30 septembre – Saint Jérôme, Docteur de l’Eglise

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30 septembre – Saint Jérôme, Docteur de l’Eglise
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Biographie

Je suis à la fois, disait Jérôme, philosophe, rhéteur, grammairien, dialecticien, expert en hébreu, grec et latin ; il fut aussi un polémiste redoutable, parfois injuste, tel ce jour où il invectiva saint Augustin, son cadet d’à peine cinq ans : Ecoute mon conseil, jeune homme : ne viens pas, dans l’arêne des Ecritures, provoquer un vieillard ! Tu troubles mon silence. Tu fais la roue avec ta science.

« Hierônumos en grec (celui dont le nom est sacré) ; Hieronymus, en latin, fils d’Eusèbe, je naquis à Stridon, ville maintenant détruite par les Goths, mais qui se situait alors sur les confins de la Dalmatie et de la Pannonie (Hongrie) », écrit-il, en 392, à la dernière page du De viris illustribus, ajoutant : « Je suis né chrétien, de parents chrétiens. Dès le berceau, je fus nourri du lait catholique. » Il dit encore de lui-même : « Je suis à la fois philosophe, rhéteur, grammairien, dialecticien, expert en hébreu, grec et latin. »

Enfant unique pendant treize ans, Jérôme fut terriblement gâté par les siens jusqu’à ce que naquissent sa sœur et son frère. Il étudia à Milan, puis à Rome où il suivit les cours du célèbre grammairien Aelius Donatus. Elève doué mais difficile et facétieux, Jérôme respira les parfums de cette ville puissante, maîtresse du monde, alors gouvernée par Julien l’Apostat. Admirateur de Cicéron, il déclamait les grands plaidoyers les exordes sonores qui lui servirent lors d’un stage auprès des tribunaux. Il se lia avec Bonose et Rufin, deux compagnons d’étude. Avec soin et à grands frais, il acquit des livres et, peut-être, goûta-t-il de furtifs amours au milieu des danses des jeunes filles romaines.

Cependant, confia-t-il dans son commentaire d’Ezéchiel (XI 5) « Quand j’étais à Rome, jeune étudiant ès-arts libéraux, j’avais accoutumé, le dimanche, avec d’autres de même âge et de même résolution, de visiter les tombeaux des apôtres et des martyrs. Souvent nous entrions dans ces cryptes creusées dans les profondeurs de la terre où l’on avance entre des morts ensevelis à droite et à gauche le long des parois. Tout est si obscur que la parole du Prophète est presque réalisée : qu’ils descendent vivants dans les enfers ! Ici et là, une clarté venue d’en-haut tempère l’horreur des ténèbres : moins une fenêtre qu’un trou foré, croirait-on, par la clarté qui tombe. Puis, pas à pas, on revient, et dans la nuit noire qui vous entoure, le vers de Virgile est obsédant : Tout suscite l’horreur et le silence même. » Il reçut le baptême, en 366, sans doute des mains du pape Libère.

Jérôme, hébergé par son ami Bonose, séjourna d’abord à Trèves, résidence impériale de Valentinien I°, où il approfondit la théologie ; en 373, il était à Aquilée, centre économique et littéraire, où, avec Rufin et Bonose, il fonda une académie sous l’égide de l’évêque Chromatius ; « les clercs d’Aquilée forment comme un chœur de bienheureux », dira-t-il dans la Chronique.

Quand, pour d’obscures raisons, le groupe se disloqua, Jérôme partit à Antioche de Syrie où, un jour du carême 375, il tomba si gravement malade qu’on le crut aux portes de la mort. Ce lui fut une expérience mystique : « En esprit, je m’imaginai transporté devant le tribunal du Souverain Juge. Voici la confrontation. Interrogé sur ma conduite, je déclare : Je suis chrétien. – Tu mens, me réplique le Juge suprême : Tu es cicéronien, non pas chrétien ; là où est ton trésor, là aussi est ton cœur. Je m’exclame alors : Seigneur, si jamais je retiens les livres du siècle, c’est que je t’aurai renié. » (Epître XX 30). Rétabli mais sans cesse taraudé par fautes passées, il se retira dans la solitude de Chalcis, au sud de Beroea (Alep) ; il s’imposait une rude ascèse mais, en même temps, il s’adonnait à l’étude du grec et de l’hébreu. « Combien de fois, installé au désert, en cette vaste solitude torréfiée d’un ardent soleil, affreux habitat offert aux moines, je me suis cru mêlé aux plaisirs de Rome ! … Les jeûnes avaient pâli mon visage, mais les désirs enflammaient mon esprit, le corps restant glacé. Devant ce pauvre homme déjà moins chair vivante que cadavre, grondaient seulement les incendies de la volupté. » (Lettre CCXXVII, à Eustochium)

Dans sa solitude, les âpres controverses sur la Trinité, ne manquèrent pas de lui parvenir ; il écrivit par deux fois au pape Damase, sans recevoir la moindre réponse. Pour accepter d’être ordonné prêtre par Paulin d’Antioche, en 378, Jérôme, soucieux de son indépendance, avait posé deux conditions aussi singulières que paradoxales : ne pas être astreint aux fonctions ministérielles pastorales et demeurer libre de ses mouvements. Cependant, se jugeant indigne de monter à l’autel, il ne célèbra jamais la messe.

En 379, il partit auprès de saint Grégoire de Nazianze qui réorganisait l’Eglise de Constantinople. Jérôme traduisit et compléta la Chronique d’Eusèbe de Césarée et les Homélies d’Origène. Epiphane de Salamine et Paulin d’Antioche, convoqués à Rome pour un concile sur les affaires d’Orient, emmenèrent Jérôme qu’ils présentèrent au Pape (382). Le pape Damase vit tout le parti qu’il pouvait tirer de ce moine érudit, en provenance de Constantinople qui venait de lui dédier une traduction des Deux homélies d’Origène sur le Cantique ; il l’engagea comme conseiller pour les affaires d’Orient et consulteur biblique : Révisez donc le texte peu satisfaisant des Evangiles, lui demanda-t-il : Je m’y appliquerai d’après les sources complémentaires : manuscrits grecs et textes en hébreu. Ce fut fait, avec une correction complète du Psautier.

Connaissez-vous Jérôme, demandait-on à Rome, ce stupéfiant érudit ? Savez-vous qu’il donne des conférences très doctes et fort suivies ? – En quel lieu je vous prie ? – Mais sur l’Aventin, au palais de la veuve Marcella et de la noble Albine, sa mère. Bientôt, les dames de la société dont Paula et ses deux filles, Eustochium et Blésilia, coururent se faire conseiller par le savant personnage, rassembleur de matrones qui ne manqua pas de se faire de solides ennemis parmi les jaloux qui, à la mort de Damase (11 décembre 384) dénoncèrent ce moine, coqueluche des dames ; ulcéré, Jérôme qui proclamait que la virginité consacrée doit rester reine, rugit contre Helvidius qui prétendait que tous les états de vie se valent. Sois la cigale des nuits ! Veille comme le passereau, sur un toit désert… Ne faut-il pas pleurer et gémir, quand le serpent nous présente encore le fruit défendu ? Que me veux-tu, volupté qui passe si vite ? … Je t’en conjure, ma chère Eustochium, ma fille, ma souveraine, ma compagne, ma soeur… Je t’appelle de ces noms puisque mon âge, ta vertu, notre profession, me le permettent … Laisse, au-dehors, errer les vierges folles (S. Matthieu XXV 8-13). Reste au dedans. Ferme la porte et prie(Epître XXII 18 : Voeux à Eustochium, vierge fidèle).

Au mois d’août 385, calomnié et persécuté, à bout de patience, il secoua sur l’ingrate Rome la poussière de sessandales (Matthieu VI 11) : D’après eux, je serais donc : fourbe, séducteur, suppôt de Satan… Il en est qui me baisent les mains et, d’autre part, me déchirent d’une langue de vipère. Ils affectent de me plaindre mais, au tréfonds, ils se réjouissent de mon malheur… l’un calomnie ma démarche et mon rire ; l’autre soupçonne ma simplicité… Et je vécus près de trois ans avec ces Romains ! C’est à la hâte que je vous confie ces souffrances. Je m’embarque aujourd’hui, triste et les yeux gonflés de larmes (Epître XLV à Asella).

Parti vers la Palestine avec une dizaine de dames romaines, il logea chez Epiphane de Salamine, à Chypre, où Paula et Eustochium vinrent le rejoindre avant qu’il partît pour l’Egypte. En Alexandrie, il consulta Didyme l’aveugle, voyant spirituel, exégète subtil et vulgarisateur génial (Lettre CXII 4). Les pèlerins enthousiasmèrent et édifièrent les monastères de Nitrie, puis ils entrèrent en Terre-Sainte. Notre chère Paula y fit visite de la crèche du Sauveur. Quand elle vit la sainte retraite de la Vierge et l’étable, elle protesta en ma présence qu’elle voyait, comme si elle les eût sous les yeux : l’Enfant enveloppé de langes, le Seigneur vagissant dans l’étable, les mages l’adorant, l’étoile brillant sur la crèche, la Vierge devenue mère, Joseph lui prodiguant ses soins, les pasteurs veillant de nuit, pour contempler la vérité du Verbe (Epître CVIII 6, 14 : éloge funèbre de Paula).

Depuis 377, après avoir séjourné six ans en Egypte, près de Didyme l’aveugle, Tyrannius Rufin d’Aquilée, l’ami de Jérôme, ordonné prêtre par l’évêque Jean, s’était établi à Jérusalem comme conseiller spirituel de Mélanie l’ancienne, noble dame romaine, avec qui, sur le Mont des Oliviers, il animait un monastère double (moines d’un côté et moniales de l’autre) ; en 386, Jérôme et Paula imitèrent son exemple à Bethléem : Jérôme priait, se mortifiait, étudiait, travaillait manuellement, faisait la direction spirituelle de ses moniales : Cette solitude m’est un vrai paradis !

Dès 389, il a révisé la version latine de l’Ancien Testament, selon les Hexaples d’Origène (du grec Hexaplos, sextuple : texte en hébreu, même version en lettres grecques, quatre versions grecques différentes). Vint ensuite un seconde révision du Psautier pour le rendre plus conforme à la Septante (version grecque établie, entre 250 et 130 avant J. C. , par 70 rabins d’Alexandrie), puis le Livre de Job, les Paralipomènes et les livres salomoniens.

En même temps, sous la conduite du juif Baranina, Jérôme se remit à l’étude systématique de l’hébreu et entreprit une nouvelle relecture annotée de l’Ancien Testament, recherchant à en rendre le mot, la pensée et le style, mais se heurtant à la pauvreté du latin, soit pour sauvegarder l’hebraïca veritas, soit pour rendre la nuance grecque. Pour ma part, non seulement je confesse mais encore je professe, sans gêne et tout haut : quand je traduis les Grecs – sauf dans les Saintes Ecritures où l’ordre des mots est aussi un mystère – ce n’est pas un mot par un mot mais une idée par une idée que j’exprime. (Lettre LVII 5, adressée à Pammachius ).

Origène (+ 254), fut un puissant génie dont l’œuvre gigantesque fut amplement exploitée par les Pères cappadociens et latins : saint Athanase l’opposa aux ariens, saint Grégoire de Nysse y puisa sa mystique, saint Hilaire de Poitiers s’en imprégna, saint Ambroise le plagia, et saint Augustin s’en pénètra ; saint Jérôme lui-même se déclara tributaire d’Origène le Grand, après que saint Grégoire de Naziance le réputa la pierre qui nous aiguise tous, et que Didyme l’aveugle l’appela le maître des églises après l’apôtre. Il n’en reste pas moins que la doctrine origéniste, conservée par Evagre le Pontique et professée par des moines égyptiens et palestiniens est hétérodoxe[1].

Au début de 393, le moine Artabius visitant les monastères, présenta un formulaire accablant contre Origène qui erra, sur les questions dogmatiques : trinité, incarnation, résurrection, jugement dernier. Jérôme signa la condamnation que Rufin refusa. A Pâque, Epiphane de Salamine, en pèlerinage à Jérusalem, accusa l’évêque Jean d’origénisme. L’opinion publique s’agita, des bagarres éclatèrent dans la basilique du Saint-Sépulcre entre moines de clans opposés. Soutenu par Rufin Jean durcit sa position, tandis qu’Epiphane se retirait à Bethléem, dans un monastère hiéronymite. Pour conjurer le schisme, le subtil Théophile, patriarche d’Alexandrie, força Rufin et Jérôme à la réconciliation, mais, en réalité, tous deux campaient sur leurs positions.

Retourné à Rome, Rufin publia une traduction des Principes d’Origène, en biffant les passages qu’il jugeait contraires à la foi chrétienne, réputés simples interpolations faites par des mains étrangères. Il écrivit à Jérôme : Jadis admiratif d’un génie, premier mainteneur de l’Eglise après les apôtres, tu le pourfends aujourd’hui ! Indigne volte-face ! A quoi Jérôme répliqua : J’ai loué sa doctrine et son intelligence, non pas sa foi : j’approuve le philosophe et je désapprouve l’apôtre. Rufin adressa sa première Apologie au pape Anastase (400) et, cinq ans plus tard, il rédigea la deuxième pour répondre aux objections de Jérôme. Rufin poursuivit ses travaux jusqu’à sa mort (410), laissant vociférer le lion de Bethléem qui le qualifiait de scorpion, hydre, serpent, porc aux grognements indécents. La question dogmatique ne sera close qu’en 553, au II° concile de Constantinople.

Voilà qu’un dangereux exalté, le moine Pélage (360-422), venu de Grande-Bretagne, s’établit successivement à Rome, en Afrique et en Palestine. C’était un disciple d’Origène qui commentait les épîtres de saint Paul selon une exégèse fallacieuse dont on pouvait conclure que le péché originel ne serait qu’un mythe, puisque, même avant sa faute, Adam aurait été créé mortel et déjà sujet à la concupiscence ; donc, après la chute, parce que le vouloir et le faire de l’homme serait demeurés intacts, le baptême n’effacerait que les péchés actuels et ce serait une simple d’entrée dans l’Eglise.

Dans les Dialogues contre les pélagiens, Jérôme réfuta ces propositions hérétiques et accentua ses critiques dans la Lettre à Ctésiphon. Il félicitera saint Augustin de ses pamphlets antipélagiens. Les hérétiques réagirent vivement, surtout Julien d’Eclane, réfugié en Orient, et la lutte fut si féroce que certains commentateurs attribuèrent aux troupes pélagiennes une expédition punitive contre les monastères hiéronymiens (416) où l’on tua un diacre et incendia les bâtiments ; assiégé dans une tour fortifiée, Jérôme échappa de justesse : Notre maison, par rapport aux ressources matérielles, fut complètement ruinée par les persécutions des hérétiques. Toutefois, le Christ est avec nous. La demeure reste donc remplie de richesses spirituelles. Mieux vaut mendier son pain que de perdre la foi (Conclusion de l’épîtreCXXIV).

Pendant quinze ans, de rudes coups accablèrent le vieil exégète acharné à son travail, mais taraudé par des maux d’estomac. Paula mourut le 26 janvier 404 : Adieu, Paula. Par tes prières, tu soutenais la viellesse défaillante d’un homme qui tant te vénéra. Maintenant que ta foi et tes oeuvres t’unissent au Christ, tu intercèderas plus facilement pour lui. En 410, quand le wisigoth Alaric envahit l’Italie et pilla Rome. le vieux patriote vit, dans ce crépuscule des aigles, l’écroulement d’un monde : Elle s’est donc éteinte, la lumière la plus brillante de tous les continents. Plus précisément, l’empire vient d’avoir la tête tranchée. Pour dire l’entière vérité : en une ville, c’est l’univers entier qui périt (Prologue au commentaire sur Ezéchiel « , XXV 16 a). A la fin de l’année 418, la deuxième fille de Paula, Eustochium, meurt subitement : Cette mort soudaine me laisse désemparé. Elle a changé ma vie. Effectivement, à partir de là, et pendant deux ans, Jérôme, d’ordinaire si loquace, se tait. Nous ne savons rien des derniers jours de Jérôme qui mourut en 419 ou en 420, âgé, dit la Chronique de Prosper, de quatre-vingt-onze ans.
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[1] La création est conçue comme un acte éter­nel. La toute puissance et la bonté de Dieu ne peuvent jamais rester sans objet d’activité. Dans une émanation éternelle, le Fils procède de Dieu et du Fils procède le Saint-Esprit. Un monde d’esprits également parfaits a précédé le monde visible actuel, mais a fait défection une partie de ces esprits à qui appartenaient aussi les âmes préexistantes, et c’est pourquoi ces esprits ont été exilés dans la matière créée seulement alors. Les différences entre les hommes sur la terre et la mesure des grâces que Dieu donne à chacun, se règlent sur leur culpabilité dans un monde antérieur. Les âmes de ceux qui ont commis des péchés sur la terre, vont après la mort dans un feu de purification, mais peu à peu toutes, aussi les démons, montent de degré en degré pour, finalement, entièrement purifiées, ressus­citer dans des corps éthérés, et Dieu sera tout en tous.

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Lettre à Fabiola

Quiconque est versé dans la science des divines écritures et reconnaît dans leurs lois et leurs témoignages des liens de vérité, pourra combattre ses adversaires, les enchaîner, les réduire en captivité, puis, d’anciens ennemis et de misérables captifs, faire des enfants de Dieu.

Saint Jérôme
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C’est dans les eaux profondes et vivifiantes de la Vulgate que nos littérateurs se sont abreuvés… L’auteur a inventé cette syntaxe, ce style et cette langue à la fois très populaire et très noble, qui anticipe sur les langues romanes et a sûrement joué un grand rôle dans leur constitution… Pontife, en vérité, celui qui a donné la Bible hébraïque au monde occidental et construit un large viaduc qui relie Jérusalem à Rome et Rome à tous les peuples

Valéry Larbaud : Sous l’invocation de Saint Jérôme).

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Lettre de saint Jérôme à la sœur de sa mère, Castorina

« Celui qui hait son frère est un meurtrier » (S. Jean III 15). Telle est la claire affirmation de Jean, apôtre et évangéliste, et il la fait à juste titre car il n’est que trop vrai que le meurtre naît souvent de la haine. Son épée peut n’avoir jamais frappé un coup et pourtant celui qui hait, est déjà, dans son cœur, un meurtrier. Je vous en prie, dites-vous, pourquoi tout ce préambule ? Simplement pour vous demander avec insistance que nous enterrions les vieux ressentiments et préparions à Dieu un cœur pur où il puisse établir sa demeure. « Frémissez, nous dit David, mais ne péchez pas » (Psaume IV 5). L’apôtre explique ce verset avec plus de détails : « Que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (S. Paul aux Ephésiens IV 26). Dites-moi, comment allons-nous affronter le jour du jugement ? Le soleil est témoin qu’il s’est couché sur notre co1ère non pas un jour, mais pendant bien des années. « Si tu présentes ton offrande à l’autel, dit Notre-Seigneur dans l’Evangile et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande » (S. Matthieu V 23). Malheur à moi, vil misérable ! dois-je dire. Mais malheur également à vous ? Pendant tant d’années, ou nous n’avons point présenté d’offrandes à l’autel, ou nous en avons présenté tout en continuant à nourrir des griefs sans motif. Comment avons-nous jamais pu faire nôtre la prière quotidienne « Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (S. Matthieu VI 12), alors que le cœur et la langue étaient tellement en désaccord, la supplication en contradiction avec la conduite ? C’est pourquoi je renouvelle maintenant la requête que je vous ai adressée dans ma précédente lettre l’an dernier. Conservons tous deux cette paix que nous a léguée Notre-Seigneur, et puisse le Christ jeter un regard favorable sur mon désir et sur votre intention. Bientôt l’harmonie rétablie ou l’harmonie brisée recevra sa récompense ou sa punition devant son Tribunal. Mais si vous me repoussez maintenant, ce qu’à Dieu ne plaise, la faute n’en retombera pas sur moi ; car une fois que vous l’aurez lue, cette lettre assurera mon acquittement.

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