Croire 7 : Dieu créateur du ciel et de la terre

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Croire 7 : Dieu créateur du ciel et de la terre

La foi en un Dieu créateur est apparue progressivement dans la conscience d’Israël, en lien avec les différentes expériences de salut faites au cours de son histoire. La création du couple humain rapportée en Genèse 2 en est la première étape, tandis que le création du monde en sept jours est un texte postérieur marqué par l’exil de 598 a.c..

DIEU DES ORIGINES

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre» (Genèse 1:1). Ainsi débute la Révélation.. Cette première phrase du livre de la Genèse laisse-t-elle supposer que Dieu, depuis l’instant de la création, se désintéresse de l’univers, que son oeuvre est un acte révolu et que la création est terminée ? Reconnaissons que cette manière de penser est inévitable. Dans l’expérience humaine, l’origine précède nécessairement ce qui en provient. Mais cette façon de lire semble limiter l’acte divin au point de départ d’un processus. Cette confusion entre Dieu des origines et Dieu au point de départ s’est manifestée quand a fleuri l’hypothèse du «bing-bang» : tout aurait commencé, il y a quelques milliards d’années, par une puissante déflagration dans un temps infime. On a pensé pouvoir alors loger Dieu dans cette puissance et dans cet instant. Ainsi la science aurait enfin trouvé la trace de Dieu, ce que ne cesse d’approfondir malgré tout le télescope Hubble et tous ces merveilleux instruments disséminés ici et là sur la surface de l’univers.

La foi au Créateur ne se prononce pas sur la ou les manières dont les scientifiques représentent le commencement du monde, elle ne prend nullement position entre l’évolutionnisme ou le créationisme ; elle dit simplement que le monde aujourd’hui comme hier est voulu par Dieu et par Lui seul. Le commencement signifie l’origine de tout, et non le début du monde. évitons de situer Dieu dans le temps et de rendre insolubles les problèmes posés par les rapports entre Dieu et notre liberté humaine.

DIEU CRéATEUR ET PÈRE

La foi au Créateur est un élément important de notre relation au monde, elle nous encourage dans nos responsabilités, elle nous retient de mettre dans le monde notre absolu ou d’y limiter notre horizon : la création nous renvoie sans cesse à plus grand qu’elle, le Créateur.

« J’ai à me reconnaître comme signe que Dieu me donne pour me dire qu’il m’aime. C’est exactement l’inverse du désir suicidaire ; je ne dois pas renier ce don qui m’est fait et pas davantage dans les autres qu’en moi-même. La foi en un Créateur, c’est ce qui fonde ma joie d’exister. Dans le malheur, Dieu existe encore pour Job, ce qui donne à penser que Job existe aussi pour Dieu. Une telle joie devra passer ou habiter toutes les épreuves, toutes les horreurs, toutes les monstruosités. La bonté originelle du Créateur est indélébile».( Henri Denis :. Je crois)

La création est l’oeuvre d’un Père. Cela ne signifie pas qu’il faille séparer le Père, le Fils et l’Esprit. Le Père comme le Fils oeuvre pour le salut et le Fils comme le Père oeuvre dans la création. Il ne faudrait pas non plus isoler l’action créatrice de Dieu de ses autres manifestations; toutes procèdent du même souci qui est de manifester sa présence et sa bienveillance à son peuple. Dieu crée parce qu’il sauve, il crée et il sauve. La création est mise en rapport avec Dieu le Père parce qu’elle nous renvoie à nos origines et le nom de Père évoque l’origine. Le Credo pas plus que l’hymne aux éphésiens ne séparent la foi en Dieu le Père de la foi en Dieu créateur,

Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ,
qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles
aux cieux, dans le Christ.
C’est ainsi qu’il nous a élus en lui, dès avant la création du monde
pour que nous soyons saints et immaculés en sa présence, dans l’amour,
déterminant d’avance, que nous serions pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ.
Tel fut le bon plaisir de sa volonté.
À la louange de gloire de sa grâce
dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé». Eph. 1:1-6

Le Créateur est un père et le Père est créateur. L’Ancien Testament voyait Dieu s’intéresser à toutes ses créatures comme un Père, le bétail comme l’herbe des champs (Ps 147 : 4). Et l’homme est héritier de tout ce qui vient du Père : «Tout est à vous, soit le monde, soit la vie, soit, la mort, soit le présent, soit l’avenir. Tout est à vous, mais vous êtes aux Christ et le Christ est à Dieu » (1 Co. 3 : 21-23).

CRéATION, LIEU DE MERVEILLES

Mais pourquoi Dieu a-t-il créé, quand nous mesurons le désastre dont cet univers ne cesse de multiplier les horreurs ? Saint Paul tente de jeter quelques lumières sur cette tragique histoire : « J’estime en effet que les souffrances du temps présent ne sont pas à comparer à la gloire qui doit se révéler en nous. Car la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité – non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise – c’est avec l’espérance d’être aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous le savons en effet, toute la création, jusqu’à ce jour, gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissions nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. Car notre salut est objet d’espérance»…( Rom. 8 : 18-24)

Tout ce que nous pouvons dire et croire, c’est que Dieu, en créant, a posé un acte libre, Il a agi librement, Il nous a créés ; aller au-delà de cet acte, en définir les motifs nous dépasse infiniment. Tout ce que nous savons, c’est que Dieu admire sa création et que la création fait la joie de Dieu :«Dieu vit que cela était bon et même très bon ».

Cette création respecte la diversité des espèces, source fréquente de conflits. Le monde créé est unique mais l’intention de Dieu était de faire apparaître la diversité. Dans cet univers multiple, dans lequel l’homme apparaît en dernier pour y tenir une place particulière – «Faisons l’homme à notre image et ressemblance» – l’homme est également marqué par la diversité. Le différence masculin-féminin dans l’humanité correspond à une intention divine pas seulement orientée vers la reproduction , mais davantage vers le dialogue et la complémentarité. C’est à ce titre que l’homme et la femme sont associés au pouvoir de Dieu créateur tout en restant à leur rang de créature. Dieu leur a confié ce monde créé. La maîtrise de plus en plus grande acquise par l’homme sur l’univers n’est pas une atteinte aux droits du Créateur. La parabole de la semence (Luc. 8:5) illustre bien la collaboration entre Dieu et l’homme. Les oeuvres humaines, le progrès réalisé par les hommes ne s’opposent point aux oeuvres divines.

CRéATION, LIEU D’ESPéRANCE

Si nous devions réfléchir sur les bienfaits de la création pour l’homme que nous sommes, il faudrait mettre en premier lieu la leçon de Job, archétype de l’homme humilié. Des amis étaient venus pour le consoler, des sages s’étaient présentés pour expliquer sa souffrance, mais vainement. Leurs belles leçons d’ «expériences» ne faisaient qu’envenimer la frustration et assombrir davantage l’intelligence du pauvre homme. Job en voulait à Dieu du mystère de sa souffrance inexplicable et ne se gênait point pour le citer en justice. La lumière – si nous pouvons parler de lumière alors que les ténèbres deviennent plus épaisses encore – jaillit après un tour d’horizon . Job repassa toutes les merveilles de la création, l’ordre et la sagesse qui y président, les incommensurables beautés en tout être et en toute espèce. Alors celui qui avait mis Dieu au défi de lui prouver ses torts et faire la démonstration de ses responsabilités , car la théologie du temps enseignait que les épreuves étaient rien de moins que la conséquence de ses inconduites, alors que le bonheur sous toutes ses formes découlait de la fidélité à Dieu et de la pure gratuité ( Deut. 7 : 7 + et 11 : 18+), Job reconnut la sagesse infinie de Dieu, il y trouva alors la grâce de la confiance et de l’espérance. (Job 38-40:5)

CRéATION, LIEU DE LIBERTé

Tout au long de son histoire, le Peuple de Dieu n’a cessé de chanter la présence du Dieu créateur. Les souvenirs de l’Exode et des prodiges qui l’accompagnèrent demeurent parmi les plus vivaces (Ps.78, 105, 136; Sag. 16-19). « Pour préserver tes enfants de tout mal, la création entière obéissant à tes ordres fut à nouveau reconstituée dans sa nature. On voit la nuée recouvrir le camp de son ombre et la terre ferme surgir de ce qui était l’eau ; la mer rouge devint un libre passage et les flots impérieux une plaine verdoyante, et, protégé par ta main, ton peuple entier la franchit en contemplant d’admirables prodiges…» L’écologie en notre temps, la redécouverte de la création et du respect que nous lui devons comme oeuvre conjointe de Dieu et de l’homme devra permettre à tous les humains cette liberté de vie dont Dieu a voulu, au cours de l’exode, combler progressivement son peuple en marche vers la Terre Promise.

L’HISTOIRE CACHéE DE L’HUMANITé

La livre de la Genèse, livre de la création, nous apporte des lumières pour vivre et comprendre notre situation dans le monde et devant Dieu. Disserter sur l’éternité, le néant, la cause, la matière est sans intérêt, la Bible n’est pas un manuel de philosophie. C’est concernant la situation de l’homme dans le monde que se dégagent les conséquences les plus importantes de l’affirmation de Dieu créateur. L’homme n’est pas égaré dans ce monde. Seul Dieu est à l’origine de tout ce qui existe, les vivants comme les inanimés. Regarder ce monde comme l’oeuvre de Dieu est le regarder comme un don de Dieu qui nous fait vivre. Et se regarder comme une création de Dieu, c’est entendre l’appel qui y est contenu. Être crée c’est être appelé par Dieu. «Par sa Parole, les cieux ont été faits… Il dit et cela est, il commande et cela existe» (Ps. 33.6.9)

«Un jour nouveau commence, un jour reçu de toi, Père ; nous l’avons remis d’avance en tes mains tel qu’il sera ».

Jacques Sylvestre o.p.

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