Archive pour décembre, 2009

Saint Syméon le Nouveau Théologien : « Alors leurs yeux s’ouvrirent »

4 décembre, 2009

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20091204

Le vendredi de la 1e semaine de l’Avent (de la férie) : Mt 9,27-31
Commentaire du jour
Saint Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Hymne 37 (trad. SC 174, p. 459 rev.)

« Alors leurs yeux s’ouvrirent »

Maître, ô Christ, Maître qui sauves les âmes,
Dieu, Maître de toutes les Puissances visibles et invisibles,
parce que Créateur de tout ce qui est dans le ciel,
et de ce qui existe au-dessus du ciel,
de ce qui est sous la terre,
mais aussi de ce qui est sur la terre…
Tu tiens tout dans ta main,
car c’est ta main, ô Maître, cette grande puissance
qui accomplit la volonté de ton Père,
qui forge, réalise, crée
et dirige nos vies de manière inexprimable.

C’est elle donc qui m’a créé moi aussi
et du néant m’a fait venir à l’être.
Et moi, j’étais né dans ce monde
et je t’ignorais totalement, toi le bon Maître,
toi mon créateur, toi qui m’as façonné,
et j’étais dans le monde comme un aveugle
et comme sans Dieu, car j’ignorais mon Dieu.

Alors en personne tu as eu pitié, tu m’as regardé,
tu m’as converti, ayant fait briller ta lumière dans mon obscurité,
et tu m’as attiré vers toi, ô Créateur.
Et après m’avoir arraché du fond de la fosse…
des désirs et des plaisirs de cette vie,
tu m’as montré le chemin, tu m’as donné un guide
pour me conduire vers tes commandements.
Je le suivais, je le suivais, sans souci…
Mais aussi, quand je te voyais, toi, le Bon Maître
là avec mon guide et avec mon Père,
j’éprouvais un amour, un désir indicibles.
J’étais au-delà de la foi, au-delà de l’espérance
et je disais : «  Voici que je vois les biens à venir (cf He 10,1),
il est là, le Royaume des cieux.
Je vois sous mes yeux ‘ ces biens que l’oeil n’a pas vus
et dont l’oreille n’a pas entendu parler ‘ » (Is 64,3; 1Co 2,9).

Isaiah the prophet, events and portraits / Esaïe le prophète, événements et portraits / 19 COLRD B GODS ANGEL FIGHTS

3 décembre, 2009

Isaiah the prophet, events and portraits / Esaïe le prophète, événements et portraits / 19 COLRD B GODS ANGEL FIGHTS  dans images sacrée 19%20COLRD%20B%20GODS%20ANGEL%20FIGHTS
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Premières vêpres de l´Avent : Homélie de Benoît XVI

3 décembre, 2009

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http://www.zenit.org/article-22826?l=french

Premières vêpres de l´Avent : Homélie de Benoît XVI

Célébration du 28 novembre en la Basilique Saint-Pierre

ROME, Lundi 30 novembre 2009 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte de l’homélie que le pape Benoît XVI a prononcée ce samedi, lors des premières vêpres de l’Avent, qu’il a présidées en la Basilique Saint-Pierre.

Chers frères et sœurs,
A travers cette célébration des Vêpres, nous entrons dans le temps liturgique de l’Avent. Dans la lecture biblique que nous venons d’écouter, tirée de la première Lettre aux Thessaloniciens, l’apôtre Paul nous invite à préparer l’« Avènement de notre Seigneur Jésus Christ » (5, 23), en demeurant sans reproche, avec la grâce de Dieu. Paul utilise précisément le terme « Avènement », en latin adventus, dont dérive le terme Avent.

Réfléchissons brièvement sur la signification de ce terme, qui peut se traduire par « présence », « arrivée », « venue ». Dans le langage du monde antique, il s’agissait d’un terme technique utilisé pour indiquer l’arrivée d’un fonctionnaire, la visite du roi ou de l’empereur dans une province. Mais il pouvait également indiquer la venue de la divinité, qui sort de son lieu caché pour se manifester avec puissance, ou dont la présence est célébrée dans le culte. Les chrétiens adoptèrent le terme « avent » pour exprimer leur relation avec Jésus Christ : Jésus est le Roi, entré dans cette pauvre « province » appelée terre pour rendre visite à tous ; à la fête de son avent, il fait participer tous ceux qui croient en Lui, tous ceux qui croient dans sa présence dans l’assemblée liturgique. A travers le terme adventus, on voulait dire en substance : Dieu est ici, il ne s’est pas retiré du monde, il ne nous a pas laissés seuls. Même si nous ne pouvons pas le voir ni le toucher comme c’est le cas avec les réalités sensibles, Il est ici et vient nous rendre visite de multiples manières.

La signification de l’expression « avent » comprend donc également celle de visitatio, qui veut dire simplement et précisément « visite » ; dans ce cas, il s’agit d’une visite de Dieu : Il entre dans ma vie et veut s’adresser à moi. Nous faisons tous l’expérience, dans notre existence quotidienne, d’avoir peu de temps pour le Seigneur et peu de temps également pour nous. On finit par être absorbé par ce qu’il faut « faire ». N’est-il pas vrai que souvent, c’est précisément l’activité qui s’empare de nous, la société et ses multiples intérêts qui monopolisent notre attention ? N’est-il pas vrai que l’on consacre beaucoup de temps au divertissement et aux distractions en tout genre ? Parfois, les choses nous « submergent ». L’Avent, ce temps liturgique fort que nous commençons, nous invite à nous arrêter en silence pour comprendre une présence. C’est une invitation à comprendre que chaque événement de la journée est un signe que Dieu nous adresse, un signe de l’attention qu’il a pour chacun de nous. Combien de fois Dieu nous fait percevoir un signe de son amour ! Tenir, en quelque sorte, un « journal intérieur » de cet amour serait un devoir beau et salutaire pour notre vie ! L’Avent nous invite et nous encourage à contempler le Seigneur présent. La certitude de sa présence ne devrait-elle pas nous aider à voir le monde avec des yeux différents ? Ne devrait-elle pas nous aider à considérer toute notre existence comme une « visite », comme une façon dont Il peut venir à nous et devenir proche de nous, en toute situation ?

Un autre élément fondamental de l’Avent est l’attente, une attente qui est dans le même temps espérance. L’Avent nous pousse à comprendre le sens du temps et de l’histoire comme « kairós », comme occasion favorable pour notre salut. Jésus a illustré cette réalité mystérieuse dans de nombreuses paraboles : dans le récit des serviteurs invités à attendre le retour du maître ; dans la parabole des vierges qui attendent l’époux ; ou dans celle de la semence et de la moisson. L’homme, au cours de sa vie, est en attente permanente : quand il est enfant, il veut grandir, adulte, il tend à la réalisation et au succès, en avançant en âge, il aspire à un repos mérité. Mais arrive le temps où il découvre qu’il a trop peu espéré, au-delà de la profession ou de la position sociale, il ne lui reste rien d’autre à espérer. L’espérance marque le chemin de l’humanité, mais pour les chrétiens elle est animée par une certitude : le Seigneur est présent tout au long de notre vie, il nous accompagne et un jour il essuiera aussi nos larmes. Un jour, bientôt, tout trouvera son accomplissement dans le Royaume de Dieu, Royaume de justice et de paix.

Mais il y a des manières très différentes d’attendre. Si le temps n’est pas rempli par un présent doté de sens, l’attente risque de devenir insupportable ; si on attend quelque chose, mais que pour le moment il n’y a rien, c’est-à-dire que si le présent reste vide, chaque instant qui passe apparaît exagérément long, et l’attente se transforme en un poids trop lourd, parce que l’avenir reste tout à fait incertain. Lorsqu’en revanche le temps prend du sens, et en tout instant nous percevons quelque chose de spécifique et de valable, alors la joie de l’attente rend le présent plus précieux. Chers frères et sœurs, vivons intensément le présent où nous arrivent déjà les dons du Seigneur, vivons-le projetés vers l’avenir, un avenir chargé d’espérance. L’Avent chrétien devient de cette manière une occasion pour réveiller en nous le sens véritable de l’attente, en revenant au cœur de notre foi qui est le mystère du Christ, le Messie attendu pendant de longs siècles et né dans la pauvreté de Bethléem. En venant parmi nous, il nous a rendu et continue de nous offrir le don de son amour et de son salut. Présent parmi nous, il nous parle de différentes manières : dans l’Ecriture Sainte, dans l’année liturgique, dans les saints, dans les événements de la vie quotidienne, dans toute la création, qui change d’aspect selon que derrière elle Il est présent ou qu’elle est embrumée par le brouillard d’une origine incertaine et d’un avenir incertain. A notre tour, nous pouvons lui adresser la parole, lui présenter les souffrances qui nous affligent, l’impatience, les questions qui jaillissent de notre cœur. Soyons certains qu’il nous écoute toujours ! Et si Jésus est présent, il n’existe plus aucun temps vide et privé de sens. S’Il est présent, nous pouvons continuer à espérer même lorsque les autres ne peuvent plus nous assurer aucun soutien, même lorsque le présent devient difficile.

Chers amis, l’Avent est le temps de la présence et de l’attente de l’éternité. Précisément pour cette raison, c’est, de manière particulière, le temps de la joie, d’une joie intériorisée, qu’aucune souffrance ne peut effacer. La joie du fait que Dieu s’est fait enfant. Cette joie, présente en nous de manière invisible, nous encourage à aller de l’avant avec confiance. La Vierge Marie, par qui nous a été donné l’Enfant Jésus, est le modèle et le soutien de cette joie profonde. Puisse-t-elle nous obtenir, fidèle disciple de son Fils, la grâce de vivre ce temps liturgique vigilants et actifs dans l’attente. Amen !

Traduction française : Zenit

Audience générale du 2 décembre 2009 : Guillaume de Saint-Thierry

3 décembre, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-22843?l=french

Audience générale du 2 décembre 2009  : Guillaume de Saint-Thierry

Texte intégral

ROME, Mercredi 2 décembre 2009 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée ce mercredi par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, place Saint-Pierre, au Vatican.

Chers frères et sœurs,
Dans une catéchèse précédente, j’ai présenté la figure de Bernard de Clairvaux, le « Docteur de la douceur », grande figure du douzième siècle. Son biographe – ami et estimateur – fut Guillaume de Saint-Thierry, sur lequel je m’arrête dans la réflexion de ce matin.

Guillaume naquit à Liège entre 1075 et 1080. De famille noble, doté d’une intelligence vive et d’un amour inné pour l’étude, il fréquenta de célèbres écoles de l’époque, comme celle de sa ville natale et de Reims, en France. Il entra en contact personnel avec Abélard, le maître qui appliquait la philosophie à la théologie de manière si originale qu’il suscita de nombreuses perplexités et oppositions. Guillaume exprima également ses propres réserves, en sollicitant son ami Bernard pour qu’il prenne position à l’égard d’Abélard. Répondant à ce mystérieux et irrésistible appel de Dieu, qui est la vocation à la vie consacrée, Guillaume entra au monastère bénédictin de Saint-Nicaise à Reims en 1113 et, quelques années plus tard, il devint abbé du monastère de Saint-Thierry, dans le diocèse de Reims. Au cours de cette période, l’exigence de purifier et renouveler la vie monastique, pour la rendre authentiquement évangélique, était très répandue. Guillaume agit dans ce sens à l’intérieur de son propre monastère, et en général dans l’Ordre bénédictin. Toutefois, il rencontra de nombreuses résistances face à ses tentatives de réforme, et ainsi, malgré le conseil contraire de son ami Bernard, il quitta l’abbaye bénédictine en 1135, laissa l’habit noir et revêtit l’habit blanc, pour s’unir aux cisterciens de Signy. A partir de ce moment jusqu’à sa mort, survenue en 1148, il se consacra à la contemplation priante des mystères de Dieu, depuis toujours objet de ses plus profonds désirs, et à la composition d’écrits de littérature spirituelle, importants dans l’histoire de la théologie monastique.

L’une de ses premières œuvres est intitulée De natura et dignitate amoris (La nature et la dignité de l’amour). On y trouve exprimée l’une des idées fondamentales de Guillaume, valable également pour nous. L’énergie principale qui anime l’âme humaine – dit-il – est l’amour. La nature humaine, dans son essence la plus profonde, consiste à aimer. En définitive, une seule tâche est confiée à chaque être humain : apprendre à aimer, sincèrement, authentiquement, gratuitement. Mais ce n’est qu’à l’école de Dieu que cette tâche est remplie et que l’homme peut atteindre l’objectif pour lequel il a été créé. Guillaume écrit en effet : « L’art des arts est l’art de l’amour… L’amour est suscité par le Créateur de la nature. L’amour est une force de l’âme, qui la conduit comme par un poids naturel vers le lieu et l’objectif qui lui est propre » (La nature et la dignité de l’amour 1, PL 184, 379). Apprendre à aimer demande un chemin long et exigeant, qui est articulé par Guillaume en quatre étapes, correspondant aux âges de l’homme : l’enfance, la jeunesse, la maturité et la vieillesse. Sur cet itinéraire, la personne doit s’imposer une ascèse efficace, un fort contrôle de soi pour éliminer toute affection désordonnée, toute tentation d’égoïsme, et unifier sa propre vie en Dieu, source, objectif et force de l’amour, jusqu’à parvenir au sommet de la vie spirituelle, que Guillaume définit comme « sagesse ». En conclusion de cet itinéraire ascétique, on fait l’expérience d’une grande sérénité et douceur. Toutes les facultés de l’homme – intelligence, volonté, sentiments d’affection – reposent en Dieu, connu et aimé dans le Christ.

Dans d’autres œuvres également, Guillaume parle de cette vocation radicale à l’amour pour Dieu, qui constitue le secret d’une vie réussie et heureuse, et qu’il décrit comme un désir incessant et croissant, inspiré par Dieu lui-même dans le cœur de l’homme. Dans une méditation, il dit que l’objet de cet amour est l’Amour avec un « A » majuscule, c’est-à-dire Dieu. C’est lui qui se déverse dans le cœur de celui qui aime, et qui le rend capable de le recevoir. Il se donne à satiété et de manière telle, que le désir de cette satiété ne fait jamais défaut. Cet élan d’amour est l’accomplissement de l’homme » (De contemplando Deo 6, passim, SC 61bis, pp. 79-83). On est frappé par le fait que Guillaume, en parlant de l’amour pour Dieu, attribue une grande importance à la dimension affective. Au fond, chers amis, notre cœur est fait de chair, et lorsque nous aimons Dieu, qui est l’Amour lui-même, comment ne pas exprimer dans cette relation avec le Seigneur également nos sentiments très humains, comme la tendresse, la sensibilité, la délicatesse ? Le Seigneur lui-même, en se faisant homme, a voulu nous aimer avec un cœur de chair !

Selon Guillaume, ensuite, l’amour a une autre propriété importante : il éclaire l’intelligence et permet de mieux connaître et de manière plus profonde Dieu, et en Dieu, les personnes et les événements. La connaissance qui procède des sens et de l’intelligence réduit, mais n’élimine pas, la distance entre le sujet et l’objet, entre toi et moi. L’amour produit en revanche une attraction et une communion, jusqu’à une transformation et une assimilation entre le sujet qui aime et l’objet aimé. Cette réciprocité d’affection et de sympathie permet alors une connaissance bien plus profonde que celle qui est l’œuvre de la seule raison. Ainsi s’explique une célèbre expression de Guillaume : « Amor ipse intellectus est – déjà en lui-même, l’amour est principe de connaissance ». Chers amis, posons-nous la question : n’en est-il pas ainsi dans notre vie ? N’est-il donc pas vrai que nous ne connaissons réellement que ceux et ce que nous aimons ! Sans une certaine sympathie on ne connaît rien ni personne ! Et cela vaut avant tout dans la connaissance de Dieu et de ses mystères, qui dépassent la capacité de compréhension de notre intelligence : on connaît Dieu si on l’aime !

Une synthèse de la pensée de Guillaume de Saint-Thierry est contenue dans une longue lettre adressée aux chartreux de Mont-Dieu, auxquels il avait rendu visite et qu’il voulut encourager et réconforter. L’érudit bénédictin Jean Mabillon, dès 1690, donna à cette lettre un titre significatif : Epistola aurea (Lettre d’or). En effet, les enseignements sur la vie spirituelle qu’elle contient sont précieux pour tous ceux qui souhaitent grandir dans la communion avec Dieu, dans la sainteté. Dans ce traité, Guillaume propose un itinéraire en trois étapes. Il faut – dit-il – passer de l’homme « animal » à l’homme « rationnel », pour arriver à l’homme « spirituel ». Que veut dire notre auteur par ces trois expressions ? Au début une personne accepte la vision de la vie inspirée par la foi par un acte d’obéissance et de confiance. Puis à travers un processus d’intériorisation, dans lequel la raison et la volonté jouent un grand rôle, la foi dans le Christ est accueillie avec une conviction profonde et l’on fait l’expérience d’une correspondance harmonieuse entre ce que l’on croit et ce que l’on espère et les aspirations les plus secrètes de l’âme, notre raison, nos sentiments d’affection. On parvient ainsi à la perfection de la vie spirituelle, lorsque les réalités de la foi sont une source de joie intime et de communion réelle et satisfaisante avec Dieu. On ne vit que dans l’amour et par amour. Guillaume fonde cet itinéraire sur une solide vision de l’homme, inspirée des antiques Pères grecs, surtout d’Origène, lesquels, avec un langage audacieux, avaient enseigné que la vocation de l’homme est de devenir comme Dieu, qui l’a créé à son image et ressemblance. L’image de Dieu présente dans l’homme le pousse vers la ressemblance, c’est-à-dire vers une identité toujours plus complète entre la volonté propre et la volonté divine. A cette perfection, que Guillaume appelle « unité d’esprit », on ne parvient pas par l’effort personnel, même sincère et généreux, parce qu’une autre chose est nécessaire. On atteint cette perfection par l’action de l’Esprit Saint, qui vient habiter l’âme et purifie, absorbe et transforme en charité tout élan et tout désir d’amour présent chez l’homme. « Il y a ensuite une autre ressemblance avec Dieu », lisons-nous dans l’Epistola aurea, « qui n’est plus appelée ressemblance, mais unité d’esprit, lorsque l’homme finit par faire un avec Dieu, un seul esprit, non seulement par l’unité d’une volonté identique, mais en n’étant plus en mesure de vouloir autre chose. De cette manière, l’homme mérite de devenir non pas Dieu, mais ce que Dieu est : l’homme devient par la grâce ce que Dieu est par nature » (Epistola aurea 262-263, SC 223, pp. 353-355).

Chers frères et sœurs, cet auteur, que nous pourrions définir comme le « Chantre de l’amour, de la charité », nous enseigne à faire dans notre vie le choix fondamental, qui donne un sens et une valeur à tous les autres choix : aimer Dieu et, par son amour, aimer notre prochain ; c’est uniquement ainsi que nous pourrons rencontrer la joie véritable, anticipation de la béatitude éternelle. Mettons-nous par conséquent à l’école des saints, pour apprendre à aimer de manière authentique et totale, pour nous engager sur cet itinéraire de notre être. Avec une jeune sainte, Docteur de l’Eglise, Thérèse de l’Enfant Jésus, nous disons nous aussi au Seigneur que nous voulons vivre d’amour. Et je conclus précisément avec une prière de cette sainte : « Je t’aime, et tu le sais, divin Jésus ! L’Esprit d’amour me brûle de son feu. En t’aimant, j’attire le Père, que mon faible cœur abrite, sans échappatoire. O Trinité ! Tu es prisonnière de mon amour. Vivre d’amour, ici-bas, est un don de soi démesuré, sans demander de salaire… quand on aime, on ne compte pas. J’ai donné tout au Cœur divin, qui déborde de tendresse ! Et je cours avec légèreté. Je n’ai plus rien, et ma seule richesse est de vivre d’amour ».

A l’issue de l’audience générale, le pape a résumé sa catéchèse en plusieurs langues et salué les pèlerins. Voici ce qu’il a dit en français :

Chers frères et sœurs,

Guillaume de Saint-Thierry, ami et biographe de saint Bernard de Clairvaux, est né à Liège. Il est entré dans la vie bénédictine à Reims en 1113 et deviendra par la suite abbé du monastère de Saint-Thierry qu’il laissera ensuite pour l’abbaye cistercienne de Signy. Il consacrera alors sa vie à la contemplation du mystère divin et à la rédaction d’écrits spirituels où il se fait le «  chantre de l’amour  ». L’amour est l’énergie première de l’âme humaine, constate-t-il dans le De natura et dignitate amoris. La tâche fondamentale de tout être humain est donc d’apprendre à aimer. L’objet de cet amour est Dieu, Dieu-Amour. Suivant la théologie des Pères grecs, l’homme étant appelé à devenir par grâce ce que Dieu est par nature, cet apprentissage ne peut se faire qu’à l’école de Dieu. Guillaume de Saint-Thierry développe ainsi une pédagogie de l’amour où l’ascèse et l’effort humain ont leur place, mais où l’Esprit Saint joue le rôle principal en transformant en charité tout élan d’amour présent en l’homme.

Sa Lettre aux chartreux de Mont-Dieu, l’Epistola aurea, est un traité sur la vie spirituelle pour qui désire vivre dans l’amour et par l’amour. Dans ses considérations, Guillaume accorde une importance notable à la dimension affective de l’amour puisque Dieu doit être aimé par l’homme avec un cœur de chair. Il souligne aussi que «  l’amour est principe de connaissance  » et que Dieu ne peut être connu que s’il est aimé. L’enseignement de Guillaume de Saint-Thierry nous invite à faire un choix décisif qui donnera sens et valeur à tous nos autres choix  : Aimer Dieu, et par amour de Lui, aimer notre prochain.

Chers pèlerins francophones, avec les saints et en particulier avec sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, demandons au Seigneur de nous enflammer de sa charité pour aimer sans calcul et pénétrer dans le mystère de l’amour trinitaire. Bon pèlerinage à tous !

Traduction : Zenit

bonne nuit

3 décembre, 2009

bonne nuit dans image bon nuit, jour, dimanche etc. barbary-macaque-65924

Barbary Macaque

http://www.naturephoto-cz.com/barbary-macaque:macaca-sylvanus-photo-11055.html

Concile Vatican II : « Faire la volonté de mon Père »

3 décembre, 2009

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20091203

Le jeudi de la 1e semaine de l’Avent : Mt 7,21-21#Mt 7,24-27
Commentaire du jour
Concile Vatican II
Constitution dogmatique sur l’Eglise dans le monde de ce temps « Gaudium et spes », § 93

« Faire la volonté de mon Père »

      Se souvenant de la parole du Seigneur : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples : si vous vous aimez les uns les autres » (Jn 13,35), les chrétiens ne peuvent pas former de souhait plus vif que celui de rendre service aux hommes de leur temps, avec une générosité toujours plus grande et plus efficace. Aussi, dociles à l’Evangile et bénéficiant de sa force, unis à tous ceux qui aiment et pratiquent la justice, ils ont à accomplir sur cette terre une tâche immense, dont ils devront rendre compte à celui qui jugera tous les hommes au dernier jour. Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur » qui entreront dans le Royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté du Père et qui, courageusement, agissent. Car la volonté du Père est qu’en tout homme nous reconnaissions le Christ notre frère et que nous aimions chacun pour de bon, en action et en parole, rendant ainsi témoignage à la Vérité. Elle est aussi que nous partagions avec les autres le mystère d’amour du Père céleste. C’est de cette manière que les hommes répandus sur toute la terre seront provoqués à une ferme espérance, don de l’Esprit, afin d’être finalement admis dans la paix et le bonheur suprêmes, dans la patrie qui resplendit de la gloire du Seigneur.

      « A celui qui, par la puissance qui agit en nous, est capable de tout faire, bien au-delà de ce que nous demandons et concevons, à lui la gloire dans l’Église et dans le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles. Amen. » (Ep 3,20-21)

L’Annonciation – Mikhail Nesterov, 1901

2 décembre, 2009

L'Annonciation - Mikhail Nesterov, 1901 dans images sacrée mikhai12

http://stmaterne.blogspot.com/2008/12/limmacule-et-toute-pure-mre-de-dieu.html

Par Mgr Bernard Podvin: Voici le temps de l’Avent !

2 décembre, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-22819?l=french

Voici le temps de l’Avent !

Par Mgr Bernard Podvin

ROME, Lundi 30 novembre 2009 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous la méditation de Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France, à l’occasion du début de la période de l’Avent.

* * *

Veilleurs au nom de Celui qui vient !

Avent. Adventus. Avènement. Tout est dit ! Nous n’attendons pas une venue quelconque. Elle sera un avènement. Nous n’attendons pas en vain. Les croyants prennent leur tenue de veilleurs. Comme le disait Jean-Paul II, en « sentinelles de l’aurore ». Quatre semaines pour préparer le chemin de Celui qui désire advenir en nos vies. L’actualité nous bouscule. Ici, un projet de loi sur la fin de vie. Là, des nouvelles pauvretés en croissance alarmante. Ici, la tension internationale concernant la prolifération nucléaire. Là, les inquiétudes climatiques et environnementales, FAO, Copenhague….

Les évêques de France se sont exprimés fortement à Lourdes. Invitant les communautés chrétiennes à un « Noël autrement » pour un « vivre autrement ». Créant notamment un groupe épiscopal de travail sur les questions écologiques. Rédigeant, depuis plusieurs semaines, des communiqués vigoureux : crise agricole, accueil du frère handicapé, euthanasie… Tels Jean-Baptiste ne s’encombrant pas de fioritures, ils appellent à revenir à l’essentiel. Tels le Précurseur, ils exhortent à un surcroît de vigilance. Il n’est pas anodin que l’encyclique de Benoît XVI suggère les critères d’une « civilisation de l’économie ». Il n’est pas anodin que le livre épiscopal français « Bioéthique, questions pour un discernement » soit attendu pour poursuivre le dialogue. Il n’est pas anodin qu’un roman relatant l’accueil d’un enfant vulnérable reçoive le prix du livre chrétien : « Le Sourire » de Claire Daudin.

Les communautés catholiques sont actives et ferventes à préparer la Nativité. Que l’on cesse de répandre que les cathos sont « ringards ». Ils sont au rendez-vous de Dieu fait homme.

Père Bernard Podvin

Porte-parole de la Conférence des évêques de France

Le 27 novembre 2009

Homélie de Benoît XVI pour la messe de la nuit de Noël (texte intégral)(25/12/2006 1.21.53, Année C du jour d’avent)

2 décembre, 2009

du site:

http://www.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp?c=109848

(25/12/2006 1.21.53, Année C du jour d’avent)

Homélie de Benoît XVI pour la messe de la nuit de Noël (texte intégral)

Audio : La voix du pape (en italien)
 
Chers Frères et Sœurs,

Nous venons d’écouter dans l’Évangile les paroles que les Anges, dans la nuit sainte, ont adressées aux bergers et que maintenant l’Église nous adresse: «Aujourd’hui vous est né un Sauveur dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire» (Lc 2, 11 ss). Rien de merveilleux, rien d’extraordinaire, rien d’éclatant n’est donné comme signe aux bergers. Ils verront seulement un enfant entouré de langes qui, comme tous les enfants, a besoin de soins maternels; un enfant qui est né dans une étable et qui, de ce fait, est couché non pas dans un berceau, mais dans une mangeoire. Le signe de Dieu est l’enfant, avec son besoin d’aide et avec sa pauvreté. C’est seulement avec le cœur que les bergers pourront voir qu’en cet enfant, est devenue réalité la promesse du prophète Isaïe que nous venons d’entendre dans la première lecture: «Un enfant nous est né, un fils nous a été donné; l’insigne du pouvoir est sur ses épaules» (Is 9, 5). À nous non plus il n’a pas été donné un signe différent. Par le message de l’Évangile, l’ange de Dieu nous invite, nous aussi, à nous mettre en chemin avec le cœur, pour voir l’enfant qui est couché dans la mangeoire.
Le signe de Dieu est la simplicité. Le signe de Dieu est l’enfant. Le signe de Dieu est qu’Il se fait petit pour nous. Telle est sa façon de régner. Il ne vient pas avec puissance ni grandeur extérieure. Il vient comme un enfant – sans défense et ayant besoin de notre aide. Il ne veut pas s’imposer par la force. Il nous enlève la peur de sa grandeur. Il demande notre amour: c’est pourquoi il se fait enfant. Il ne veut rien d’autre de nous, si ce n’est notre amour, par lequel nous apprenons spontanément à entrer dans ses sentiments, dans sa pensée et dans sa volonté – nous apprenons à vivre avec lui et à pratiquer aussi avec lui l’humilité du renoncement, qui fait partie de l’essence de l’amour. Dieu s’est fait petit pour que nous puissions le comprendre, l’accueillir, l’aimer. Dans leur traduction grecque de l’Ancien Testament, les Pères de l’Église trouvaient une parole du prophète Isaïe, que Paul citait aussi, pour montrer que les voies nouvelles de Dieu étaient déjà annoncées dans l’Ancien Testament. On pouvait y lire: «Dieu a rendu brève sa Parole, il l’a abrégée» (cf. Is 10, 23; Rm 9, 28). Les Pères l’interprétaient dans un double sens. Le Fils lui-même est la Parole, le Logos; la Parole éternelle s’est faite petite – si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire. Elle s’est faite enfant, afin que la Parole devienne pour nous saisissable. Ainsi, Dieu nous enseigne à aimer les petits. Il nous enseigne de même à aimer les faibles. De cette manière, il nous enseigne le respect face aux enfants. L’enfant de Bethléem oriente notre regard vers tous les enfants qui, dans le monde, souffrent et qui sont soumis à des abus, ceux qui sont nés comme ceux qui ne sont pas nés. Vers les enfants qui, comme soldats, sont conduits dans le monde de la violence; vers les enfants qui doivent mendier; vers les enfants qui souffrent de la misère et de la faim; vers les enfants qui ne font l’expérience d’aucun amour. En chacun d’eux, il y a l’enfant de Bethléem qui nous interpelle; le Dieu qui s’est fait petit nous interpelle. En cette nuit, prions pour que l’éclat de l’amour de Dieu caresse tous ces enfants, et demandons à Dieu de nous aider à faire ce qui est en notre pouvoir pour que soit respectée la dignité des enfants; que pour tous jaillisse la lumière de l’amour, dont l’homme a plus besoin que des choses matérielles nécessaires pour vivre.
Nous sommes ainsi arrivés à la deuxième signification que les Pères ont trouvée dans la phrase: «Dieu a abrégé sa Parole». La Parole que Dieu nous communique dans les livres de l’Écriture Sainte était, au fil du temps, devenue longue. Longue et compliquée, non seulement pour les gens simples et analphabètes, mais même encore plus pour les personnes qui connaissaient l’Écriture Sainte, pour les savants qui, clairement, se perdaient dans les détails et dans les problèmes qui en découlaient, ne réussissant presque plus à trouver une vision d’ensemble. Jésus a «rendu brève» la Parole – il nous a fait voir à nouveau sa plus profonde simplicité et sa plus profonde unité. Tout ce que nous enseignent la Loi et les prophètes est résumé – dit-il – dans les paroles: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit… Tu aimeras ton prochain comme toi-même» (Mt 22, 37-39). Tout est là – la foi entière se réduit à cet unique acte d’amour, qui englobe Dieu et les hommes. Mais aussitôt se font jour de nouveau des questions: comment pouvons-nous aimer Dieu de tout notre esprit, si nous avons du mal à le trouver avec notre capacité mentale ? Comment l’aimer de tout notre cœur et de toute notre âme, si ce cœur parvient à l’entrevoir seulement de loin et perçoit tant de choses contradictoires dans le monde qui voilent son visage à nos yeux ? Arrivé à ce point, les deux manières par lesquelles Dieu a «fait brève» sa Parole se rencontrent. Il n’est plus loin. Il n’est plus inconnu. Il n’est plus non inaccessible à notre cœur. Il s’est fait enfant pour nous et il a par là dissipé toute ambiguïté. Il s’est fait notre prochain, restaurant encore de cette manière l’image de l’homme qui, souvent, nous apparaît aussi peu aimable. Dieu pour nous s’est fait don. Il s’est donné lui-même. Il prend du temps pour nous. Lui, l’Éternel qui est au-delà du temps, a assumé le temps, il a tiré vers le haut notre temps, près de lui. Noël est devenu la fête des dons, pour imiter Dieu qui s’est donné lui-même à nous. Faisons en sorte que notre cœur, nos âmes et notre esprit soient touchés par ce fait. Parmi les nombreux dons que nous achetons et que nous recevons, n’oublions pas le vrai don: de nous donner les uns aux autres quelque chose de nous-mêmes. De nous donner les uns aux autres de notre temps. D’ouvrir notre temps pour Dieu. Ainsi s’évanouit l’agitation. Ainsi naît la joie, ainsi se crée la fête. Et rappelons-nous dans les repas festifs de ces jours la parole du Seigneur: «Quand tu donnes un banquet, n’invite pas ceux qui t’inviteront à leur tour, mais invite ceux qui ne sont invités par personne et qui ne sont pas en mesure de t’inviter» (cf. Lc 14, 12-14). Et cela signifie aussi précisément: quand, pour Noël, tu fais des cadeaux, ne fais pas de cadeau seulement à ceux qui, à leur tour, te font des cadeaux, mais donne à ceux qui ne reçoivent de personne et ne peuvent rien te donner en échange. C’est ainsi que Dieu a agi: Il nous invite à son festin de noces, pour lequel nous ne pouvons rien donner en échange, que nous pouvons seulement recevoir avec joie. Imitons-le. Aimons Dieu et, à partir de lui, aussi l’homme, pour redécouvrir ensuite, à partir des hommes, Dieu de manière renouvelée.
Ainsi alors, s’ouvre enfin une troisième signification de l’affirmation sur la Parole devenue «brève» et «petite». Aux bergers, il fut dit qu’ils auraient trouvé l’enfant dans une mangeoire pour animaux, qui étaient les vrais habitants de l’étable. Relisant Isaïe (1, 3), les Pères ont déduit que, près de la mangeoire de Bethléem, il y avait un bœuf et un âne. En même temps, ils ont interprété le texte dans le sens où ce serait un symbole des Juifs et des païens – donc de l’humanité entière –, qui ont besoin, les uns les autres et chacun à sa manière, d’un sauveur: de ce Dieu qui s’est fait enfant. L’homme, pour vivre, a besoin de pain, du fruit de la terre et de son travail. Mais il ne vit pas seulement de pain. Il a besoin de nourriture pour son âme: il a besoin d’un sens qui remplit sa vie. Ainsi, pour les Pères, la mangeoire des animaux est devenue le symbole de l’autel, sur lequel est déposé le Pain, qui est le Christ lui-même: la vraie nourriture pour nos cœurs. Et nous voyons encore une fois qu’il s’est fait petit: sous l’humble apparence de l’hostie, d’un petit morceau de pain. Il se donne lui-même à nous.
C’est de tout cela que parle le signe qui a été donné aux bergers et qui nous est donné: l’enfant qui nous a été donné; l’enfant en qui Dieu s’est fait petit pour nous. Prions le Seigneur de nous donner la grâce de regarder en cette nuit la crèche avec la simplicité des bergers, pour recevoir ainsi la joie avec laquelle ils repartirent chez eux (cf Lc 2, 20). Prions-le de nous donner l’humilité et la foi avec lesquelles saint Joseph regardait l’enfant que Marie avait conçu du Saint-Esprit. Prions qu’il nous donne de le regarder avec l’amour avec lequel Marie l’a regardé. Et prions qu’ainsi la lumière, que virent les bergers, nous illumine, nous aussi, et que s’accomplisse dans le monde entier ce que les anges chantèrent en cette nuit: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, que Dieu aime». Amen !

Les catholiques en régions arabes et en Israël : rencontre avec le P. Neuhaus, sj

2 décembre, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-22834?l=french

Les catholiques en régions arabes et en Israël  : rencontre avec le P. Neuhaus, sj

Une petite communauté hébréophone représentée au synode d’octobre 2010

ROME, Mardi 1er décembre 2009 (ZENIT.org) – La communauté des catholiques d’expression hébraïque qui vivent en Israël est confiée aux soins pastoraux d’un vicaire patriarcal, le Rév. P. David Neuhaus, sj, qui vient de participer, à Rome, à la réunion annuelle de la Conférence des évêques latins des régions arabes (CELRA). Une partie de la communauté appartient au peuple juif et une autre partie vient des « nations » : elle forme « une seule communauté en Jésus Christ », dans l’Eglise catholique.

Le père David Neuhaus s.j. a bien voulu expliquer à Zenit la mission de la CELRA et la vie de la communauté dont il est spécialement responsable. Un synode rassemblera à Rome les Eglises du Moyen Orient en octobre 2010.

Zenit – La rencontre annuelle de la CELRA s’est tenue au Vatican du 16 au 19 novembre 2009 : qu’est-ce que la CELRA ?

P. David Neuhaus – La CELRA a été formée en 1963, un fruit du Concile et elle regroupe les évêques latins des régions arabes, c’est-à-dire (et cela n’est pas tout à fait évident à cause de la complexité de notre petit monde catholique du Proche Orient) : le Liban, la Syrie, l’Iraq, le Golfe arabe (qui inclut les principautés arabes, Arabie Saoudite, Yémen), Kuweit, Somalie et Djibouti, de l’Egypte et les quatre pays du Patriarcat latin de Jérusalem (la Jordanie, le Palestine, Israël et Chypre). La CELRA représente une réalité très diversifiée malgré un contexte majoritairement islamique et arabophone. Elle représente des catholiques qui sont arabes ou arabophones mais il y a également à la fois les chrétiens arabes et non-arabes qui vivent en milieu majoritairement juif dans l’Etat d’Israël, les catholiques qui vivent en milieu majoritairement grec-orthodoxe en Chypre et surtout les centaines de milliers d’ouvriers étrangers dans tous les pays de ces régions – des catholiques philippins, indiens, sri-lankais, soudanais, etc. Par exemple : dans les pays du Golfe et au Kuweit, la grande majorité des catholiques sont des ouvriers étrangers.
Le Patriarche de Jérusalem est le Président de la CELRA et les évêques de la CELRA se rencontrent une fois par an. Tous les deux ans, cette réunion se tient à Rome, comme cela a été le cas cette année. Il faut peut-être souligner que ce n’est pas évident d’être « latin », c’est-à-dire catholique romain, dans des régions qui font partie du monde chrétien d’orient  : dans certains de ces pays les catholiques latins sont une petite minorité parmi les catholiques qui sont pour la plupart des rites orientaux. Le dialogue avec les autres Eglises catholiques est essentiel.

Zenit – Sur quoi ont porté les travaux de Rome ?

P. David Neuhaus – Une partie essentielle de ces réunions est l’échange entre évêques sur la vie dans chacun de ces diocèses. La vie n’est simple nulle part. Partout il y a des grands défis touchant la survie de ces Eglises en milieu où les chrétiens sont très minoritaires et doivent parfois faire face aux problèmes multiples : la violence, les guerres, l’instabilité politique, sociale et économique, la discrimination, etc. Mais bien sûr il y a également de bonnes nouvelles parce nous sommes appelés à être le peuple de la Bonne Nouvelle. Malgré ces problèmes énormes, il y a partout des communautés pleines de vitalité et de joie. Il y a beaucoup d’initiatives pour renforcer la foi des fidèles, les former, renouveler leur sens de leur identité chrétienne et aider les pauvres et ceux qui souffrent. Une des bonnes nouvelles, qui a été une source de joie pour tous les participants, a été la béatification – à Nazareth quelques jours après notre réunion – de la fondatrice des Sœurs du Rosaire (très actives dans beaucoup de ces pays), la Bienheureuse Marie-Alphonsine Ghattas, une palestinienne de Jérusalem.

Une autre partie importante de ces réunions et spécialement quand elles se tiennent à Rome, sont les occasions de rencontrer les autorités ecclésiales et de s’informer sur les initiatives et les activités. Nous avons eu une rencontre avec le nouveau secrétaire de la Congrégation pour les Eglises orientales (dont notre conférence épiscopale fait partie), Mgr Cyril Vasil  ; nous avons eu l’occasion d’entendre le cardinal Jean-Louis Tauran sur les rapports avec le monde musulman  ; nous avons pris un temps plus long avec Mgr Vittorio Nozza de Caritas Italie pour nous informer du travail caritatif en Italie et pour approfondir notre compréhension de ce travail essentiel de l’Eglise. Chaque évêque a pu partager son expérience d’assistance caritative dans son diocèse et nous avons rendu compte du travail gigantesque que fait l’Eglise malgré notre très petit nombre.

On était aussi guidés par l’espérance de commencer déjà le travail de préparation pour le Synode pour l’Eglise au Proche-Orient (du 10 au 24 octobre 2010). De fait, nous avons rencontré le secrétaire du Synode, Mgr Nikola Eterovic, et avec lui nous avons pu discuter de certains aspects mais les détails resteront à voir après la publication des « lineamenta », dont nous attendons la parution.

Zenit – Vous avez rencontré Benoît XVI à cette occasion : que vous a-t-il dit ?

P. David Neuhaus – Le mercredi 18 novembre, nous avons été présents pour l’audience générale du Saint-Père. Au terme de l’audience, le Saint-Père a salué chacun des membres de la CELRA en assurant chacun de ses prières pour nos communautés. La cordialité chaleureuse du Saint-Père est toujours une grande consolation et il se souvenait de sa visite en Terre Sainte au mois de mai dernier, mais il se prépare également à une visite à Chypre en juin 2010  : une occasion pour remettre aux évêques catholiques de tout le Proche Orient l’« Instrumentum laboris » pour le Synode en octobre 2010.

Zenit – Vous êtes vicaire patriarcal pour la communauté catholique hébréophone : comment ce vicariat a-t-il été créé ?

P. David Neuhaus – En fait, notre petit Vicariat est inséré dans la CELRA parce que nous faisons partie du Patriarcat latin de Jérusalem mais nous ne vivons pas dans le monde islamique-arabophone mais plutôt dans le monde juif-hébréophone. Peut-être est-ce un signe eschatologique, une promesse de paix et de réconciliation que nous soyons présents dans cette conférence épiscopale parce que nous le croyons de tout notre cœur : « De ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation : la haine » (Ephésiens 2,14). Pour nous, le défi c’est de vivre profondément la communion avec nos frères et sœurs de foi, les Arabes chrétiens, dans un contexte de conflit national et notre réussite peut être un signe d’espoir pour notre pays.

Notre début date de 1955, quand les premiers pionniers, religieux, religieuses, prêtres et laïcs, ont fondé l’œuvre de Saint Jacques pour répondre à la nouvelle réalité de l’établissement de l’Etat d’Israël et l’immigration massive des juifs qui incluait ces juifs convertis, des conjoints catholiques des juifs et des catholiques qui venaient pour travailler en Israël. Pendant les premières années des communautés paroissiales en langue hébraïque ont été établies dans toutes les grandes villes pour des milliers de catholiques qui n’ont été pas arabes mais sont devenus des citoyens d’Israël ou des résidents à long terme. Les statuts fondateurs de l’œuvre soulignaient le travail pastoral mais également la consécration au dialogue avec le peuple juif et le travail pour la réconciliation. Ces communautés sont devenues également un lieu de prière pour la paix et un pont entre l’Eglise majoritairement arabe palestinienne et la population juive israélienne.

Prier en hébreu, vivre catholique en hébreu, vivre comme une minorité catholique dans une société juive, tout cela est une réalité très nouvelle pour l’Eglise. Les pionniers qui nous ont précédés ont fait un travail énorme pour traduire la liturgie, développer une musique sacrée en hébreu, créer un vocabulaire théologique chrétien en hébreu, commencer une présence chrétienne de réconciliation et de connaissance mutuelle au sein de la société juive.

Depuis ces premières années, le nombre de nos fidèles a diminué, pas uniquement à cause de l’émigration, mais plutôt à cause de l’assimilation. La nouvelle génération des catholiques israélienne hébréophone a tendance à trouver sa place dans la société juive laïque. Nous n’avons pas d’institutions éducatives ni d’autre type. Nos communautés très petites ne créent pas un milieu social pour nos jeunes qui tendent à se marier avec des juifs et très souvent nos jeunes se convertissent au judaïsme pour se marier. Notre plus grand défi aujourd’hui est d’essayer de tenter de transmettre la foi à la nouvelle génération pour qu’ils y trouvent non seulement intérêt mais également un soutien pour vivre leur quotidien.

Depuis une vingtaine d’années, ces communautés ont été enrichies par l’arrivée des vagues d’émigrés de l’ex-USSR. Ces centaines de milliers de russophones incluaient des dizaines de milliers de chrétiens et parmi eux un certain nombre de catholiques. Aujourd’hui nous avons aussi un apostolat en langue russe, mais leurs enfant sont devenus très vite hébréophones et maintenant le grand défi est de préserver la foi chrétienne de ces enfants et de les préparer pour une vie au sein d’une société juive, hébréophone en Israël.

En 1990, le Patriarche latin, Michel Sabbah, a nommé un Vicaire patriarcal pour ces communautés pour la première fois, le Père Abbé bénédictin Jean-Baptiste Gourion. En 2003, le Pape Jean-Paul II l’a élevé à l’épiscopat. Tout cela a aidé à donner une certaine visibilité à cette présence de l’Eglise en Israël.

Un nouveau défi important aujourd’hui est de s’ouvrir au monde des ouvriers étrangers qui viennent pour de longues périodes et qui apprennent l’hébreu pour leur travail. Parfois leurs enfants sont nés ici et vont à l’école en hébreu… ces enfants, par définition, deviennent eux aussi catholiques hébréophones.

Zenit – Combien de communautés sont ainsi sous votre responsabilité pastorale ?

P. David Neuhaus – Aujourd’hui nous avons six centres dans le pays et neuf prêtres qui nous servent. Le travail est véritablement de chercher les brebis perdues, ceux qui ne savent pas que cette Eglise hébréophone existe et qu’il est possible de vivre une vie catholique en hébreu au milieu de la société israélienne juive.

Zenit – Qu’attendez-vous du synode pour l’Eglise au Proche-Orient qui aura lieu à Rome du 10 au 24 octobre 2010 ?

P. David Neuhaus – Bien sûr ce Synode est prévu pour l’Eglise qui vit aujourd’hui dans un contexte majoritairement islamique et arabophone. Pourtant, avec toute la complexité que cela évoque, l’Etat d’Israël et la société juive font partie aujourd’hui de cette réalité du Proche Orient. La présence de notre Vicariat, même si cela sera une présence modeste et presque silencieuse, peut porter un témoignage chrétien important  : la coexistence, la réconciliation, le dialogue, l’enrichissement mutuel sont possibles !

Zenit – Ce petit troupeau a certainement besoin de soutien : comment manifester notre solidarité ?

P. David Neuhaus – En fait, nous sommes une Eglise presque invisible. Les églises, les institutions catholiques (écoles, hôpitaux, centres sociaux) sont ou arabophones ou étrangères. Nous nous réjouissons aujourd’hui que beaucoup de pèlerins viennent en Terre Sainte non pas uniquement pour retrouver les pierres des sanctuaires et des Lieux saints mais également pour retrouver les pierres vivantes – les communautés des chrétiens. Nous en faisons partie également. Nos frères et sœurs palestiniens arabes vivent dans une situation très difficile et nous nous réjouissons que le monde chrétien se montre très généreux à leur égard. Mais bien sûr nous avons nos besoins également et parfois c’est très difficile de trouver les moyens de faire le travail qu’il faut faire pour préserver cette expression essentielle de l’Eglise en Terre Sainte. Actuellement, nous avons plusieurs projets importants : publier une série de livres de catéchèse pour nos enfants (le premier « Connaître le Messie », vient de paraître avec une aide généreuse de l’organisation allemande, l’Aide à l’Eglise en détresse – Kirche in Not), organiser des activités de formation et de camps d’été pour les enfants, organiser des sessions pour les jeunes couples, former nos prêtres et nos catéchistes etc.

Nous avons lancé, il y a deux ans, un site Internet très actif en hébreu, russe, anglais et un peu en français et tous ceux qui veulent en savoir davantage peuvent s’y rendre et entrer en contact avec nous : www.catholic.co.il.

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

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