Archive pour le 3 avril, 2010

Holy Saturday

3 avril, 2010

Holy Saturday dans images sacrée Descent%20into%20Limbo

http://communio.stblogs.org/sacred-triduum/

Pâques : Qui nous roulera la pierre ?

3 avril, 2010

du site:

http://users.skynet.be/prier/textes/PR1079.HTM

Pâques : Qui nous roulera la pierre ?

Auteur : Chantal de la Forge 
 
Qui nous roulera la pierre ?…Qui ?
Pierre scellée de nos tombeaux,
tombeaux de nos habitudes,
tombeaux de nos idoles,
de nos jugements définitifs,
de nos idées arrêtées,
de nos peurs paralysantes…

Mais aussi de nos souffrances ensevelies,
de nos rancoeurs et aigreurs,
de nos déceptions enfouies,
de nos échecs accumulés…

Qui nous roulera la pierre ?…Qui ?
pierre d’achoppement,
pierre de nos  »pourquoi »,
pierre de tous les  »pourquoi » auxquels nous nous heurtons,
tous les  »pourquoi » qui retentissent autour de nous,
qui résonnent si fort en nous…
tous les  »pourquoi » des hommes à travers les siècles,
les  »pourquoi » des hommes d’aujourd’hui,
le  »pourquoi » du Fils en Croix…

Qui nous roulera la pierre ?…Qui ?
 »Car la pierre était fort grande…
Le 1er jour de la semaine, de grand matin,
les femmes vont au tombeau
alors que le soleil se lève
elles regardent : la pierre a été roulée »

Le Soleil s’est levé,
le Soleil a surgi du tombeau,
le Soleil a surgi de tous nos tombeaux.
La pierre a été roulée :
une brèche, une béance en tous nos murs

en tous les murs de l’impossible,
en tous les murs de clôture,
en tous les murs de séparation,
en toutes nos forteresses….

une faille, une brèche a pour toujours ouvert un Passage
et nous sommes entraînés inlassablement
à travers cette Pâque.

Le Soleil s’est levé, Christ Ressuscité
 »en sa personne il a tué la haine »
béance de son Amour blessé,
béance de son côté transpercé d’où jaillit l’eau et l’Esprit
d’où jaillit la vie que nul ne peut définitivement stopper.

 »J’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer »

Est descendu aux enfers

3 avril, 2010

du site:

http://www.spiritualite2000.com/page-330.php

Est descendu aux enfers

Cet article de foi est aujourd’hui une vérité pratiquement oubliée; elle apparaît incompréhensible et rend un son étrange aux oreilles de la plupart des chrétiens. Jésus est descendu aux enfers: cette formule n’évoque-t-elle pas l’image d’un monde à trois étages, aujourd’hui dépassée, voire le thème mythique d’une descente des dieux dans le monde inférieur? Qu’avons-nous à faire aujourd’hui de telles formules? A l’arrière-plan immédiat de cette formule se trouve la représentation du royaume des morts (shéol) dans l’Ancien Testament. Les morts y mènent, d’après les conceptions d’alors, une existence d’ombres. Leur véritable malheur est qu’ils sont exclus de la présence de Dieu, qu’ils ont le sentiment de vivre loin de lui et abandonnés par lui (cf. PS 6,6; 88,11-13; 115,17).

Dire que Jésus est descendu dans le royaume de la mort, cela ne signifie pas seulement qu’il a connu le sort de tous les hommes, qui est de mourir, mais qu’il a connu également le sentiment d’abandon et de solitude qui nous étreint face à la mort, qu’il a fait concrètement l’expérience de ce qu’il y a d’absurde et de désespérément obscur dans la destinée humaine débouchant sur la mort. Dans cet article du Credo, ce qui importe n’est donc pas l’image périmée du monde à laquelle il se réfère, mais la dimension profonde et toujours actuelle de l’existence humaine qu’il exprime dans un langage aujourd’hui dépassé, une dimension qui ne nous apparaît pas seulement à l’approche de la mort, mais à chaque instant de notre existence d’hommes voués à la mort. Cette dimension de l’existence humaine, Jésus l’a assumée, et en l’assumant, il nous en a révélé le sens.

La tradition de l’Eglise a fondé cet article de foi sur un passage de la première épître de Pierre: C’est alors qu’il est allé prêcher même aux esprits en prison (l P 3,19; cf. 4,6). L’interprétation de ce texte difficile est, à vrai dire, discutée. L’auteur ne pensait sans doute pas à une descente aux enfers, mais à l’ascension. En effet, d’après les conceptions de l’époque, les mauvais esprits habitaient l’espace aérien, entre ciel et terre. On pensait qu’ils voulaient cacher le ciel à l’homme et faire de sa vie un enfer. Dans cette perspective, l’interprétation de la tradition est légitime. Par son ascension, Jésus a vaincu l’enfer; il nous a rouvert le chemin du ciel et rendu l’espérance. Mais très tôt, on a tenté, en se fondant sur cette phrase de la première épître de Pierre, d’imaginer concrètement la descente de Jésus dans le royaume des morts et sa victoire sur les puissances du mal. On a parlé d’une prédication de Jésus dans le monde inférieur; on a supposé qu’il était allé démolir les portes de l’enfer et lutter pour la libération et le rachat des défunts; on a décrit la marche triomphale du Christ à travers l’hadès.

Tout cela va au-delà de ce que la foi peut affirmer avec certitude. Cependant, ces images ont une signification profondément juste. Car la passion, la nuit obscure de l’obéissance et la totale solidarité de Jésus avec les morts dans leur déréliction et leur solitude, bref, le fait qu’il soit entré lui- même dans cet enfer sur lequel débouche l’existence humaine coupée de Dieu, privée de toute perspective d’avenir, signifie en même temps la victoire de Dieu sur les puissances des ténèbres et de la mort

Proclamer que Jésus est descendu aux enfers, c’est donc un message de salut. Pour l’Eglise orientale, la descente dans le royaume des morts, interprétée en un sens pascal, est même l’événement central du salut. Elle signifie que, dans la mort de Jésus, la toute-puissance de Dieu a pénétré au cœur même de notre impuissance, pour combler par sa vie le vide de la mort et rompre ainsi les chaînes de la mort. Cet article du Credo nous rappelle encore une fois que la mort de Jésus a été la mort de la mort et a fondé la victoire pascale de la vie. Le fait que Jésus ait partagé notre condition humaine jusque dans la mort, manifeste également la dimension universelle du salut. Toutes les générations sont rachetées par sa mort. Celle-ci donne sens et valeur à toutes les souffrances et à toutes les victimes de l’histoire. Elle rend justice et paix aux petits, aux faibles, aux oubliés, aux anonymes innombrables dont aucun progrès social ne viendra plus apaiser la souffrance. Le mystère du Samedi Saint annonce déjà la victoire pascale de la vie sur la mort et l’exaltation du Crucifié comme le Seigneur du monde.

par le cardinal Joseph Ratzinger : L’angoisse d’une absence. Trois méditations sur le Samedi saint

3 avril, 2010

du site:

http://www.30giorni.it/fr/articolo.asp?id=10336

L’angoisse d’une absence. Trois méditations sur le Samedi saint 

par le cardinal Joseph Ratzinger
 
Sur ces pages, des miniatures tirées de l’évangéliaire du début du XIIIe siècle conservé dans l’abbaye bénédictine de Groß Sankt Martin, à Cologne; la crucifixion  
 
      1 Méditation      
     
      À notre époque, on entend parler avec une insistance croissante de la mort de Dieu. Pour la première fois, chez Jean Paul, il ne s’agit que d’un cauchemar: Jésus mort annonce aux morts, depuis le toit du monde, que pendant son voyage dans l’au-delà il n’a rien trouvé, ni ciel, ni Dieu miséricordieux, mais seulement le néant infini, le silence du vide grand ouvert. Il s’agit encore d’un horrible  rêve que l’on écarte en gémissant, au réveil, comme un rêve, justement, même si l’on ne parviendra plus jamais à effacer l’angoisse, qui était depuis toujours en embuscade, sombre, au fond de l’âme.
      Un siècle plus tard, chez Nietzsche, c’est une idée d’un sérieux mortel qui s’exprime dans un cri strident de terreur: «Dieu est mort! Dieu reste mort! Et nous l’avons tué!». Cinquante ans plus tard, on en parle avec un détachement académique et l’on se prépare à une «théologie après la mort de Dieu». On regarde autour de soi pour voir comment l’on peut continuer et l’on encourage les hommes à se préparer à prendre la place de Dieu. Le mystère terrible du Samedi saint, son abîme de silence, a donc acquis, à notre époque, une réalité écrasante. Car c’est cela le Samedi saint: jour du Dieu caché, jour de ce paradoxe inouï que nous exprimons dans le Credo avec ces mots: «descendu en enfer», descendu à l’intérieur du mystère de la mort. Le Vendredi saint, nous pouvions encore regarder le Crucifié. Le Samedi saint est vide, la lourde pierre du sépulcre neuf couvre le défunt, tout est passé, la foi semble être définitivement démasquée comme illusion. Aucun Dieu n’a sauvé ce Jésus qui prétendait être son Fils. Nous pouvons nous tranquilliser: les prudents qui, auparavant, avaient été quelque peu ébranlés au fond d’eux-mêmes à l’idée qu’ils s’étaient peut-être trompés, ont eu raison en fait. Samedi saint: jour de la sépulture de Dieu; n’est-ce pas là, de façon impressionnante, notre jour? Notre siècle ne commence-t-il pas à être un grand Samedi saint, jour de l’absence de Dieu, jour où le cœur des disciples est également envahi par un vide effrayant, un vide qui s’élargit de plus en plus, si bien qu’ils se préparent, remplis de honte et d’angoisse, à rentrer chez eux? N’est-ce pas le jour où, sombres et brisés par le désespoir, ils se dirigent vers Emmaüs, sans du tout se rendre compte que celui qu’ils croyaient mort est au milieu d’eux?
      Dieu est mort et nous l’avons tué: nous sommes-nous précisément aperçus que cette phrase est prise, presque à la lettre, à la tradition chrétienne et que souvent, dans nos viae crucis, nous avons répété quelque chose de semblable sans nous rendre compte de la terrible gravité de ce que nous disions? Nous l’avons tué, en l’enfermant dans l’enveloppe usée des pensées habituelles, en l’exilant dans une forme de piété sans contenu réel qui se perd toujours dans des phrases toutes faites ou dans la recherche d’objets archéologiques de valeur; nous l’avons tué à travers l’ambiguïté de notre vie qui a étendu sur lui aussi un voile d’obscurité: en effet, dans ce monde, qu’est-ce qui aurait pu désormais rendre Dieu plus problématique, sinon le caractère problématique de la foi et de l’amour de ceux qui croient en lui?
      L’obscurité divine de ce jour, de ce siècle qui devient dans une mesure grandissante un Samedi saint, parle à notre conscience. Nous aussi avons affaire à elle. Mais, malgré tout, elle a en soi quelque chose de consolant. La mort de Dieu en Jésus-Christ est en même temps l’expression de sa solidarité radicale avec nous. Le mystère le plus obscur de la foi est en même temps le signe le plus clair d’une espérance qui n’a pas de limites. Et une chose encore: ce n’est qu’à travers l’échec du Vendredi saint, à travers le silence de mort du Samedi saint, que les disciples purent être conduits à la compréhension de ce que Jésus était vraiment et de ce que son message signifiait en réalité. Dieu devait mourir pour eux afin de pouvoir vivre réellement en eux. L’image qu’ils s’étaient faite de Dieu, dans laquelle ils avaient tenté de le faire entrer, devait être détruite pour que, à travers les décombres de la maison démolie, ils pussent voir le ciel, le voir Lui, qui reste toujours l’infiniment plus grand. Nous avons besoin du silence de Dieu pour faire de nouveau l’expérience de l’abîme de sa grandeur et de l’abîme de notre néant, qui s’ouvrirait tout grand s’il n’y avait pas Dieu.
       Il y a dans l’Évangile une scène qui annonce de manière extraordinaire le silence du Samedi saint et qui apparaît donc, encore une fois, comme la description de notre moment historique. Jésus-Christ dort dans une barque qui, battue par la tempête, est sur le point de couler. Une fois, le prophète Elie avait tourné en dérision les prêtres de Baal, qui invoquaient inutilement, à grands cris, leur dieu pour qu’il fît descendre le feu sur le sacrifice, les exhortant à crier plus fort, au cas où leur dieu dormirait. Mais Dieu ne dort-il pas réellement? La raillerie du prophète n’atteint-elle pas aussi, pour finir, ceux qui croient dans le Dieu d’Israël, ceux qui voyagent avec lui dans une barque sur le point de couler? Dieu dort alors que les choses sont sur le point de couler: n’est-ce pas là l’expérience de notre vie? L’Église, la foi, ne ressemblent-elles pas à une petite barque qui va couler, qui lutte inutilement contre les vagues et le vent, alors que Dieu est absent? Au comble du désespoir, les disciples crient et secouent le Seigneur pour le réveiller, mais lui se montre étonné et leur reproche leur peu de foi. En va-t-il autrement pour nous? Quand la tempête sera passée, nous verrons combien de stupidité il y avait dans notre peu de foi. Et toutefois, ô Seigneur, nous ne pouvons que te secouer, toi, Dieu qui demeures en silence et  qui dors, et te crier: réveille-toi, ne vois-tu pas que nous coulons? Réveille-toi, ne laisse pas durer pour l’éternité l’obscurité du Samedi saint, laisse aussi tomber sur nos jours un rayon de Pâques, joins-toi à nous lorsque nous nous dirigeons, désespérés, vers Emmaüs, pour que notre cœur puisse s’enflammer à ta proximité. Toi qui as guidé de façon cachée les chemins d’Israël pour être finalement homme avec les hommes, ne nous laisse pas dans les ténèbres, ne permets pas que ta parole se perde dans le grand gaspillage de mots de cette époque. Seigneur, accorde-nous ton aide, car sans toi nous coulerons.
Amen.   
    
La déposition
 
       2 Méditation
     
      Le Dieu caché en ce monde constitue le vrai mystère du Samedi saint, mystère auquel il est déjà fait allusion dans les paroles énigmatiques selon lesquelles Jésus est «descendu en enfer». En même temps, l’ expérience de notre époque nous a offert une approche complètement nouvelle du Samedi saint, puisque le fait que Dieu se cache dans le monde qui lui appartient et qui devrait, avec mille langues, annoncer son nom, l’expérience de l’impuissance de Dieu qui est pourtant l’Omnipotent – ce sont là l’expérience et la misère de notre temps.
      Mais même si le Samedi saint est devenu de cette façon plus profondément proche de nous, même si nous comprenons le Dieu du Samedi saint mieux que la manifestation puissante de Dieu au milieu des coups de tonnerre et des éclairs dont parle l’Ancien Testament, reste non résolue la question de savoir ce que l’on entend vraiment quand on dit de manière mystérieuse que Jésus «est descendu en enfer». Disons-le aussi nettement que possible: personne n’est en mesure de vraiment l’expliquer. Les choses ne deviennent pas plus claires si l’on dit que le mot enfer est ici une mauvaise traduction du mot hébreu shêol, qui désigne simplement tout le royaume des morts; cette formule, à l’origine, voulait donc dire seulement que Jésus est descendu dans la profondeur de la mort, est réellement mort et a participé à l’abîme de notre destin de mort. En effet, une question se pose alors: qu’est réellement la mort et qu’arrive-t-il effectivement quand on descend dans la profondeur de la mort? Nous devons ici prendre garde au fait que la mort n’est plus la même chose depuis que Jésus-Christ l’a subie, depuis qu’Il l’a acceptée et pénétrée, de même que la vie, l’être humain, ne sont plus la même chose depuis qu’en Jésus-Christ la nature humaine a pu venir en contact, et a été effectivement en contact, avec l’être propre de Dieu. Avant, la mort était seulement mort, séparation d’avec le pays des vivants, et signifiait, fût-ce avec une profondeur différente, quelque chose comme «enfer», aspect nocturne de l’existence, ténèbre impénétrable. Mais à présent la mort est aussi vie et, quand nous franchissons la solitude glaciale du seuil de la mort, nous rencontrons toujours de nouveau Celui qui est la vie, qui a voulu devenir le compagnon de notre solitude ultime et qui, dans la solitude mortelle de son angoisse au Jardin des oliviers et de son cri sur la croix «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?», est devenu Celui qui partage nos solitudes. Si un enfant devait s’aventurer tout seul dans la nuit noire au milieu d’un bois, il aurait peur même si on lui démontrait des centaines de fois qu’il n’y a aucun danger. L’enfant n’a pas peur de quelque chose de précis, à quoi on puisse donner un nom, mais il expérimente dans l’obscurité l’insécurité, la condition d’orphelin, le caractère sinistre de l’existence en soi. Seule une voix humaine pourrait le consoler; seule la main d’une personne chère pourrait chasser l’angoisse comme on chasse un mauvais rêve. Il y a une angoisse – la vraie, celle qui est nichée dans la profondeur de nos solitudes – qui ne peut pas être surmontée au moyen de la raison, mais seulement par la présence d’une personne qui nous aime. Cette angoisse, en effet, n’a pas d’objet auquel on puisse donner un nom, elle est seulement l’expression terrible de notre solitude ultime. Qui n’a pas déjà ressenti la sensation effrayante de cette condition d’abandon? Qui ne percevrait pas le miracle saint et consolateur d’une parole d’affection dans ces cirsonstances? Mais lorsqu’on se trouve devant une solitude telle qu’elle ne peut plus être atteinte par la parole transformatrice de l’amour, alors nous parlons de l’enfer. Et nous savons que bon nombre d’hommes de notre époque, en apparence si optimiste, sont de l’avis que toute rencontre reste superficielle, qu’aucun homme n’a accès à l’ultime et véritable profondeur d’autrui et donc que, tout au fond de chaque existence, gisent le désespoir, et même l’enfer. Jean-Paul Sartre a exprimé cela de façon poétique dans l’un de ses drames, et a exposé en même temps le cœur de sa doctrine sur l’homme. Une chose est sûre: il y a une nuit dans l’obscur abandon de laquelle ne pénètre aucune parole de réconfort, il y a une porte que nous devons franchir dans une solitude absolue: la porte de la mort. Toute l’angoisse de ce monde est en dernière analyse l’angoisse provoquée par cette solitude. C’est pourquoi le terme qui désignait, dans l’Ancien Testament, le royaume des morts, était identique à celui par lequel on désignait l’enfer: shêol. La mort, en effet, est solitude absolue. Mais elle est cette solitude qui ne peut plus être éclairée par l’amour, qui est tellement profonde que l’amour ne peut plus accéder à elle: elle est l’enfer.
      «Descendu en enfer» – cette confession du Samedi saint signifie que Jésus-Christ a franchi la porte de la solitude, qu’il est descendu dans le fond impossible à atteindre et à surmonter de notre condition de solitude. Mais cela signifie aussi que, même dans la nuit extrême où aucune parole ne pénètre, dans laquelle nous sommes tous comme des enfants qui ont été chassés et qui pleurent, il y a une voix qui nous appelle, une main qui nous prend et qui nous conduit. La solitude insurmontable de l’homme a été surmontée depuis qu’Il s’est trouvé en elle. L’enfer a été vaincu depuis le moment où l’amour a également pénétré dans la région de la mort, depuis que le no man’s land de la solitude a été habité par Lui. Dans sa profondeur, l’homme ne vit pas de pain; dans l’authenticité de son être, il vit du fait qu’il est aimé et qu’il lui est permis d’aimer. À partir du moment où, dans l’espace de la mort, il y a la présence de l’amour, alors la vie pénètre dans la mort: à tes fidèles, ô Seigneur, la vie n’est pas enlevée, elle est transformée – prie l’Église dans la liturgie funèbre.
      Personne ne peut mesurer, en dernière analyse, la portée de ces mots: «Descendu en enfer». Mais s’il nous est donné une fois de nous approcher de l’heure de notre solitude ultime, il nous sera permis de comprendre quelque chose de la grande clarté de ce mystère obscur. Dans la certitude qui espère que nous ne serons pas seuls à cette heure d’extrême solitude, nous pouvons dès maintenant avoir le présage de ce qui adviendra. Et au milieu de notre protestation contre l’obscurité de la mort de Dieu, nous commençons à devenir reconnaissants pour la lumière qui vient à nous, précisément de cette obscurité.

La sépulture
 
       3 Méditation
      Dans le bréviaire romain, la liturgie du Triduum sacré est structurée avec un soin particulier: dans sa prière, l’Église veut pour ainsi dire nous transférer dans la réalité de la passion du Seigneur et, au-delà des mots, au centre spirituel de ce qui est arrivé. Si l’on voulait tenter de caractériser par quelques mots de la prière liturgique du Samedi saint, il faudrait surtout parler de l’effet de paix profonde qui émane d’elle. Jésus-Christ a pénétré dans l’occultation (Verborgenheit), mais en même temps, au cœur précisément de l’obscurité impénétrable, il a pénétré dans la sécurité (Geborgenheit): il est même devenu la sécurité ultime. La parole hardie du psalmiste est deveue vérité: et même si je voulais me cacher en enfer, tu y serais toi aussi. Et plus on parcourt cette liturgie, plus on voit briller en elle, comme une aurore du matin, les premières lumières de Pâques. Si le Vendredi saint présente à nos yeux le visage défiguré du Crucifié, la liturgie du Samedi saint, elle, s’inspire plutôt de l’image de la croix chère à l’Église antique: à la croix entourée de rayons lumineux, signe de la mort comme de la résurrection.
      Le Samedi saint nous renvoie ainsi à un aspect de la piété chrétienne qui a peut-être été perdu au fil du temps. Quand nous regardons vers la croix dans la prière, nous voyons souvent en elle un signe de la passion historique du Seigneur au Golgotha. L’origine de la dévotion à la croix est pourtant différente: les chrétiens priaient tournés vers l’Orient pour exprimer leur espoir que Jésus-Christ, le soleil véritable, se lèverait sur l’histoire, par conséquent pour exprimer leur foi dans le retour du Seigneur. Dans un premier temps, la croix est étroitement associée à cette orientation de la prière, elle est représentée pour ainsi dire comme une enseigne que le roi arborera lors de sa venue; dans l’image de la croix, l’avant du cortège est déjà arrivé au milieu de ceux qui prient. Pour le christianisme antique, la croix est donc surtout un signe d’espérance. Elle n’implique pas tant une référence au Seigneur passé qu’au Seigneur qui va venir. Certes, il était impossible de se soustraire à la nécessité intrinsèque que, le temps passant, le regard se tournât aussi vers l’événement advenu: contre toute fuite dans le spirituel, contre toute méconnaissance de l’incarnation de Dieu, il fallait que fût défendue la prodigalité profondément inimaginable de l’amour de Dieu, qui, par amour de la misérable créature humaine, s’est fait lui-même homme, et quel homme! Il fallait défendre la sainte folie de l’amour de Dieu, qui n’a pas choisi de prononcer une parole de puissance, mais de parcourir la voie de l’impuissance pour clouer au pilori notre rêve de puissance et le vaincre de l’intérieur.
      Ce faisant, n’avons-nous pas un peu trop oublié la relation entre croix et espérance, l’unité entre l’Orient et la direction de la croix, entre passé et avenir, qui existe dans le christianisme? L’esprit de l’espérance qui souffle sur les prières du Samedi saint devrait de nouveau pénétrer toute notre façon d’être chrétien. Le christianisme n’est pas seulement une religion du passé, mais aussi, dans une mesure égale, de l’avenir; sa foi est en même temps espérance, car Jésus-Christ n’est pas seulement le mort et le ressuscité, mais aussi Celui qui va venir.
      O Seigneur, éclaire nos âmes par ce mystère de l’espérance, afin que nous reconnaissions la lumière qui a rayonné de ta croix; accorde-nous, comme chrétiens, de marcher tendus vers l’avenir, à la rencontre du jour de ta venue.
       Amen.

La Résurrection
  
      PRIÈRE
           
      Seigneur Jésus-Christ, dans l’obscurité de la mort Tu as fait lumière; dans l’abîme de la solitude la plus profonde, habite désormais pour toujours la puissante protection de Ton amour; alors même que tu restes caché, nous pouvons désormais chanter l’alléluia de ceux qui sont sauvés. Accorde-nous l’humble simplicité de la foi, qui ne se laisse pas dévier de son chemin quand Tu nous appelles aux heures de l’obscurité et de l’abandon, quand tout semble problématique; accorde-nous, en ce temps où se livre autour de Toi un combat mortel, assez de lumière pour que nous ne te perdions pas; assez de lumière pour que nous puissions en donner à ceux qui en ont encore plus besoin que nous. Fais briller le mystère de Ta joie pascale, comme l’aurore du matin, dans nos jours; accorde-nous de pouvoir être vraiment des hommes pascals au milieu du Samedi saint de l’histoire. Accorde-nous de pouvoir toujours marcher avec joie, à travers les jours lumineux et sombres de ce temps, vers ta gloire future.
      Amen.   
     
                                Le texte est tiré de: Joseph Ratzinger, Meditationen zur Karwoche,
       Kyrios-Verlag, Freising1969; les trois méditations ont été publiées
      in L’angoisse d’une absence, supplément à 30Jours, n. 3, mars 1994

Saint-Suaire de notre Sauveur Jésus-Christ (vieil Italien)

3 avril, 2010

Saint-Suaire de notre Sauveur Jésus-Christ (vieil Italien) dans images sacrée

http://www.santiebeati.it/

Une homélie du 5e siècle attribuée à Eusèbe Le Gallican : « Tu fais resplendir cette nuit très sainte par la gloire de la résurrection du Seigneur » (Collecte)

3 avril, 2010

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20100403

Commentaire du jour
Une homélie du 5e siècle attribuée à Eusèbe Le Gallican
Homélie 12 A ; CCL 101, 145 (trad. Solesmes, Lectionnaire, vol. 3, p. 21 rev.)

« Tu fais resplendir cette nuit très sainte par la gloire de la résurrection du Seigneur » (Collecte)

      « Ciel, exulte ! Et toi, terre, réjouis-toi ! » (cf Ps 95,11) Ce jour a resplendi pour nous de l’éclat du tombeau, plus qu’il n’a brillé des rayons du soleil. Que les enfers acclament, car ils ont désormais une issue ; qu’ils se réjouissent, car c’est pour eux le jour de la visite ; qu’ils exultent, car ils ont vu, après des siècles et des siècles, une lumière qu’ils ne connaissaient pas, et dans l’obscurité de leur nuit profonde ils ont enfin respiré ! O belle lumière que l’on a vue poindre du sommet du ciel blanchissant…, tu as revêtu de ta clarté soudaine « ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort » (Lc 1,79). Car, à la descente du Christ, l’éternelle nuit des enfers a resplendi aussitôt et les cris des affligés ont cessé ; les liens des condamnés se sont rompus et sont tombés ; les esprits malfaisants ont été saisis de stupeur, comme frappés d’un coup de tonnerre…

      Dès que le Christ descend, les sombres portiers, aveugles dans leur noir silence et courbant le dos sous la crainte, murmurent entre eux : « Qui est ce redoutable, éblouissant de blancheur ? Jamais notre enfer n’en a reçu de pareil ; jamais le monde n’en a rejeté de pareil dans notre gouffre… S’il était coupable, il n’aurait pas cette audace. Si quelque délit le noircissait, il ne pourrait jamais dissiper nos ténèbres par son éclat. Mais s’il est Dieu, que fait-il au tombeau ? S’il est homme, comment ose-t-il ? S’il est Dieu, pourquoi vient-il ? S’il est homme, comment délivre-t-il les captifs ?… Oh, cette croix qui déjoue nos plaisirs et qui enfante notre malheur ! Le bois nous avait enrichis et le bois nous ruine. Cette grande puissance, toujours redoutée des peuples, a péri ! »