«La virginité est entrée dans le monde à travers Marie»

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«La virginité est entrée dans le monde à travers Marie»

C’est ce qu’écrit Pie XII dans l’encyclique Sacra virginitas. À l’occasion du cinquantième anniversaire du document sur la virginité consacrée, nous publions des extraits de Pères de l’Église cités par le Pape

par Lorenzo Bianchi
 
L’Annonciation  
 
     «La virginité sacrée et la chasteté parfaite consacrées au service de Dieu sont  certainement pour l’Église, parmi les trésors les plus précieux que son Auteur lui ait laissés en guise d’héritage. C’est pour cette raison que les saints Pères soulignaient que la virginité perpétuelle est un bien sublime, de caractère essentiellement chrétien. […] Les saints Pères – comme Cyprien, Athanase, Ambroise, Jean Chrysostome, Jérôme et Augustin et beaucoup d’autres – célébrèrent dans leurs écrits la virginité par de très hauts éloges. Cette doctrine des saints Pères, enrichie dans le cours des siècles par les docteurs de l’Église et par les maîtres de l’ascétique chrétienne a certainement une influence sur les chrétiens des deux sexes. Elle les incite en effet à se consacrer à Dieu dans la plus parfaite chasteté, à persévérer dans celle-ci jusqu’à la mort, et les confirme dans ce projet»  (Sacra virginitas, 1.3).
     Il y a cinquante ans, le 25 mars 1954, au moment de la fête de l’Annonciation, le pape Pie XII publiait, dans la seizième année de son pontificat, la lettre encyclique Sacra virginitas (“La virginité consacrée”). Ce texte est divisé, après l’introduction, en trois chapitres:  “L’enseignement de l’Église”, “Le caractère raisonnable de la virginité”, “La pratique de la virginité”, suivis d’une conclusion dans laquelle il est fait allusion à la diminution des vocations et aux persécutions dont sont victimes les personnes consacrées à Dieu. Il s’agit de la dernière, en ordre chronologique, des cinq plus importantes encycliques de Pie XII, après la Mystici Corporis (“Sur le Corps mystique de Jésus-Christ et sur notre union en lui avec le Christ”), du 29 juin 1943;  la Divino afflante Spiritu ( “Sur les Études bibliques”) de 30 septembre 1943; la Mediator Dei (“Sur la liturgie sacrée”) du 20 novembre 1947;  et la Humani generis (“Sur quelques fausses opinions qui menacent de ruiner les fondements de la doctrine catholique”), du 12 août 1950.
     Nous parcourons ci-dessous l’encyclique de Pie XII Sacra virginitas à travers des citations des écrits des Pères de l’Église nommés par le Pape, citations reprenant le titre de l’encyclique et regroupées par auteur en ordre chronologique:  Cyprien, évêque de Carthage, où il subit le martyr le 14 septembre 258;  Athanase, évêque d’Alexandrie, où il mourut le 2 mai 373;  Ambroise, évêque de Milan, mort la 4 avril 397;  et enfin Augustin, évêque d’Hippone, où il mourut le 28 août 430. 
 
Toutes les citations de Cyprien faites par Pie XII sont tirées de l’œuvre De habitu virginum composée en 249. Nous en rapportons trois ci-dessous 
     
     Cyprien
     
     «Les saints Pères exhortent les vierges à aimer leur Époux divin plus qu’elles n’aimeraient leur propre mari»
     Sacra virginitas, 15
     
     «Neque enim inanis haec cautio est et vana formido quae ad salutis viam consulit, quae Dominica et vitalia praecepta custodit, ut quae se Christo dicaverint, et a carnali concupiscentia recedentes tam carne quam mente se Deo voverint, consumment opus suum magno praemio destinatum, nec ornari iam aut placere cuiquam nisi Domino suo studeant, a quo et mercedem virginitatis expectant»
     
     «Ce n’est pas une inutile précaution ou une peur vaine que celle qui se soucie de la voie du salut et qui garde les préceptes du Seigneur, qui sont sources de vie, afin que les vierges qui se sont consacrées au Christ et qui, renonçant à la concupiscence de la chair, se sont vouées à Dieu tant dans leur chair que dans leur esprit, portent à terme leur œuvre destinée à un grand prix et ne cherchent pas à s’embellir ou à plaire à quiconque, si ce n’est à leur Seigneur dont elles attendent la récompense de leur virginité»
     Cyprien, De habitu virginum, 4: PL 4, 443-444     
     
     «La virginité est une vertu angélique»
     Sacra virginitas, 27 
     
     «Quod futuri sumus iam vos esse coepistis. Vos resurrectionis gloriam in isto saeculo iam tenetis, per saeculum sine saeculi contagione transitis. Cum castae perseveratis et virgines, angelis Dei estis aequales»
     
     «Ce que nous serons un jour, vous commencez déjà à l’être. Vous jouissez dès ce siècle de la gloire de la résurrection, vous traversez ce siècle sans être contaminées par lui. Tant que vous persévérez chastes et vierges, vous êtes égales aux anges de Dieu» .
     Cyprien, De habitu virginum, 22: PL 4,462     
     
     «Les vierges offrent un signe admirable de la sainteté florissante et de la fécondité spirituelle dans laquelle excelle la société fondée par Jésus-Christ»
     Sacra virginitas, 27 
     
     «Flos est ille ecclesiastici germinis, decus atque ornamentum gratiae spiritalis, laeta indoles, laudis et honoris opus integrum atque incorruptum, Dei imago respondens ad sanctimoniam Domini, illustrior portio gregis Christi. Gaudet per illas atque in illis largiter floret Ecclesiae matris gloriosa foecunditas; quantoque plus copiosa virginitas numero suo addit, tanto plus gaudium matris augescit»
     
     «La virginité est une fleur qui bourgeonne dans l’Église, honneur et ornement de la grâce de l’Esprit Saint, nature joyeuse, œuvre intacte et non corrompue de louange et de gloire, image de Dieu qui reflète la sainteté du Seigneur, portion la plus illustre du troupeau du Christ. La mère Église se réjouit de celles-ci [les vierges] et sa glorieuse fécondité fleurit en elles abondamment:  et plus grandit la foule des vierges, plus est grande la joie de la mère Église»
     Cyprien, De habitu virginum, 3: PL 4, 443
 
 
La citation d’Athanase proposée ici est tirée de l’Apologia ad Constantium commencée en 353 
     
     Athanase
     
     «L’Église catholique a l’habitude d’appeler les vierges épouses du Christ» 
     Sacra virginitas, 14
     
     «Le Fils de Dieu, Notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ devenu homme pour nous, a aboli la mort et libéré notre race de l’empire de la corruption. En plus de toutes ces grâces, il nous a donné de posséder sur la terre une image de la sainteté même des anges, la virginité. Celles qui font profession de cette vertu, l’Église catholique a coutume de les appeler les fiancées du Christ. Les païens eux-mêmes qui les voient les admirent comme des temples du Verbe; nulle part, en effet, c’est vrai, ne se trouve en vigueur cette vénérable et céleste institution si ce n’est parmi nous, les chrétiens» .
     Athanase, Apologia ad Constantium, 33: PG 25, 640     
     
     Ambroise
 
Les citations d’Ambroise sont nombreuses; celles qui sont proposées ici sont tirées duDe virginibus, œuvre de 377, et du De institutione virginis, datable de 392 
     
     «La virginité perpétuelle est un bien suprême de caractère essentiellement chrétien et se distingue de la virginité païenne parce que cette dernière a un caractère  temporaire»
     Sacra virginitas, 1   
     
     «Quis mihi praetendit Vestae virgines et Palladis sacerdotes? Qualis ista est non morum pudicitia, sed annorum: quae non perpetuitate, sed aetate praescribitur! Petulantior est talis integritas, cuius corruptela seniori servatur aetati. Ipsi docent virgines suas non debere perseverare, nec posse, qui virginitati finem dederunt. Qualis autem est illa religio, ubi pudicae adolescentes iubentur esse, impudicae anus?»
     
     «Et qui voudra me faire l’éloge des vierges de Vesta et des prêtresses de Pallas? Quelle est cette pudeur qui n’est pas une pudeur de mœurs mais d’années: qui n’est pas prescrite à perpétuité mais pour un temps donné? Elle est sans pudeur cette intégrité dont la violation est réservée à un âge plus mûr. Ceux-là mêmes qui ont posé un terme à la virginité, enseignent à leurs vierges qu’elles ne doivent ni ne peuvent être persévérantes. Mais quel est ce saint lien par lequel les jeunes filles sont obligées d’être pudiques et les vieilles femmes impudiques?»
     Ambroise, De virginibus, I,4, 15: PL 16,193
     
     
     «Il y a dès l’époque d’Ambroise une grande ressemblance entre le rite de la consécration des vierges et celui de la bénédiction nuptiale»
     Sacra virginitas, 14
     
     «Te quaeso ut tuearis hanc famulam tuam, quae tibi servire, tibi animam suam, tibi integritatis suae studium dicare praesumpsit. Quam sacerdotali munere offero, affectu patrio commendo; ut propitius et praesul conferas ei gratiam, quo coelestium thalamorum immorantem adytis Sponsum excutiat, mereatur videre, introducatur in cubiculum Dei sui regis: mereatur audire dicentem sibi: “Ades huc a Libano, Sponsa, ades huc a Libano; transibis et pertransibis a principio fidei” (Ct 4, 8); ut transeat saeculum, ad illa aeterna pertranseat. [...] Egredere itaque tu, Domine Iesu, in die sponsalium tuorum, suscipe iamdudum devotam tibi spiritu, nunc etiam professione»
     
     «Je vous supplie de protéger votre servante qui a osé se mettre à votre service, vous consacrer son âme et vous dédier le zèle de son intégrité. Je vous l’offre comme prêtre. Je vous la recommande avec une affection paternelle afin que, protecteur bienveillant, vous lui donniez la grâce de pouvoir éveiller l’Époux qui demeure au plus secret des chambres nuptiales célestes, de mériter de le voir, d’être introduite dans la chambre de Dieu, son roi, et de mériter de l’entendre lui dire: “Viens du Liban, ma fiancée, viens du Liban; du principe de la foi tu traverseras et tu atteindras”(Ct 4, 8), de sorte qu’elle traverse le monde et atteigne l’éternité. […] Sors donc, ô Seigneur Jésus, le jour de tes noces, accueille celle qui depuis longtemps t’est dévouée en esprit et maintenant aussi par sa profession»
     Ambroise, De institutione virginis, 17, 107.114: PL 16, 331.334
     
      «Mais pour garder la chasteté pure et la perfectionner, il existe un moyen dont l’efficacité merveilleuse est confirmée par l’expérience répétée des siècles: à savoir une dévotion solide et très ardente envers la vierge Mère de Dieu. Celle-ci, selon la parole de saint Ambroise, est “la maîtresse de la virginité” et la mère très puissante des âmes, de celles surtout qui se consacrent au service de Dieu»
     Sacra virginitas, 58 
     
     «Et quae esset, cui maius quam matri Dominus meritum reponeret, praemium reservaret? Nulli enim uberiora quam virginita­ti deputavit munera [...]. Aliis promittit ut non deficiant: matrem suam deficere patiebatur? Sed non deficit Maria, non deficit virginitatis magistra; nec fieri poterat ut quae Deum portaverat, portandum hominem arbitraretur»
     
     «Et à qui le Seigneur devrait-il attribuer un mérite plus grand, réserver un prix plus grand qu’à sa propre mère? Il n’a en effet destiné à personne des dons plus riches qu’à la virginité […]. Il promet aux autres qu’ils ne failliront pas: pouvait-il donc supporter que sa mère faillît? Mais Marie ne faillit pas, la maîtresse de virginité ne faillit pas; et il ne pouvait pas arriver que celle qui avait porté Dieu dans son sein, pensât y porter un homme»
     Ambroise, De institutione virginis, 6, 45: PL 16, 317
     
     
     «Cuius tanta gratia, ut non solum in se virginitatis gratiam reservaret, sed etiam his quos viseret integritatis insigne conferret»
     
     «La grâce de Marie fut si grande que, loin de se réserver à elle seule le don de la virginité elle conférait à ceux qu’elle voyait la parure de l’intégrité»
     
     Ambroise, De institutione virginis, 7, 50: PL 16, 319
     
     
      «La fidélité des vierges à leur Époux divin dépend de la prière»
     Sacra virginitas, 56
     
     «Oratio quoque nos Deo crebra commendet. Si enim propheta dicit: “Septies in die laudem dixi tibi” (Sal 118 [119], 164), qui regni erat necessitatibus occupatus; quid nos facere oportet, qui legimus: “Vigilate et orate, ne intretis in tentationem” (Mt 26, 41)? Certe solemnes orationes cum gratiarum actione sunt deferendae, cum e somno surgimus, cum prodimus, cum cibum paramus sumere, cum sumpserimus, et hora incensi, cum denique cubitum pergimus. Sed etiam in ipso cubili volo psalmos cum oratione Dominica frequenti contexas vice, vel cum evigilaveris, vel antequam corpus sopor irriget; ut te in ipso quietis exordio rerum saecularium cura liberam, divina meditantem somnus inveniat. Denique etiam qui primus philosophiae ipsius nomen invenit, quotidie priusquam cubitum iret, tibicinem iubebat molliora canere, ut anxia curis saecularibus corda mulceret. Sed ille, sicut is qui laterem lavat, saecularia saecularibus frustra cupiebat abolere; magis enim se oblinibat luto, qui remedium a voluptate quaerebat: nos autem terrenorum vitiorum colluvione detersa, ab omni inquinamento carnis mentium interna mundemus. Symbolum quoque specialiter debemus tamquam nostri signaculum cordis antelucanis horis quotidie recensere: quo etiam cum horremus aliquid, animo recurrendum est. Quando enim sine militiae sacramento, miles in tentorio, bellator in praelio?»
     
     «Et que l’oraison fréquente nous recommande aussi à Dieu. Si, en effet, le prophète dit: “Sept fois le jour, je te loue” (Ps 118 [119], 164), lui qui était occupé à pourvoir aux besoins du royaume, que devons-nous faire nous qui lisons: “Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation (Mt 26, 41)? Il nous faut certainement élever des prières solennelles et des actions de grâce quand nous nous réveillons, quand nous sortons, quand nous nous apprêtons à prendre de la nourriture, après que nous avons mangé, à la tombée du jour, enfin quand nous allons dormir. Mais je veux que, dans ton lit aussi, tu mêles et alternes de façon répétée les psaumes et l’oraison du Seigneur, quand tu te réveilles et avant que le sommeil ne détende ton corps, afin que le sommeil te trouve au début de ton repos, libre des choses du monde, pendant que tu médites celles de Dieu. Et en effet celui qui, le premier inventa le terme de “philosophie” [Pythagore], chaque jour, avant d’aller au lit, donnait l’ordre au flûtiste de jouer de douces musiques pour soulager son cœur opprimé par les soucis du monde. Mais celui-ci, comme celui qui lave une brique [c’est-à-dire fait un travail inutile], voulait en vain éliminer les choses du monde avec des instruments du monde; car en cherchant un remède dans le plaisir, il se maculait davantage encore de boue. Nous, en revanche, après avoir lavé toute souillure venant des vices terrestres, nous purifions intérieurement nos esprits de toute contamination de la chair. Nous devons, en particulier, chaque jour, avant l’aube, réciter aussi la profession de foi comme si elle était le sceau de notre cœur et nous devons aussi avoir courageusement recours à elle quand nous sommes terrorisés. A-t-on déjà vu en effet un soldat dans sa tente, un combattant dans la bataille qui n’ait prêté un serment militaire?»
      Ambroise, De virginibus, III, 4, 18-20: PL 16, 225
 
 
Parmi les nombreuses citations d’Augustin présentes dans l’encyclique, nous en proposons deux qui sont tirées des Lettres et de l’ouvrageDe sancta virginitate, écrit en 401  
     
     Augustin
     
     «Tous les saints et les saintes ont toujours considéré la fuite et l’attention vigilante à éloigner avec diligence toute occasion de péché comme le meilleur moyen pour vaincre en cette matière» 
     Sacra virginitas, 49
     
     «Nec dicatis vos habere animos pudicos, si habeatis oculos impudicos: quia impudicus oculus impudici cordis est nuntius»
     
     «Ne dites pas que vous avez des âmes pures si vous avez des yeux impurs: parce que l’œil impur est l’indice d’un cœur impur»
     Augustin, Epistolae, 211,10: PL 33, 961
     
     
     «Personne, peut-être, mieux qu’Augustin, n’a montré l’importance de l’humilité chrétienne pour sauvegarder la virginité»
     Sacra virginitas, 54
     
     «Perpetua continentia, maximeque virginitas, magnum bonum est in sanctis Dei, vigilantissime cavendum est ne superbia corrumpatur. [...] Quod bonum quanto magnum video, tanto ei, ne pereat, furem superbiam pertimesco. Non ergo custodit bonum virginale, nisi Deus ipse qui dedit: et “Deus charitas est”  (1Gv 4, 8) . Custos ergo virginitatis charitas: locus autem huius custodis humilitas»
     
     «La continence perpétuelle, et encore beaucoup plus la virginité, sont un grand bien chez les saints de Dieu; mais il faut veiller avec une grande vigilance à ce qu’il ne soit pas corrompu par l’orgueil. […] Plus est grand le bien que je vois, plus je crains que l’orgueil ne le ravisse. Ainsi le bien de la virginité, personne ne le garde mieux que Dieu qui l’a accordé; et “Dieu est charité” (1Jn 4,8). La gardienne de la virginité est donc la charité, mais la demeure de cette gardienne est l’humilité»
     Augustin, De sancta virginitate, 33.51: PL 40, 415.426

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