Commentaire de Gn 18

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(1er lecture du dimanche 25 juillet) le texte biblique sur:

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Commentaire de Gn 18

Les glises dOrient ont donn Gn 18 le titre de  »Philoxnie dAbraham », autrement dit lamour de ltranger. Cest bien damour quil sagit lorsqu’Abraham prend soin du corps de ses htes Dieu sans quil le sache et lorsque, presque au mme moment, dans le corps de Sara sannonce lenfant inespr

Le rcit de Gn 18, 1-15, disent les historiens, fut compos en plusieurs tapes. Dans une version ancienne, lintrigue a du porter sur lhospitalit du patriarche. Mais le texte actuel, mis en forme au 6e ou 5e av. J.-C., pendant ou aprs lexil, est devenue une scne d’Annonciation.

Quand Dieu prend corps
 » Je vais faire de toi une grande nation  » (Gn 12, 2), la promesse du Seigneur Abram devait se jouer dun obstacle, une douleur : la strilit de Sara. Longuement, le rcit a explor diverses pistes : lhritier sera-t-il Lot, Ismal ou le fidle intendant ? Il a navigu au milieu des dangers : Sara chez Pharaon, Lot prfrant la richesse de Sodome, Agar servante-matresse Puis le Seigneur a scell son alliance avec Abram : nouveaux noms (Abraham, Sara), nouveau rite (la circoncision). Alors seulement, quand ne reste plus que la longue attente, Dieu prend corps et apparat.

Le corps donn Dieu par les peintres d’icnes est celui des anges ! Andre Roublev, au dbut du 15e sicle, en a figur trois, aux couleurs transparentes, vocation douce et lumineuse de la Trinit. Cette splendeur ne doit pas masquer la lettre du rcit biblique o c’est incognito, comme de simples  »hommes », que se prsente le Seigneur. Seul le lecteur, ds le dbut, est inform de leur identit. L’un des ressorts de l’intrigue est donc la question : Abraham va-t-il reconnatre ses visiteurs et comment ? Or Dieu se contente d’acquiescer au vieillard qui se dmne (d’aprs Gn 17, 24, il a 99 ans !). Il le laisse prparer un repas et cas unique dans la Bible il mange ce qui lui est offert avec tant d’humanit.

Le jour et la nuit
Lorsqu’enfin le Seigneur parle, c’est pour s’inquiter de Sara. moins que la question soit de pure forme, le lecteur s’tonne, habitu considrer Dieu comme omniscient : d’ailleurs celui-ci n’ignore pas le nom et la strilit de Sara ! Le ressort de l’intrigue se dplace : Abraham n’a pas reconnu Dieu, mais Sara, comment va-t-elle ragir devant ces gens qui la connaissent si bien et qui promettent l’inou ? Peu peu, un dialogue s’instaure, aux modalits complexes : rire intrieur de la femme, mais peru l’extrieur (!), question par Abraham interpos ( »Pourquoi ce rire de Sara ? »), promesse raffirme, dialogue resserr du Seigneur et de Sara qui merge enfin, tremblante, au statut de partenaire, dans une relation  »je-tu » :  »Si, tu as ri ». Elle est dans la tente, mais c’est comme si Dieu la tirait hors de l’ombre de son mari, en plein soleil. Elle existe. Elle va donner le jour.

Sans se faire reconnatre, le Seigneur a permis Abraham de montrer beaucoup d’amour et Sara, qui se dit  »use », est rendue capable d’en dployer davantage. Le corps d’Isaac s’annonce, fruit de la promesse divine, fruit aussi d’un amour humain au-del de l’acte d’amour.

L’histoire est belle. Trop ? Elle se dtache sur fond d’effondrements :  »un hurlement est mont de Sodome et de Gomorrhe » (Gn 18, 20) La  »philoxnie » d’Abraham contre la  »xnophobie » des villes o Lot a choisi de prosprer. Ici, sous l’arbre, en plein jour, on lave les pieds des voyageurs et on leur prpare un repas (18, 1-8). L, dans la ville, la nuit, on cherche les violer en fracassant les portes (19, 1-10) : la violence se retourne alors sur les violents,  »pluie de soufre et de feu » et disparition de tout  »jusqu’ la flore » ( 19, 24-25).

Salve d’avenir
Dans la Bible, rcits de vocation et rcits d’annonciation sont des formes littraires apparentes : dans une situation grave, le Seigneur ou son messager apparat son lu(e) et l’interpelle : celui-ci (celle-ci) prend peur ou rsiste, puis, devant l’insistance divine, accepte la mission. La  »vocation » d’Abram, en Gn 12, 1-5, ne correspond qu’imparfaitement ce schma tant est concise la narration. Avec l’accueil, par Abraham, de l’autre-tranger et, par Sara, de l’autre-enfant (dpositaire de la mission de bndiction universelle), elle se dploie. Et Isae, pendant l’exil, va souligner que c’est bien d’un homme et d’une femme, ensemble, que le peuple de Dieu est issu :  »regardez le rocher o je vous ai sculpts et le creux dans le puits dont je vous ai extraits, regardez Abraham votre pre, Sara qui accoucha de vous » (Is 51, 1-2).  »Devant l’effondrement des preuves, le pote rpond par une salve d’avenir » disait Ren Char. L’histoire d’Abraham et de Sara est une salve d’avenir.

Grard BILLON. Article paru dans Le Monde la Bible n 140  »Abraham, patriarche de trois religions » (Bayard-Presse, janv.-fv. 2002), p. 72

N.B. : sur ce rcit clbre, on mditera licne de Roublev. On relira aussi les 3 pages que Paul Beauchamp a consacres Abraham : la vie, la mort dans son ouvrage Cinquante Portraits Bibliques, Le Seuil 2000, p. 25-27

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