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Croire 8 : Le mystère de la création

De cette vue d’ensemble que nous avons vu jusqu’à maintenant sur Dieu le Père en tant que créateur, découlent les divers points particuliers de la foi chrétienne en la création.

l. La liberté de la création. Beaucoup de gens croient que le monde est le produit du hasard, d’un destin aveugle ou d’une quelconque nécessité logique; la foi chrétienne, pour sa part, professe que ce monde est voulu, créé, aimé, approuvé par Dieu.

Il procède de la volonté libre, de la bonté et de l’amour de Dieu; celui-ci, sans y être contraint d’aucune manière, par une décision totalement libre, a voulu faire participer les créatures à son être. Car c’est toi qui créas toutes choses; tu as voulu qu’elles soient, et elles furent créées (Ap 4,11). Dieu aurait été Dieu et pleinement heureux même sans le monde; il n’avait pas besoin de nous ni du monde, mais il nous a voulus, nous et le monde. Nous pouvons donc nous dire que tout ce qui existe, en particulier nous-mêmes, existe parce que Dieu a dit: je veux que tu sois; tu es là parce que je te veux, parce que je t’aime. Parce que Dieu est bon, nous existons (Augustin).

2. L’ordre dans la création. La Bible déclare à plusieurs reprises que Dieu dit … et cela fut. Dans le livre de la Sagesse, nous lisons: Tu as fait l’univers par ta parole (Sg 9,1; cf. Jn 1,3; Rm 4,17). Si le langage humain est capable de signifier quelque chose, si l’existence des créatures a un sens, c’est parce que Dieu a tout créé par sa parole. C’est par sa parole que Dieu sépare le cosmos du chaos, la lumière des ténèbres, le ciel de la terre. Dans la même perspective, la Bible dit que Dieu a créé toutes ses œuvres avec sagesse (cf. PS 104,24; Pr 8,27). Ainsi le monde n’est-il pas, pour le chrétien, l’expression d’une puissance de vie irrationnelle et désordonnée; il est, au contraire, rationnellement ordonné. Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids (Sg 11,20). Le monde est la réalisation des idées divines. Comment pourrait- on expliquer l’ordre merveilleux du monde, que la science ne cesse de redécouvrir, autrement que par un Esprit ordonnant tout? Dans sa recherche et sa réflexion, l’homme peut suivre à la trace et retrouver le dessein créateur de Dieu. Croire en Dieu, le Créateur, c’est affirmer que le monde a un sens et est pétri de rationalité.

3. La bonté de la création. Le récit biblique de la création répète sans cesse que Dieu a fait toute chose bonne (cf. Gn 1,4.10.12.18.21.31). Ce refrain signifie que tout vient de la bonté de Dieu et y participe. Partant de cette vérité, l’Eglise ancienne a dû s’opposer à la gnose. Ce système, très répandu dans l’Antiquité, rejetait le monde matériel comme mauvais et répudiait le Dieu créateur de l’Ancien Testament. Au Moyen Age également, l’Eglise a dû défendre la bonté de la création contre les représentations pessimistes des cathares et d’autres sectes dualistes (cf. DS 800; 1333; 3002; FC 29; 248; 253). Professer que la création est bonne dans toutes ses parties, c’est enlever tout fondement aux fausses ascèses, à la fuite hors du monde et au mépris du monde, au scepticisme et au pessimisme. C’est une bonne nouvelle pour notre civilisation qui s’interroge avec un mélange d’espoir et d’angoisse sur l’évolution actuelle du monde (GS 4).

4. L’essence de la création. En dépit de quelques concordances, la Bible parle de la création autrement que les mythes des autres religions de l’Antiquité, qui racontent le combat de Dieu contre les puissances du chaos ou les luttes des dieux entre eux. D’après la Bible, Dieu crée sans effort et d’une manière souveraine. Il crée autrement que les hommes, qui travaillent toujours une matière préexistante et ne font que la recréer et la transformer. Dans le cas de Dieu, il n’est jamais question d’une matière préexistante. C’est pourquoi Dieu n’est pas un démiurge (architecte du monde). Pour exprimer l’irréductible originalité de l’action créatrice de Dieu, l’Ecriture (cf. 2 M 7,28; Rm 4,17) et la doctrine de l’Eglise (cf. DS 800; 3025; FC 29; 259) parlent de création à partir du néant. Cela ne veut pas dire que le néant serait la matière dont le monde est fait, et que le monde serait donc, en fin de compte, une réalité vaine. Au contraire, l’absence de tout matériau préexistant est clairement affirmée. Positivement, on veut dire par là que Dieu seul est le fondement exclusif du monde, que celui-ci dépend pleinement de lui et, en tout ce qu’il est, participe à l’être de Dieu. Pour un monde qui éprouvait et qui éprouve encore de l’angoisse devant les forces anonymes et les puissances surhumaines du destin, c’est là une certitude réconfortante: tout ce que nous sommes, tout ce que nous possédons, tout ce qui existe, est un don de Dieu, dont il nous faut rendre grâce.

5. L’autonomie de la création. Dépendant totalement de Dieu, le monde est par nature tout à fait différent de Dieu, qui ne dépend en aucune façon de quoi que ce soit. Paradoxalement, cette dépendance totale confère à la créature une relative autonomie devant Dieu. Tirée du néant, elle reçoit de Dieu une dignité qui lui est propre. Le fait d’être créé n’est pas un abaissement ou une humiliation; c’est devenir capable, grâce à Dieu, d’exister en vue de Dieu. C’est pourquoi le deuxième concile du Vatican parle d’une autonomie bien comprise du monde et de ses différents domaines (cf. GS 36,41,56,76; AA 7). Cela signifie que la culture, les sciences, l’économie, la politique et les autres aspects de la réalité possèdent une autonomie relative, une vérité, une bonté, un ordre et des lois propres. L’homme doit respecter la dignité propre des créatures et leurs rythmes propres. Il ne doit pas en faire n’importe quoi. Le chrétien doit se comporter dans le monde et à tous les niveaux de la réalité d’une manière objectivement juste. Il découvre concrètement la volonté de Dieu dans l’organisation et les structures du monde et à travers elles. L »’autonomie bien comprise dont parle le concile doit être distinguée de la prétention à une autonomie absolue du monde par rapport à Dieu. Cette conception, propre au sécularisme moderne, est inconciliable avec la foi en la création du monde.

6. Le sens de la création. Précisément en raison de son autonomie, la création, qui est tout entière l’œuvre de Dieu, existe tout entière pour lui, pour sa gloire et sa louange. Le sens premier de la création est la glorification de Dieu. Cette idée revient constamment dans les psaumes:

Seigneur, notre Seigneur,
que ton nom est magnifique
par toute la terre!
Mieux que les cieux, elle chante ta splendeur (PS 8,2).
Les cieux racontent la gloire de Dieu,
le firmament proclame l’œuvre de ses mains (PS 19,2).

Dans le cantique des trois jeunes gens que le roi Nabuchodonosor fit jeter dans la fournaise, parce qu’ils refusaient d’adorer une idole qu’il avait érigée, toute la création, ciel et terre, soleil et lune, étoiles du ciel, pluie et rosée, éclairs et nuées, tout ce qui existe est appelé à glorifier Dieu: Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur: célébrez-le et exaltez-le à jamais (Dn 3,57). Nous retrouvons sans cesse, dans l’histoire de la piété chrétienne, la louange de Dieu à partir de la création. L’exemple le plus connu est le Cantique du soleil, dû à saint François d’Assise, qui l’a composé à la louange et à l’honneur de Dieu lorsqu’il était malade à Saint-Damien:

Très-Haut, tout-puissant, bon Seigneur,
à toi sont les louanges, la gloire
et l’honneur et toute bénédiction.
A toi seul, Très-Haut, ils conviennent,
et nul homme n’est digne de prononcer ton nom.
Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures,
spécialement monseigneur frère soleil,
qui donne le jour et par qui tu nous éclaires.
Il est beau et rayonnant avec une grande splendeur;
de toi, Très-Haut, il est le symbole
(traduction Alexandre Masseron).

De la même façon, François parle à la lune, aux étoiles, au vent, à l’eau précieuse et chaste, au feu, à la terre, aux fleurs et à l’herbe, mais aussi à la maladie, à la tribulation et à la mort. Il entretient un rapport vraiment fraternel avec toutes les autres créatures et c’est pourquoi il les appelle frères et sœurs.

Dire que le sens premier du monde est la glorification de Dieu, ce n’est pas imaginer un Dieu égoïste et narcissique. La gloire de Dieu est la gloire de son amour. L’honneur de Dieu est aussi le salut des hommes. La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant (lrénée de Lyon). La création sert également à faire le bonheur des créatures, qui ont la possibilité de participer à la gloire de Dieu et qui trouvent précisément dans la glorification de Dieu leur achèvement suprême. L’homme ne trouve pas son achèvement suprême dans l’avoir et la jouissance, mais dans la fête et la célébration, dans l’action de grâce, la louange et la glorification. L’eucharistie, l’action de grâce, dans laquelle le pain et le vin sont impliqués comme représentant toute la création, est par conséquent le lieu où se révèle le sens du monde. Elle est en quelque sorte une liturgie cosmique, qui anticipe l’achèvement final de l’homme. Paul a très bien exprimé la manière dont tout doit s’ordonner: Tout est à vous, mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu (l Co 3,22-23).

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l’église, Centurion / Cerf, 1987)

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