Archive pour juin, 2010

Le bal de l’obéissance : « Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé. »

7 juin, 2010

du site:

http://www.ndweb.org/ecrit/delbrel/bal.html

Madeleine DELBREL,

Le bal de l’obéissance      

« Nous avons joué de la flûte et vous n’avez pas dansé. »

C’est le 14 juillet.
Tout le monde va danser.
Partout, depuis des mois, des années, le monde danse.
Plus on y meurt, plus on y danse.
Vagues de guerres, vagues de bal.

II y a vraiment beaucoup de bruit.
Les gens sérieux sont couchés.
Les religieux récitent les matines de saint Henri, roi.
Et moi je pense
A l’autre roi,
Au roi David qui dansait devant l’Arche.

Car s’il y a beaucoup de saintes gens qui n’aiment pas danser,
Il y a beaucoup de saints qui ont eu besoin de danser,
Tant ils étaient heureux de vivre :
Sainte Thérèse avec ses castagnettes,
Saint Jean de la Croix avec un Enfant Jésus dans les bras,
Et saint François, devant le pape.
Si nous étions contents de vous, Seigneur,
Nous ne pourrions pas résister
A ce besoin de danser qui déferle sur le monde,
Et nous arriverions à deviner
Quelle danse il vous plaît de nous faire danser
En épousant les pas de votre Providence.

Car je pense que vous en avez peut-être assez
Des gens qui, toujours, parlent de vous servir avec des airs de
Capitaines,
De vous connaître avec des airs de professeurs,
De vous atteindre avec des règles de sport.
De vous aimer comme on s’aime dans un vieux ménage.

Un jour où vous aviez un peu envie d’autre chose,
Vous avez inventé saint François,
Et vous en avez fait votre jongleur.
A nous de nous laisser inventer
Pour être des gens joyeux qui dansent leur vie avec vous.

Pour être un bon danseur, avec vous comme ailleurs, il ne faut
Pas savoir où cela mène.
Il faut suivre,
Être allègre,
Être léger,
Et surtout ne pas être raide.
Il ne faut pas vous demander d’explications
Sur les pas qu’il vous plaît de faire.
Il faut être comme un prolongement,
Agile et vivant de vous,
Et recevoir par vous la transmission du rythme de l’orchestre.
Il ne faut pas vouloir à tout prix avancer,
Mais accepter de tourner, d’aller de côté.
Il faut savoir s’arrêter et glisser au lieu de marcher.
Et cela ne serait que des pas imbéciles
Si la musique n’en faisait une harmonie.

Mais nous oublions la musique de votre esprit,
Et nous faisons de notre vie un exercice de gymnastique ;
Nous oublions que, dans vos bras, elle se danse,
Que votre Sainte Volonté
Est d’une inconcevable fantaisie,
Et qu’il n’est de monotonie et d’ennui
Que pour les vieilles âmes
Qui font tapisserie
Dans le bal joyeux de votre amour.

Seigneur, venez nous inviter.
Nous sommes prêts à vous danser cette course à faire,
Ces comptes, le dîner à préparer, cette veillée où l’on aura
Sommeil.

Nous sommes prêts à vous danser la danse du travail,
Celle de la chaleur, plus tard celle du froid.
Si certains airs sont souvent en mineur, nous ne vous dirons pas
Qu’ils sont tristes ;
Si d’autres nous essoufflent un peu, nous ne vous dirons pas
Qu’ils sont époumonants.
Et si des gens nous bousculent, nous le prendrons en riant,
Sachant bien que cela arrive toujours en dansant.

Seigneur, enseignez-nous la place
Que, dans ce roman éternel
Amorcé entre vous et nous,
Tient le bal singulier de notre obéissance.

Révélez-nous le grand orchestre de vos desseins,
Où ce que vous permettez
Jette des notes étranges
Dans la sérénité de ce que vous voulez.
Apprenez-nous à revêtir chaque jour
Notre condition humaine
Comme une robe de bal, qui nous fera aimer de vous
Tous ses détails comme d’indispensables bijoux.

Faites-nous vivre notre vie,
Non comme un jeu d’échecs où tout est calculé,
Non comme un match où tout est difficile,
Non comme un théorème qui nous casse la tête,
Mais comme une fête sans fin où votre rencontre se renouvelle,
Comme un bal,
Comme une danse,
Entre les bras de votre grâce,
Dans la musique universelle de l’amour.

Seigneur, venez nous inviter. 
 

Extrait de Nous autres, gens des rues, Madeleine DELBREL, 1966, 1995 pour la réédition dans la
collection Livre de vie, Le Seuil, Paris, p.81  

Chromace d’Aquilée : « Après la loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1,17)

7 juin, 2010

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20100607

Le lundi de la 10e semaine du Temps Ordinaire : Mt 5,1-12
Commentaire du jour
Chromace d’Aquilée (?-407), évêque
Sermon 39 ; CCL 9A, 169-170

« Après la loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1,17)

      Il est bien que la nouvelle loi soit proclamée sur une montagne puisque la loi de Moïse a été donnée sur une montagne. L’une consiste en dix commandements destinés à former les hommes en vue de la conduite de la vie présente, l’autre en huit béatitudes, car elle conduit ceux qui la suivent à la vie éternelle et à la patrie céleste.

      « Bienheureux les doux car ils posséderont la terre. » Il faut donc être des doux, paisibles d’âme et sincères de coeur ; le Seigneur montre clairement que leur mérite n’est pas petit, en disant : « Ils posséderont la terre ». Il s’agit sans aucun doute de cette terre dont il est écrit : « Je suis sûr, je verrai la bonté du Seigneur sur la terre des vivants » (Ps 26,13). L’héritage de cette terre-là, c’est l’immortalité du corps et la gloire de la résurrection éternelle. Car la douceur ignore l’orgueil, elle ne connaît pas la vantardise, elle ne connaît pas l’ambition. Aussi, ce n’est pas sans raison que le Seigneur exhorte ailleurs ses disciples en disant : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur et vous trouverez le repos pour vos âmes » (Mt 11,29).

      « Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » Non pas ceux qui pleurent la perte de ce qui leur est cher, mais qui pleurent leurs péchés, qui se lavent de leurs fautes par des larmes, et sans doute ceux qui pleurent l’iniquité de ce monde, ou déplorent les fautes des autres.

St. Stephen the First Martyr

6 juin, 2010

St. Stephen the First Martyr  dans images sacrée St_Stephen_Martyrdom

http://www.antiochian.org/saint_stephen

Pape Benoît: Saint Paul, le martyre et son héritage

6 juin, 2010

je ne suis pas capable de bien traduire et de l’italien au français et je ne peux pas vous dire  mon souvenir du Père Padovese, le nonce apostolique assassiné, mais mon cœur est plein de sa mémoire, quand il ya des enterrements qui se tiendra à Milan, je vais le traduire, peut-être avec l’aide d’un traducteur, l’homélie de l’archevêque de Milano Tettamanzi

à la mémoire du Mons. Luigi Padovese, je vous propose, du site:

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090204_fr.html

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 4 février 2009

SAINT PAUL

Le martyre et son héritage

Chers frères et sœurs,

La série de nos catéchèses sur la figure de saint Paul est arrivée à sa conclusion:  nous souhaitons parler aujourd’hui de la fin de sa vie terrestre. L’antique tradition chrétienne témoigne de manière unanime que la mort de Paul eut lieu suite au martyre subi ici à Rome. Les écrits du nouveau Testament ne nous racontent pas cet épisode. Les Actes des Apôtres achèvent leur récit en évoquant l’emprisonnement de l’Apôtre, qui pouvait toutefois recevoir tous ceux qui venaient le voir (cf. Ac 28, 30-31). C’est uniquement dans la deuxième Lettre à Timothée que nous trouvons ces paroles prémonitoires:  « Quant à moi je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu » (2 Tm 4, 6; cf. Ph 2, 17). On a ici recours à deux images, l’image cultuelle du sacrifice, qu’il avait déjà utilisée dans la première Lettre aux Philippiens en interprétant le martyre comme une partie du sacrifice du Christ, et l’image marine de jeter les amarres:  deux images qui ensemble, font discrètement allusion à l’événement de la mort, et d’une mort dans le sang.

Le premier témoignage explicite sur la fin de saint Paul nous vient du milieu des années 90 du Ier siècle, c’est-à-dire un peu plus de trois décennies après sa mort effective. Il s’agit précisément de la Lettre que l’Eglise de Rome, avec son évêque Clément I, écrivit à l’Eglise de Corinthe. Dans ce texte épistolaire, l’on est invité à garder devant les yeux l’exemple des apôtres, et, immédiatement après avoir mentionné le martyre de Pierre, on lit ceci:  « A cause de la jalousie et de la discorde, Paul fut obligé de nous montrer comment l’on obtient le prix de la patience. Arrêté sept fois, exilé, lapidé, il fut le héraut du Christ en Orient et en Occident, et en raison de sa foi, il s’acquit une gloire pure. Après avoir prêché la justice au monde entier, et après être parvenu à l’extrémité de l’Occident, il subit le martyre devant les gouvernants; c’est ainsi qu’il quitta ce monde et qu’il parvint au lieu saint, devenu ainsi le plus grand modèle de patience » (1 Clem 5, 2). La patience dont il parle est l’expression de sa communion à la passion du Christ, de la générosité et de la constance avec laquelle il a accepté le long chemin de souffrance, afin de pouvoir dire:  « Je porte dans mon corps les marques de Jésus » (Ga 6, 17). Nous avons entendu dans le texte de saint Clément que Paul serait arrivé jusqu’à « l’extrémité de l’occident ». L’on se demande s’il s’agit d’une allusion à un voyage en Espagne, que saint Paul aurait fait. Il n’existe pas de certitudes sur ce point, mais il est vrai que saint Paul dans sa Lettre aux Romains exprime son intention d’aller en Espagne (cf. Rm 15, 24).

Ce qui est en revanche très intéressant dans la lettre de Clément, c’est la succession des deux noms de Pierre et de Paul, même s’ils seront intervertis dans le témoignage d’Eusèbe de Césarée du iv siècle, qui en parlant de l’Empereur Néron écrivait:  « Pendant son règne, Paul fut décapité précisément à Rome et Pierre y fut crucifié. Le récit est confirmé par le nom de Pierre et de Paul, qui est encore aujourd’hui conservé sur leurs sépulcres dans cette ville » (Hist. eccl. 2, 25, 5). Eusèbe poursuit ensuite en rapportant la déclaration précédente d’un prêtre romain du nom de Gaius, remontant aux débuts du ii siècle:  « Je peux te montrer les trophées des apôtres:  si tu vas au Vatican ou sur la Via Ostiense, tu y trouveras les trophées des fondateurs de l’Eglise » (ibid., 2, 25, 6-7). Les « trophées » sont les monuments sépulcraux, et il s’agit des sépultures elles-mêmes de Pierre et de Paul qu’aujourd’hui encore, deux mille ans après, nous vénérons nous aussi dans les mêmes lieux:  que ce soit ici au Vatican en ce qui concerne Pierre, ou dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs sur la Via Ostiense en ce qui concerne l’Apôtre des nations.

Il est intéressant de noter que les deux grands apôtres sont mentionnés ensemble. Même si aucune source antique ne parle d’un éventuel ministère commun à Rome, la conscience chrétienne qui suivra sur la base de leur sépulture à tous deux dans la capitale de l’empire, les associera également comme fondateurs de l’Eglise de Rome. C’est en effet ce que l’on lit chez Irénée de Lyon, vers la fin du ii siècle, à propos de la succession apostolique dans les diverses Eglises:  « Comme il serait trop long d’énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons la très grande et très antique Eglise connue de tous, l’Eglise fondée et établie à Rome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul » (Adv. haer. 3, 3, 2).

Laissons cependant à présent de côté la figure de Pierre et concentrons-nous sur celle de Paul. Son martyre est raconté pour la première fois par les Actes de Paul, écrits vers la fin du II siècle. Ceux-ci rapportent que Néron le condamna à mort par décollation, et que celle-ci fut exécutée immédiatement après (cf. 9, 5). La date de la mort varie déjà dans les sources antiques, qui la situent entre la persécution lancée par Néron lui-même après l’incendie de Rome, qui eut lieu en juillet de l’an 64, et la dernière année de son règne, c’est-à-dire 68 (cf. Jérôme, De viris ill., 5, 8). Le calcul dépend beaucoup de la chronologie de l’arrivée de Paul à Rome, un débat dans lequel nous ne pouvons pas entrer ici. Des traditions successives précisèrent deux autres éléments. L’un, le plus légendaire, est que le martyre eut lieu aux Acquae Salviae, sur la via Laurentina, et que sa tête rebondit trois fois, ce qui à chaque fois suscita l’écoulement d’un flot d’eau, c’est la raison pour laquelle le lieu porte le nom, aujourd’hui encore, de « Tre fontane », Trois fontaines (Actes de Pierre et Paul du Pseudo Marcel, du v siècle). L’autre, en harmonie avec l’antique témoignage, déjà mentionné, du prêtre Gaius, est que sa sépulture eut lieu non seulement « en dehors de la ville… au deuxième mille sur la via Ostiense », mais plus précisément « dans le domaine de Lucina », qui était une femme chrétienne (Passion de Paul du Pseudo Abdia, du vi siècle). C’est là que, au IV siècle, l’empereur Constantin érigea une première église, ensuite largement agrandie entre le IV et le V siècle par les empereurs Valentinien II, Théodose et Arcadius. Après l’incendie de 1800, fut ici érigée l’actuelle basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.

Quoi qu’il en soit, la figure de saint Paul a un rayonnement qui va bien au-delà de sa vie terrestre et de sa mort; en effet, il a laissé un extraordinaire héritage spirituel. Lui aussi, comme un véritable disciple de Jésus, devint un signe de contradiction. Alors que parmi ceux qu’on appelait les « ébionites » – un courant judéo-chrétien – il était considéré comme apostat par la loi mosaïque, dans le livre des Actes des Apôtres apparaît une grande vénération envers l’apôtre Paul. Je voudrais à présent faire abstraction de la littérature apocryphe, comme les Actes de Paul et Tecla et un recueil de lettres apocryphes entre l’Apôtre Paul et le philosophe Sénèque. Il est surtout important de constater que, très vite, les Lettres de saint Paul entrent dans la liturgie, où la structure prophète-apôtre-Evangile est déterminante pour la forme de la liturgie de la Parole. Ainsi, grâce à cette « présence » dans la liturgie de l’Eglise, la pensée de l’Apôtre devient dès le début une nourriture spirituelle pour les fidèles de tous les temps.

Il est évident que les Pères de l’Eglise et ensuite tous les théologiens se sont nourris des Lettres de saint Paul et de sa spiritualité. Il est ainsi resté au cours des siècles, jusqu’à aujourd’hui, le véritable maître et apôtre des nations. Le premier commentaire patristique qui nous soit parvenu sur un écrit du Nouveau Testament est celui du grand théologien d’Alexandrie, Origène, qui commente la Lettre de Paul aux Romains. Ce commentaire n’est malheureusement conservé qu’en partie. Saint Jean Chrysostome, en plus des commentaires de ses Lettres, a écrit sur lui sept Panégyriques mémorables. Saint Augustin lui devra le pas décisif de sa propre conversion, et il fera référence à Paul tout au long de sa vie. De ce dialogue permanent avec l’Apôtre dérive sa grande théologie catholique et également la théologie protestante de tous les temps. Saint Thomas d’Aquin nous a laissé un beau commentaire aux Lettres pauliniennes, qui représente le fruit le plus mûr de l’exégèse médiévale. Un véritable tournant eut lieu au xvi siècle avec la Réforme protestante. Le moment décisif de la vie de Luther fut ce que l’on appelle « Turmerlebnis », (1517) au cours duquel il trouva en un instant une nouvelle interprétation de la doctrine paulinienne de la justification. Une interprétation qui le libéra des scrupules et des angoisses de sa vie précédente et lui donna une nouvelle confiance radicale dans la bonté de Dieu qui pardonne tout sans condition. A partir de ce moment, Luther identifia le droit judéo-chrétien, condamné par l’Apôtre, avec l’ordre de la vie de l’Eglise catholique. Et l’Eglise lui apparut donc comme l’expression de l’esclavage de la loi, à laquelle il opposa la liberté de l’Evangile. Le Concile de Trente, de 1545 à 1563, interpréta de manière profonde la question de la justification et trouva en continuité avec toute la tradition catholique la synthèse entre la loi et l’Evangile, conformément au message de l’Ecriture Sainte lue dans sa totalité et son unité.

Le XIX siècle, recueillant le meilleur héritage du siècle des Lumières, connut un renouveau du paulinisme, en particulier sur le plan du travail scientifique développé par l’interprétation historique et critique de l’Ecriture Sainte. Nous laisserons de côté le fait qu’à ce siècle-là également, comme ensuite au xx siècle, apparut un véritable dénigrement de saint Paul. Je pense en particulier à Nietzsche, qui dénigrait la théologie de l’humilité de saint Paul, en opposant à celle-ci sa théologie de l’homme fort et puissant. Mais laissons tout cela de côté, et examinons le courant essentiel de la nouvelle interprétation scientifique de l’Ecriture Sainte et du nouveau paulinisme de ce siècle. On a souligné ici en particulier comme central dans la pensée paulinienne le concept de liberté:  dans celui-ci a été identifié le cœur de la pensée paulinienne, comme par ailleurs l’avait déjà pressenti Luther. Or le concept de liberté était toutefois réinterprété dans le contexte du libéralisme moderne. De plus, on souligne fortement la différence entre l’annonce de saint Paul et l’annonce de Jésus. Et saint Paul apparaît presque comme un nouveau fondateur du christianisme. Il est vrai que chez saint Paul, le caractère central du Royaume de Dieu, déterminant pour l’annonce de Jésus, est transformé dans le caractère central de la christologie, dont le point déterminant est le mystère pascal. Et du mystère pascal découlent les Sacrements du Baptême et de l’Eucharistie, comme présence permanente de ce mystère, à partir duquel croît le Corps du Christ et se construit l’Eglise. Mais, je dirais, sans entrer à présent dans les détails, que c’est précisément dans le nouveau caractère central de la christologie et du mystère pascal que se réalise le Royaume de Dieu, l’annonce authentique de Jésus devenant concrète, présente et active. Nous avons vu dans les catéchèses précédentes que cette nouveauté paulinienne est précisément la fidélité la plus profonde à l’annonce de Jésus. Dans le progrès de l’exégèse, en particulier au cours des deux cents dernières années, croissent également les convergences entre exégèse catholique et exégèse protestante, réalisant ainsi un consensus remarquable précisément sur le point qui fut à l’origine du plus grand désaccord historique. Il s’agit donc d’une grande espérance pour la cause de l’œcuménisme, si centrale pour le Concile Vatican ii.
Enfin, je voudrais brièvement évoquer une fois de plus les divers mouvements religieux, apparus à l’époque moderne au sein de l’Eglise catholique, et qui se réfèrent au nom de saint Paul. C’est ce qui a eu lieu au xvi siècle avec la « Congrégation de saint Paul », dite des barnabites, au xix siècle avec les missionnaires de saint Paul, ou Paulistes, et au XX siècle avec la « Famille paulinienne » sous de multiples formes, fondée par le bienheureux Giacomo Alberione, pour ne pas parler de l’Institut séculier de la « Compagnie de saint Paul ». En résumé, demeure lumineuse devant nous la figure d’un apôtre et d’un penseur chrétien extrêmement fécond et profond, dont chacun peut tirer profit de l’étude. Dans l’un de ses panégyriques, saint Jean Chrysostome fit une comparaison originale entre Paul et Noé, en s’exprimant ainsi:  Paul « n’assembla pas des planches pour fabriquer une arche; au contraire, au lieu d’unir des planches de bois, il composa des lettres et ainsi arracha aux flots non pas deux, trois ou cinq membres de sa famille, mais tout l’œkoumène qui était sur le point de périr » (Paneg. 1, 5). C’est précisément cela que peut encore et toujours faire l’apôtre Paul. Puiser chez lui, tant dans son exemple apostolique que dans sa doctrine, sera donc un encouragement, sinon une garantie, pour la consolidation de l’identité chrétienne de chacun de nous et le rajeunissement de l’Eglise tout entière.

« Le martyr chrétien donne sa vie afin que d’autres vivent »

6 juin, 2010

À la mémoire du Père Luigi Padovese je vous propose, du site:

http://www.zenit.org/article-7570?l=french

« Le martyr chrétien donne sa vie afin que d’autres vivent »

Présentation du martyre des Eglises orientales catholiques

CITE DU VATICAN, Mardi 23 mars 2004 (ZENIT.org) – « Le martyr chrétien donne sa vie afin que d’autres vivent », rappelle le prof. Riccardi à propos du martyre des catholiques orientaux sous Staline et le régime soviétique.

Au cours de la conférence de presse de présentation au Vatican ce matin du livre « Foi et martyre. Les Eglises orientales catholiques dans l’Europe du XX siècle », le prof. Andrea Riccardi a mis l’accent sur la grande intuition de Jean-Paul II « grâce à qui l’Eglise du XXe siècle est à nouveau perçue comme une Eglise de martyrs » et cette mémoire conduit à une « connaissance renouvelée de Dieu et de l’Eglise ».

Il précisait aussi la signification chrétienne du mot « martyr ». « Aujourd’hui, disait-il, le mot « martyr » est employé abusivement dans notre langage. On parle de martyre dans un sens laïc. On parle de martyre pour les kamikazes islamistes. Mais le  » shahid », le martyre « suicide » est bien différent du martyre chrétien. Le martyr chrétien ne se tue pas pour tuer d’autre personnes. Le martyr chrétien donne sa vie afin que d’autres ne soient pas tués, pour ne pas abandonner sa foi, pour soutenir d’autres croyants, par amour ».

« Les catholiques orientaux, continuait le prof. Riccardi, est une catégorie que la politique communiste n’a admise dans aucune région sous sa domination à l’Est de l’Europe ». Et le livre expose en détail « le projet soviétique de faire disparaître le catholicisme oriental ».

Le martyre des catholiques orientaux « est également lié, disait-il, à leur situation particulière d’appartenance à deux mondes; celui de la tradition orientales et celui de l’Eglise catholique ».

C’est pour cela disait-il que « le martyre des catholiques orientaux en tant que personnes se trouvant à la frontière de deux mondes a souvent été plus dur que celui des latins ou des orthodoxes ».

Dans l’Est européen « on doit parler d’un vrai martyre d’un peuple », concluait le prof. Riccardi.

bonne nuit

6 juin, 2010

bonne nuit dans image bon nuit, jour, dimanche etc. file0001919518457

http://www.morguefile.com/archive/browse/#/?display_type=1&sort=title&page=4&ttl=237240&lmt=24

Saint Thomas d’Aquin: « Le pain des anges, le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu » (Séquence de la fête)

6 juin, 2010

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20100606

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité : Lc 9,11-17
Commentaire du jour
Saint Thomas d’Aquin (1225-1274), théologien dominicain, docteur de l’Église
Prières

« Le pain des anges, le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu » (Séquence de la fête)

      Dieu tout-puissant et éternel, voici que je m’approche du sacrement de ton Fils unique notre Seigneur Jésus Christ. Malade, je viens au médecin dont dépend ma vie ; souillé, à la source de la miséricorde ; aveugle, au foyer de la lumière éternelle ; pauvre et dépourvu de tout, au maître du ciel et de la terre.

      J’implore donc ton immense, ton inépuisable générosité, afin que tu daignes guérir mes infirmités, laver mes souillures, illuminer mon aveuglement, combler mon indigence, couvrir ma nudité ; et qu’ainsi je puisse recevoir le pain des anges (Ps 77,25), le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs (1Tm 6,15), avec tout le respect et l’humilité, toute la contrition et la dévotion, toute la pureté et la foi, toute la fermeté de propos et la droiture d’intention que requiert le salut de mon âme.

      Donne-moi, je t’en prie, de ne pas recevoir simplement le sacrement du Corps et du Sang du Seigneur, mais bien toute la force et l’efficacité du sacrement. Dieu plein de douceur, donne-moi de si bien recevoir le Corps de ton Fils unique, notre Seigneur Jésus Christ, ce corps matériel qu’il a reçu de la Vierge Marie, que je mérite d’être incorporé à son Corps mystique et compté parmi ses membres.

      Père plein d’amour, accorde-moi que ce Fils bien-aimé que je m’apprête à recevoir maintenant sous le voile qui convient à mon état de voyageur, je puisse un jour le contempler à visage découvert et pour l’éternité, lui qui, étant Dieu, vit et règne avec toi dans l’unité du Saint Esprit dans les siècles des siècles. Amen.   

Corpus Domini

5 juin, 2010

Corpus Domini dans images sacrée

http://www.santiebeati.it/

Homélie dimanche 6 juin 2010

5 juin, 2010

du site:

http://www.homelies.fr/homelie,saint-sacrement,2803.html

Saint-Sacrement

dimanche 6 juin 2010

Famille de saint Joseph

Homélie-Messe  

Pour approfondir le mystère de l’Eucharistie, nous relirons l’institution de ce sacrement (dont Saint Paul fait mémoire en seconde lecture) à la lumière de l’Evangile de la multiplication des pains – qui est proposé à notre contemplation en cette solennité du Corps et du Sang du Christ.
Cinq pains et deux poissons pour nourrir une foule innombrable : nous sommes dans un contexte de pénurie et de disette. En tout cas il y a une disproportion alarmante entre ce qui est disponible et ce dont la foule a besoin : « Qu’est-ce que cela pour tant de monde ? » fait remarquer un disciple réaliste (Jn 6, 9). Les apôtres ne voient pas comment gérer la situation, sinon en renvoyant tout le monde afin que chacun se débrouille comme il peut. Qu’aurions-nous fait à leur place ? Mais Jésus ne l’entend pas ainsi : il va jusqu’au bout de la responsabilité qu’il a assumée en rassemblant ces personnes autour de lui ; après avoir nourri leur âme, il veut aussi s’occuper de nourrir leur corps, car le salut qu’il propose concerne l’humanité dans son intégralité.
Jésus prend « les cinq pains et les deux poissons » qui sont à sa disposition pour nourrir les « cinq mille hommes », et commence par prononcer la bénédiction sur ce frugal repas. Les Israélites avaient l’habitude de bénir Dieu avant de manger ; mais saint Luc précise : « levant son regard vers le ciel, il prononça la bénédiction ». Il ne s’agit pas pour Jésus d’une formule et d’un geste conventionnels, mais d’une vraie prière : « Vers toi j’ai les yeux levés, vers toi qui te tiens au ciel » (Ps 123, 1).
Spontanément nous rendons grâce pour l’abondance, et nous nous lamentons, nous nous décourageons, voire nous murmurons contre Dieu (cf. Ex 16, 2-3 ; Nb 11, 4-6) lorsque les biens que nous jugeons nécessaires font défaut. Jésus au contraire, sans se plaindre de ce qui manque, rend grâce de ce que le Père met à sa disposition. Et c’est précisément cette attitude qui débloque la situation, car en agissant ainsi, Jésus est remonté jusqu’à la Source de tout bien (cf. Jc 1, 17). Par son attitude de reconnaissance, il a ouvert les écluses de la générosité divine. Tous vont manger à satiété et on ramassera même, après le repas, douze paniers pleins du pain restant.
Rien ne nous dit, dans le récit de la multiplication des pains, que Jésus ait mangé. Il a donné les pains aux disciples et les disciples les ont distribués aux foules. Il rend grâce à Dieu non d’avoir quelque chose à manger, mais d’avoir quelque chose à donner. Finalement, Jésus rend grâce au Père pour la possibilité qu’il a de s’associer à son action généreuse : « Père, je te rends grâce pour ce pain que tu as mis entre mes mains, afin que je puisse, en le distribuant, participer ainsi à ta vie d’amour et de don ».
A la dernière cène, comme avant la multiplication, Jésus prend le pain, prononce la bénédiction par laquelle il rend grâce à Dieu, puis il rompt le pain et le distribue. On retrouve les mêmes expressions que dans le récit de la multiplication des pains. Cependant après avoir rendu grâce – le participe grec est eucharistesas, (« rendant grâce ») – Jésus dit en rompant le pain : « Ceci est mon corps qui est pour vous ». L’action se situe dans le prolongement de la multiplication des pains, mais Jésus s’implique ici bien davantage. Explicitons les deux étapes de la prière de Jésus.
« Père, Créateur de toutes choses et source de toute vie, toi qui nourris généreusement toutes tes créatures, je te rends grâce pour ce pain que tu nous donnes et que tu me permets d’offrir en ton Nom à mes disciples ». Tel est le premier sens de l’action de grâce de Jésus dans ce repas pris avec ses compagnons : tout comme il l’a fait lors de la multiplication des pains, Notre Seigneur prolonge le don du Père vers ses disciples.
Mais Jésus sait que ce pain ne restera pas du pain ordinaire : le Père lui offre la possibilité de donner en son Nom non seulement le pain de la terre, mais « le pain de Dieu, celui qui descend du ciel », et qui a la puissance de « donner la vie au monde » (Jn 6, 32-33). C’est pourquoi Jésus complète son action de grâce : « Je te rends grâce Père, de me permettre de m’identifier à ce pain, que dans le prolongement de ta générosité, je vais distribuer à mes frères ». L’Eucharistie est don du Père, réalisé grâce au plein consentement et à la pleine participation du Fils, qui, se laissant traverser par l’élan d’amour du Père, se donne en nourriture « pour la vie du monde ». Jésus est non seulement celui qui donne le pain, mais celui qui se donne dans ce pain partagé au Nom du Père.
Si le don que Jésus nous fait est « pour la vie du monde », il ne se limite donc pas au petit groupe des apôtres. C’est pourquoi Notre Seigneur ajoute : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24-25). Son geste, accompli en action de grâce, se veut à l’origine d’un nombre infini de nouvelles multiplications du pain, réparties dans le temps et l’espace. Cette dernière parole s’adresse d’abord aux apôtres et à leurs successeurs les évêques, ainsi qu’aux prêtres qui leur sont associés, mais elle rejoint aussi chaque baptisé, qui, en vertu du sacerdoce baptismal, est invité à « offrir sa personne et sa vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu : c’est là pour chacun d’entre nous l’adoration véritable » (Rm 12, 1).
A l’exemple du Christ notre Grand Prêtre, nous sommes tous appelés à nous mettre en son Nom au service de ceux qu’il nous confie, pour faire de notre existence quotidienne un pain rompu pour la vie du monde : « Aimer c’est tout donner, et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux).

« Aujourd’hui par un acte public et solennel, nous glorifions et nous adorons le Pain et le Vin devenus vrai Corps et vrai Sang du Rédempteur. Nous célébrons aujourd’hui une fête solennelle qui exprime l’émerveillement étonné du Peuple de Dieu : un émerveillement plein de reconnaissance pour le don de l’Eucharistie. Nous t’adorons, notre Rédempteur, qui t’es incarné dans le sein très pur de la Vierge Marie. Nous te rendons grâce, Seigneur, pour ta présence eucharistique dans le monde. Pour nous, tu as accepté de souffrir et sur la croix tu as manifesté jusqu’au bout ton amour pour l’humanité entière. Nous t’adorons, Viatique quotidien de nous tous, pèlerins sur la terre » (Jean-Paul II).

Père Joseph-Marie

Solennité du « Corpus Domini » (fête Dieu) : Homélie de Benoît XVI

5 juin, 2010

du site:

http://www.zenit.org/article-24650?l=french

Solennité du « Corpus Domini  » (fête Dieu) : Homélie de Benoît XVI

Célébration présidée par le pape jeudi 3 juin à Rome

ROME, Vendredi 4 juin 2010 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de l’homélie que le pape Benoît XVI a prononcée, ce jeudi, au cours de la célébration du «  Corpus Domini  » (Fête Dieu), en la basilique Saint-Jean-du-Latran, à Rome.
 
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Chers frères et sœurs !

Le sacerdoce du Nouveau Testament est étroitement lié à l’Eucharistie. C’est pourquoi aujourd’hui, en la solennité du Corpus Domini, presque au terme de l’Année sacerdotale, nous sommes invités à méditer sur la relation entre l’Eucharistie et le Sacerdoce du Christ. C’est dans cette direction que nous orientent également la première lecture et le psaume responsorial, qui présentent la figure de Melchisédech. Le bref passage du Livre de la Genèse (cf. 14, 18-20) affirme que Melchisédech, roi de Shalem, était « prêtre du Dieu Très Haut », et pour cette raison « apporta du pain et du vin » et « bénit Abraham », qui venait de vaincre une bataille ; Abraham lui-même lui donna le dixième de chaque chose. Le psaume, à son tour, contient dans la dernière strophe une expression solennelle, un serment de Dieu lui-même, qui déclare au Roi Messie : « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech » (Ps 110, 4) ; ainsi le Messie est proclamé non seulement Roi, mais également Prêtre. C’est de ce passage que s’inspire l’auteur de la Lettre aux Hébreux pour son discours ample et articulé. Et nous lui avons fait écho dans le refrain : « Tu es prêtre pour toujours, Christ Seigneur » : comme une profession de foi, qui acquiert une signification particulière en la fête d’aujourd’hui. C’est la joie de la communauté, la joie de l’Eglise entière, qui, en contemplant et en adorant le Très Saint Sacrement, reconnaît en celui-ci la présence réelle et permanente de Jésus Prêtre souverain et éternel.

La deuxième lecture et l’Evangile portent en revanche l’attention sur le mystère eucharistique. C’est de la Première Lettre aux Corinthiens (cf. 11, 23-26) qu’est tiré le passage fondamental où saint Paul rappelle à cette communauté la signification et la valeur de la « Cène du Seigneur », que l’apôtre avait transmises et enseignées, mais qui risquaient de se perdre. L’Evangile est, en revanche, le récit du miracle des pains et des poissons, rapporté par saint Luc : un signe attesté par tous les évangélistes et qui pré-annonce le don que le Christ fera de lui-même, pour donner la vie éternelle à l’humanité. Ces deux textes mettent en relief la prière du Christ, alors qu’il rompt le pain. Il y a naturellement une nette différence entre les deux moments : lorsqu’il partage les pains et les poissons pour les foules, Jésus remercie le Père céleste pour sa providence, certain qu’il ne fera pas manquer de nourriture à toutes ces personnes. Au cours de la Dernière Cène, en revanche, Jésus transforme le pain et le vin en son propre Corps et Sang, afin que les disciples puissent se nourrir de Lui et vivre en communion intime et réelle avec Lui.

La première chose qu’il est nécessaire de toujours se rappeler est que Jésus n’était pas un prêtre selon la tradition hébraïque. Sa famille n’était pas sacerdotale. Il n’appartenait pas à la descendance d’Aaron, mais à celle de Juda, et juridiquement la voie du sacerdoce lui était donc fermée. La personne et l’activité de Jésus de Nazareth ne se situent pas dans le sillage des prêtres antiques, mais davantage dans celui des prophètes. Et dans ce sillage, Jésus prit ses distances d’une conception rituelle de la religion, critiquant l’ordre qui accordait de la valeur aux préceptes humains liés à la pureté rituelle plutôt qu’à l’observance des commandements de Dieu, c’est-à-dire à l’amour pour Dieu et pour son prochain qui, comme le dit le Seigneur, « vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices » (Mc 12, 33). Même à l’intérieur du Temple de Jérusalem, lieu sacré par excellence, Jésus accomplit un geste purement prophétique, lorsqu’il chasse les changeurs et les marchands d’animaux, toutes ces choses servant pour l’offrande des sacrifices traditionnels. Jésus n’est donc pas reconnu comme un Messie sacerdotal, mais prophétique et royal. Même sa mort, que nous chrétiens appelons à juste titre « sacrifice », n’avait rien des sacrifices antiques, elle était même tout le contraire : l’exécution d’une condamnation à mort, par crucifixion, la plus infamante qui eut lieu à l’extérieur des murs de Jérusalem.

Alors, dans quel sens Jésus est-il prêtre ? C’est précisément l’Eucharistie qui nous le dit. Nous pouvons repartir de ces simples mots, qui décrivent Melchisédech : il « apporta du pain et du vin » (Gn 14, 18). C’est ce qu’a fait Jésus lors de la Dernière Cène : il a offert du pain et du vin, et en ce geste il a résumé toute sa personne et toute sa mission. Dans cet acte, dans la prière qui le précède et dans les paroles qui l’accompagnent se trouve tout le sens du mystère du Christ, tel que l’exprime la Lettre aux Hébreux dans un passage décisif, qu’il est nécessaire de reporter : « Pendant les jours de sa vie mortelle – écrit l’auteur en se référant à Jésus -, il a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort ; et, parce qu’il s’est soumis en tout, il a été exaucé. Bien qu’il soit le Fils, il a pourtant appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion ; et ainsi, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. Car Dieu l’a proclamé grand prêtre selon le sacerdoce de Melchisédech » (5, 8-10). Dans ce texte, qui fait clairement référence à l’agonie spirituelle de Gethsémani, la passion du Christ est présentée comme un prière et comme une offrande. Jésus affronte son « heure », qui le conduit à la mort sur la croix, plongé dans une profonde prière, qui consiste en l’union de sa propre volonté avec celle du Père. Cette double et unique volonté est une volonté d’amour. Vécue dans cette prière, l’épreuve tragique que Jésus affronte est transformée en offrande, en sacrifice vivant.

La Lettre aux Hébreux dit que Jésus « fut exaucé ». En quel sens ? Au sens où Dieu le Père l’a libéré de la mort et l’a ressuscité. Il a été exaucé précisément en raison de son abandon total à la volonté du Père : le dessein d’amour de Dieu a pu s’accomplir parfaitement en Jésus, qui, ayant obéi jusqu’à la fin extrême de la mort sur la croix, est devenu « cause de salut » pour tous ceux qui Lui obéissent. C’est-à-dire qu’il est devenu grand Prêtre pour avoir lui-même pris sur lui tout le péché du monde, comme « Agneau de Dieu ». C’est le Père qui lui confère ce sacerdoce au moment même où Jésus traverse le passage de sa mort et résurrection. Ce n’est pas un sacerdoce selon ce que prescrit la loi mosaïque (cf. Lv 8-9), mais selon l’ordre de Melchisédech, selon un ordre prophétique, qui dépend seulement de sa relation particulière avec Dieu.

Revenons à l’expression de la Lettre aux Hébreux qui dit : « Bien qu’il soit le Fils, il a pourtant appris l’obéissance par les souffrances de sa Passion ». Le sacerdoce du Christ comporte la souffrance. Jésus a vraiment souffert, et il l’a fait pour nous. Il était le Fils et il n’avait pas besoin d’apprendre à obéir, mais nous oui, nous en avions et nous en avons toujours besoin. C’est pourquoi le Fils a pris notre humanité et s’est laissé « éduquer » pour nous dans le creuset de la souffrance, s’est laissé transformer par elle, comme le grain de blé qui pour porter du fruit doit mourir en terre. A travers ce processus, Jésus a été « rendu parfait », en grec teleiotheis. Nous devons nous arrêter sur ce terme, car il est très significatif. Il indique l’accomplissement d’un chemin, c’est-à-dire le propre chemin d’éducation et de transformation du Fils de Dieu à travers la souffrance, à travers la passion douloureuse. C’est grâce à cette transformation que Jésus Christ est devenu « prêtre suprême » et peut sauver tous ceux qui se confient à Lui. Le terme de teleiotheis, traduit justement par « rendu parfait », appartient à une racine verbale qui, dans la version grecque du Pentateuque, c’est-à-dire les cinq premiers livres de la Bible, est toujours utilisée pour indiquer la consécration des prêtres antiques. Cette découverte est très précieuse, car elle nous dit que la passion a été pour Jésus une consécration sacerdotale. Il n’était pas prêtre selon la Loi, mais il l’est devenu de manière existentielle dans sa Pâque de passion, de mort et de résurrection : il s’est offert lui-même en expiation et le Père, l’exaltant au-dessus de toute créature, l’a constitué Médiateur universel de salut.

Revenons, dans notre méditation, à l’Eucharistie, qui d’ici peu sera au centre de notre assemblée liturgique. Dans celle-ci, Jésus a anticipé son Sacrifice, un Sacrifice non rituel, mais personnel. Lors de la Dernière Cène, il agit animé par cet « esprit éternel » avec lequel il s’offrira ensuite sur la Croix (cf. He 9, 14). En rendant grâces et en bénissant, Jésus transforme le pain et le vin. C’est l’amour divin qui transforme : l’amour avec lequel Jésus accepte à l’avance de se donner entièrement pour nous. Cet amour n’est autre que l’Esprit Saint, l’Esprit du Père et du Fils, qui consacre le pain et le vin et transforme leur substance en Corps et en Sang du Seigneur, rendant présent dans le sacrement le même Sacrifice qui s’accomplit ensuite de manière sanglante sur la Croix. Nous pouvons donc conclure que le Christ est un prêtre véritable et agissant, car il est rempli de la force de l’Esprit Saint, il est comblé de toute la plénitude de l’amour de Dieu, et cela précisément « la nuit où il fut trahi », précisément à l’« heure des ténèbres » (cf. Lc 22, 53). C’est cette force divine, la même qui réalisa l’Incarnation du Verbe, qui transforme la violence extrême et l’injustice extrême en acte suprême d’amour et de justice. Telle est l’œuvre du sacerdoce du Christ, que l’Eglise a hérité et prolongé dans l’histoire, sous la double forme du sacerdoce commun des baptisés et de celui ordonné des ministres, pour transformer le monde avec l’amour de Dieu. Tous, prêtres et fidèles, nous nous nourrissons de la même Eucharistie, nous nous prosternons tous pour l’adorer, car dans celle-ci est présent notre Maître et Seigneur, est présent le véritable Corps de Jésus, Victime et Prêtre, salut du monde. Venez, exultons avec des chants de joie ! Venez, adorons ! Amen.

Traduction : Zenit

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