin,  câpres, coriandre, safran, etc.
Le beurre étant quasiment inconnu, tout était évidemment cuisiné à l’huile d’olive, qui servait aussi en médecine.
Enfin, une grande place était donnée aux fruits : melons, grenades et dattes, figues et raisins dont Jésus parlera souvent, mais aussi les fruits secs grillés : amandes, noix, pistaches.
 
La religion contrôlait soigneusement tout cela : l’agneau devait être rôti aux ceps de vigne, et surtout il y avait des interdits alimentaires absolus : le porc bien sûr, mais aussi d’autres : Lv 11,1-23. Et les gestes les plus simples étaient aussi très réglementés : Lv 11,29-35.
Le sang étant le symbole de la vie, il était évidemment impensable de manger la chair d’un animal qui n’aurait pas été saigné : c’est la viande kasher : Lv 17,10-14.
 
Manger c’est bien, mais il faut aussi boire. On buvait de l’eau bien sûr, mais aussi du lait, ou du vinaigre plus ou moins rallongé avec de l’eau ( pensez au Christ en croix : quelqu’un courut, emplit une éponge de vinaigre, et la fixant au bout d’un roseau, il lui présenta à boire ( Mc 15,36 ). On trouvait aussi des jus de fruits plus ou moins fermentés ( il fait chaud ) et même la schechar, une sorte de bière à base de mil et d’orge, qui paraît-il n’était pas sans rappeler la cervoise chère à Obélix et à ses amis Gaulois.
 
Mais la boisson par excellence était le vin. Il était sacré puisque, sans aucun doute, c’est Dieu qui avait inspiré Noé, premier viticulteur de la Bible. Ce bon Noé fut d’ailleurs le premier ivrogne identifié de la création : Gn 9,20-27. L’Ancien Testament cite le vin 141 fois, ce vin source de joie : le vin réjouit le cœur des humains en faisant briller les visages plus que l’huile. Le pain réconforte le cœur des humains ( Ps 104,15 ). Il peut être la meilleure et la pire des choses :  Si 31,25-31. Il y a même de descriptions assez réalistes de l’alcoolisme : Pr 23,29-34. Comme on n’ignorait pas les conséquences d’une consommation excessive de vin, il était interdit aux magistrats qui allaient rendre la justice et aux prêtres en fonction : Lv 10,8-11.
La vigne était le symbole d’Israël, pensez aux paraboles de Jésus sur les vignerons. Le vin était donc lui aussi l’objet de nombreuses prescriptions rituelles.
C’était semble-t-il uniquement du vin rouge, sans doute assez épais, riche en alcool et en tanin. On le servait donc toujours mélangé avec de l’eau. Il était conservé soit dans de grandes jarres, soit dans des outres faites de peaux de chèvre tannées et fermées par une cheville de bois. Là encore, ces outres serviront à Jésus pour développer une parabole.
 
A TABLE …
On prenait volontiers les repas dehors, dans la cour qui servait à mille choses. On s’installait au moment du repas : on n’a pas retrouvé en Palestine ce qu’on a retrouvé par exemple à Pompéi, des « salles à manger » permanentes. Le peuple ne prenait souvent que deux repas par jour, un tôt le matin avant d’aller au travail, un le soir une fois le travail terminé.
Pour les repas de grande cérémonie ( noces par exemple ) les esclaves et les servantes transmettaient l’invitation, et l’habit de fête était de rigueur ( là encore, on retrouve cela dans les paraboles de Jésus ). Le maître de maison veillait à ce qu’on aie lavé les pieds des invités, lesquels devaient se laver les mains et surtout la droite, qui servait à prendre les aliments. Dans les très grands festins, l’usage était de parfumer la tête des invités de marque.
Très longtemps on a mangé assis, jamais debout, mais au temps de Jésus l’influence de la mode gréco-romaine avait introduit le repas couché sur des coussins, où on s’appuyait sur le coude gauche pour manger de la main droite : pensez aux préparatifs du dernier repas pascal de Jésus avec ses apôtres : vous trouverez à l’étage une grande pièce garnie de coussins ; faites-y les préparatifs ( Lc 22,12 ). Le Siracide explique très bien les choses : 31,12-21. Quand il y avait des invités, le maître de maison ou le maître du repas les servait lui-même : Jésus prit la bouchée qu’il avait trempée et la donna à Judas Iscariote, fils de Simon ( Jn 13,26 ). Bien entendu, la fourchette n’existait pas. En guise d’assiettes, des coupes larges en métal étamé ( jamais en terre, c’était impur ) ou de simples galettes de pain dur. Chez les gens riches, on trouvait de la vaisselle d’argent ou d’or, des cuillers d’ivoire ou de bois rare, et les romains avaient introduit l’usage de la louche.
 
Les repas des plus pauvres se composaient généralement de pain d’orge, d’olives, de sauterelles et de fruits. Les gens un peu plus aisés ajoutaient du poisson, ce qui a dû être le quotidien de Jésus. En montant encore un peu dans l’échelle sociale, on trouvait d’autres mets sur la table, par exemple du chevreau, des gâteaux et du vin.
 
C’est dans ce quotidien que Jésus, on l’a évoqué, puisera beaucoup d’images pour ses discours et paraboles.
Mais avant d’en arriver à l’Evangile, faisons à présent un long détour par le sens sacré des repas dans l’Ancien Testament.
 
 
PARCOURS  BIBLIQUE sur la NOURRITURE
 
Commençons par le commencement : tout débute au jardin d’Eden. Tout ce qui est beau et bon existe là : Gn 2,9. Mais il y a une limite : Dieu met un frein à l’appétit des hommes, au désir de tout dévorer, de tout goûter : Gn 2,16. Accepter la Parole de Dieu sur la nourriture, c’est accepter une loi qui me rappelle Sa présence : le jardin et ses fruits sont offerts à l’homme, mais dans ce jardin la Parole de Dieu, elle aussi, est vie, est nourriture. On connaît la suite de l’histoire : en mangeant du fruit défendu, en voulant dévorer ce qui appartient à Dieu, l’homme et la femme s’éloignent de leur vocation et de leur proximité avec Dieu.
 
BENIR …
Ainsi, manger n’est pas anodin, il y a une manière de manger qui respecte Dieu, et ce jardin, mais aussi ce que nous sommes. Il y a une manière de manger qui, en voulant tout absorber, apporte la souffrance et la mort. La leçon pour nous est d’apprendre à manger en bénissant Dieu, en n’oubliant pas le donateur. C’est le sens du « benedicite » avant le repas et des grâces après.
 
… PARTAGER
On peut vouloir tout accaparer, mais on  peut à l’inverser partager son pain avec d’autres, accueillir à sa table, s’asseoir à une même table. Le fait de manger ensemble entrera dans les rituels d’alliance, dans les alliances humaines comme dans l’alliance avec Dieu. Par exemple, avant de se faire un serment mutuel, Isaac et son ancien ennemi Abimélek commencent par un festin : Gn 26,26ss. Accepter de manger et de boire ensemble nous engage les uns envers les autres. Ici, le repas scelle l’alliance entre Isaac et Abimélek. Partager la table de son ancien ennemi, c’est rétablir la paix, la communion.
           

bon petit déjeuner

4 avril, 2011

bon petit déjeuner dans image bon nuit, jour, dimanche etc.

Romanos le Mélode: Le Carême, dernière préparation de ceux qui seront baptisés à Pâques

4 avril, 2011

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20110405

Le mardi de la 4e semaine de Carême

Commentaire du jour
Romanos le Mélode (?-v. 560), compositeur d’hymnes
Hymne « Aux nouveaux baptisés », str. 1-5,19 (trad. SC 283, p. 343s)
Le Carême, dernière préparation de ceux qui seront baptisés à Pâques

      Nouveaux baptisés, enfants du baptistère, nous tous qui venons de recevoir la lumière, nous crions en te rendant grâces, Christ Dieu : « Tu nous as illuminés de la lumière de ton visage, tu nous as revêtus de la robe qui convient à tes noces (Ps 4,7; Mt 22,11). Gloire à toi, gloire à toi, car tel fut ton bon plaisir. »
      Qui dira, qui montrera au premier créé, Adam, la beauté, l’éclat, la dignité de ses enfants ? Qui racontera aussi à la malheureuse Ève que ses descendants sont devenus rois, vêtus d’une robe de gloire, et qu’avec grande gloire ils glorifient Celui qui les a glorifiés, tout brillants par le corps, l’esprit et le vêtement ?… Et qui les a exaltés ? C’est, bien sûr, notre Résurrection. Gloire à toi, gloire à toi, car tel fut ton bon plaisir…
      Tu es brillant, tu es radieux, Adam… En te voyant, ton Adversaire se dessèche et crie : « Qui est celui que je vois ? Je ne sais pas. La poussière a été rénovée (Gn 2,7), la cendre a été divinisée. Le pauvre, l’infime a été invité, il s’est baigné, il est entré pour s’attabler. On l’entraîne au banquet, il a eu l’audace de manger et la hardiesse de boire Celui-là même qui l’a fait. Et qui lui a donné ? C’est, bien sûr, sa Résurrection. –-Gloire à toi, gloire à toi, car tel fut ton bon plaisir.
      « De ses fautes anciennes il n’a plus souvenir, de ses premières blessures il ne montre plus la moindre cicatrice. Ses longues années de paralysie, il les a rejetées dans la piscine, comme jadis le paralytique, et maintenant il ne porte plus son lit sur les épaules, mais en vérité il porte sur lui la croix de Celui qui l’a pris en pitié et qui, moi, m’a perdu. Autrefois, l’Ami des hommes (Sg 1,6) a souvent lavé beaucoup d’hommes dans les eaux, et ils n’ont pas brillé ainsi. Ceux-là, leur Résurrection les a rendus éclatants ». –-Gloire à toi, gloire à toi, car tel fut ton bon plaisir…
      Te voici recréé, nouveau baptisé, te voici renouvelé ; ne courbe plus le dos sous les péchés. Tu possèdes la croix comme bâton ; appuie-toi sur elle. Apporte-la dans ta prière, apporte-la à table, dans ton lit et partout comme ton titre de gloire… Crie aux démons : « La croix en main, je me tiens debout, chérissant notre Résurrection ». –-Gloire à toi, gloire à toi, car tel fut ton bon plaisir.

Pesach

4 avril, 2011

Pesach dans images sacrée haggada_346
http://giornaledibordo.leonardo.it/blog/cultura/pag1/cultura.html

LA CARÈME DE LA JOIE

4 avril, 2011

 du site:

http://jerusalem.cef.fr/fraternites/vivre-la-liturgie/temps-liturgique/temps-pascal/le-careme-de-la-joie

Cet article est un condensé de l’article de frère Antoine-Emmanuel qu’on pourra retrouver dans le Sources Vives n°109 : Le temps pascal

LA CARÈME DE LA JOIE

«Les cinquante jours à partir du dimanche de la Résurrection  jusqu’à celui de Pentecôte sont célébrés dans la joie et l’exultation, comme si c’était un jour de fête unique, ou mieux ‘un grand dimanche’» (Normes Universelles de l’année liturgique du Missel Romain, 22).
Un Père de l’Église, Asterius Sophiste, parle de la Sainte Nuit de Pâques comme de la «nymphagogue» de l’Église, c’est-à-dire comme de celle qui conduit l’Épouse à l’Époux : «Ô nuit, désir de tout l’an, ô nuit, nymphagogue de l’Église, ô nuit, mère des néophytes, ô nuit en laquelle l’Héritier introduit l’héritière en l’héritage». La liturgie pascale est bien cela : elle conduit les enfants de l’Église à la rencontre de l’Époux, elle les introduit en son héritage, et cet héritage n’est autre que la joie pascale. Car Pâques est joie, joie pure, joie véritable, joie définitive. «L’Exsultet pascal, écrit Paul VI, chante un mystère accompli au-delà même des espérances prophétiques : dans l’annonce joyeuse de la Résurrection, la peine de l’homme elle-même est transfigurée, et la plénitude de la joie jaillit de la victoire du Crucifié, de son Cœur transpercé, de son Corps glorifié, et illumine les ténèbres des âmes : Et nox illuminatio mea in deliciis mieis, Et la nuit même est lumière pour ma joie».
Mais une nuit suffira-t-elle pour que les baptisés se laissent envahir jusqu’au profond de l’âme par cette plénitude de joie jaillie de la victoire du Crucifié ? Une apparition a-t-elle suffi aux apôtres pour renoncer à toute amertume, toute culpabilité et toute tristesse et pour embrasser l’Évangile de la Résurrection de tout leur cœur, de toute leur âme et de toute leur force ? Certes non ! L’homme a besoin de temps ; le temps est son grand allié. Le printemps de l’âme est semblable à celui de la nature, il ne se déploie que peu à peu, multipliant couleurs et parfums, diffusant joie et allégresse.
L’Évangile, comme les Actes des Apôtres, nous montre bien cette nécessité d’un temps pour entrer dans la joie. Jésus, qui se manifeste vivant dans sa résurrection au jour de Pessah, lui, principe et prémices de l’humanité nouvelle, conduit les siens, cinquante jours durant, vers le jour de la fête des moissons, Shavouot, où, par l’effusion de l’Esprit, les apôtres seront comme ivres de joie. Manquait-il quelque chose au jour de Pâques ? Non ! En ce jour-là, tout nous est déjà donné ; Jésus en sa mort glorieuse a tout accompli, mais tout reste à accomplir — c’est-à-dire à accueillir — en nous. Pâques est déjà plénitude de joie : joie de Jésus puisqu’il est parti vers le Père et que tel est le motif de sa joie comme il l’avait fait comprendre aux apôtres (Jn 14,28) ; joie du Père lui-même qui accueille enfin en son sein l’humanité réconciliée en son Fils, Premier-né d’une multitude de frères ; joie de l’Esprit Saint qui est en personne la joie partagée du Père et du Fils qui exultent et dansent avec des cris de joie (So 3,17).
Tout est donné et rien ne manque. Mais comment les disciples accueillent-ils cette plénitude de joie pascale ? Les quatre Évangiles sont unanimes dans l’évocation d’un climat de doute, de peur, voire d’effroi. Luc évoque le visage sombre des disciples d’Emmaüs, Jean nous montre les larmes de Marie de Magdala, Matthieu parle du doute des Douze rassemblés sur la montagne de Galilée, et Marc n’a pas même une seule mention de la joie pascale. Il y a, certes, des éclairs de joie chez Matthieu, Luc et Jean, mais, à y regarder de près, il s’agit d’une joie bien fragile : chez Matthieu, la joie est mêlée de crainte ; chez Luc, la joie semble étouffer la foi ; chez Jean, la joie est inquiète et Jésus doit renouveler son salut porteur de paix et de miséricorde.
Qu’en est-il alors de la parole de Jésus : Je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera (Jn 16,22) ? Le seul jour de Pâques ne suffit pas pour que la joie divine envahisse le cœur des disciples et transfigure leur existence. Il faudra bien quarante jours — le temps d’un exode — pour passer de la liberté offerte à la liberté accueillie, de la joie donnée à la joie reçue. Il faudra même cinquante jours pour que les disciples accueillent la joie bien particulière promise par Jésus qui a deux traits distinctifs : elle habite le cœur et nul ne pourra l’enlever.
Il faut une semaine de semaines pour recréer les cœurs dans la joie. Il ne suffit pas d’avoir trouvé la perle précieuse au jour de Pâques, il faut tout un temps pour s’employer à vendre tout ce que l’on possède de manière à pouvoir acheter cette perle inégalée (Mt 13,45-46). Les «sept semaines de la Sainte Pentecôte»4 nous sont données pour vendre, pour nous séparer de tout ce qui ternit et flétrit la joie. Ainsi l’onction de joie, qui remplace le vêtement de deuil (Is 61,3), pénètre en nous jusqu’à irriguer les recoins les plus secrets et plus hostiles à la joie de notre être. «Le saint, écrit Olivier Clément, est un homme consumé par la joie pascale». Le temps pascal est temps de l’Esprit qui «recrée dans la joie tout ce qu’il effleure», comme le disait le pape Paul VI… et cette nouvelle création dure sept semaines !
Il faut donc un «Carême de la joie» pour convertir les cœurs à la joie : «Une fois le carême terminé, écrit Louis Évely, il reste à faire la plus grande mortification, le plus grand renoncement, celui que tous les autres renoncements doivent préparer et qui prouvera leur authenticité : il faut faire à Dieu le sacrifice d’être heureux ! Et pas le sacrifice d’être malheureux ! Donner à Dieu la joie de nous voir heureux à cause de Lui. Lui dire : ‘Tu as fait assez pour nous, tu nous as suffisamment aimés et tu as assez souffert pour moi pour que je puisse te donner au moins la compensation de me voir heureux. Heureux dans la foi, heureux dans la confiance, heureux de toi’. Vivre tellement de Dieu, être tellement unis à Lui et liés à Lui que, lorsque nous nous examinons, nous ne trouvions rien en nous qui soit plus vivant que Sa joie».
Que fait plus précisément Jésus pour nous tout au long de ce «grand dimanche»10 ? Il nous attire dans sa joie, par sa présence, par sa parole, par son souffle et par son Eucharistie.
La première joie typique du temps pascal est en effet l’expérience de la présence de Jésus ressuscité. Parce qu’il «ne cesse de venir vers nous» (F.-X. Durrwell), le Ressuscité est avec nous. Le drame du corps absent et introuvable cède la place à la joie du corps glorieux qui, en tout lieu et en tout moment, nous offre sa présence aimante et miséricordieuse. Le cierge pascal qui, pendant cinquante jours, demeure au cœur de nos assemblées, en est le signe éloquent, «expression symbolique de la joie festive et ininterrompue de Pâques». La liturgie nous dévoile la présence de Jésus qui demeure avec nous jusqu’à la fin des temps (Mt 28,20). Sa présence n’est pas mesurable à ce que nous en ressentons : elle est. Notre grande solitude existentielle, fruit du péché et cause de notre tristesse, est enfin rompue : il n’est pas bon que l’homme soit seul (Gn 2,18), et il ne le sera plus jamais. Celui par qui et vers qui nous avons été créés est Celui qui jamais ne nous abandonne.
Le temps pascal est aussi temps privilégié d’écoute de la Parole ; Jésus chemine avec les baptisés de Pâques, non pour soixante stades seulement, mais pendant quarante jours, leur interprétant dans toute les Écritures ce qui le concerne (Lc 24,27), ouvrant leur cœur à l’intelligence des Écritures (24,45). Dans les lectures quotidiennes que la liturgie nous offre, il nous est ainsi donné d’expérimenter à travers les Actes des Apôtres la Parole qui croît, et à travers le quatrième Évangile, la Parole qui est Esprit et Vie. Plus largement, que ce soit à travers les liturgies de la Parole, les catéchèses mystagogiques destinées aux néophytes ou à travers la lectio divina, le Ressuscité nous parle : «Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ?» (Lc 24,46).
Tout au long du temps pascal, l’Église fait aussi l’expérience que connurent les Apôtres dans la discrétion du Cénacle : celle de la première effusion de l’Esprit, au soir du premier jour de la semaine, quand Jésus souffla sur eux et leur dit : «Recevez l’Esprit Saint !» (Jn 20,22). Comme une brise légère, le souffle de Jésus parcourt l’Église des baptisés dans l’attente du vent impétueux de Pentecôte. C’est le souffle même de Jésus, l’haleine même du Ressuscité, qui est insufflé en nous comme au jour de la création du premier Adam : YHWH Dieu insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant (Gn 2,7). Un souffle nouveau, jour après jour, commence à nous habiter, une respiration nouvelle, une existence nouvelle libérée du péché et de la mort. Le temps pascal nous apprend à respirer, nous apprend à vivre de cette vie nouvelle qui est éternelle. Et non seulement ce souffle de miséricorde nous habite, mais il nous constitue pour les autres, ministres de réconciliation et donc ministres de la joie. Le baptême commence ainsi à porter son merveilleux fruit de miséricorde et de joie. Le temps pascal souligne la nouveauté baptismale de la vie chrétienne, en continuité avec la nouveauté du Ressuscité.
Le temps pascal nous attire dans la joie de Jésus en nous faisant donc goûter sa présence, entendre sa parole et connaître son souffle. Mais il y a plus : la liturgie du temps pascal nous donne d’accueillir le Corps même du Ressuscité livré entre nos mains. Les disciples d’Emmaüs, au terme d’une longue liturgie de la Parole, avaient certes le cœur brûlant, mais ils étaient encore incapables de reconnaître le Ressuscité. À eux, comme à nous, Jésus se donne à reconnaître en un geste bien précis, geste pascal par excellence : la fraction du pain. Ce n’est pas à travers de multiples apparitions, mais à travers l’Eucharistie que Jésus désormais rendra manifeste sa présence. Ainsi sera-t-il bien clair, bien tangible, que la présence de Jésus est une présence d’amour, présence de Celui qui sans cesse se donne, se livre, s’abandonne entre nos mains. Toujours et pour toujours. La Sainte cinquantaine nous conduit ainsi à cette joie inouïe : Jésus non seulement reste avec nous, mais il demeure en nous et nous en Lui.

L’éveil par l’art; par Olivier Clément

4 avril, 2011

du site:

http://www.pagesorthodoxes.net/theologiens/clement/olivier-clement-intro.htm

L’éveil par l’art

par Olivier Clément

Dans la démarche de l’artiste, dans la démarche de tout homme qui s’arrache au somnambulisme, il y a ébranlement, interrogation sur le sens, creusement. Ou, plus simplement, et d’un mot qui résume tout, éveil. Les vieux ascètes disaient que le plus grand des péchés est l’oubli : devenir opaque, insensible, tantôt fiévreusement affairé, tantôt lourdement sensuel, incapable de faire un instant de silence, de s’étonner, de chanceler devant l’abîme, qu’il soit d’horreur ou de jubilation. Incapable d’admirer et d’aimer. Incapable d’accueillir les êtres et les choses. Insensible aux sollicitations secrètes, constantes pourtant, de Dieu.
L’art, ici, nous éveille. Il nous approfondit dans l’existence. Il fait de nous des hommes et non des machines – ou des  » animaux dénaturés « . Il nous rend nos joies solaires et nos blessures saignantes. Il nous ouvre à l’angoisse et à l’émerveillement. L’art de l’icône est un support de contemplation, la possibilité de connaître Dieu par une certaine beauté, celle, dit Denys l’Aréopagite,  » qui suscite toute communion « . J’inverserai volontiers la formule en disant : la beauté que suscite toute communion. Dans cet art, comme le montrent les images ici reproduites, il est moins question du  » sacré  » que du  » saint  » (Dieu n’est pas trois fois sacré, il est trois fois saint). Le  » saint  » se répand, il veut embraser  » l’uni-totalité « . Le  » profane « , en réalité est profané : il faut le libérer du mensonge, de ce que Berdiaev appelle l’  » objectivation « , pour qu’il s’illumine au grand soleil de la Transfiguration. La sainteté relie, s’exprime dans la flamme des choses et l’icône du visage. Le Christ enfant a un visage grave et profond, l’Ancien des jours un regard adolescent.  » En ce jour, dit le prophète Zacharie (14, 20-1), il y aura sur les clochettes des chevaux : Sainte propriété du Seigneur, les marmites seront comme des coupes d’aspersion devant l’autel. Et toute marmite (…) deviendra une sainte propriété du Seigneur Sabaoth… « L’artiste, ici, assume une diaconie ecclésiale. Il ne peut être qu’un être de foi qui fait sien le Credo par la prière, l’ascèse, l’ouverture au grand fleuve de vie de la vraie Tradition. Laquelle est l’Evangile et l’Eucharistie rendus sans cesse actuels par le Saint Esprit. L’icône n’est-elle pas une écriture de l’Ecriture, une écriture de Lumière ?
L’iconographe essaie de se dégager de sa subjectivité close : des règles, des modèles guident sa contemplation que sa création va traduire. De sorte que l’image qu’il peint rejoint et réveille en lui l’image qu’il est, l’image de Dieu. Et la réveiller en ceux qui la regarderont avec amour ou plutôt se laisseront regarder par elle.
Alors, dira souvent l’homme d’aujourd’hui, le peintre d’icône n’est pas libre. Mais qu’entendons-nous lorsque nous disons : liberté ?
Sans doute répondra-t-on : être libre c’est faire ce qu’on veut.
Mais qui veut ? Est-ce l’homme déchiré, contradictoire –  » je ne fais pas le bien que j’aime mais je fais le mal que je hais « , dit s.Paul – l’homme livré aux pulsions de son inconscient, aux modes, aux grandes forces de la société et du cosmos. La beauté créée par un tel homme ne risque-t-elle pas d’être la projection d’un ego tourmenté, une beauté magique, de  » possession  » ?
N’est-il pas plus libre, vraiment libre peut-être, l’homme libéré par une lumière d’en haut, pacifié, délivré de l’angoisse par la résurrection, du narcissisme par la prière, simultanément ouvert et unifié par cette autre lumière ? L’homme qui ne peut créer qu‘en s’acceptant comme créature…
C’est pourquoi les règles, les  » canons  » de l’art liturgique constituent comme une ascèse de libération. Une ascèse de communion aussi car tous doivent pouvoir reconnaître les scènes représentées, l’individualité des personnages. La perspective inversée, la frontalité, le rôle essentiel du visage, partie de corps la plus transparente à la personne, une certaine retenue dans l’expressivité, autant d’indications qui qualifient une beauté de célébration et de communion.
Cette ascèse, tout en donnant une humble et sûre valeur au travail répétitif de l’artiste, permet au créateur d’être vraiment libre de cette liberté que permet la transcendance enfin atteinte de la personne.

HTTP://WWW.AMB-GRECE.FR/GRECE/M_OLIVIER_CLEMENT.HTML

prière pour la carême:

2 avril, 2011

du site:

http://www.spiritualite-chretienne.com/prieres/priere_5.html

prière pour la carême:

Délivre-nous, Seigneur,
de tout ce qui nous encombre,
de nos convoitises et de nos complaisances,
de nos vanités et de nos richesses.
Délivre-nous de la crasse du cœur,
de l’envie, de l’ambition, de l’hypocrisie.
Délivre-nous de la rancune et des arrières-pensées,
de tout esprit de calcul et de concurrence.
Délivre-nous de la colère et de l’agressivité,
de l’orgueil et de la vanité.
Délivre-nous des tentations de la violence.
Délivre-nous des tortures et des assassinats.

Apprends-nous, Seigneur, à aimer les autres, tous les autres.
Apprends-nous à convaincre plutôt qu’à vaincre.
Apprends-nous le silence et la patience.
Apprends-nous la force des moyens pauvres.
Apprends-nous à nous désarmer,
car nous savons, Seigneur, grâce à toi,
qu’on ne triomphe jamais que par l’Amour.

Remplis nos cœurs, Seigneur,
non pas d’attendrissement mais de tendresse.
Remplis-nous de compassion pour les autres,
à commencer par les plus proches.
Apprends-nous à partager la souffrance des affligés
et à porter leur fardeau.
Rends-nous attentifs, Seigneur, à ceux qui pleurent
car c’est par leurs yeux que tu pleures.

Fais de nous, Seigneur,
des hommes de la réconciliation,
libérés de toute hargne, incapables d’injures,
détachés de tout, même de nos idées,
libres de tout, même de nos habitudes.
Nous calculons, nous jugeons, nous condamnons,
tandis que Toi, Seigneur,
tu pardonnes et tu fais confiance.
Tu mises tout sur l’Amour et sur la liberté.
Dieu de tendresse et de générosité,
d’accueil et de gratuité,
communique-nous la folie de ta miséricorde.
Et donne-nous de savoir veiller sans cesse,
avec Marie et tous les saints,
aux portes de ton Royaume.

DANS L’EVANGILE, « LE SEUL QUI VOIT VRAIMENT EST CELUI QUI EST NÉ AVEUGLE » (dimanche 3 avril 2011)

2 avril, 2011

du site:

http://www.zenit.org/article-27460?l=french

DANS L’EVANGILE, « LE SEUL QUI VOIT VRAIMENT EST CELUI QUI EST NÉ AVEUGLE »

Commentaire de l’Evangile du dimanche 3 avril 2011, par le P. le Boulc’h
 
ROME, Jeudi 31 mars 2011 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du dimanche 3 avril 2011, proposé par le P. Laurent Le Boulc’h.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (9, 1-41)
En sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance.
Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché, ou bien ses parents ? »
Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents. Mais l’action de Dieu devait se manifester en lui.
Il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé, pendant qu’il fait encore jour ; déjà la nuit approche, et personne ne pourra plus agir.
Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Cela dit, il cracha sur le sol et, avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle, et il lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » (ce nom signifie : Envoyé). L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui étaient habitués à le rencontrer – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »
Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui affirmait : « C’est bien moi. »
Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-il ouverts ? »
Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il m’en a frotté les yeux et il m’a dit : ‘Va te laver à la piscine de Siloé.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. »
Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. »

On amène aux pharisiens cet homme qui avait été aveugle.
Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.
A leur tour, les pharisiens lui demandèrent : « Comment se fait-il que tu voies ? » Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et maintenant je vois. »
Certains pharisiens disaient : « Celui-là ne vient pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres répliquaient : « Comment un homme pécheur pourrait-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.
Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. »
Les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme, qui maintenant voyait, avait été aveugle. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents
et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’il voie maintenant ? »
Les parents répondirent : « Nous savons que c’est bien notre fils, et qu’il est né aveugle.
Mais comment peut-il voir à présent, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. »
Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de la synagogue tous ceux qui déclareraient que Jésus est le Messie.
Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. »
Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien ; mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et maintenant je vois. »
Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »
Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? »
Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Moïse, nous savons que Dieu lui a parlé ; quant à celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »
L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »
Ils répliquèrent : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient expulsé. Alors il vint le trouver et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »
Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »
Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui.
Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour une remise en question : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. »
Des pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous des aveugles, nous aussi ? »
Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’ votre péché demeure. »
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Ils ne sont pas nombreux à voir clair dans cette histoire. L’évangile ne manque pas d’humour : il se trouve que le seul qui voit vraiment c’est celui qui est né aveugle ! Tous les autres, d’une manière ou d’une autre, demeurent dans l’obscurité. Car ce qui fait qu’on devient clairvoyant dans l’évangile c’est le regard dans la foi, c’est de savoir reconnaître en Jésus l’homme qui vient de Dieu, le Seigneur.
Or, la plupart s’y refusent dans cette histoire. Et pour toutes sortes de raisons. Des raisons qui sont aussi quelques fois les nôtres car il nous arrive de ressembler aux voisins, aux parents ou aux pharisiens de l’évangile. Nous refusons de voir, autrement dit nous refusons de croire car voir et croire c’est ici la même chose.
Nous ressemblons donc aux voisins de l’aveugle-né. Ceux-là sont des rationalistes. Ils cherchent à faire rentrer l’évènement de la guérison de l’aveugle dans un cadre qui soit acceptable pour la raison humaine. Ils veulent trouver une explication qui tienne la route : l’homme qui était aveugle n’est pas celui qui voit maintenant. Ce dernier n’a donc pas été guéri parce qu’il n’a jamais été aveugle. Dieu n’a rien à voir avec cette histoire.
De la même manière aujourd’hui, dans notre culture tellement marquée par la science, nous nous méfions de toute lecture un peu magique ou surnaturelle des événements. Nous n’aimons pas, et nous avons raison, laisser intervenir Dieu trop rapidement dans nos histoires. Nous cherchons des explications à tout. Mais c’est au risque quelques fois de devenir des esprits étroits et matérialistes qui ne savent plus accueillir la part de mystère dans nos vies ni voir l’impact de Dieu dans l’existence d’un homme.
Après les voisins, voici les parents de l’aveugle-né. Ceux-là ne sont pas des courageux. Face à l’adversité, ils préfèrent jouer profil bas.
Nous leur ressemblons aussi quelques fois. Aujourd’hui, il est parfois difficile de dire sa foi chrétienne parce qu’on ne sait pas trop quelle réaction cela va déclencher. Il est aussi difficile de poser un geste évangélique quand il nous démarque de ce que font les autres. Comme les parents nous pouvons être tentés alors d’atténuer notre différence chrétienne et de prendre doucement la fuite face aux questions qui dérangent.
Sur la scène de l’Evangile interviennent alors les pharisiens. Ils se présentent comme les défenseurs de la foi, ils rappellent la loi, celle du Sabbat. Conscients de leur importance, ils ne supportent pas que l’aveugle guéri leur fasse la leçon. Ce faisant, ils passent à côté de la révélation du Christ.
Elle nous menace nous aussi cette tentation d’emprisonner notre vie de croyant dans des règles et des principes, dans des pratiques intangibles. Elle nous guette aussi quelques fois cette incapacité à savoir recevoir de ceux qui nous paraissent moins religieux une leçon d’évangile. Comme les pharisiens nous risquons de ne pas voir l’extraordinaire liberté de l’Esprit de Dieu, capable de rejoindre toutes sortes d’hommes. Il arrive que Dieu fasse du hors pistes, qu’il n’emprunte pas nos passages cloutés et nos chemins balisés et l’on s’étonne alors de voir des hommes dont apparemment la vie semblait si loin, cheminer pourtant avec le Christ.
Nous ressemblons aux voisins de Siloë, aux parents de l’aveugle né ou aux pharisiens de Jérusalem, et à chaque fois, c’est comme si nous ne voyions pas clair, comme si nos yeux étaient empêchés de voir. Il nous manque le regard spirituel qui naît du regard du Christ en nous. Et c’est notre monde qui, pris dans son rationalisme, dans sa suffisance, dans ses peurs et ses habitudes, se fait quelques fois aveugle à la présence de Dieu.
Mais elle est aussi heureusement toute proche de nous l’expérience de l’aveugle né sorti de son obscurité. Un jour, nous avons accueilli en nous la rencontre du Christ Jésus. Une Parole d’Evangile nous a touchés, le témoignage de vie d’un homme nous a marqués, une célébration nous a profondément atteints. Il s’est passé quelque chose en nous. Comme une soudaine ou une lente guérison.
Et c’est comme si nos yeux s’étaient ouverts. Comme si nous regardions autrement la vie, la nôtre et celle du monde, illuminés par la foi en l’Evangile. Ce n’est pas que tout soit devenu facile, évident, sans questions. L’Evangile du Christ est devenu cependant pour nous une lumière pour notre vie. En lui nous découvrons nos vies avec ses ténèbres et ses lumières. Et c’est comme un surcroît de lucidité sur nos esclavages mais, plus encore, une confiance reçue, un grand amour qui nous empêche de désespérer des autres, de désespérer de nous-mêmes et de désespérer de Dieu. C’est la capacité de recevoir à chaque instant la vie comme un don de Dieu. C’est une Pâque, un lavement des yeux dans la piscine de Siloë, autrement dit un Baptême à vivre tout au long de notre vie.
Que notre route de Carême soit pour nous et notre Eglise la grâce de cette ouverture plus grande de nos yeux dans la lumière du Christ qui illumine la vie. Amen.
Le P. Laurent Le Boulc’h est curé de la paroisse de Lannion, secrétaire général du conseil presbytéral du diocèse de Saint Brieuc et Tréguier (Côtes d’Armor – France).

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