Introduction à l’Avent

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Introduction à l’Avent

1. L’Avent déformé – Un recentrage à faire
Pâques est la fête centrale de la liturgie, avec sa préparation, le Carême, et son extension, le Temps pascal. Assez vite cependant un deuxième cycle, de moindre importance bien sûr, se forma autour de Noël-Épiphanie, avec une préparation analogue, l’Avent, du latin adventus : la venue, l’arrivée – connotée de gloire, de joyeuse entrée. La place centrale de Pâques n’est pas évidente pour tous, car la fête de Noël est plus populaire, surtout dans les régions nordiques. Elle parle davantage au sentiment. Mais il ne faudrait jamais oublier que la crèche n’est que l’étape préparatoire au grand événement sauveur qu’est la mort du Christ en croix et sa résurrection glorieuse.

Cette première étape vers Pâques, la voici donc devant nous. Avant la grande ascension, voici la première montée, l’Avent.

Un deuxième recentrage est à faire, cette fois-ci pour le cycle de Noël lui-même. Beaucoup célèbrent ce temps dans le simple souvenir d’un événement qui, pour eux, est littéralement du passé. Ils condamnent ainsi Noël et sa préparation à l’insignifiance. Car enfin, que faut-il attendre alors et préparer ? Tout au plus une fête de famille, un Noël pour enfants : poupon sur paille fraîche, bergers et moutons, mages et dromadaires – avec, pour les adultes, une larme au souvenir de leur propre enfance (encore du passé !).

Or la naissance de Jésus a, non seulement laissé des traces (sans elle il n’y aurait pas d’Église chrÉtienne), mais elle veut agir dans notre aujourd’hui. Pour la simple raison que la liturgie actualise Jésus pour nous, le fait entrer dans notre vie et dans notre temps. Il nous faut donc réaliser la paix, la réconciliation dont la liturgie de l’Avent et de Noël est pleine. Les reculer jusqu’au paradis est une pieuse malhonnêteté. Jésus a transformé tout de suite; et nous, après lui, il nous faut transformer notre temps. Si, du moins, nous nous y attachions avec autant de sincérité que bien des hommes hors-Église !

Enfin cet aujourd’hui est en vue d’un proche avenir, celui de notre propre naissance à la vie plénière en Dieu. Demain, dans quelques petites années, l’aujourd’hui de la terre sera relayé par la joie d’une présence dévoilée. Bien sûr, il y a aussi la préparation à la fête de Noël. Mais cette préparation fait office de grandes manoeuvres. L’Avent liturgique nous « exerce » à traverser notre mort et à attendre un Avent grandiose, la venue glorieuse de Jésus. Et voici que la liturgie nous coince bien heureusement : Pour quoi, pour qui vis-tu ? Quel est ton avenir ? Et comment vois-tu l’avenir de l’humanité ? En catastrophe ? Ou comme entrée de tous tes frères et soeurs dans la joie de Dieu ? Ne sais-tu pas que tu es celui qui tient le flambeau de l’attente en lieu et place de tant d’hommes résignés, que tu le tiens pour le porter au-delà des mythes du progrès et des lendemains qui chantent ? Ces perspectives n’ont-elles pas de quoi t’exalter ?

Sois adulte. Vis une liturgie responsable.

2. Un temps pluri-dimensionnel
L’Avent est un amalgame de plusieurs temps préparatoires à Noël :
L’un plus ascétique, une espèce de « Carême de Noël », préparant aux baptêmes conférés le jour de l’Épiphanie (d’influence gallo-égyptienne).
L’autre plus historique : la préparation joyeuse à la fête de la naissance du Christ (d’influence romaine).
Un troisième plus eschatologique, orienté vers la venue finale du Christ en gloire (d’influence irlandaise).

L’Avent est riche de ces trois apports qui se sont fusionnés en un tout harmonieux. La liturgie les présente dans un intelligent pèle-mêle où un évangile plus austère est compensé par un chant de joie, où l’ardeur mystique du désir se fait réaliste par le patient engagement dans les tâches quotidiennes. On ne célèbre bien l’Avent qu’en ayant ces trois aspects continuellement présents à l’esprit.

Il y a cependant une progression dans les thèmes : les deux premiers dimanches sont marqués par l’avènement glorieux du Christ; ils sont en continuité frappante avec la fin de l’année liturgique qui nous parle, elle aussi, de la fin des temps. Les deux derniers dimanches sont marqués par la préparation joyeuse à la fête de Noël. Cette progression se retrouve dans les deux préfaces officielles, la première plus eschatologique : « Il reviendra de nouveau revêtu de sa gloire »; la deuxième évoquant le prophète Jean Baptiste et la Vierge et nous faisant « entrer déjà dans le mystère de Noël ».

Les quatre dimanches de l’Avent se célèbrent avec des ornements violets (un reste de la ligne pénitentielle ascétique). L’Avent est cependant une attente joyeuse, et l’on chante l’Alléluia. Si le Gloria est omis, c’est pour que le chant des anges à Noël « sonne comme quelque chose de neuf » (Missel romain).

Mais comment célébrer honnêtement l’enfant de la crèche sans devenir humble et sans mener une vie simple ? Comment attendre véritablement le retour du Christ sans nous détacher de tout ce qui nous sépare de lui ? Comment vivre l’Avent avec le minimum d’authenticité sans faire nôtre le grand désir des hommes, le désir de plus de justice, de paix ? Chrétien, tu es celui qui porte l’attente des hommes vers ses plus hauts sommets. En as-tu conscience ? Vis de telle sorte que d’autres se mettent à désirer avec toi.

Alors la liturgie ne sera pas seulement une célébration, un rite; le Christ naîtra dans ton coeur, il entrera avec puissance dans ta vie. Ce sera Noël, Épiphanie pour de vrai.

La Parousie
Mot grec que l’on trouve un peu chez Matthieu, beaucoup chez Paul. Il se traduit le mieux par Avènement. Il désignait l’arrivée solennelle d’un roi dans une ville, entrée qui s’accompagnait de réjouissances et de jugements.

Les premiers chrétiens ont adopté ce terme, parce que il leur était une image parlante du Christ quand il viendra dans sa gloire pour combler ceux qui l’avaient attendu avec foi. Cette venue sera un jugement : Dieu accomplira sa « justice », il réalisera pleinement son dessein. Ce sera le jour de la plénitude. Dieu avait fait habiter corporellement dans le Christ toute la plénitude de sa divinité. Jésus nous avait racheté avec abondance. Cette plénitude-abondance qui est dans le Christ, elle va maintenant se réaliser dans toute l’humanité.

Tu ne désires cette venue en plénitude que si tu as conscience de ton « manque », que si tu as déjà « goûté au Christ » de telle sorte que tu attends avec impatience qu’il vienne dans toute sa plénitude.

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