Archive pour avril, 2011

Sabato Santo

18 avril, 2011

Sabato Santo dans images sacrée madonna_del_sabato_santo

http://www.fratiminorilecce.org/siate-apostoli-dei-vostri-coetanei

Carême : Il est temps d’aimer

18 avril, 2011

du site:

http://users.skynet.be/prier/textes/PR1378.HTM

Carême : Il est temps d’aimer

La terre se racornit. Notre terre se dessèche.

Non pas à cause de l’ozone,
non pas à cause des déchets qui s’accumulent,
mais à cause de nous qui, par fragments entiers
détruisons notre face d’humanité !

Ne le voyez-vous pas, gens de mon peuple ?
La tristesse nous enterre
car nos rêves s’éteignent dans les objets.
Les plaisirs individuels
deviennent les seuls pivots de nos existences.
La graisse de la consommation enveloppe nos coeurs.
Aux objets perdus nous avons remisé l’Evangile.

Ne dites pas, gens de mon peuple,
qu’il faut regarder le bon côté des choses
et que cela s’arrangera ! Parler est inutile.
Prier ne suffit pas. Prêcher ne sert plus.

Il faut renaître !
Il faut retourner à notre Humanité.
Il faut renouveler notre coeur, l’intérieur de notre coeur,
puisque de l’intérieur de notre coeur
naissent les décisions et les actions
qui mettent notre Humanité au monde !

C’est l’amour qui nous manque !
Il est temps d’aimer, gens de mon peuple,
car seul l’amour porte en lui
la démesurée puissance
de féconder notre terre
et de susciter notre Humanité !

L’amour, toujours agit
pour ensemencer la terre de fraternité.
L’amour, toujours, donne
sans calcul et sans condition.
L’amour toujours cherche
la vérité enfouie et la beauté ensevelie.
L’amour, toujours, croit
à la miséricorde multipliée pour tous.
L’amour, toujours, vit,
obstiné et patient,
à travers de longues nuits.
L’amour, toujours, se dépouille,
se vidant jusqu’à l’ultime déchirure.
L’amour, toujours, espère !
Il chante l’aurore.
Il repousse les pierres de mort.
L’amour, toujours,
ressuscite la jubilation de la vie !

Qui nous donnera l’amour ?
Qui nous déposera dans l’amour ?
Qui nous sauvera d’amour ?
Qui nous donnera l’amour qui sauve ?

Voici 40 jours, gens de mon peuple,
pour apprendre à aimer !
Voici 40 jours pour nous tenir auprès
de Celui qui, en prenant face humaine,
a libéré en notre Humanité
la source ruisselante de l’amour que
rien ne peut ralentir avant qu’il n’ait
abouti à la crucifiante joie du don
qui relève et redresse pour la pleine vie !

La stupeur de la foi naît de petits indices

18 avril, 2011

du site:

http://www.30giorni.it/fr/articolo.asp?id=22636

Archives de 30Giorni

La stupeur de la foi naît de petits indices

Les apôtres Pierre et Jean au sépulcre vide. Pierre vit. Jean vit et crut. Interview de Jean Galot, professeur émérite de Christologie à l’Université Pontificale Grégorienne

Interview de Jean Galot par Gianni Valente

      C’étaient des pêcheurs de Galilée, des esprits concrets. Pas question de visions intérieures. Après ce qui s’était passé au Calvaire, ils étaient rentrés chez eux où ils s’étaient enfermés «par crainte des juifs». Lui, il était mort, vraiment; aussi, pour ces malheureux, tout avait-il réellement pris fin.
      Mais ce dimanche matin, devant le sépulcre vide, au cœur de cette résignation douloureuse mais réaliste, quelque chose se produisit.
      Le jésuite Jean Galot, 81 ans, professeur émérite de Christologie à l’Université Pontificale Grégorienne, est récemment revenu sur les questions posées par cette scène. Dans un essai, publié par La Civiltà Cattolica, un essai bourré de références à des études exégétiques et à des enquêtes documentées sur les usages funéraires de l’ancien monde juif, il accompagne Jean et Pierre sur le seuil du sépulcre. Et il cherche à comprendre pourquoi, en ce moment précis, Jean eut le sentiment pour la première fois, pour la toute première fois, qu’ils avaient au contraire gagné.
      L’essai du père Galot a reçu le titre très suggestif de Voir et croire. Car c’est ainsi que tout a recommencé. Tout a recommencé lorsque les disciples de Jésus-Christ, qui l’avaient vu mort,l’ont, avec les mêmes sens, vu et touché ressuscité.      
      Rappelons les faits. Ce matin-là, Marie de Magdala est revenue en disant que la pierre du sépulcre avait été enlevée…
      JEAN GALOT: Et tout de suite, à cette nouvelle, deux disciples, Pierre et Jean, ont couru au sépulcre pour voir ce qui s’était passé. Jean, qui courait plus vite, est arrivé le premier, mais il n’est pas entré. Il s’est contenté de glisser depuis la porte un œil en direction des linges qui étaient encore là. Puis Pierre est arrivé, il est entré le premier dans le sépulcre, il a vu ce qu’il y avait. Jean est entré derrière lui…
      Par rapport à ce qu’ils découvrent là, le récit de l’Évangile marque la différence de réaction des deux hommes: Pierre «vit», Jean «vit et crut»…
      GALOT: Pierre est frappé, troublé presque, par ce qu’il voit, mais il n’éprouve que de la perplexité. Chez Jean, il y a de la stupéfaction parce qu’il y a en lui une première intuition, une intuition embryonnaire du mystère de la résurrection.
      Que signifie cette différence de réaction?
      GALOT: Cela ne veut pas dire que la foi de Pierre soit moindre que celle de Jean. Mais cela indique une différence de tempérament entre les deux apôtres. La foi de Pierre a, pour m’exprimer ainsi, besoin de plus de temps. Pierre a besoin de temps pour saisir la réalité de ce qu’il voit. Lorsque Jésus avait demandé aux apôtres: «Vous, qui dites-vous que je suis?», cette question avait été posée après une longue période de vie commune, durant laquelle Jésus avait fait apparaître ce qu’Il était. En cette occasion, c’est Pierre qui a répondu de façon surprenante. Il avait eu le temps d’observer et de méditer. La rapidité de sa réponse était le résultat d’une vie commune prolongée dans le temps. Au sépulcre, Jean saisit ou tout au moins commence à apercevoir, bien qu’il n’y ait que peu d’indices, comment les choses se sont réellement passées. À savoir que le corps n’a pas été enlevé, mais que Jésus est sorti vivant, dans son corps ressuscité, des linges qui l’enveloppaient. Un autre épisode, survenu par la suite, confirme que Jean était d’un naturel plus intuitif. Lorsque Jésus apparaît sur la rive du lac et qu’il invite les apôtres à jeter les filets à droite de la barque, face à la pêche miraculeuse, c’est Jean qui reconnaît tout de suite Jésus: «Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre: “C’est le Seigneur!”. À ces mots: “C’est le Seigneur!”, Simon Pierre mit son vêtement – car il était nu –, et se jeta à l’eau» (Jn 21, 7). Dans ce cas aussi, Jean reconnaît tout de suite l’auteur du miracle, tandis que Pierre semble plus concentré sur le résultat du miracle, préoccupé des problèmes que pose la quantité des poissons. C’est une situation analogue à celle dans laquelle les deux disciples se sont trouvés lors de leur visite au sépulcre vide: Pierre a concentré son regard sur ce qui témoignait de la disparition du corps, tandis que Jean y a saisi le signe de la résurrection. Le regard plus pénétrant de Jean a commencé à entrer, à travers le sépulcre et les signes qui restaient de la présence de Jésus, dans la foi pascale.
      Cette intelligence plus grande des indices, même les plus petits, a-t-elle quelque chose à voir avec le fait que Jean était le disciple préféré de Jésus?
      GALOT: La prédilection que Jésus avait pour lui l’aidait à ouvrir les yeux, à faire coïncider, autant qu’il était possible, sa façon de voir les choses avec celle du Christ. Mais la rapidité de son intuition ne l’a pas empêché de se montrer respectueux de l’autorité de Pierre. Il ne revendique pour lui aucune autorité, aucune primauté. Il arrive le premier au sépulcre, mais il s’arrête sur le seuil et attend que Pierre entre le premier, bien qu’il soit curieux de voir ce qu’il y a à l’intérieur. Et puis il aurait certainement eu envie de partager avec son ami Pierre le début d’intuition qu’il avait au sujet de ce qui s’était passé dans le sépulcre, mais il se rendait compte que le temps de ce partage, de cette correspondance du regard, n’était pas encore arrivé. Alors, il ne presse pas les choses, il n’impose pas l’acuité de son regard, il respecte le temps nécessaire à Pierre pour arriver à reconnaître la même réalité.
      Mais qu’y avait-il là, à l’intérieur? Qu’ont vu vraiment les deux apôtres?
      GALOT: Des études exégétiques récentes ont précisé le contenu réel du texte, en signalant certaines imprécisions des traductions courantes qui peuvent en fausser la compréhension. Une première erreur, très répandue, consiste à traduire par bandelettes le mot grec otónia, qui désignait en fait tous les linges funéraires qui enveloppaient le défunt, y compris le linceul, le drap plus ample qui entourait la totalité du corps. De plus, à en croire de nombreuses traductions courantes, les deux apôtres auraient vu les linges tombés à terre et le suaire (le mouchoir enroulé qui était noué autour du visage du défunt pour tenir la bouche fermée) placé «à l’écart, plié en un lieu différent». Or, selon des traductions récentes et attentives, faites sur la base d’une stricte analyse grammaticale du texte original, tous les linges étaient restés à leur place. Le suaire n’avait pas été déplacé mais gisait au milieu des linges. On le distinguait, en relief, sous le linceul désormais affaissé.
      Ces détails sont-ils vraiment si importants?
      GALOT: Ils aident à saisir ce qui a provoqué la stupeur et le début de foi chez Jean. Si le corps avait été emporté par quelqu’un, les linges ne seraient pas restés intacts au même endroit et le suaire aurait été retiré et mis à part, au moment de la disparition, comme semblent justement l’indiquer les traductions courantes. Or si le corps de Jésus avait disparu, tout le reste – les linges, le suaire – était resté au même endroit. Le suaire était lui-même resté enfoui sous les linges, à sa place initiale. Jean, peut-être, a compris intuitivement à cette vue que ce n’était pas quelqu’un qui avait emporté le corps de Jésus, mais que celui-ci était sorti vivant du sépulcre, se soustrayant de façon mystérieuse, contrairement aux lois du déplacement des corps, au linceul et au suaire qui l’entouraient, laissant toutes les choses en place. C’étaient-là les signes d’une intervention surnaturelle qui avait enlevé le corps de Jésus de l’endroit où il se trouvait, sans déplacer aucun des linges utilisés pour la sépulture. C’est pour cela que l’on peut dire que là, devant les linges qui gisaient, Jean a commencé à reconnaître l’événement de la résurrection.
      Un événement que Jésus avait annoncé à plusieurs reprises…
      GALOT: Toutes les fois que Jésus avait fait allusion à sa passion, il avait ajouté que le troisième jour le Fils de l’homme ressusciterait. Et pourtant, après sa crucifixion, personne ne se rappelait ces paroles. Et nombreux seront ceux qui ne se les rappelleront pas même après qu’ils l’auront vu ressuscité. Ils les avaient tous oubliées, sauf Marie, celle qui avait porté en son sein pendant neuf mois ce corps, celui-là même que l’on avait crucifié. On peut dire que durant ces trois jours Marie a été la seule à garder toute l’espérance du monde. Jean lui-même avait entendu plusieurs fois les paroles de Jésus qui annonçaient la résurrection. Il avait assisté avec Pierre et Jacques à l’événement de la transfiguration, lorsque Jésus leur avait recommandé de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu «si ce n’est quand le fils de l’homme serait ressuscité d’entre les morts». Ils avaient observé cette recommandation «tout en se demandant entre eux ce que signifiait “ressusciter d’entre les morts” ( Mc 9, 9. 10). Jean aurait donc dû être prêt à accueillir le mystère de la résurrection. Et pourtant, ces paroles ne lui reviennent à la mémoire que lorsqu’il voit le linceul et le suaire restés intacts dans le sépulcre, après que Jésus en est sorti vivant. Le début de son adhésion à la foi, comme le rapporte le texte de l’Évangile, naît de ce qu’il a vu dans le sépulcre. Il naît d’indices petits, mais réels et visibles.
      Comment se développe pour Jean ce début? Est-ce à travers une réflexion religieuse?
      GALOT: Dans cette première expérience près du sépulcre vide, Jean n’avait eu qu’une idée vague et indirecte de la résurrection de Jésus Christ. Constatant son absence du sépulcre, il a peut-être eu l’intuition d’un événement surnaturel. Mais ce sont seulement les apparitions de Jésus durant les quarante jours qui suivent et les contacts concrets avec le Christ ressuscité qui lui permettent de fonder avec certitude sa mission de témoin. Dans leurs rencontres, Jésus se manifeste pour susciter la foi, pour procurer à la foi un fondement objectif plus évident. Il n’hésite pas à montrer son corps avec insistance, un corps qui porte encore les marques de la crucifixion. Il renforce le fait de voir pour faire surgir celui de croire. Avec la multiplication des indices, Jean passe d’une première intuition à la reconnaissance d’une réalité inimaginable, d’un fait réel qui se révèle plus grand et plus surprenant que toute attente.
      Et cela arrive à un groupe de juifs vivant dans la peur et la résignation, peu enclins aux visions mystiques, après que tout était achevé.
      GALOT: Le point de départ du mouvement de la foi, à commencer par les indices du sépulcre vide, est toujours une réalité visible. C’est là un facteur important, parce qu’il apporte un démenti à ceux qui interprètent la foi dans la résurrection de Jésus-Christ comme une pure conviction intime. Il balaie toutes les thèses idéalistes selon lesquelles les disciples se sont convaincus que Jésus était ressuscité, en projetant dans cette auto-suggestion leurs sentiments personnels et subjectifs d’amour à l’égard de leur Maître. Mais c’est au contraire parce qu’ils ont vu le Seigneur ressuscité qu’ils ont cru. La foi naît de la reconnaissance de réalités visibles. Ce n’est pas une construction mentale subjective qui se serait créé son propre objet. Saint Augustin, dans le De Civitate Dei, souligne comment, sur ce point, le fait chrétien est exactement l’opposé de la dynamique du sentiment religieux qui naît de l’homme. Un sentiment qui est représenté par la religion impériale qui divinise les destinataires de ses propres dévotions: «Illa illum amando esse deum credidit; ista istum Deum esse credendo amavit», «Rome, comme elle aimait Romulus, le crut Dieu. L’Église, au contraire, comme elle reconnut que Jésus-Christ était Dieu, l’aima».
      Aujourd’hui, de nombreux maîtres spirituels enseignent, dans l’Église, que la pureté intérieure de la foi n’a pas besoin d’indices extérieurs. Une foi qui dépend du fait de voir et de toucher serait, à les entendre, grossière et rustre.
      GALOT: Ce n’est pourtant pas ce que dit le témoignage des apôtres. Leur foi est tout entière dans la simplicité d’une constatation. Elle commence en eux lorsqu’ils l’ont vu et l’ont touché ressuscité. Quand Pierre cherche à trouver quelqu’un pour remplacer Judas dans le collège apostolique, il n’a qu’un seul critère de jugement: celui qui succédera à Judas devra être un témoin non de la vie mais de la résurrection de Jésus. Les apôtres sont les témoins oculaires de la résurrection de Jésus. Et tout est confié et suspendu à leur expérience, vu que Jésus n’a pas laissé d’enseignement écrit, de doctrine spirituelle codifiée. Bref, à l’origine de la foi de l’Église dans la résurrection, il y a eu le fait de voir. Et la foi de l’Église ne pourra jamais être séparée de cette vue initiale et trouvera toujours son fondement dans l’expérience faite par les apôtres et dans leur témoignage. Comme l’écrit, toujours dans le De Civitate Dei, saint Augustin: «Resurrexit tertia die sicut apostoli suis etiam sensibus probaverunt». «Il est ressuscité le troisième jour, comme les apôtres l’ont vérifié également avec leurs sens».

bonne nuit

17 avril, 2011

bonne nuit dans image bon nuit, jour, dimanche etc. erica_tetralix_ff7

Erica tetralix – ericaceae

http://www.floralimages.co.uk/index_1.htm 

Mat-21,01-Entre_a_Jerusalem

16 avril, 2011

Mat-21,01-Entre_a_Jerusalem dans images sacrée 15%20SPECULUM%20HUMANAE%20SALVATIONIS%20AA%20ENTRY
http://www.artbible.net/3JC/-Mat-21,01-Entre_a_Jerusalem_Entry/index5.html

De Romanos le Mélode (IVe siècle): Porté sur un ânon

16 avril, 2011

du site:

http://jerusalem.cef.fr/fraternites/vivre-la-liturgie/temps-liturgique/la-semaine-sainte/dimanche-des-rameaux/texte-patristique

De Romanos le Mélode (IVe siècle)

Porté sur un ânon

Porté sur ton trône dans le ciel, ici-bas sur l’ânon, Christ qui es Dieu, tu accueillais la louange des anges et l’hymne des enfants qui te criaient : «Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam».
Voici notre roi, doux et pacifique, monté sur le petit de l’ânesse, qui vient en hâte pour subir sa passion et pour enlever les péchés. Le Verbe, monté sur une bête, veut sauver les êtres spirituels. Et l’on pouvait contempler sur le dos d’un ânon celui que portent les épaules des Chérubins. Tu manifestes ta force en choisissant l’indigence. Car c’est en signe de pauvreté que tu t’asseyais sur un ânon, mais par ta gloire tu ébranles Sion. Les vêtements des disciples étaient une marque d’indigence, mais à la mesure de ta puissance étaient l’hymne des enfants et l’affluence de la foule qui criait : «Hosanna — c’est-à-dire : Sauve donc — toi qui es au plus haut des cieux. Sauve, Très-Haut, les humiliés. Aie pitié de nous, par égard pour nos palmes ; les rameaux qui s’agitent remueront ton cœur, ô toi qui viens rappeler Adam».
Ô créature de ma main, répondit le Créateur, je suis venu moi-même. Je suis vendu pour toi, et je te libère ; je suis crucifié à cause de toi, et tu échappes à la mort. Ai-je autant aimé les anges ? Non, c’est toi, le misérable, que j’ai chéri. J’ai caché ma gloire et moi, le Riche, je me suis fait pauvre délibérément, car je t’aime beaucoup. Pour toi, j’ai souffert la faim, la soif, la fatigue. J’ai parcouru montagnes, ravins et vallons en te cherchant, brebis égarée ; j’ai pris le nom de l’agneau pour te ramener en t’attirant par ma voix de pasteur, et je veux donner ma vie pour toi, afin de t’arracher à la griffe du loup. Je meurs et je t’apprends à crier : «Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam».
 
 
Hymne XXXII, 1, str. 2…12 (Sources Chétiennes, p. 31-47)

Dimanche des Rameaux – 17 avril 2011 – Homélie

16 avril, 2011

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,dimanche.des.rameaux,3124.html

Dimanche des Rameaux -  17 avril 2011

Famille de Saint Joseph

Homélie-Messe  

Nous sommes entrés dans la Semaine Sainte. Nous avons proclamé l’évangile de la Passion. Nous l’avons reçu dans toute sa simplicité ; dans toute sa force. Aucun misérabilisme dans ce récit. Au contraire, entre Gethsémani et le Golgotha, un appel se fait entendre, qui oriente cette semaine de conversion : « Veillez et priez afin de ne pas tomber au pouvoir de la tentation. L’esprit est plein d’ardeur, mais la chair est faible ». Jésus s’adressait à ses compagnons accablés de fatigue et de tristesse ; nous pouvons aisément nous reconnaître en eux. Mais l’avertissement de Jésus appelle la réponse de notre prière la plus ardente ; il fait renaître, dans un élan renouvelé, notre désir d’être avec Jésus et de demeurer avec lui ; il ravive notre volonté de partager la fidélité de la Vierge Marie et des saintes femmes, signe et réalité de la fidélité de l’Église-Épouse au pied de la Croix. « Veillez et priez », demande le Seigneur alors qu’il s’enfonce dans une solitude qui est sa souffrance la plus profonde en son agonie et sa Passion. Ce cœur si doux et si humble est abandonné de tous. Jésus découvre comment les hommes font de la proposition de son amour le lieu de leur violence et de leur rejet. À la Croix, le péché des hommes atteint son paroxysme : « l’amour n’est pas aimé ! ».
Cette formule exprime un drame insondable. Évidemment, l’amour divin n’est jamais menacé : il est un océan de paix, sans rivage et sans fond. Mais il n’y a rien de plus opposé à un amour infini que l’indifférence provenant de notre absence d’amour. Ce drame est abyssal, il n’a aucune proportion avec une grave incompréhension ou une crise entre proches ; il s’agit de la mise en échec du salut par ceux qui ne peuvent l’attendre que du Seigneur Jésus ! Ce refus aberrant engendre la terrible solitude du Messie, traversé par la contradiction entre la sainteté du Père qu’il aime et l’aveuglement hostile des hommes pécheurs. À Gethsémani, Jésus découvre l’homme qui tend à faire du don du salut le lieu de sa mort. Les questions les plus sombres le harcèlent alors : Jésus va-t-il entraîner la perte des brebis en donnant sa vie pour le troupeau ? Abîme de douleur, la solitude Jésus est le poids du refus de Dieu par les hommes. Malheureusement, il ne s’agit pas d’une page d’histoire. Cette charge crucifiante que Jésus veut assumer est de notre temps.
« Veillez et priez », la supplique résonne en un appel à découvrir l’amour du Père. Car ce qui fait le fond de l’épreuve intérieure de Jésus en toute sa vie et bien plus encore en son agonie et en sa Passion, c’est son amour pour le Père. Toute la vie du Fils est pour le Père de qui il se reçoit à chaque instant. Le Fils ne vit que pour le Père. En toute sa vie divine, il est déjà oblation et eucharistie. En ses paroles et par ses actes, le Verbe Incarné traduit et signifie dans sa condition humaine le mystère de sa vie filiale en Dieu. Ce qui veut dire que l’épreuve même de sa solitude est un enseignement que Jésus nous offre pour nous faire découvrir l’amour du Père. Le terme du pur amour est ici l’effacement du Fils pour donner à ses bourreaux de reconnaître dans le mystère du Père sa propre origine. De Gethsémani au Golgotha, Jésus parachève le don de soi dans l’abandon par la remise de l’Esprit au Père. Ainsi, la pureté de l’amour du Fils pour le Père passe par cet effacement qui est tout le contraire d’une position de rivalité ou de revendication par rapport au Père : « lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur » (2e lect.).
L’abaissement extrême du Verbe crucifié, renonçant à sa vie pour se confier totalement au Père, est l’expression voilée et insondable de l’acte éternel par lequel le Fils, dans sa condition divine, reconnaît la sainteté du Père. En effet, pour ne faire qu’un avec le Père dans le partage de la vie divine, le Fils doit comme renoncer à son existence en tant que personne. En fait, l’échange parfait du Père et du Fils se résout dans l’Amour qui demande au Père et au Fils de quitter leurs prérogatives personnelles pour s’effacer l’un devant l’autre. L’amour mutuel du Père et du Fils est absolument simple et infiniment délicat. Dans sa Passion, le Christ nous révèle que le dernier mot de cet amour est le don de soi dans un acte d’abandon entier, pour que l’autre soit tout pour nous. Finalement, Jésus dépose sa vie pour que nous accueillions le Père ; Jésus est élevé sur la Croix pour que le Père soit notre vie.
Au seuil de cette semaine sainte, le Christ nous attire à l’écart, il nous entraîne dans sa solitude : « Veillez et priez ». Dans ces jours très saints, nous allons contempler le Père glorifiant le Fils en manifestant le mystère de sa filiation divine et le Fils glorifiant la sainteté du Père en témoignant par son silence dans le don de sa vie qu’il est Dieu. Puisse l’Esprit Saint nous donner de nous unir, de manière totale et inconditionnelle, à l’offrande parfaite du Fils, adorateur du Père en esprit et en vérité.

bonne nuit

15 avril, 2011

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Eucharistic Adoration

15 avril, 2011

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http://poetryprayerandpraise.blogspot.com/2010_10_01_archive.html

P. Raniero Cantalamessa, Deuxième prédication de carême: Dieu est amour

15 avril, 2011

du site:

http://www.cantalamessa.org/fr/predicheView.php?id=407

P. Raniero Cantalamessa,

Dieu est amour

2011-04-01- Deuxième prédication de Carême

La première annonce fondamentale que l’Eglise a pour mission de porter au monde et que le monde attend de l’Eglise est celle de l’amour de Dieu. Mais pour que les évangélisateurs soient en mesure de transmettre cette certitude, il faut qu’ils en soient eux-mêmes imprégnés, qu’elle soit la lumière de leur vie. C’est à cette fin que voudrait servir, modestement, la présente méditation.
L’expression « amour de Dieu » revêt deux acceptions très différentes : dans l’une Dieu est objet, dans l’autre Dieu est sujet; l’une indique notre amour pour Dieu, l’autre l’amour de Dieu pour nous. L’homme, naturellement enclin à être davantage actif que passif, a toujours donné la primauté à la première, autrement dit à ce que nous faisons, nous, pour Dieu. La prédication chrétienne a également suivi cette voie, en parlant, à certaines époques, presque uniquement du « devoir » d’aimer Dieu (« De diligendo Deo »).
Cependant, la révélation biblique donne la primauté au second sens : à l’amour « de » Dieu, non à l’amour « pour » Dieu. Aristote disait que Dieu meut le monde « en tant qu’il est aimé », c’est-à-dire en tant qu’il est objet d’amour et cause finale de toutes les créatures[1]. Mais la Bible dit exactement le contraire : que Dieu crée et meut le monde en tant qu’il aime le monde. La chose la plus importante, s’agissant de l’amour de Dieu, n’est donc pas que l’homme aime Dieu, mais que Dieu aime l’homme et l’aime « le premier » : « En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés » (1 Jn 4, 10). De ceci dépend tout le reste, y compris notre possibilité même d’aimer Dieu : « Quant à nous, aimons, puisque lui nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19).

1. L’amour de Dieu dans l’éternité
Jean est l’homme des grands sauts. En reconstituant l’histoire terrestre du Christ, les autres se sont arrêtés à sa naissance, de Marie; Jean, quant à lui, fait un grand bond en arrière, du temps à l’éternité : « Au commencement était le Verbe ». Il fait de même à propos de l’amour. Tous les autres, y compris Paul, ont parlé de l’amour de Dieu qui se manifeste dans l’histoire et culmine dans la mort du Christ; Jean, lui, remonte au-delà de l’histoire. Il ne nous présente pas seulement un Dieu qui aime, mais un Dieu qui est amour. « Au commencement était l’amour, et l’amour était auprès de Dieu, et l’amour était Dieu » : nous pouvons donc expliciter son affirmation : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 10).
A propos de cette affirmation, Augustin a écrit : « Si, dans toute cette Lettre de Jean et dans toutes les pages de l’Ecriture, il n’y avait aucun autre éloge de l’amour que cette seule parole, que Dieu est amour…, nous ne devrions demander rien de plus »[2]. Toute la Bible ne fait que « raconter l’amour de Dieu « [3]. C’est la nouvelle qui soutient et explique toutes les autres. On discute à n’en plus finir, et cela ne date pas d’aujourd’hui, pour savoir si Dieu existe; mais je crois que la chose la plus importante n’est pas de savoir si Dieu existe, mais s’il est amour[4]. Si, par hasard, il existait mais n’était pas amour, il y aurait bien plus à craindre qu’à se réjouir de son existence, comme cela a été le cas dans divers peuples et civilisations. La foi chrétienne nous garantit justement ceci : Dieu existe et il est amour !
Le point de départ de notre voyage est la Trinité. Pourquoi les chrétiens croient-ils à la Trinité ? La réponse est : parce qu’ils croient que Dieu est amour. Là où Dieu est conçu comme la Loi suprême, il n’y a évidemment pas besoin d’une pluralité de personnes et la Trinité est alors incompréhensible. Le droit et le pouvoir peuvent être exercés par une seule personne, l’amour non.
Il n’y a pas d’amour qui ne soit amour de quelque chose ou de quelqu’un, de même que – dit le philosophe Edmund Husserl – il n’y a pas de connaissance qui ne soit pas connaissance de quelque chose. Qui aime Dieu au point de pouvoir se définir amour ? L’humanité ? Mais les hommes n’existent que depuis quelques millions d’années; avant ce moment-là, qui aimait Dieu de façon à pouvoir se définir « amour »? On ne peut pas avoir commencé à être amour à un moment donné du temps, parce que Dieu ne peut modifier son essence. Le cosmos ? Mais l’univers existe depuis quelques milliards d’années; auparavant, qui aimait Dieu pour pouvoir se définir amour ? On ne peut pas dire : il s’aimait soi-même, parce que s’aimer soi-même n’est pas de l’amour, mais de l’égoïsme ou, comme disent les psychologues, du narcissisme.
Et voici la réponse de la révélation chrétienne que l’Eglise a recueillie du Christ et a explicitée dans son credo. Dieu est amour en soi, avant le Temps, parce que depuis toujours il a en lui un Fils, le Verbe, qui aime d’un amour infini qui est l’Esprit Saint. Dans tout amour, il y a toujours trois réalités ou sujets : un qui aime, un qui est aimé et l’amour qui les unit.

2. L’amour de Dieu dans la création
Lorsque cet amour fontal, amour source, se déploie dans le temps, on a l’histoire du salut. La première étape est la création. L’amour est, par essence, diffusion de soi (diffusivum sui), c’est-à-dire qu’il tend à se communiquer ». Puisque « l’agir suit l’être », Dieu étant amour, crée par amour. « Pourquoi Dieu nous a-t-il créés ? » : c’est la deuxième question du catéchisme d’autrefois, et la réponse était : « Pour le connaître, l’aimer et le servir dans cette vie et pour jouir de lui pour toujours dans l’autre, au Paradis ». Réponse irréprochable, mais partielle. Elle répond à la question sur la cause : « dans quel but, pour quelle fin Dieu nous a-t-il créés »; elle ne répond pas à la question sur la cause causante : « pourquoi nous a-t-il créés, quelle raison l’a poussé à nous créer ». A cette question, on ne doit pas répondre : « pour que nous l’aimions », mais « parce qu’il nous aimait ». « Etre, c’est être aimés » : tel est le principe de la métaphysique chrétienne, selon le philosophe catholique Gabriel Marcel.
Selon la théologie rabbinique, que le Saint-Père a faite sienne dans son dernier livre sur Jésus, « le cosmos est créé non pour que s’y multiplient les astres et tant d’autres choses, mais pour que s’y trouve un espace pour l »alliance’, pour le ‘oui’ de l’amour entre Dieu et l’homme qui lui répond »[5]. La création est en vue du dialogue d’amour de Dieu avec ses créatures.
Combien, sur ce point, la vision chrétienne de l’origine de l’univers est loin de celle du scientisme athée que nous évoquions dans notre prédication de l’Avent ! Une des souffrances les plus profondes pour un jeune homme ou une jeune fille, est de découvrir un jour qu’il (ou elle) est venu au monde un jour par hasard, peut-être par une erreur des parents, qu’il n’a pas été voulu, ni attendu. Un certain scientisme athée semble s’appliquer à infliger ce type de souffrance à l’humanité tout entière. Personne ne saurait mieux nous convaincre du fait que nous sommes créés par amour que sainte Catherine de Sienne dans son ardente prière à la Trinité :
«Comment se fait-il, Père éternel, que vous ayez créé votre créature ? [...]. Le feu de ta charité t’a contraint. Oh amour ineffable, bien que dans ta lumière tu aies vu toutes les iniquités que ta créature devait commettre contre toi, infinie bonté, tu as fait comme si tu ne le voyais pas, mais tu as posé ton regard sur la ‘beauté’ de ta créature, de laquelle, comme fou et enivré d’amour, tu t’es énamouré – et par amour tu l’as tirée de toi et lui as donné l’être à ton image et ressemblance. Toi, vérité éternelle, tu as éclairé pour moi ta vérité, c’est-à-dire que l’amour t’a contraint à la créer ».
Ceci n’est pas seulement agapè, amour de miséricorde, de don, amour descendant; c’est aussi eros, et à l’état pur; attraction vers l’objet de l’amour, considération et fascination devant sa beauté.

3. L’amour de Dieu dans la révélation
La seconde étape de l’amour de Dieu est la révélation, l’Ecriture. Dieu nous parle de son amour surtout par les prophètes. Il dit dans Osée : « Quand Israël était jeune, je l’aimai [...]. Et moi j’avais appris à marcher à Ephraïm, je le prenais par les bras [...]. Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson, tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger [...]. Comment t’abandonnerais-je, Ephraïm ? [...] Mon cœur en moi est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent. » (Os 11, 1-8).
Nous retrouvons ce même langage chez Isaïe : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles? » (Is 49, 15) et dans Jérémie :  » Ephraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, que chaque fois que j’en parle, je veuille encore me souvenir de lui ? C’est pour cela que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse  » (Jr 31, 20).
Dans ces oracles, l’amour de Dieu s’exprime simultanément comme amour paternel et maternel. L’amour paternel est fait d’encouragement et de sollicitude; le père veut faire grandir le fils et le conduire à la pleine maturité. C’est pourquoi il le corrige et difficilement fera son éloge en sa présence, de peur que celui-ci se croit ‘arrivé’ et qu’il cesse de progresser. En revanche, l’amour maternel est fait d’accueil et de tendresse; c’est un amour « viscéral »; il part des fibres profondes de l’être de la mère, là où la créature s’est formée, et de là saisit toute sa personne en faisant « frémir ses entrailles ».
Dans la sphère humaine, ces deux types d’amour – masculin et maternel- sont toujours, plus ou moins nettement, répartis. Le philosophe Sénèque disait : « Vois quelle différence entre la tendresse d’un père et celle d’une mère ! Le père réveille son fils de bonne heure pour qu’il se livre à l’étude, il ne le souffre pas à rien faire, il fait couler ses sueurs et quelquefois ses larmes. La mère, au contraire, le réchauffe sur son sein, toujours elle veut le tenir tout près, éloigner de lui les pleurs, le chagrin, le travail »[6]. Mais, alors que le dieu du philosophe païen a pour l’homme uniquement « les sentiments d’un père qui aime sans faiblesse  » (ce sont ses propres mots), le Dieu biblique a en plus les sentiments d’une mère qui aime « avec faiblesse ».
L’homme connaît par expérience un autre type d’amour, celui dont on dit qu’il est « fort comme la Mort et ses traits sont des traits de feu  » (cf. Ct 8, 6). Et Dieu a même recours dans la Bible à ce type d’amour, pour nous donner une idée de son amour passionné pour nous. Toutes les phases et les vicissitudes de l’amour sont évoquées et utilisées à cette fin : l’enchantement de l’amour naissant au moment des fiançailles (cf. Jr 2, 2); la plénitude de la joie le jour du mariage (cf. Is 62, 5); le drame de la rupture (cf. Os 2, 4 ss) et enfin le rétablissement, plein d’espérance, du lien ancien (cf. Os 2, 16; Is 54, 8).
L’amour sponsal est, fondamentalement, un amour de désir et de choix. S’il est vrai que l’homme désire Dieu, le contraire est également vrai, de manière mystérieuse, à savoir que Dieu désire l’homme, veut et apprécie son amour, éprouve à son sujet « la joie de l’époux au sujet de l’épouse » (Is 62, 5) !
Comme le fait observer le Saint-Père dans son encyclique « Deus caritas est », la métaphore nuptiale qui traverse quasiment toute la Bible et inspire le langage de l’ »alliance », est la meilleure preuve que même l’amour de Dieu pour nous est à la fois eros et agapè, donner et chercher. Il ne peut être réduit à la seule miséricorde, à un « faire la charité » à l’homme, au sens le plus limité du terme.

4. L’amour de Dieu dans l’incarnation
C’est ainsi que nous arrivons à l’étape décisive de l’amour de Dieu, l’incarnation : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). Face à l’incarnation, on se pose la même question que pour la création. Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ? Cur Deus homo ? Pendant longtemps la réponse a été : pour nous racheter du péché. Duns Scot a approfondi cette réponse, faisant de l’amour le motif fondamental de l’incarnation, comme de toutes les autres œuvres ad extra de la Trinité.
En premier lieu, dit Scot, Dieu s’aime lui-même; en deuxième lieu, il veut être aimé par d’autres êtres ( secundo vult alios habere condiligentes ). S’il décide l’incarnation, c’est pour qu’il y ait un autre être qui l’aime d’un amour le plus grand possible, en dehors de lui-même[7]. L’incarnation aurait donc eu lieu même si Adam n’avait pas péché. Le Christ a été le premier pensé, le premier voulu, le « Premier-Né de toute créature  » (Col 1,15), non la solution à un problème intervenu à la suite du péché d’Adam.
Mais la réponse de Scot est partielle et peut être complétée en se fondant sur ce que nous dit l’Ecriture. Dieu a voulu l’incarnation de son Fils, non seulement pour avoir quelqu’un à l’extérieur de lui qui l’aimât de façon digne de lui, mais aussi et surtout pour avoir à l’extérieur de lui quelqu’un à aimer de façon digne de lui ! Et c’est le Fils fait homme, en lequel le Père « mets toute sa complaisance  » et avec lui nous tous devenus « fils dans le Fils ».
Le Christ est la preuve suprême de l’amour de Dieu pour l’homme pas seulement objectivement, à la manière d’un gage d’amour que l’on donne à quelqu’un ; il l’est aussi subjectivement. En d’autres termes, il n’est pas seulement la preuve de l’amour de Dieu, mais il est l’amour même de Dieu qui a revêtu une forme humaine pour pouvoir aimer et être aimé de l’intérieur de notre situation. Au commencement était l’ »amour » et l’ »amour s’est fait chair » : c’est ainsi qu’un très ancien écrit chrétien paraphrase les paroles du Prologue de Jean[8].
Saint Paul forge une expression appropriée pour cette nouvelle modalité de l’amour de Dieu, il l’appelle « l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus  » (Rm 8, 39). Si, comme nous le disions la dernière fois, notre amour pour Dieu doit désormais s’exprimer concrètement en amour pour le Christ, c’est parce que tout amour de Dieu pour nous s’est d’abord exprimé et recueilli dans le Christ.

5. L’amour de Dieu répandu dans les coeurs
L’histoire de l’amour de Dieu ne se termine pas avec la Pâque du Christ mais se prolonge à travers la Pentecôte qui rend présent et agissant « l’amour de Dieu en Jésus Christ » jusqu’à la fin du monde. Nous ne sommes pas contraints, par conséquent, à vivre seulement du souvenir de l’amour de Dieu, comme d’une chose passée. « L’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint Esprit qui nous fut donné ». (Rm 5, 5).
Mais qu’est ce que cet amour reversé dans notre coeur à travers le baptême ? Un sentiment de Dieu pour nous ? Une attitude bienveillante à notre égard ? Une inclination ? C’est-à-dire quelque chose d’intentionnel ? C’est bien plus que cela; c’est quelque chose de réel. C’est, littéralement, l’amour de Dieu, c’est-à-dire l’amour qui circule dans la Trinité entre le Père et le Fils et qui, à travers l’incarnation, a pris une forme humaine et devient maintenant participant de nous-mêmes en « demeurant » en nous. « Mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14, 23).
Nous devenons « participants de la divine nature » (2 P 1, 4), c’est-à-dire participants de l’amour divin. Nous nous retrouvons, par grâce, explique saint Jean de la Croix, dans le tourbillon d’amour qui passe depuis toujours, dans la Trinité, entre le Père et le Fils[9]. Mieux encore : dans le tourbillon d’amour qui passe, maintenant, au ciel, entre le Père et son Fils Jésus Christ ressuscité d’entre les morts, dont nous sommes les membres.

6. Nous avons cru à l’amour de Dieu !
Vénérables pères, frères et soeurs, ce que je viens de tracer pauvrement est la révélation objective de l’amour de Dieu dans l’histoire. Venons-en maintenant à nous : que ferons-nous, que dirons-nous après avoir entendu combien Dieu nous aime ? Une première réponse est : aimer Dieu en retour ! N’est-ce pas le premier et le plus grand commandement de la loi ? Oui, mais il vient après. Autre réponse possible : nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés ! L’évangéliste Jean ne dit-il pas que, si Dieu nous a aimés, « nous devons nous aussi nous aimer les uns les autres « (1 Jn 4, 11) ? Cela aussi vient après; avant, il y a une autre chose à faire. Croire à l’amour de Dieu ! Après avoir dit que « Dieu est amour », l’évangéliste Jean s’exclame : « Nous avons cru à l’amour de Dieu pour nous » (cf. 1 Jn 4, 16).
La foi, par conséquent. Mais ici, il s’agit d’une foi spéciale : la foi-étonnement, la foi incrédule (un paradoxe, je sais, mais c’est bien ça !), la foi qui ne réussit pas à comprendre ce à quoi elle croit, même si elle y croit. Comment se peut-il que Dieu, infiniment heureux dans son éternité tranquille, ait eu le désir non seulement de nous créer mais aussi de venir, en personne, souffrir au milieu de nous ? Comment cela est-il possible ? Eh bien, c’est cela la foi-étonnement, la foi qui rend heureux.
Le grand converti et apologiste de la foi Clive Staples Lewis (l’auteur de la série des « Chroniques de Narnia », récemment portée à l’écran), a écrit un roman insolite intitulé « Tactique du diable ». Ce sont des lettres qu’un diable ancien écrit à un petit diable, jeune et inexpérimenté occupé sur la terre à séduire un jeune londonien qui vient tout juste de renouer avec la pratique chrétienne. Son intention est de lui enseigner la stratégie pour y parvenir. Il s’agit d’un traité de morale et d’ascèse, moderne et d’une très grande finesse, à lire à l’envers, c’est-à-dire en faisant exactement le contraire de ce qui est suggéré.
A un moment donné, l’auteur nous fait assister à une sorte de discussion entre les démons. Ils sont incapables de comprendre que l’Ennemi (c’est ainsi qu’il nomme Dieu) puisse vraiment aimer ces « vers que sont les hommes et désire leur liberté ». Ils sont certains que cela n’est pas possible. Il doit forcément y avoir une tromperie, une astuce. Nous enquêtons, disent-ils, depuis le jour où « Notre Père » (c’est ainsi qu’ils appellent Lucifer), a, précisément pour cette raison, pris ses distances par rapport à lui; nous ne l’avons pas encore découverte mais un jour, nous la trouverons[10]. L’amour de Dieu pour ses créatures est, pour eux, le mystère des mystères. Et je crois que, là au moins, les démons ont raison.
On dirait qu’il s’agit d’une foi facile et agréable; et pourtant c’est peut-être la chose la plus difficile qui soit, même pour nous, créatures humaines. Croyons-nous vraiment que Dieu nous aime ? Ce n’est pas que nous n’y croyons pas vraiment, mais au moins que nous n’y croyons pas assez ! Si nous y croyions, notre vie, nous-mêmes, les choses, les événements, la souffrance même, tout se transformerait immédiatement sous nos yeux. Nous serions aujourd’hui même au paradis parce que le paradis n’est rien d’autre que cela : jouir pleinement de l’amour de Dieu.
Le monde a fait qu’il est de plus en plus difficile de croire à l’amour. Qui a été trahi ou blessé un jour, a peur d’aimer et d’être aimé parce qu’il sait combien cela fait mal d’être trompé. Si bien que la foule de ceux qui ne réussissent pas à croire à l’amour de Dieu – et même à n’importe quel amour – ne cesse de grossir; la marque de notre culture sécularisée est le désenchantement et le cynisme. Sur le plan personnel il y a ensuite l’expérience de notre pauvreté et de notre misère qui nous fait dire : « Oui, cet amour de Dieu est beau, mais il n’est pas pour moi ! Je n’en suis pas digne… ».
Les hommes ont besoin de savoir que Dieu les aime et personne mieux que les disciples du Christ n’est en mesure de leur apporter cette bonne nouvelle. D’autres, à travers le monde, partagent avec les chrétiens la crainte de Dieu, la préoccupation pour la justice sociale et le respect de l’homme, pour la paix et la tolérance; mais personne – je dis bien personne – ni parmi les philosophes, ni parmi les religions, ne dit à l’homme que Dieu l’aime, qu’il l’a aimé le premier, qu’il l’aime d’un amour de miséricorde et de désir : avec eros et agape.
Saint Paul nous suggère une méthode pour appliquer la lumière de l’amour de Dieu à notre existence concrète. Voici ce qu’il écrit : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? (…) Mais en tout cela nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Rm 8, 35-37). Les périls et les ennemis de l’amour de Dieu qu’il énumère sont ceux qu’il a, de fait, expérimentés durant sa vie : l’angoisse, la persécution, le glaive… (cf. 2 Co 11, 23 ss). Il les passe en revue dans son esprit et constate qu’aucun d’eux n’est assez fort pour l’emporter dans une confrontation avec la pensée de l’amour de Dieu.
Nous sommes invités à faire comme lui : à regarder notre vie, telle qu’elle se présente, à faire remonter à la surface les peurs qui s’y cachent, les tristesses, les menaces, les complexes, tel défaut physique ou moral, ce souvenir pénible qui nous humilie, et à tout exposer à la lumière de la pensée que Dieu nous aime.
L’Apôtre fait passer son regard de sa vie personnelle au monde qui l’entoure. « Oui, j’en ai l’assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8, 38-39). Il observe « son » monde, avec les puissances qui le rendaient alors menaçant : la mort avec son mystère, la vie présente avec ses illusions, les puissances astrales ou de l’enfer qui inspiraient tant de terreur à l’homme antique.
Nous pouvons faire la même chose : regarder le monde qui nous entoure et qui nous fait peur. La « hauteur » et la « profondeur » sont pour nous aujourd’hui l’infiniment grand, vers le haut et l’infiniment petit, vers le bas, l’univers et l’atome. Tout est prêt à nous écraser; l’homme est faible et seul, dans un univers tellement plus grand que lui et devenu même encore plus menaçant après les découvertes scientifiques qu’il a faites et qu’il ne réussit pas à maîtriser, comme nous le montre de façon dramatique l’affaire des réacteurs nucléaires de Fukushima.
Tout peut être remis en question, toutes les sécurités peuvent venir à nous manquer mais jamais celle-ci : que Dieu nous aime et est plus fort que tout. « Le secours me vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ».

[1] Aristotele, Metafisica, XII, 7, 1072b.
[2] S. Agostino, Trattati sulla Prima lettera di Giovanni, 7, 4.
[3] S. Agostino, De catechizandis rudibus, I, 8, 4: PL 40, 319.
[4] Cf. S. Kierkegaard, Discorsi edificanti in diverso spirito, 3: Il Vangelo delle sofferenze, IV.
[5] Joseph Razinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Editions du Rocher 2011, p. 101
[6] Seneca, De Providentia, 2, 5 s.
[7] Duns Scoto, Opus Oxoniense, I,d.17, q.3, n.31; Rep., II, d.27, q. un., n.3
[8] Evangelium veritatis (dai Codici di Nag-Hammadi).
[9] Cf. S. Giovanni della Croce, Cantico spirituale A, strofa 38.
[10] C.S. Lewis, The Screwtape Letters, 1942, cap. XIX

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