Archive pour le 4 avril, 2009

Christ riding into Jerusaleum

4 avril, 2009

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Christ riding into Jerusaleum

http://www.artbible.net/3JC/-Mat-21,01-Entre_a_Jerusalem_Entry/index8.html

Paul Poupard, La Passion et la culture: Congrès International: Le Patrimoine de la Passion:

4 avril, 2009

du site:

http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/cultr/documents/rc_pc_cultr_16121999_doc_ii-1998-stu_en.html

LA PASSION ET LA CULTURE

Intervention de Son Éminence au Congrès International: Le Patrimoine de la Passion:
source inépuisable d’inspiration pour la culture. Hvar, Croatie, le 26 mars 1998.

Cardinal Paul POUPARD

C’est avec une profonde joie que j’ai accepté l’aimable invitation à participer à ce Congrès international « Le Patrimoine de la Passion: source inépuisable d’inspiration pour la culture ». Le sujet est à la fois original et utile. Original, car l’argument de la Passion n’est pas d’ordinaire abordé sur le plan culturel; utile, car il permet de découvrir la richesse du patrimoine spirituel et culturel des Peuples entrés en contact au cours de l’histoire avec l’Évangile. La connaissance du passé est inéluctable: elle devient inspiration pour le futur. La mémoire est l’espérance du futur. L’engagement des fidèles à traduire leur foi en de multiples expressions de la culture ne doit pas rester une expérience du passé, mais continuer aujourd’hui pour se poursuivre demain. La richesse de la foi —une foi priée, vécue et célébrée— alimente l’inspiration chrétienne pour interpréter et représenter la réalité de la vie moderne. Au regard du passé, les styles de vie, les modes et les techniques d’expression ont certes évolué, mais l’inspiration demeure la même: la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. « Pour nous les hommes et pour notre salut, Il descendit du ciel, par l’Esprit-Saint Il a pris chair de la Vierge Marie et S’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour conformément aux Écritures et Il monta au ciel; Il est assis à la droite du Père ».

1. Le mot passion dérive de la parole latine passio. Le verbe pati signifie supporter, souffrir. Par ce terme, les chrétiens indiquent les souffrances de Jésus-Christ, mort en Croix à Jérusalem après avoir subi de nombreux outrages physiques et moraux.

Ce mot de passion est resté en usage dans les langues de tous les peuples qui ont accueilli le baptême. Nous le retrouvons, sauf quelques nuances, dans toutes les familles linguistiques européennes: latine, anglo-saxonne et slave. Ce fait, hautement significatif, révèle la diffusion du terme et la nécessité de mieux en approfondir la signification.

Le récit de la Passion de Jésus-Christ est rapporté par les quatre Évangélistes. A côté des références à la Passion présentes en d’autres passages de l’Évangile, les péricopes de la Passion demeurent les textes fondamentaux. Pour comprendre le sens profond de la réalité de la Passion de Jésus, trois mises au point me paraissent opportunes.

La première se réfère à la façon dont Jésus a affronté la mort. Pleinement conscient que la dramatique issue de sa vie terrestre provenait du refus de son ministère de la part des Juifs, Jésus n’a pas pour autant édulcoré la Mission reçue du Père d’annoncer et de témoigner la présence du Royaume de Dieu. En totale obéissance filiale, Il a accepté sa fin cruelle et l’a incorporée dans le Dessein salvifique du Père.

La valeur salvifique universelle du sacrifice de Jésus est soulignée dans l’Écriture Sainte. C’est le second aspect à rappeler. Les auteurs sacrés rapportent la Passion, non seulement comme un fait historique réellement advenu, mais comme un événement salvifique vécu par le Fils de Dieu dans l’histoire des hommes.

Les récits de la Passion, enfin, ne sont pas encore la conclusion de l’Évangile: la narration du tombeau vide et des apparitions du Crucifié ressuscité aux apôtres et aux disciples leur fait suite. Le mystère de la Passion et de la Mort de Jésus doit toujours être compris à la lumière de la Résurrection. L’humiliation du Fils de l’homme est ainsi transfigurée par sa glorification: « s’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix! Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom » (Phil 2,7-9). La Passion est pour la Résurrection. La liturgie du Triduum pascal nous le rappelle: il ne constitue pas une simple préparation à la solennité de Pâques, mais il est vraiment, selon saint Augustin, le très saint Triduum du Christ crucifié, enseveli et ressuscité. Il commence à la Messe vespérale In Caena Domini qui ouvre les célébrations de la Bienheureuse Passion. Il porte le nom de Triduum pascal pour qu’il apparaisse plus évident que la Pâques du Christ ressort de sa mort et résurrection, c’est-à-dire de la nouveauté de vie qui surgit de la mort rédemptrice.

Un des symboles les plus éloquents de la Passion est la Croix. A la lumière de la Résurrection, elle devient le signe de la victoire du Seigneur sur la mort et sur le péché. Aussi la Croix est-elle dressée dans les églises, les maisons et les lieux publics où les chrétiens se réunissent, comme aux carrefours des villages et des cités. Elle est portée autour du cou. La croix fait partie de la vie de l’homme et elle est le chemin spécifique du chrétien: « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Lc 9, 23-24).

2. Les premières communautés chrétiennes ont ressenti dès les origines l’urgence de vivre selon la logique pascale. Le mystère de la Passion, Mort et Résurrection de Jésus, célébré dans l’Eucharistie dominicale et spécialement au cours du Triduum pascal, trouve dans le martyre, puis le monachisme, deux formes d’application particulièrement éloquentes.

La participation à la Passion du Christ revêt diverses formes au cours des siècles. Le rapport entre le martyre et le Christ crucifié est trop manifeste pour qu’il y ait lieu d’y insister. Saint Luc assimile la mort d’Étienne à celle de Jésus (Ac 7, 59-60; Lc 23, 34-46). Saint Ignace d’Antioche et saint Polycarpe en sont de bonnes illustrations. Sainte Blandine va au martyre, « comme invitée à un repas de noces » (Eusèbe, Hist. Eccl. 1, 55).

Au martyr qui donne sa vie en une seule fois succède le moine qui immole la sienne chaque jour. Les Pères n’hésitent pas à qualifier les moines de martyrs du temps de paix (Hilaire d’Arles, Vie de saint Honorat 57, 3): la mortification quotidienne est équiparée au martyre (saint Athanase, Vie de saint Antoine 46; saint Jérôme, Ep. 108, 31). Les ascètes sont appelés « disciples de la croix » car ils « portent dans leur corps la passion du Christ » (Saint Basile, Ep. 223, 2).

La mortification, qui conforme la vie du moine à celle du Crucifié (saint Jean Cassien, Institutions 4, 34-35), conduit à une mort mystique, à un martyre qui « ne diffère pas du martyre physique » (Eutychius de Constantinople, De Pasch. et Euchar. 5).

Les réformes monastiques des Xe et XIe siècles accentuent l’orientation vers l’humanité du Christ et sa passion. La mystique de la Passion, après avoir été assimilée au martyre et à la mortification des ascètes, trouve une nouvelle formulation dans la « contemplation de la passion du Seigneur ». Le moine prie Jésus de « blesser des flèches embrasées de son amour » l’âme qui le cherche, désirant lui être spirituellement uni sur la croix, en compagnie de la Vierge (Jean de Fécamp, Méditations 7-8). Saint Anselme de Cantorbéry manifeste une attirance de compassion: il regarde la plaie du côté pour avoir l’âme « transpercée de la douleur la plus aiguë »; il voudrait charger la croix sur ses épaules pour sentir « le poids de l’immense charité ».

Saint Bernard apporte des éléments nouveaux dans la mystique de la Passion: il enseigne que l’âme, par la méditation et l’imitation du Crucifié, parvient dans la charité à l’union intime et personnelle avec le Verbe incarné. L’école de la charité (schola caritatis) est aussi école du Christ (schola Christi). L’Amour crucifié pénètre l’âme, la brûle et la consume jusqu’à la faire mourir à elle-même: ce martyre intérieur conduit à l’union mystique entre le Christ et l’âme qui cherche Dieu. Pour Guillaume de Saint-Thierry, la passion, « les opprobres, les crachats, les soufflets, la mort en croix » parlent le langage de la charité. Jésus nous fait comprendre en quoi consiste l’amour, lorsqu’il donne sa vie pour nous, nous aimant jusqu’au bout. La méditation de la Passion équivaut à une communion spirituelle, puisque l’Eucharistie appelle la « memoria passionis » et l’union intime avec le Christ (Ep. ad fratres de Monte Dei 115).

Au XIIe siècle, la chrétienté perçoit que Jésus est né pauvre, a vécu pauvre, est mort pauvre et nu sur la croix. Elle renoue ainsi avec la tradition patristique qui a toujours vu un rapport étroit entre la « sequela crucis » et la pratique de la pauvreté. Robert d’Arbrissel et saint Norbert soulignent que le Christ s’est préparé à la mort en laissant tout ce qu’il avait sur terre: sa bourse aux mains du traître, son Église à Pierre, son corps aux disciples dans le Sacrement, les disciples à Dieu, ses habits aux soldats, son corps mortel à ceux qui le mettent en croix. Son dernier bien, sa mère, il la remet aux hommes.

Peu d’hommes ont eu une expérience de la passion aussi intense et prolongée que le Poverello d’Assise. Saint François est l’image du Christ souffrant, « cloué à la croix en corps et en esprit ». Le baiser au lépreux, image de Jésus couvert de plaies, change « toute amertume en douceur ». L’aspiration au martyre développe en lui le désir ardent de mourir sur la croix avec le Christ; la stigmatisation transcrit en sa chair que son livre est le Crucifié en qui il désire « se transformer par son amour débordant » (saint Bonaventure, Legenda maior 9, 2). Sainte Claire répète que son unique désir est de rester sur la croix avec le Christ pauvre, « dont l’étreinte procure un bonheur sans fin » (Lettre à Agnès de Bohème 1). Les premiers compagnons de François sont persuadés que seul celui qui se dépouille de toutes les choses de la terre et « monte sur la croix avec le Christ » (cf. Dante, Paradis XI, 70) peut espérer l’union mystique avec le Verbe incarné. Saint Antoine de Padoue veut, « avec les pieds de l’amour », parcourir jusqu’au bout le chemin de la croix.

Au XIVe siècle, sainte Angèle de Foligno revit le drame de la Passion et en décrit les scènes avec un réalisme impressionnant: « Tout cela, je l’ai souffert pour toi ». Même réalisme dans les visions de Brigitte de Suède, surtout celle qu’elle eut à Jérusalem, dans l’église de la Passion. Catherine de Sienne emprunte trois « escaliers » célèbres: le premier jusqu’aux « pieds transpercés », le second jusqu’au « côté ouvert » et le troisième jusqu’à la « bouche, où le fiel a mis son amertume ». Alors l’âme se repose sur la croix, « heureuse et douloureuse » (Le Dialogue 49-76).

La Vita Jesu Christi de Ludolphe de Saxe suit simplement l’Évangile, les commentaires des Pères et des auteurs monastiques.

La Devotio moderna est orientée vers la méditation et l’imitation de la vie et Passion du Seigneur. Thomas a Kempis propose une série de méditations et de prières sur la vie et la passion du Christ (Opera, éd. M.J. Pohl, t. 5, Fribourg, 1905).

Saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels consacre une semaine à méditer la Passion. Ce n’est qu’après s’être rangé résolument sous l’Étendard du Christ et s’être enrôlé à la suite du Christ que le retraitant se voit proposer la méditation de la Passion: comme le Christ, le disciple passera de la passion à la gloire de la résurrection.

Pour saint Jean de la Croix, l’imitation du Crucifié dans son obéissance à la volonté du Père est indispensable pour qui veut atteindre à la perfection. La croix, entendue comme engagement continu à la souffrance, est la « porte étroite », la seule qui donne accès à la divine Sagesse.

Nous n’oublions pas les autres manifestations quotidiennes qui témoignent de la grande influence du mystère Pascal sur les fidèles, leur vie spirituelle, familiale et sociale.

L’importance attribuée aux célébrations du Triduum pascal, centre et sommet de l’année liturgique, apparaît clairement déjà dans l’exigence des chrétiens du IIIe siècle de prolonger la célébration du mystère pascal pendant cinquante jours. Par la suite, l’Église institue une préparation adéquate à la fête de Pâques, le Carême, avec toutes ses étapes de développement, transformation et réorganisation jusqu’à l’aggiornamento du Concile Vatican II.

Je voudrais rappeler quelques expressions traditionnelles de ces temps forts pour illustrer une fois encore l’influence de la Passion, Mort et Résurrection du Seigneur sur la vie des chrétiens et de l’Église. Je m’appuierai sur le trinôme de la prière, du jeûne et de l’aumône, indiqué par Jésus lui-même (Cf. Mt 6, 1-18).

La prière, personnelle et communautaire, s’intensifie en carême. L’Église demande à chaque chrétien de se confesser et de communier au moins une fois l’an, généralement à Pâques. Il n’était pas rare autrefois d’imposer une pénitence publique ou une réconciliation visible entre les membres d’une communauté. Ces faits étaient préparés avec soin par des célébrations liturgiques, d’intenses moments de méditation et une prédication appropriée. Parmi les nombreuses prières nées de la contemplation du Mystère pascal, la dévotion si répandue du Chemin de Croix tient une place de choix. Dom Marmion disait à ses moines: « je suis convaincu qu’en dehors des sacrements et des actes de la liturgie, il n’y a pas de pratique plus utile pour les âmes que le Chemin de Croix fait avec dévotion » (Le Christ dans ses mystères 14).

Les récits de la Passion étaient chantés, illustrés, dramatisés, accompagnés par des représentations appropriées dans les églises ou autour des lieux sacrés. Le philosophe Étienne Gilson était saisi par de tels spectacles où « l’artiste perpétue pour nous le spectacle charnel que Dieu a voulu donner » (La Passion). L’étude du développement de la musique et des représentations dramatiques théâtrales et artistiques s’élargit avec la vie des saints et en particulier des martyrs incorporés plus intimement à la Passion de leur Maître. Le Père de la littérature croate, Marko Marulic (1450-1524), profondément inséré dans la Mort et Résurrection du Seigneur, en tire l’inspiration de ses œuvres, aussi bien en langue latine que croate.

Quant à l’influence sur les mœurs, la pratique du jeûne et des conseils relatifs aux aliments à consommer ou à éviter pendant le Carême et surtout le vendredi, jour de la passion de Notre Seigneur, est éloquente. Il convient de rappeler la bénédiction des aliments le jour de la Résurrection. Le jour de Pâques perdure l’habitude de consommer l’agneau en famille, signe de l’Agneau immolé pour nous. Les chrétiens portent des Rameaux de palmiers et d’oliviers, bénis durant la procession du dimanche des rameaux, dans leurs propres maisons, les champs et sur les lieux de travail. Il y eut ensuite une invitation constante à la sobriété dans les comportements durant le Carême, comme par exemple à ne pas célébrer des noces trop fastueuses. De la nuit du Jeudi saint jusqu’à la veille de la Résurrection, en souvenir du séjour du Seigneur dans le tombeau, les cloches des églises ne sonnaient plus. Parmi les rites de la veillée pascale, qui ont influencé la culture religieuse, nous pouvons rappeler, par exemple, la liturgie de la lumière et en particulier la bénédiction du feu nouveau, la préparation du cierge pascal et la proclamation de l’annonce pascale: Exultet!

L’invitation à pratiquer l’aumône a poussé de nombreux hommes et de nombreuses femmes à se dépenser toujours plus en faveur des pauvres. Divers ordres religieux d’hommes ou de femmes assistent les malades, nourrissent les affamés, aident les nécessiteux: c’est que sur leur visage ils reconnaissent les traits divins de Jésus-Christ souffrant et mourant pour nous: « dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). La volonté de maintenir vivante la mémoire de la Passion Glorieuse du Christ par de nombreuses confréries, comme à Séville ou en Sicile, est à relever: particulièrement actives durant la Semaine Sainte, elles sont engagées tout au long de l’année en faveur de l’évangélisation et de la promotion humaine, sous l’inspiration du message des Béatitudes.

Oui, la Passion glorieuse est devenue source de la culture chrétienne. Cette constatation ne doit pas nous surprendre puisque la religion est à l’origine de la culture et en accompagne le devenir historique au cours des millénaires. Elle est nécessaire pour la naissance d’une vraie culture et son absence en rend impossible le plein développement. Au point de vue étymologique, culte et culture ont même racine: ils proviennent du verbe latin colo qui signifie travailler, cultiver, exercer. La culture imprégnée de la Passion est chrétienne parce qu’inséparablement unie au Serviteur souffrant et glorifié, Jésus-Christ, notre Sauveur.

3. Parmi les peuples slaves, les Croates sont les premiers à avoir accueilli le Mystère pascal. Le Pape Jean-Paul II l’a relevé lors de sa visite historique en Croatie en 1994: « Tu es le Christ! Parmi les peuples slaves, les Croates ont fait les premiers cette profession de foi » (« Homélie à Zagreb », Documentation Catholique 2102 [1994] 887).

Vos ancêtres ont vécu en un pays où, par la grâce de Dieu, le Christianisme a fleuri dès les temps apostoliques. Saint Paul rappelle que son disciple Tite s’est rendu en Dalmatie (2 Tim 4, 10). Votre terre regorge du souvenir du Christianisme des premiers siècles, comme le montrent les basiliques paléo-chrétiennes, les nombreux monuments et les recherches archéologiques. Mais bien plus précieuse pour vous est la mémoire de vos martyrs demeurés fidèles au Christ jusqu’à l’effusion du sang et qu’a commémorés le Saint-Père: saint Quirinus, évêque de Siscia; les saints Eusèbe et Pollionus, respectivement évêque et lecteur de Cibale, les saints Venantius et Domnius de Salona, ainsi que saint Maur de Parentium.

C’est par de telles racines que le Christianisme a pu s’étendre parmi le peuple Croate. Comme les autres peuples chrétiens, il a été pénétré par le message pascal et s’est laissé profondément marquer et façonner en tous les domaines de la vie. Le présent congrès indiquera avec plus de précision l’influence du christianisme sur la culture croate et les nations voisines.

Je voudrais seulement souligner combien vos saints sont marqués du mystère pascal. Deux ont subi le sort du maître: Saint Nikola Taveliæ (1341-1391) à Jérusalem et Saint Marko Kri_evèanin (1558-1619) à Košice en Slovaquie. Saint Léopold Bogdan Mandiæ (1866-1942) est devenu l’apôtre de la réconciliation entre les hommes et Dieu par son assiduité au confessionnal. Ces saints représentent la multitude innombrable de ces hommes et de ces femmes de votre patrie qui ont vécu la vocation chrétienne jusqu’à l’héroïcité du martyre.

4. Nous approchons de la fin du second millénaire de christianisme. Le Saint-Père nous invite à nous préparer au grand Jubilé de l’Année Sainte et il a consacré 1998 au Saint-Esprit. Nous sommes conviés à redécouvrir « sa présence sanctificatrice à l’intérieur de la communauté des disciples du Christ » (Exhortation apostolique Tertio millenio adveniente n°  44).

Notre siècle a vu la prétention humaine de construire la société sans tenir compte de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ et de bâtir une société en opposition à l’Évangile. Le résultat fut tragique: les deux idéologies antichrétiennes du nazisme et du communisme ont semé destructions spirituelles et matérielles et de nombreuses victimes. Aujourd’hui, nous pouvons compter avec plus de précision les millions de morts des camps de concentration, de travail ou de rééducation, plus de 80 millions, selon le Livre noir du Communisme, publié récemment à Paris.

Ces idéologies destructrices de la personne se sont abattues sur votre pays, y causant destructions, souffrances et pertes humaines. En de tels moments tragiques, les nouveaux et intrépides témoins de Jésus-Christ et de l’Évangile ne vous ont jamais manqué. La figure la plus prestigieuse demeure celle du Cardinal archevêque de Zagreb, Alojzije Stepinac, « un authentique homme d’Église, disposé au sacrifice suprême plutôt que de renier sa foi », selon l’émouvant et vibrant hommage que lui a rendu le Saint-Père (Homélie aux Vêpres, Zagreb).

Ce sont les hommes configurés à Jésus-Christ qui indiquent le chemin à suivre pour la construction d’une société plus juste et humaine. Le chemin est celui du don total de soi, du renoncement à l’égoïsme et du service désintéressé du prochain. C’est la voie de la Passion qui débouche sur une vie nouvelle personnelle et communautaire: « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24).

Les hommes apprennent peu de l’histoire! Ils recourent encore à la force pour imposer leur volonté ou régler les conflits. Les guerres récentes en Croatie, Bosnie-Herzégovine, au Rwanda, au Congo ou au Sierra Leone le démontrent de manière éloquente. Les chrétiens pourtant ne doivent jamais se décourager. Guidés par l’Esprit-Saint qui est l’Esprit du Seigneur ressuscité, ils sont appelés à proposer de nouveau le Mystère pascal et par la parole et par leurs actes: c’est l’engagement de la Nouvelle Évangélisation.

La Passion a pénétré l’histoire de l’Europe entière. S’il en fait disparaître les empreintes, le continent européen non seulement perdra ses richesses culturelles, mais reniera son identité. Pourrions-nous imaginer une Europe sans cathédrale, sans église, sans ces signes architecturaux visibles de la Passion du Christ?

Je souhaite à votre Congrès d’apporter davantage de lumières encore sur l’influence vivifiante du Mystère pascal dans la culture croate et dans celle des peuples qui ont entendu la voix du Seigneur: « viens et suis moi » (Mc 10, 22): ils ont pris le chemin avec courage et détermination, convaincus avec Pierre que le Seigneur a seul les paroles de la Vie éternelle (cf. Jn 6, 68). En définitive, la Croix est symbole d’amour suprême. Comme le disait saint Thomas a Kempis: « la croix est le trésor inépuisable de l’Église, la croix est le bois de l’amour » Crux lignum caritatis.

L’effondrement du communisme permet à la Croatie et à d’autres pays de réfléchir en vérité et liberté sur son prestigieux passé, pour y déceler et reconnaître les éléments essentiels de son identité nationale et chrétienne. Ces bases portantes sont toujours valides et capables d’inspirer votre présent pour construire un avenir d’espérance et une civilisation de l’amour, au sein d’une Europe chrétienne et dans la symphonie d’une Europe des Nations.

Dans les récits de la Passion, Marie, la Mère de Jésus, occupe une place de choix. C’est à son intercession maternelle que nous confions vos travaux, reprenant la prière conclusive de l’Angelus que les chrétiens aiment répéter trois fois par jour: Gratiam tuam quaesumus Domine, mentibus nostris infunde: ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui Incarnationem cognovimus, per Passionem Eius et Crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per eundem Christum Dominum nostrum. Amen!

Quatrième prédication de Carême du P. Cantalamessa

4 avril, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-20649?l=french

Quatrième prédication de Carême du P. Cantalamessa

Texte intégral

ROME, Vendredi 3 avril 2009 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la quatrième prédication de Carême que le P. Raniero Cantalamessa, ofmcap., prédicateur de la Maison pontificale, a prononcée ce vendredi matin, en présence du pape Benoît XVI et de membres de la curie romaine, dans la chapelle « Redemptoris Mater », au Vatican.

P. Raniero Cantalamessa, ofmcap.

Quatrième prédication de Carême

« Nous-mêmes qui possédons les prémices de l’esprit,

nous gémissons nous aussi dans l’attente » (Rm 8, 23)

L’Esprit Saint âme de l’eschatologie chrétienne

1. L’Esprit de la promesse

Ecoutons le passage de Romains 8 sur lequel nous voulons méditer :

« Nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. Car notre salut est objet d’espérance. Et voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer : ce qu’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore ? Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance » (Rm 8, 23-25).

La même tension entre promesse et accomplissement que l’on note, dans l’Ecriture, à propos de la personne du Christ, est perceptible aussi à propos de la personne de l’Esprit Saint. De même que Jésus a été d’abord promis dans les Ecritures, puis manifesté selon la chair, et enfin attendu dans son retour final, ainsi l’Esprit, autrefois « promis par le Père », a été donné à la Pentecôte et, maintenant, est de nouveau attendu et invoqué « en des gémissements ineffables » par l’homme et par la création toute entière qui, en ayant goûté les prémices, attendent la plénitude de son don.

Dans cet espace-temps qui s’étend de la Pentecôte à la Parousie, l’Esprit est la force qui nous pousse en avant, qui nous maintient en état de marche, nous empêche de nous laisser aller et de devenir un peuple « sédentaire », qui nous fait chanter avec un sentiment nouveau les « Cantiques des Ascensions » : « Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur ! ». Il est celui qui donne de l’élan et, en quelque sorte, donne des ailes à notre espérance ; bien plus, il est le principe même, l’âme de notre espérance.

Dans le Nouveau Testament, deux auteurs nous parlent de l’Esprit comme d’une « promesse » : Luc et Paul ; mais, nous le verrons, avec une différence importante. Dans l’Evangile de Luc et dans les Actes, c’est Jésus lui-même qui parle de l’Esprit comme étant « la promesse du Père ». « Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis » ; « Au cours d’un repas qu’il partageait avec eux, il leur enjoignit de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’y attendre ce que le Père avait promis, ce que, dit-il, vous avez entendu de ma bouche : Jean, lui, a baptisé avec de l’eau, mais vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu de jours » (Ac 1, 4-5).

A quoi se réfère Jésus lorsqu’il parle de l’Esprit Saint comme de la promesse du Père ? Où donc le Père a-t-il fait cette promesse ? Tout l’Ancien Testament, peut-on dire, est une promesse de l’Esprit. L’oeuvre du Messie est constamment présentée comme culminant dans une nouvelle effusion universelle de l’Esprit de Dieu sur la terre. La comparaison avec ce que dit Pierre le jour de la Pentecôte, montre que Luc songe, en particulier, à la prophétie de Joël : « Il se fera dans les derniers jours, dit le Seigneur, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair » (Ac 2,17).

Mais pas seulement à celle-là. Comment ne pas penser aussi à ce qu’on peut lire dans d’autres prophètes ? : « jusqu’à ce que se répande sur nous l’Esprit d’en haut » (Is 32, 15). « Je répandrai mon Esprit sur ta race » (Is 44, 3). « Je mettrai mon Esprit en vous » (Ez 36, 27).

Quant au contenu de la promesse, Luc met l’accent, comme il en a l’habitude, sur l’aspect charismatique du don de l’Esprit, notamment la prophétie. La promesse du Père est
« la puissance d’en haut » qui rendra les disciples capables de porter le salut jusqu’aux extrémités de la terre. Mais Luc n’ignore pas les aspects plus profonds, sanctifiants et salvifiques, de l’action de l’Esprit, tels que la rémission des péchés, le don d’une loi nouvelle et d’une nouvelle alliance, comme il ressort du rapprochement qu’il opère entre le Sinaï et la Pentecôte. La phrase de Pierre : « c’est pour vous qu’est la promesse » (Ac 2, 39), fait référence à la promesse du salut, pas seulement de la prophétie ou de quelques charismes.

2. L’Esprit prémices et arrhes

En passant de Luc à Paul, on entre dans une perspective nouvelle, beaucoup plus profonde au plan théologique. L’apôtre énumère divers objets de la promesse : la justification, la filiation divine, l’héritage ; mais celui qui résume tout, l’objet par excellence de la promesse est précisément l’Esprit Saint, qu’il appelle tantôt la « promesse de l’Esprit » (Ga 3, 14), tantôt l’« Esprit de la promesse » (Ep 1,13)[1]

Ce sont deux idées nouvelles qui sont introduites par l’Apôtre dans le concept de promesse. La première est que la promesse de Dieu ne dépend pas de l’observance de la loi, mais de la foi, et donc de la grâce. Dieu ne promet pas l’Esprit à celui qui observe la loi, mais à celui qui croit au Christ : « Est-ce pour avoir pratiqué la Loi que vous avez reçu l’Esprit, ou pour avoir cru à la prédication ? » « Car si on hérite en vertu de la Loi, ce n’est plus en vertu de la promesse » (Ga 3, 2.18).

C’est précisément à travers le concept de promesse que la théologie de l’Esprit Saint est raccordée, chez Paul, au reste de sa pensée et en devient la démonstration concrète. Les chrétiens le savent bien : c’est à la suite de la prédication de l’évangile qu’ils ont fait l’expérience nouvelle de l’Esprit, non pas pour s’être mis à observer la loi plus fidèlement que d’habitude.

La seconde nouveauté est, en un certain sens, déconcertante. Comme si Paul voulait tuer dans l’œuf toute tentation d’« enthousiasme », en déclarant que la promesse n’est pas encore accomplie, du moins pas entièrement ! Deux concepts appliqués à l’Esprit Saint sont, à ce propos, révélateurs : prémices (aparchè) et arrhes (arrabôn). Le premier est présent dans notre texte de Romains 8, le second dans la Deuxième Epître aux Corinthiens. « Nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps » (Rm 8, 23). « Et Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l’onction, c’est Dieu. Lui qui nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit » (2 Co 1, 21-22). « Et Celui qui nous a faits pour cela même, c’est Dieu, qui nous a donné les arrhes de l’Esprit » (2 Co 5, 5).

Que veut nous dire par là l’Apôtre ? Que l’accomplissement survenu en Christ n’a pas épuisé la promesse. Nous, dit-il, dans un contraste saisissant, « possédons… en attendant », nous possédons, et nous attendons. C’est justement parce que ce que nous possédons n’est pas encore la plénitude, mais seulement des prémices, une anticipation, que l’espérance naît en nous. Ou plutôt, le désir, l’attente, l’aspiration se font encore plus intenses qu’auparavant parce que, maintenant, nous savons ce qu’est l’Esprit. Sur la flamme du désir humain, la venue de l’Esprit à la Pentecôte a en quelque sorte rajouté du combustible.

Exactement comme pour le Christ. Sa venue a accompli toutes les promesses, mais n’a pas mis fin à l’attente. L’attente est relancée, sous forme d’attente de son Retour dans la gloire. La désignation « promesse du Père » place l’Esprit Saint au coeur même de l’eschatologie chrétienne. On ne peut donc qu’émettre des réserves quant à l’affirmation de certains spécialistes, selon laquelle « dans la conception des juifs chrétiens, l’Esprit était principalement la force du monde futur, dans celle des chrétiens hellénistiques il est la force du monde supérieur ». Paul démontre que les deux conceptions ne s’opposent pas nécessairement, mais peuvent au contraire coexister. En lui l’Esprit est, dans le même temps, réalité du monde supérieur, divin, et force du monde à venir.

Dans le passage des prémices à la plénitude, les premières ne seront pas jetées pour faire place à la deuxième, c’est plutôt qu’elles-mêmes deviendront plénitude. Autrement dit, nous conserverons ce que nous possédons déjà et nous acquerrons ce que nous n’avons pas encore. Ce sera l’Esprit lui-même qui se répandra en plénitude.

Le principe théologique « la grâce est le commencement de la gloire », appliqué à l’Esprit Saint, signifie que les prémices sont le début de l’accomplissement, le début de la gloire, une partie de celle-ci. Il ne faut pas, dans ce cas, traduire arrabôn par « gage » (pignus), mais uniquement par arrhes (arra). Le gage n’est pas un début de paiement, mais une chose qui est donnée dans l’attente du paiement. Une fois le paiement effectué, on rend le gage. Il n’en est pas de même pour les arrhes. Elles ne sont pas rendues au moment du paiement, mais complétées. Elles font déjà partie du paiement. « Si Dieu nous a donné comme un gage l’amour par l’opération de son Esprit, ne nous ôtera-t-il pas ce gage lorsque la réalité entière nous sera donnée ? Nullement. Il complètera plutôt ce qu’il a déjà donné »[2].

L’amour de Dieu dont nous avons un avant-goût ici-bas, grâce aux « arrhes de l’Esprit », est donc de la même qualité que celui que nous goûterons dans la vie éternelle, mais n’a pas la même intensité. Il en va de même pour la possession de l’Esprit Saint.

Une transformation profonde est intervenue, on le voit, dans la signification de la fête de la Pentecôte. A l’origine, la Pentecôte était la fête des prémices[3], c’est-à-dire le jour où l’on offrait à Dieu les prémices de la moisson. Elle est encore aujourd’hui la fête des prémices, mais des prémices que Dieu offre à l’humanité, dans son Esprit. Les rôles du donateur et du bénéficiaire sont inversés, en parfait accord avec ce qui se produit, dans tous les domaines, dans le passage de la loi à la grâce, du salut en tant qu’œuvre de l’homme au salut comme don gratuit de Dieu.

Voici pourquoi l’interprétation de la Pentecôte, fête des prémices, curieusement, n’a pour ainsi dire pas eu d’équivalent dans le contexte chrétien. Saint Irénée a bien fait une tentative en ce sens, en déclarant que le jour de la Pentecôte « l’Esprit offrait au Père les prémices de toutes les nations » [4], mais cela n’a eu quasiment aucune suite dans la pensée chrétienne.

3. L’Esprit Saint âme de la Tradition

A la différence de tous les autres aspects de la pneumatologie, l’apport de l’époque patristique, à propos de l’Esprit en tant que promesse, n’a pas été important, et ceci parce que les Pères ont manifesté moins d’intérêt pour la perspective historique et eschatologique que pour la perspective ontologique. Saint Basile a écrit un beau texte sur le rôle de l’Esprit dans la consommation finale : « Egalement au moment de la manifestation attendue du Seigneur du Ciel, l’Esprit Saint ne sera pas absent…Qui peut ignorer à ce point les biens que Dieu prépare pour ceux qui en sont dignes, jusqu’à ne pas comprendre que même la couronne des justes est grâce de l’Esprit Saint »[5]. Mais, si l’on observe attentivement, le saint se borne à dire que l’Esprit Saint aura une part active également dans l’acte final de l’histoire humaine, au moment du passage du temps à l’éternité. Toute réflexion sur ce que l’Esprit Saint accomplit, déjà maintenant, dans le temps, pour pousser l’humanité vers l’accomplissement, est absente. Il manque le sens d’élan de l’Esprit Saint, de force propulsive du peuple de Dieu en chemin vers la patrie.

L’Esprit pousse les croyants à être vigilants et dans l’attente du Retour du Christ, en enseignant à l’Eglise à dire « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 22, 20). Lorsque l’Esprit dit Marana-tha avec l’Eglise, c’est comme lorsqu’il dit Abba dans le coeur du croyant : il faut l’entendre dans le sens qu’il fait dire, il se fait la voix de l’Eglise. En effet, le Paraclet ne pourrait pas de lui-même crier Abba, parce qu’il n’est pas le fils du Père ; et il ne pourrait pas crier Marana-tha, « Viens, Seigneur », parce qu’il n’est pas serviteur du Christ, mais « Seigneur », son égal, comme nous le professons dans le Credo.

« Il vous dévoilera les choses à venir », déclare Jésus à propos du Paraclet (Jn 16, 13) : autrement dit, il dévoilera la connaissance du nouvel ordre de choses qui a émergé de la Pâque. L’Esprit Saint est donc le ressort de l’eschatologie chrétienne, celui qui maintient l’Eglise tendue en avant, vers le retour du Seigneur. Et c’est précisément cela que la réflexion biblique et théologique de nos jours a cherché à mettre en lumière. La nouvelle existence suscitée par l’Esprit, écrit Moltmann, est déjà elle-même eschatologique, sans attendre le moment final de la Parousie ; en ce sens qu’elle est le début d’une vie qui ne se manifestera pleinement que lorsque sera établi le mode d’existence déterminé par le seul Esprit, qui n’est plus désormais contrecarré par la chair. L’Esprit n’est pas seulement promesse au sens statique, mais la force de la promesse, celui qui fait percevoir la possibilité de la libération, qui fait sentir à quel point les chaînes sont encore plus lourdes et intolérables, et pousse à les briser[6].

Cette vision paulinienne de l’Esprit Saint comme promesse et comme prémices nous permet de découvrir le véritable sens de la Tradition de l’Eglise. La Tradition n’est pas tout d’abord un ensemble de choses « transmises », elle est, en premier lieu, le principe dynamique de transmission. Mieux, elle est la vie même de l’Eglise : en effet, animée par l’Esprit sous la conduite du Magistère, elle se développe dans la fidélité à Jésus Christ. Saint Irénée écrit que la révélation est « comme un dépôt précieux conservé dans un vase de valeur qui, grâce à l’Esprit de Dieu, rajeunit toujours et fait rajeunir également le vase qui la contient »[7]. Le vase de valeur qui rajeunit avec son contenu est précisément la prédication de l’Eglise et la Tradition.

L’Esprit Saint est donc l’âme de la Tradition. Si on supprime, ou si on oublie, l’Esprit Saint, ce qui reste de celle-ci n’est que lettre morte. Si, comme l’affirme saint Thomas d’Aquin, « sans la grâce intérieure de l’Esprit Saint, même l’Evangile donc serait resté une lettre qui tue », alors que devrions-nous dire de la Tradition ?

La Tradition est donc, il est vrai, une force de constance et de conservation du passé, mais elle est aussi une force d’innovation et de croissance ; elle est à la fois mémoire et anticipation. Elle est comme la vague de la prédication apostolique qui avance et se propage au cours des siècles[8]. La vague ne peut être captée qu’en mouvement. Geler la tradition à un moment donné de l’histoire signifie en faire une « tradition morte », non plus une « tradition vivante » comme l’appelle saint Irénée.

4. L’Esprit Saint nous fait abonder dans l’espérance

Avec son encyclique sur l’espérance, le Saint-Père Benoît XVI nous indique la conséquence pratique qui découle de notre méditation : espérer, espérer toujours, et si nous avons déjà espéré mille fois en vain, recommencer à espérer encore ! L’encyclique (dont le titre « Spe salvi » : « Nous avons été sauvés dans l’espérance », est justement tiré du passage de Paul que nous avons commenté) commence par ces paroles :

« La rédemption nous est offerte en ce sens que nous a été donnée l’espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent : le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s’il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu’il peut justifier les efforts du chemin ».

Une sorte d’équivalence et d’interchangeabilité s’établit entre espérer et être sauvés, comme entre espérer et croire. « La foi, écrit le pape, est espérance », confirmant ainsi, d’un point de vue théologique, l’intuition poétique de Charles Péguy qui commence son poème sur la deuxième vertu par ces paroles : « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance ».

De même que nous distinguons deux types de foi : la foi crue et la foi croyante (c’est-à-dire les choses auxquelles on croit et l’acte même de croire), nous distinguons deux types d’espérance. Il existe une espérance objective qui indique la chose espérée – l’héritage éternel – et il existe une espérance subjective qui est l’acte même d’espérer cette chose. Cette dernière est une force de propulsion en avant, un élan intérieur, une extension de l’âme, une dilatation vers l’avenir. « Une migration amoureuse de l’esprit vers ce que l’on espère », disait un ancien Père[9].

Paul nous aide à découvrir la relation vitale qui existe entre la vertu théologale de l’espérance et l’Esprit Saint. Il fait remonter chacune des trois vertus théologales à l’action de l’Esprit Saint. Il écrit : « Car pour nous, c’est l’Esprit qui nous fait attendre de la foi les biens qu’espère la justice. En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité »[10].

L’Esprit Saint nous apparaît ainsi comme la source et la force de notre vie théologale. C’est grâce à lui, en particulier, que nous pouvons « abonder dans l’espérance ». « Que le Dieu de l’espérance, écrit l’Apôtre un peu plus loin dans la même Lettre aux Romains, vous donne en plénitude dans votre acte de foi la joie et la paix afin que l’espérance surabonde en vous par la vertu de l’Esprit Saint » (Rm 15, 13). « Le Dieu de l’espérance » : quelle définition insolite de Dieu !

L’espérance a parfois été appelée la « parente pauvre » parmi les vertus théologales. Il y a eu, il est vrai, un moment de réflexion intense sur le thème de l’espérance, qui a fini par donner lieu à une « théologie de l’espérance ». Mais il n’y a pas eu de réflexion sur la relation entre espérance et Esprit Saint. Et pourtant, on ne peu comprendre la particularité de l’espérance chrétienne et son altérité vis-à-vis de tout autre idée d’espérance, si on ne la considère pas dans sa relation profonde avec l’Esprit Saint. C’est lui qui fait la différence entre le « principe espérance » et la vertu théologale de l’espérance. Les vertus théologales sont telles non seulement parce qu’elles ont Dieu comme fin, mais aussi parce qu’elles ont Dieu comme principe ; Dieu n’est pas seulement leur objet, mais aussi leur cause. Elles sont provoquées, transmises par Dieu.

Nous avons besoin d’espérance pour vivre et nous avons besoin d’Esprit Saint pour espérer ! L’un des principaux dangers sur le chemin spirituel est celui de se décourager face à la répétition des mêmes péchés et l’inutilité apparente d’une succession de bonnes intentions et de rechutes. L’espérance nous sauve. Elle nous donne la force de toujours repartir à zéro, de croire à chaque fois que ce sera la bonne, celle de la vraie conversion. C’est ainsi que s’attendrit le cœur de Dieu qui viendra à notre secours par sa grâce.

« La foi ça ne m’étonne pas. (C’est encore le poète de l’espérance qui parle, au plutôt, qui fait parler Dieu). J’éclate tellement dans ma création…La charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas. Ces pauvres créatures sont si malheureuses qu’à moins d’avoir un cœur de pierre, comment n’auraient-elles point de charité les unes des autres… Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne. Que ces pauvres enfants voient comme tout ça passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux. Ça c’est étonnant et j’en suis étonné moi-même. Et il faut que ma grâce soit en effet d’une force incroyable »[11].

Nous ne pouvons pas nous contenter d’avoir de l’espérance uniquement pour nous. L’Esprit Saint veut faire de nous des semeurs d’espérance. Il n’y a pas de don plus beau que celui de répandre l’espérance dans notre foyer, dans notre communauté, dans l’Eglise locale et universelle. Elle est comme certains produits modernes qui régénèrent l’air, parfumant toute une pièce.

Je termine la série de ces méditations de Carême par un texte de Paul VI qui résume plusieurs des points que nous y avons abordés :

« Nous nous sommes demandés souvent… quel besoin, premier et dernier, nous sentons pour notre Eglise bénie et très chère. Nous devons le dire presque anxieux et en priant, parce que c’est son mystère et sa vie, vous le savez : l’Esprit, l’Esprit saint, animateur et sanctificateur de l’Eglise, son souffle divin, le vent de ses voiles, son principe unificateur, sa source intérieure de lumière et de force, son soutien et son consolateur, sa source de charismes et de chants, sa paix et sa joie, son gage et son prélude de vie bienheureuse et éternelle. L’Eglise à besoin de sa perpétuelle Pentecôte ; elle a besoin de feu dans le cœur, de paroles sur les lèvres, de prophétie dans le regard. L’Eglise a besoin d’acquérir de nouveau l’anxiété, le goût, la certitude de sa vérité »[12].

Que par les mérites de sa passion et de sa mort, le Ressuscité nous accorde à tous, en cette sainte Pâque, une effusion renouvelée de son Esprit.

Traduit de l’italien par ZENIT

[1] NDT : En français, la Bible de Jérusalem propose dans les deux cas la traduction « l’Esprit de la promesse ».

[2] S. Augustin, Discours, 23, 9 (CC 41, p. 314).

[3] Cf. Nom 28, 26 ; Lev 23, 10.

[4] S. Irénée, Contre les hérésies , III, 17,2; cf. Également  Eusèbe de Césarée, Sur la solennité de Pâques, 4 (PG  24,  700A).

[5] S. Basile, Sur l’Esprit Saint,  XVI, 40 (PG 32, 141A).

[6] Cf. J. Molmann, L’Esprit de la vie, Brescia 1994, pp. 18. 92 s. 190.

[7] S. Irénée, Adv. Haer. III, 24, 1.

[8] H. Holstein, La tradition dans l’Eglise, Grasset, Parigi 1960 (Trad. ital. La tradizione nella Chiesa, Vita e Pensiero, Milano 1968.

[9] Diadoco di Fotica, Cento capitoli, preambolo (SCh 5, p.84).

[10] Ga 5, 5-6; cf. Rm 5,5.

[11] Ch. Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu, in Œuvres poétiques complètes, Gallimard, Paris 1975, pp. 531 ss.

[12] Discorso all’udienza generale del 29 Novembre 1972 (Insegnamenti di Paolo VI, Tipografia Poliglotta Vaticana, X, pp. 1210s.).

bonne nuit

4 avril, 2009

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Rupert de Deutz : « Afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés »

4 avril, 2009

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20090404

Commentaire du jour
Rupert de Deutz (v.1075-1130), moine bénédictin
Commentaire de l’Evangile de saint Jean, livre 10 ; PL 169, 646 ss. (trad. En Calcat)

« Afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés »

      « Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : ‘ Vous n’y comprenez rien ; vous ne voyez pas qu’il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple afin d’éviter que la nation ne périsse toute entière. ‘ Il ne disait pas cela de lui-même… »

      Que signifient ces derniers mots : « Il ne disait pas cela de lui-même » sinon que Caïphe n’a pas tiré cette parole de son propre fond ? En vérité, avant que Caïphe n’existe, déjà cette parole avait été dite : « Jésus devait mourir pour le peuple. » Oui, cette parole avait été révélée aux saints prophètes, elle avait même été prononcée avant que les prophètes ne viennent au monde, avant qu’Abraham ait reçu l’existence, avant qu’Adam ait été façonné. Cette parole était déjà dans le bon plaisir du Père lorsqu’il a déclaré : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance » (Gn 1,26). C’est alors qu’il a été dit que Jésus devait mourir pour le peuple.

      Caïphe n’a donc pas dit cela de lui-même. Mais « comme il était grand prêtre cette année-là, il fut prophète. » Et de quoi donc ?… Qu’il fallait qu’un seul homme, un homme unique, le Saint des saints, le Soleil de justice, Jésus Christ, meure pour le peuple, et non seulement pour le peuple issu d’Abraham, mais encore pour tous ceux que Dieu avait destinés, dès la création du monde, à devenir pour lui des fils (Ep 1,5). Ils avaient été jetés hors du Paradis originel et dispersés aux quatre vents du monde ; il fallait les rassembler de toute la masse humaine, jusqu’au dernier élu.

Grégoire de Narek (X° siècle) (prière)

4 avril, 2009

du site:

http://users.skynet.be/prier/textes/PR0108.HTM

Grégoire de Narek (X° siècle)
 
Tu me rends ma beauté première,
Ami des hommes, Sauveur béni, loué, exalté !
Refuge solide, abri sûr,
bonté qui exclus toute méchanceté,
Toi qui pardonnes le péché
et qui guéris toute blessure,
Toi qui peux réaliser l’impossible
et qui atteins l’inaccessible,

O Route de vie,
Toi qui es le premier guide
dans la voie de l’Amour,
Toi qui me conduis avec douceur
dans ma marche vers la Lumière,
Toi qui me donnes confiance
et ne m’abandonnes pas dans mes chutes,

Clarté sans ombre,
Toi qui m’enveloppes et me couvres
dans ma misère,
Toi qui m’illumines
des rayons de ta grandeur infinie,
Toi qui me rends glorieux
à nouveau dans ta Lumière,
Toi qui me renouvelles
et me rends ma beauté première,

donne-nous d’avoir part à ta Joie infinie,
recréés dans une pureté nouvelle
pour reproduire ton Image inaltérable.