Archive pour février, 2009

Saint Jean de Damas : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé »

21 février, 2009

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20090221

Commentaire du jour
Saint Jean de Damas (vers 675-749), moine, théologien, docteur de l’Eglise
Homélie sur la Transfiguration du Seigneur, 18 ; PG 96, 573 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 504 rev.)

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé »

      « Une voix sortit de la nuée, qui disait : ‘ Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! ‘ » (Mt 17,5) Tels sont les mots du Père sortis de la nuée de l’Esprit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, lui qui est homme et qui a l’apparence d’un homme. Hier il s’est fait homme, il a vécu humblement parmi vous ; maintenant son visage resplendit. Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; il est avant les siècles. Il est le Fils unique du Dieu unique. Hors du temps et éternellement il est engendré de moi, le Père. Il n’a pas accédé après moi à l’existence, mais de toute éternité il est de moi, en moi et avec moi »…

      C’est par la bienveillance du Père que son Fils unique, son Verbe, s’est fait chair. C’est par sa bienveillance que le Père a accompli, dans son Fils unique, le salut du monde entier. C’est la bienveillance du Père qui a fait l’union de toutes choses en son Fils unique… Vraiment, il a plu au Maître de toutes choses, au Créateur qui gouverne l’univers, d’unir en son Fils unique la divinité et l’humanité et, par celle-ci, toute créature, « pour que Dieu soit tout en tous » (1Co 15,28).

      « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, ‘ le resplendissement de ma gloire, l’empreinte de ma substance ‘ par qui aussi j’ai créé les anges, par qui le ciel a été affermi et la terre établie. Il ‘ porte l’univers par sa parole toute-puissante ‘ (He 1,3) et par le souffle de sa bouche, c’est-à-dire l’Esprit qui guide et donne la vie. Écoutez-le, car celui qui le reçoit, me reçoit (Mc 9,37), moi qui l’ai envoyé, non en vertu de mon pouvoir souverain, mais à la façon d’un père. En tant qu’homme, en effet, il est envoyé, mais en tant que Dieu, il demeure en moi et moi en lui… Écoutez-le, car il a les paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68).

Marie Vierge

20 février, 2009

Marie Vierge dans images sacrée

http://santiebeati.it/

« Ayant trouvé une perle… »

20 février, 2009

du site:

http://www.esprit-et-vie.com/article.php3?id_article=2268

« Ayant trouvé une perle… »

Fr. François Cassingena-Trévedy, o.s.b.

Lectures : 1 R 3, 5-12 – Ps 118 – Rm 8, 28-30 – Mt 13, 44-52

Esprit & Vie n° 197 – Juillet 2008, p. 34-35.

La nuit, avec le sommeil qui naturellement l’accompagne, est un temps particulier d’intimité avec le Seigneur et d’alliance avec lui. Un moment d’intervention chirurgicale dans le cas d’Adam, lorsque « le Seigneur Dieu fit tomber une torpeur sur l’homme qui s’endormit » et « prit une de ses côtes et referma la chair à sa place » (Gn 2, 21). Mystérieux, de même, le sommeil que le Seigneur fait tomber sur Abraham, « alors que le soleil allait se coucher », pour lui révéler l’avenir de sa descendance (Gn 15, 12-21). Mystérieux, le sommeil de Jacob qui, sur la pierre dont il a fait son chevet de fortune, voit s’ériger les étages enchantés de la nuit peuplée d’anges (Gn 28, 10-22). Mystérieux, le sommeil de Booz le moissonneur, traversé d’un frisson sur son aire, tandis que s’approche de lui la glaneuse (Rt 3, 6-15) qui deviendra l’aïeule de David. Il existe, dans l’Écriture, une généalogie des nuits, jusqu’à la nuit de la Nativité (Lc 2, 8), jusqu’à la nuit pascale que sous-entend le matin (Mc 16, 2), jusqu’à la nuit eschatologique qu’un grand cri par le milieu déchire : « À minuit un cri retentit : « Voici l’Époux ! sortez à sa rencontre ! » » (Mt 25, 6.) Théologie biblique de la nuit. Suite des nuits théologiennes parce qu’elles parlent de Dieu, parce que Dieu y parle, parce que Dieu s’y approche de l’homme pour en faire son ami. « O vere beata Nox ! », comme chante la liturgie de la Vigile pascale, autour du feu de camp qui monte, d’un vigoureux coup de rein, jusqu’au plus clair des étoiles. C’est dans la lignée de ces grands « Nocturnes » que s’inscrit le songe de Gabaôn dont est gratifié le jeune Salomon à l’aurore prometteuse de son règne, avant que sa magnificence, dégénérant en instinct de collectionneur d’œuvres d’art et de femmes, n’obnubile finalement la transparence de son ciel intérieur.

Le Seigneur visite le souverain dans la nuit et, avec une libéralité sans pareille, lui demande de demander ce qu’il veut. Le Seigneur est à tu et à toi avec le jeune homme, comme il l’était avec son père David. Cette amitié et cette fidélité ne sont-elles pas déjà les plus splendides des étrennes ? Mais la nuit est aussi le temps de l’épreuve et le Seigneur veut sonder le cœur du roi qui se révélera à la nature de sa demande. Or, que demande le roi ? Il demande un cœur. Très précisément : « un cœur qui écoute » (1 R 3, 9). Bienheureuse candeur, bienheureuse jeunesse ! Du même Salomon, du vieux Salomon, il sera dit plus tard que « son cœur ne fut plus tout entier au Seigneur son Dieu » (1 R 11, 4). Le cœur entier (hébr. léb shalém) évoque précisément le nom même de Salomon (hébr. Shelômô)… Le cœur entier est identique au cœur qui écoute, car c’est en écoutant – en n’étant qu’écoute – que l’on est entièrement au Seigneur. Toujours est-il que cette « prière du cœur » du jeune Salomon – cette demande d’un cœur – touche le cœur de Dieu. Le Seigneur ne saurait refuser à quiconque lui demande cet organe même qu’il entend nous donner, que lui seul est capable de créer en nous : « Je vous donnerai un cœur » (Ez 36, 26), dit Dieu à l’homme : « Crée en moi un cœur » (Ps 51, 12), dit l’homme à Dieu. Un cœur nouveau, un cœur pur, un cœur entier, un cœur-qui-écoute  : c’est tout un.

Parce qu’il sait ce qu’il veut, parce qu’il sait exactement ce qu’il lui faut (et il y a là déjà d’éminentes qualités), Salomon demande un cœur capable de discerner, littéralement de comprendre entre le bien et le mal (1 R 3, 9). Prononcé entre ces deux termes, le discernement est l’acte le plus fondamental de la sagesse. Salomon est l’homme du jugement (1 R 3, 16-28) entre les êtres : il est aussi l’homme de la comparaison entre les termes, entre les images, entre les idées, l’homme du mashal (1 R 5, 12), autrement dit l’homme des Proverbes (Pr 1, 1 ; 10, 1), des similitudes, des paraboles qui reposent toujours sur le principe de la comparaison. « Le Royaume des cieux est comparable… »

Jésus, celui qui parle en paraboles, est le nouveau Salomon. Jésus parle du Royaume en paraboles, mais aussi les paraboles sont pour lui une espèce de royaume. Par les comparaisons qu’elles établissent, par le degré métaphorique du langage qu’elles mettent en jeu, les paraboles sont en somme la parole dans sa condition de royaume, c’est-à-dire la parole spacieuse, habitable, susceptible d’interprétations toujours neuves. La parabole, c’est l’espace de la parole, dans la parole elle-même pour que l’on puisse s’y sentir à l’aise. La parabole, sujet d’interprétation, c’est la parole délicieusement habitable, comme un paradis. C’est parce que la parole s’élargit en parabole, en métaphore, que l’herméneutique est possible. Un homme sans chantier d’interprétation – sans champ herméneutique – est un homme sans royaume et, partant, un homme malheureux. L’interprétation des Écritures, ouverte au cœur qui écoute, est le royaume le plus vaste, le plus riche, le plus accessible aux pauvres aussi (Mt 5, 3). Interpréter les paraboles du Royaume, c’est aussi nous aviser que l’interprétation même (dont la lectio divina est un autre nom) est un royaume, que l’interprétation même de la Parole est déjà le Royaume, car il y a vraiment béatitude à parler de la Parole et à l’habiter. L’interprétation des Écritures est elle-même un champ, un champ herméneutique, et c’est ainsi que l’on peut interpréter – aussi – le champ de la parabole du Royaume que nous propose Jésus. Le trésor caché dans ce champ, c’est la Parole elle-même.

La perle est proposée, entre autres, en parabole. Non seulement la perle est tournée en parabole, mais la perle est cachée dans la parabole même, en tant que celle-ci est le champ poétique du parler de l’homme Jésus au milieu de nous. La perle, c’est-à-dire la Parole. La Parole en son mystère, la Parole entendue selon son identité personnelle, autrement dit Jésus lui-même, Parole vivante du Père adressée à nous. Jésus, « Sagesse de Dieu » (1 Co 1, 24), « Sagesse plus précieuse que les perles » (Jb 28, 18), Sagesse plus sage que Salomon, puisque aussi bien « il y a ici plus que Salomon » (Mt 12, 42), et néanmoins demandée par Salomon dans la prescience de sa prière : « J’ai prié, et l’Esprit de Sagesse m’est venu. » (Sg 7, 7.) Et comme la parabole est le déploiement poétique de la parole, ouvrant le champ, le jardin, le paradis de l’interprétation, la Perle est le résumé, le cœur solide, le cœur parfait des Écritures. « Inventa una pretiosa margarita… » comme parle la Vulgate à propos du négociant. Traduisons à l’oreille : « Ayant trouvé une marguerite… » Traduction légitime, puisque, au dire du Cantique, le Bien-aimé est « la fleur des champs » (Ct 2, 1). Traduisons avec exactitude : « Ayant trouvé une perle… » La Perle, c’est le Christ. Cédons la parole à Éphrem de Nisibe, le grand poète syriaque du ive siècle qui s’en donnait à cœur joie à travers le champ des Écritures :

Un jour, l’un des jours,

Mes frères, je pris

Une perle : en elle

Symboles je vis,

O fils du Royaume !

Images, figures

De la Majesté !

Elle devint source :

À elle je bus

Mystères du Fils [1].

Le risque de la « dérive eugéniste » n’est pas théorique, déclare Mgr Fisichella.

20 février, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-20207?l=french

Le risque de la « dérive eugéniste » n’est pas théorique, déclare Mgr Fisichella.

Présentation du prochain congrès de l’Académie pontificale pour la Vie

ROME, Mardi 17 février 2009 (ZENIT.org) – Le risque de la « dérive eugéniste » n’est pas purement théorique, déclare Mgr Fisichella.

« Les nouvelles frontières de la génétique et le risque de l’eugénisme » : c’est le thème du congrès organisé par l’Académie pontificale pour la Vie (PAV) qui se tiendra au Vatican vendredi et samedi prochain, les 20 et 21 février, à l’occasion de l’assemblée générale annuelle de l’académie  (cf. Zenit des 29 janvier 2009 et 10 février 2009).

Le congrès a été présenté au Vatican ce mardi  17 février, par Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie, Mgr Ignacio Carrasco de Paula, chancelier, et par le prof. Bruno Dallapiccola, professeur de génétique médicale à l’université de Rome « La sapienza ».

Les travaux du congrès seront introduits par Mgr Fisichella. La première session de travail sera consacrée au thème : « Les nouvelles frontières : histoire et définition du concept de génétique » ; la deuxième session au thème : « La dignité de la personne humaine et l’eugénisme » ; la troisième session au thème : « Génétique et eugénisme à la lumière de la théologie morale ». Les travaux se termineront avec l’audience de Benoît XVI.

Vérifier si sont présents à l’intérieur de l’expérimentation génétique des aspects qui de fait relèvent de « l’eugénisme » : c’est l’objectif de ce congrès, ont expliqué les intervenants.

Mgr Fisichella a fait observer que les conquêtes de la génétique s’accompagnent d’un progrès technologique constant, parfois frénétique, qui semble sans frontières. Il est aujourd’hui possible non seulement de faire la « carte » de milliers de gènes, qui permettent d’avoir connaissance de différents types de maladies et on offre souvent la possibilité de surmonter la pathologie héréditaire. Mais toute conquête scientifique porte en elle-même, inévitablement, cet aspect double qui en manifeste à la fois la beauté et le caractère tragique, a-t-il fait remarquer en substance.

Différents projets d’ordre scientifique, biologique et politique comportent un « jugement éthique, surtout lorsque l’on veut soutenir qu’on met en œuvre une action eugénique au nom d’une ‘normalité’ de vie ».

Cette mentalité certainement réductrice, mais bien présente, tend à considérer « qu’il y a des personnes qui ont moins de valeur que d’autres, que ce soit en raison de leurs conditions de vie comme la pauvreté ou le manque d’éducation, que ce soit à cause de leur condition physique : par exemple les personnes handicapées, les malades mentaux, les personnes qui sont ‘en état végétatif’, comme on dit, les personnes âgées porteuses de pathologies graves », a fait observer Mgr Fisichella.

Il a précisé : « Un formalisme linguistique subtile uni à une bonne publicité soutenue par de grands intérêts économiques » fait perdre de vue les vrais dangers sous-jacents et tend à créer une mentalité qui n’est plus en mesure de reconnaître le mal objectif présent ni de formuler un jugement éthique qui lui corresponde ».

Il a ajouté qu’un risque de dérive de la génétique n’est pas seulement « théorique », mais appartient hélas à une « mentalité qui tend lentement mais inexorablement à se répandre ».

« Il arrive ainsi, a affirme Mgr Fisichella, qu’alors qu’il ne semble plus y avoir de place dans nos sociétés démocratiques, respectueuses de la personne par principe, pour l’eugénisme, mis hors la loi dans l’utilisation terminologique, qu’il réapparaisse cependant en pratique et en toute bonne conscience. Le but du congrès sera de vérifier si à l’intérieur de l’expérimentation génétique sont présents des aspects qui tendent vers une action eugéniste et la mettent effectivement en œuvre ».

Pour sa part, Mgr Ignacio Carrasco de Paula a formulé en ces termes le principal objectif du congrès : « L’objectif principal est d’attirer l’attention de tous sur les bénéfices notables que l’on peut obtenir de la recherche génétique si, comme il semble correct et souhaitable, l’on oriente éthiquement à la fois le travail des chercheurs et les investissements publics ou privés, et que l’on surmonte la tentation des raccourcis apparents proposés par l’eugénisme ».

Le prof. Bruno Dallapiccola s’est arrêté aux conséquences de la connaissance du génome humain. Pour lui, de nombreuses conséquences de la génétique sont, avant même d’avoir été expérimentées, « transférées au marché de la santé et sont proposées aux utilisateurs en-dehors des protocoles » par lesquels la médecine devrait aborder les innovations diagnostiques..

La reconnaissance du caractère variable de la biologie aide de toute façon à regarder « chaque patient non comme un numéro ni non plus comme un simple produit du code génétique mais comme une personne », a ajouté le professeur de médecine.

« On a une grande admiration pour ce progrès scientifique qui change vraiment la vie ; La compréhension des bases biologiques des maladies nous permet d’améliorer les approches diagnostiques. Mais naturellement, il faut prudence et précaution dans l’utilisation parce que tout ce qui nous est vendu pour de « l’or » n’est pas forcément en mesure de faire du bien à l’humanité ».

Le généticien a également cité deux savants généticiens, James Watson et Craig Venter, qui avaient eux aussi décidé de faire la carte de leur génome. Il en est ressorti qu’ils auraient dû être affligés de différentes maladies et n’avaient pas un « profil » de chercheurs : potentiellement, ils étaient susceptibles de comportement antisocial, alcoolisme, hypertension, obésité, ictus, Alzheimer, etc. En quelque sorte un hymne à la liberté humaine qui de l’ADN peut tirer de soi-même bien autre chose que ce que le déterminisme pourrait suggérer.

Le professeur a mis en garde contre les sites qui promettent par exemple, avec l’examen de l’ADN de fournir la crème de beauté la plus adaptée à la peau… Il a également mis en garde contre les erreurs de diagnostic pour ce qui est du recours à la génétique dans l’assistance à la procréation (parfois de 15 %). Il demande que l’on « dise la vérité » aux couples, mais aussi « toute » la vérité.

bonne nuit

20 février, 2009

bonne nuit dans image bon nuit, jour, dimanche etc. Stewartia%20pseudocamellia%20Autumn%20colouring

http://www.mygarden.ws/october.htm

Saint Léon le Grand : « Qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive »

20 février, 2009

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=commentary&localdate=20090220

Commentaire du jour
Saint Léon le Grand (?-vers 461), pape et docteur de l’Église
8e homélie sur la Passion

« Qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive »

      Le Seigneur est livré à ceux qui le haïssent. Pour insulter sa dignité royale, on l’oblige à porter lui-même l’instrument de son supplice. Ainsi s’accomplissait l’oracle du prophète Isaïe : « Il a reçu sur ses épaules l’insigne du pouvoir » (Is 9,5). En se chargeant ainsi du bois de la croix, de ce bois qu’il allait transformer en sceptre de sa force, c’était certes aux yeux des impies un grand sujet de dérision, mais pour les fidèles un mystère étonnant : le vainqueur glorieux du démon, l’adversaire tout-puissant des puissances du mal, présentait sur ses épaules, à l’adoration de tous les peuples, avec une patience invincible, le trophée de sa victoire, le signe du salut. Et par l’image qu’il donne en ce geste, on dirait qu’il voulait fortifier tous ceux qui l’imiteront, tous ceux à qui il dit : « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi » (Mt 10,38).

      Comme la foule allait avec Jésus au lieu du supplice, on rencontra un certain Simon de Cyrène, et on fit passer le bois de la croix des épaules du Seigneur sur les siennes. Ce geste préfigurait la foi des nations, pour qui la croix du Christ devait devenir, non un opprobre, mais une gloire.

Dimanche 8 février 2009, 5ème dimanche ordinaire B

19 février, 2009

Dimanche 8 février 2009, 5ème dimanche ordinaire B   dans image sacré et texte 20090208_v

http://www.evangile-et-peinture.org/index.php?op=edito
 
Dimanche 8 février 2009, 5ème dimanche ordinaire B 

 Psaume 146 [147 A]

R/ Bénissons le Seigneur qui guérit nos blessures !
ou
R/ Alléluia.

Il est bon de fêter notre Dieu,
il est beau de chanter sa louange :
Il guérit les coeurs brisés
et soigne leurs blessures.

Il compte le nombre des étoiles,
il donne à chacune un nom !
il est grand, il est fort, notre Maître
nul n’a mesuré son intelligence.

Le Seigneur élève les humbles
et rabaisse jusqu’à terre les impies.
Entonnez pour le Seigneur l’action de grâce,
jouez pour notre Dieu sur la cithare

Jean Ruysbroeck (prière)

19 février, 2009

du site:

http://spiritualite-chretienne.com/prieres/priere_2.html#23

Seigneur, tu es ma nourriture et mon breuvage, plus je mange et plus j’ai faim, plus je bois et plus j’ai soif, plus je possède et plus je désire. Tu es plus doux à mon palais que le rayon de miel, au-dessus de toute douceur mesurable. Toujours demeurent en moi la faim et le désir, car je ne puis t’épuiser.
Est-ce toi qui me dévores ou moi qui te dévore ? Je ne sais, car au fond de mon âme, je ressens l’un et l’autre. Tu exiges de moi que je sois un avec toi, et cela me donne grande peine car je ne veux pas abandonner mes pratiques pour m’endormir dans tes bras.
Je ne puis que te remercier, te louer et te rendre honneur, car c’est pour moi la vie éternelle.

Dieu très bon, par ton immense miséricorde, je te supplie de m’accorder la grâce de t’aimer de tout mon cœur, au-dessus de tous les hommes, de toutes les choses. Accorde-moi d’estimer toutes les sortes de vie, de respecter tous les hommes, de ne juger et de ne mépriser personne. Aide-moi à savoir me tenir à l’écoute, à ne plus chercher à plaire à qui que ce soit en dehors de toi, Seigneur, et à n’avoir peur de déplaire à personne, sinon à toi. Qu’en tout je veuille seulement poursuivre ta gloire et ta volonté.

Jean Ruysbroeck (1293-1381)

Audience générale du 18 février 2009 : Bède le Vénérable

19 février, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-20217?l=french

Audience générale du 18 février 2009 : Bède le Vénérable

Texte intégral
 

ROME, Mercredi 18 février 2009 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée ce mercredi par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, sur la place Saint-Pierre.

* * *

Chers frères et sœurs,

Le saint que nous évoquons aujourd’hui s’appelle Bède et naquit dans le nord-est de l’Angleterre, plus exactement dans le Northumberland, en 672/673. Il raconte lui-même que ses parents, alors qu’il était âgé de sept ans, le confièrent à l’abbé du proche monastère bénédictin, afin qu’il l’instruise : « Depuis lors, – rappelle-t-il – j’ai toujours vécu dans ce monastère, me consacrant intensément à l’étude de l’Ecriture et, alors que j’observais la discipline de la Règle et l’engagement quotidien de chanter à l’église, il me fut toujours doux d’apprendre, d’enseigner ou d’écrire » (Historia eccl. Anglorum, V, 24). De fait, Bède devint l’une des plus éminentes figures d’érudit du haut Moyen Age, pouvant utiliser les nombreux manuscrits précieux que ses abbés, revenant de leurs fréquents voyages sur le continent et à Rome, lui portaient. L’enseignement et la réputation de ses écrits lui valurent de nombreuses amitiés avec les principales personnalités de son époque, qui l’encouragèrent à poursuivre son travail, dont ils étaient nombreux à tirer bénéfice. Etant tombé malade, il ne cessa pas de travailler, conservant toujours une joie intérieure qui s’exprimait dans la prière et dans le chant. Il concluait son œuvre la plus importante, la Historia ecclesiastica gentis Anglorum, par cette invocation : « Je te prie, ô bon Jésus, qui avec bienveillance m’a permis de puiser aux douces paroles de ta sagesse, accorde-moi, dans ta bonté, de parvenir un jour à toi, source de toute sagesse, et de me trouver toujours face à ton visage ». La mort le saisit le 26 mai 735 : c’était le jour de l’Ascension.

Les Saintes Ecritures sont la source constante de la réflexion théologique de Bède. Après une étude critique approfondie du texte (une copie du monumental Codex Amiatinus de la Vulgate, sur lequel Bède travailla, nous est parvenue), il commente la Bible, en la lisant dans une optique christologique, c’est-à-dire qu’il réunit deux choses : d’une part, il écoute ce que dit exactement le texte, il veut réellement écouter, comprendre le texte lui-même ; de l’autre, il est convaincu que la clef pour comprendre l’Ecriture Sainte comme unique Parole de Dieu est le Christ et avec le Christ, dans sa lumière, on comprend l’Ancien et le Nouveau Testament comme « une » Ecriture Sainte. Les événements de l’Ancien et du Nouveau Testament vont de pair, ils sont un chemin vers le Christ, bien qu’ils soient exprimés à travers des signes et des institutions différentes (c’est ce qu’il appelle la concordia sacramentorum). Par exemple, la tente de l’alliance que Moïse dressa dans le désert et le premier et le deuxième temple de Jérusalem sont des images de l’Eglise, nouveau temple édifié sur le Christ et sur les Apôtres avec des pierres vivantes, cimentées par la charité de l’Esprit. Et de même qu’à la construction de l’antique temple contribuèrent également des populations païennes, mettant à disposition des matériaux précieux et l’expérience technique de leurs maîtres d’œuvre, à l’édification de l’Eglise contribuent les apôtres et les maîtres provenant non seulement des antiques souches juive, grecque et latine, mais également des nouveaux peuples, parmi lesquels Bède se plaît à citer les celtes irlandais et les anglo-saxons. Saint Bède voit croître l’universalité de l’Eglise qui ne se restreint pas à une culture déterminée, mais se compose de toutes les cultures du monde qui doivent s’ouvrir au Christ et trouver en Lui leur point d’arrivée.

L’histoire de l’Eglise est un autre thème cher à Bède. Après s’être intéressé à l’époque décrite dans les Actes des Apôtres, il reparcourt l’histoire des Pères et des Conciles, convaincu que l’œuvre de l’Esprit Saint continue dans l’histoire. Dans la Chronica Maiora, Bède trace une chronologie qui deviendra la base du Calendrier universel « ab incarnatione Domini ». Déjà à l’époque, on calculait le temps depuis la fondation de la ville de Rome. Bède, voyant que le véritable point de référence, le centre de l’histoire est la naissance du Christ, nous a donné ce calendrier qui lit l’histoire en partant de l’Incarnation du Seigneur. Il enregistre les six premiers Conciles œcuméniques et leurs développements, présentant fidèlement la doctrine christologique, mariologique et sotériologique, et dénonçant les hérésies monophysite et monothélite, iconoclaste et néo-pélagienne. Enfin, il rédige avec une rigueur documentaire et une attention littéraire l’Histoire ecclésiastique des peuples Angles, pour laquelle il est reconnu comme le « père de l’historiographie anglaise ». Les traits caractéristiques de l’Eglise que Bède aime souligner sont : a) la catholicité, comme fidélité à la tradition et en même temps ouverture aux développements historiques, et comme recherche de l’unité dans la multiplicité, dans la diversité de l’histoire et des cultures, selon les directives que le pape Grégoire le Grand avait données à l’Apôtre de l’Angleterre, Augustin de Canterbury ; b) l’apostolicité et la romanité : à cet égard, il considère que convaincre toutes les Eglises celtiques irlandaises et des Pictes à célébrer de manière unitaire la Pâque selon le calendrier romain, est d’une importance primordiale. Le Calcul qu’il élabora scientifiquement pour établir la date exacte de la célébration pascale, et donc tout le cycle de l’année liturgique, est devenu le texte de référence pour toute l’Eglise catholique.

Bède fut également un éminent maître de théologie liturgique. Dans les homélies sur les Evangiles du dimanche et des fêtes, il accomplit une véritable mystagogie, en éduquant les fidèles à célébrer joyeusement les mystères de la foi et à les reproduire de façon cohérente dans la vie, dans l’attente de leur pleine manifestation au retour du Christ, lorsque, avec nos corps glorifiés, nous serons admis en procession d’offertoire à l’éternelle liturgie de Dieu au ciel. En suivant le « réalisme » des catéchèses de Cyrille, d’Ambroise et d’Augustin, Bède enseigne que les sacrements de l’initiation chrétienne constituent chaque fidèle « non seulement chrétien, mais Christ ». En effet, chaque fois qu’une âme fidèle accueille et conserve avec amour la Parole de Dieu, à l’image de Marie, elle conçoit et engendre à nouveau le Christ. Et chaque fois qu’un groupe de néophytes reçoivent les sacrements de Pâques, l’Eglise s’« auto-engendre » ou, à travers une expression encore plus hardie, l’Eglise devient « Mère de Dieu » en participant à la génération de ses fils, par l’oeuvre de l’Esprit Saint.

Grâce à sa façon de faire la théologie en mêlant la Bible, la liturgie et l’histoire, Bède transmet un message actuel pour les divers « états de vie » : a) aux experts (doctores ac doctrices), il rappelle deux devoirs essentiels : sonder les merveilles de la Parole de Dieu pour les présenter sous une forme attrayante aux fidèles ; exposer les vérités dogmatiques en évitant les complications hérétiques et en s’en tenant à la « simplicité catholique », avec l’attitude des petits et des humbles auxquels Dieu se complaît de révéler les mystères du royaume ; b) les pasteurs, pour leur part, doivent donner la priorité à la prédication, non seulement à travers le langage verbal ou hagiographique, mais en valorisant également les icônes, les processions et les pèlerinages. Bède leur recommande l’utilisation de la langue vulgaire, comme il le fait lui-même, en expliquant en dialecte du Northumberland le « Notre Père », le « Credo » et en poursuivant jusqu’au dernier jour de sa vie le commentaire en langue vulgaire de l’Evangile de Jean ; c) aux personnes consacrées qui se consacrent à l’Office divin, en vivant dans la joie de la communion fraternelle et en progressant dans la vie spirituelle à travers l’ascèse et la contemplation, Bède recommande de soigner l’apostolat – personne ne reçoit l’Evangile que pour soi, mais doit l’écouter comme un don également pour les autres – soit en collaborant avec les évêques dans des activités pastorales de divers types en faveur des jeunes communautés chrétiennes, soit en étant disponibles à la mission évangélisatrice auprès des païens, hors de leur pays, comme « peregrini pro amore Dei ».

En se plaçant dans cette perspective, dans le commentaire du Cantique des Cantiques, Bède présente la synagogue et l’Eglise comme collaboratrices dans la diffusion de la Parole de Dieu. Le Christ Epoux veut une Eglise industrieuse, « le teint hâlé par les efforts de l’évangélisation » – il y a ici une claire évocation de la parole du Cantique des Cantiques (1, 5) où l’épouse dit : « Nigra sum sed formosa » (je suis noire, et pourtant belle) -, occupée à défricher d’autres champs ou vignes et à établir parmi les nouvelles populations « non pas une cabane provisoire, mais une demeure stable », c’est-à-dire à insérer l’Evangile dans le tissu social et dans les institutions culturelles. Dans cette perspective, le saint docteur exhorte les fidèles laïcs à être assidus à l’instruction religieuse, en imitant les « insatiables foules évangéliques, qui ne laissaient pas même le temps aux apôtres de manger un morceau de nourriture ». Il leur enseigne comment prier continuellement, « en reproduisant dans la vie ce qu’ils célèbrent dans la liturgie », en offrant toutes les actions comme sacrifice spirituel en union avec le Christ. Aux parents, il explique que même dans leur petit milieu familial, ils peuvent exercer « la charge sacerdotale de pasteurs et de guides », en formant de façon chrétienne leurs enfants et il affirme connaître de nombreux fidèles (hommes et femmes, mariés ou célibataires), « capables d’une conduite irrépréhensible, qui, s’ils sont suivis de façon adéquate, pourraient s’approcher chaque jour de la communion eucharistique » (Epist. ad Ecgberctum, ed. Plummer, p. 419).

La renommée de sainteté et de sagesse dont Bède jouit déjà au cours de sa vie, lui valut le titre de « vénérable ». C’est ainsi également que l’appelle le pape Serge Ier, lorsqu’en 701, il écrit à son abbé en lui demandant qu’il le fasse venir pour un certain temps à Rome pour le consulter sur des questions d’intérêt universel. Après sa mort, ses écrits furent diffusés largement dans sa patrie et sur le continent européen. Le grand missionnaire d’Allemagne, l’évêque saint Boniface (mort en 754), demanda plusieurs fois à l’archevêque de York et à l’abbé de Wearmouth de faire transcrire certaines de ses œuvres et de les lui envoyer pour que lui-même et ses compagnons puissent aussi bénéficier de la lumière spirituelle qui en émanait. Un siècle plus tard, Notkero Galbulo, abbé de Saint-Gall (mort en 912), prenant acte de l’extraordinaire influence de Bède, le compara à un nouveau soleil que Dieu avait fait lever non de l’orient, mais de l’occident pour illuminer le monde. Hormis l’emphase rhétorique, il est de fait que, à travers ses œuvres, Bède contribua de façon efficace à la construction d’une Europe chrétienne, dans laquelle les diverses populations et cultures se sont amalgamées, lui conférant une physionomie unitaire, inspirée par la foi chrétienne. Prions afin qu’aujourd’hui également, il y ait des personnalités de la stature de Bède pour maintenir l’unité de tout le continent ; prions afin que nous soyons tous prêts à redécouvrir nos racines communes, pour être les bâtisseurs d’une Europe profondément humaine et authentiquement chrétienne.

Puis le pape a proposé une synthèse de sa catéchèse, en français :

Chers frères et sœurs,

Bède, dit « le vénérable », dont nous parlerons aujourd’hui, est né dans le nord-est de l’Angleterre à la fin du septième siècle. A l’âge de sept ans ses parents le confièrent au monastère bénédictin voisin pour l’instruire. Il y restera jusqu’à sa mort, heureux de scruter les Ecritures et de chanter la louange divine. Il fut un érudit de grande envergure dont les écrits se répandirent dans toute l’Europe. Il contribua ainsi très efficacement à la construction d’une Europe chrétienne.

Les Ecritures Saintes ont été la source constante de sa réflexion théologique. En les commentant, Bède se réfère toujours au Christ et à l’Eglise. L’histoire de l’Eglise est un autre de ses thèmes privilégiés. Les traits caractéristiques de l’Eglise qu’il aime mettre en évidence sont sa catholicité, son apostolicité et ainsi que sa romanité. Bède fut aussi un grand maître de théologie liturgique. Dans ses homélies, il excellait à aider les fidèles à célébrer joyeusement les mystères du Seigneur et à en vivre. Son enseignement demeure très actuel pour nous tous aujourd’hui. Chacun, suivant sa vocation, est appelé à travailler dans l’Eglise sans épargner sa peine, afin d’ouvrir de nouveaux champs à la Parole de Dieu et lui permettre de s’insérer dans le tissu social. Bède nous invite à être assidus à l’écoute de la Parole de Dieu et à la prière.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, particulièrement les groupes du diocèse de Créteil, avec leur Evêque Mgr Michel Santier, les prêtres du diocèse de Grenoble-Vienne, avec Mgr Guy de Kérimel, les nombreux jeunes des lycées et des aumôneries ainsi que les groupes provenant de diverses paroisses. A l’exemple de Bède le Vénérable, prenez le temps de scruter les merveilles de la Parole de Dieu, pour en faire votre nourriture. Que Dieu vous bénisse !

P. Cantalamessa: Heureux les doux, car ils possèderont la Terre (16.3.2007)

19 février, 2009

du site:

http://www.cantalamessa.org/fr/predicheView.php?id=151

P. Cantalamessa

Heureux les doux, car ils possèderont la Terre
 
 
2007-03-16- Deuxième prédication de Carême à la Maison pontificale
 

1. Qui sont les doux

La béatitude sur laquelle nous voulons méditer aujourd’hui se prête à une observation importante. Elle dit : « Heureux les doux, car ils possèderont la Terre ». Dans un autre passage de ce même évangile de Matthieu, Jésus dit : « Chargez-vous de mon joug, et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Nous en déduisons que les béatitudes ne sont pas seulement les lignes d’un beau programme éthique que le maître aurait minutieusement travaillé pour ses disciples mais un autoportrait de Jésus ! C’est lui le vrai pauvre, le doux, le cœur pur, le persécuté pour la justice.

C’est là que l’approche du discours sur la montagne de Gandhi, pourtant très admiratif de ce texte, révèle ses limites. Pour lui, ce discours aurait pu faire abstraction de la personne historique du Christ. « Peu m’importe – avait-il affirmé – si quelqu’un parvient un jour à démontrer que Jésus homme n’a, en réalité, jamais vécu et que tout ce que nous lisons dans les Evangiles n’est que le fruit de l’imagination de l’auteur. Car, à mes yeux, le Sermon sur la montagne reste à jamais une vérité » (1).

Ce sont au contraire la personne et la vie du Christ qui font que ces béatitudes et tout le discours sur la montagne sont quelque chose de plus qu’une splendide utopie éthique ; elles en font une réalisation historique dans laquelle chacun peut puiser sa force pour atteindre cette communion mystique qui le liera à la personne du Sauveur. Il ne s’agit pas uniquement de devoirs, mais de grâce.

Pour découvrir qui sont les doux proclamés bienheureux par Jésus, il convient de passer brièvement en revue les différents termes qui, dans les traductions modernes, sont utilisés pour rendre le mot doux (praeis). En italien, les deux termes sont : miti et mansueti (dociles), ce dernier étant utilisé également dans les traductions en espagnol : los mansos, les dociles. En français ce mot est traduit par doux, c’est-à-dire ceux qui possèdent la vertu de la douceur. (Il n’existe pas en français de mot spécifique pour dire mitezza; dans le « Dictionnaire de spiritualité » cette vertu est tirée du mot douceur, dolcezza).

En allemand s’alternent plusieurs traductions. Martin Luther traduisait ce mot par Sanftmütigen, qui veut dire doux ; dans la traduction œcuménique de la Bible, la Eineits Bibel, les doux sont ceux qui ne commettent pas de violence – die keine Gewalt anwenden -, donc les non-violents ; certains auteurs accentuent la dimension objective et sociologique en traduisant le mot praeis par Machtlosen, les sans défense, les sans pouvoir. L’anglais, lui, traduit généralement le mot praeis par the gentle, introduisant dans les béatitudes une nuance entre la gentillesse et la courtoisie.

Chacune de ces traductions met en évidence une composante vraie mais partielle de la béatitude. Pour avoir une idée de la richesse du terme évangélique, à ses origines, nous devons les unir et n’en isoler aucune. Deux associations constantes, dans la Bible et dans la parénèse chrétienne des temps anciens, permettent d’arriver à la « pleine signification » du mot douceur : l’une fait le rapprochement entre les deux mots douceur et humilité, l’autre met en avant les dispositions intérieures d’où jaillira la douceur, suggère les comportements qu’il faudrait avoir à l’égard de son prochain : affabilité, douceur, gentillesse. Ces mêmes traits que l’Apôtre met en lumière lorsqu’il parle de charité : « La charité est longanime : La charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas … » (1 Co 13, 4-5).

2. Jésus, le doux

Si les béatitudes sont un autoportrait de Jésus, la première chose à faire, lorsque l’on doit commenter l’une d’entre elles, est de voir comment il l’a vécue. Les Evangiles sont d’un bout à l’autre la démonstration de la douceur du Christ, dans son double aspect d’humilité et de patience. Jésus lui-même – avons-nous rappelé – se propose comme un modèle de douceur. Matthieu lui attribue les paroles dites du Serviteur de Dieu, dans Isaïe : « Le roseau froissé, il ne le brisera pas, et la mèche fumante, il ne l’éteindra pas » (cf. Mt 12, 20). Son entrée à Jérusalem, à dos d’âne, est vue comme l’exemple d’un roi « modeste » qui abhorre toute idée de violence et de guerre (cf. Mt 21, 4).

C’est dans sa passion que le Christ donne la plus grande preuve de cette douceur. Aucun mouvement de colère, aucune menace : « Lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, souffrant il ne menaçait pas » (1 P 2, 23). Ce trait de la personnalité du Christ était tellement bien imprimé dans la mémoire de ses disciples que saint Paul, voulant conjurer les Corinthiens pour quelque chose de cher et de sacré, leur avait écrit : « C’est moi, Paul en personne, qui vous en prie, par la douceur (prautes) et l’indulgence (epieikeia) du Christ » (2 Co 10, 1).

Mais Jésus a fait bien plus que nous donner un exemple de douceur et de patience héroïque ; il a fait de la douceur et de la non-violence un signe de la vraie grandeur. Celle-ci ne consistera plus à s’élever, seuls, au-dessus des autres, au-dessus de la masse, mais à s’abaisser pour servir et élever les autres. Sur la croix, dit Augustin, Jésus révèle que la vraie victoire ne consiste pas à faire des victimes, mais à se faire victime, « Victor quia victima » (2).

Nietzsche, on le sait, ne partageait pas cette vision. C’était pour lui une « morale d’esclaves » fondée sur le « ressentiment » naturel des faibles par rapport aux plus forts. Le christianisme, en prêchant l’humilité et la douceur, le devoir de se faire petit, de tendre l’autre joue, aurait introduit, pensait-il, comme une sorte de cancer à l’intérieur de l’humanité, brisant et mortifiant du coup son élan et toute sa vie … Voici comment, dans l’introduction du livre Ainsi parla Zarathoustra, la sœur du philosophe résumait la pensée de son frère :
« Il suppose que, pour le ressentiment d’un christianisme faible et faussé, tout ce qui était beau, fort, superbe, puissant – comme les vertus provenant de la force – a été proscrit, banni, entraînant du coup un affaiblissement de tant de forces, celles qui encouragent et aident l’homme à s’élever. Mais un nouveau tableau de valeurs doit être placé au-dessus de l’humanité. L’homme fort, puissant, magnifique, doit atteindre son sommet en devenant ce super homme qui nous est maintenant présenté comme un être bouillonnant de passion. Cette passion qui est le but de notre vie, de notre volonté et de notre espérance » (3).

Depuis quelques temps, on relève une certaine tendance à vouloir récuser toutes les accusations dont Nietzsche est l’objet, de vouloir le dédouaner, voire même le christianiser. On entend dire qu’il n’a pas voulu, au fond, s’en prendre au Christ, mais aux chrétiens qui, à une certaine époque, prêchaient le renoncement comme une fin en soi, tout en méprisant la vie et en s’acharnant contre le corps … tout le monde aurait déformé la vraie pensée du philosophe, à commencer par Hitler …Il aurait été, en réalité, un prophète des temps nouveaux, le précurseur de l’ère postmoderne.

La seule voix, si l’on peut dire, encore à l’opposé de cette tendance, est celle du penseur français René Girard. Selon lui, toutes ces tentatives nuisent avant tout à la personne de Nietzsche. Ce dernier, doté d’une rare perspicacité pour l’époque, avait saisi le vrai nœud du problème : l’alternative irréductible entre le paganisme et le christianisme.

Le paganisme exalte le sacrifice du faible au profit du fort et de l’avancement de la vie ; le christianisme exalte le sacrifice du fort au profit du faible. Il est difficile de ne pas voir ce lien objectif entre la proposition de Nietzsche et le programme hitlérien d’exterminer des groupes entiers de personnes pour favoriser l’avancement de la civilisation et la pureté de la race.

Le christianisme n’est donc pas la seule cible du philosophe, mais le Christ aussi. « Dionysos contre le crucifié : la voici bien l’opposition », s’exclame-t-il dans l’un de ses fragments posthumes (4).

René Girard démontre que ce qui constitue le plus grand mérite de la société moderne – la préoccupation pour les victimes, le fait de prendre parti pour les plus faibles et les opprimés, la défense de la vie menacée – est en réalité un produit direct de la révolution évangélique qui est aujourd’hui, dans un jeu néanmoins paradoxal de rivalités mimétiques, revendiqué par d’autres mouvements, comme une conquête personnelle, et qui plus est en opposition au christianisme (5).

Je parlais la fois précédente de la valeur également sociale des béatitudes. Celle des doux en est peut-être l’exemple le plus évident. Mais ce que l’on dit d’elle vaut pour toutes les béatitudes. Celles-ci sont l’expression de la nouvelle grandeur, de la voie de Jésus Christ vers la réalisation du bonheur.

Dire que l’Evangile contrarie le désir de faire de grandes choses et d’être le premier, est faux. Jésus dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » (Mc 9, 35). Il est donc légitime, voire même recommandé, de vouloir être le premier ; seul le chemin pour y arriver change : on ne s’élève pas au-dessus des autres, en les écrasant s’ils sont pour vous des entraves, mais en s’abaissant pour les élever et s’élever soi-même en même temps qu’eux.

3. Douceur et tolérance

Après de nombreux drames, surtout celui du 11 septembre, la béatitude des doux a pris une importance extraordinaire dans les débats sur la religion et la violence. Celle-ci nous rappelle, à nous chrétiens, d’abord, que l’Evangile ne laisse place à aucun doute. Il n’existe pas dans l’Evangile des exhortations à la non violence mélangées à des exhortations affirmant le contraire. Il se peut que les chrétiens se soient, à une certaine époque, éloignés de leurs traditions, mais la source est limpide et l’Eglise peut à nouveau s’en inspirer, à n’importe quelle époque, sûre de n’y trouver que perfection morale.

L’évangile dit : « Celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16), mais condamné au ciel, pas sur terre, par Dieu et pas par les hommes. « Si l’on vous pourchasse dans telle ville –dit Jésus – fuyez dans telle autre » (Mt 10, 23) ; il ne dit pas : « mettez-là à feux et à sang ». Un jour, deux de ses disciples, Jacques et Jean, qui n’avaient pas été reçus dans un village samaritain, avaient dit à Jésus : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer ? ». Jésus, est-il écrit, « se retournant, les réprimanda ». Une réprimande dont le contenu est rapporté par bon nombre de manuscrits : « Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l’homme est venu, non pour perdre les âmes des hommes, mais pour les sauver » (cf. Lc 9, 53-55).

La fameuse injonction compelle intrare, « forcez-les à entrer », que saint Augustin s’est senti obligé de reprendre, à contre-cœur, (6) pour justifier le fait qu’il approuvait les lois impériales contre les Donatistes (7), et qui servira par la suite à justifier la politique de coercition appliquée aux hérétiques, est due à une évidente interprétation littérale du texte évangélique, elle-même fruit d’une lecture mécanique de la Bible.

Jésus met cette injonction dans la bouche d’un homme qui, après avoir préparé un grand dîner, et voyant que ses invités se dérobaient, avait envoyé ses serviteurs par les chemins et le long des clôtures pour « faire entrer de force chez lui les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux » (cf. Lc 14, 15-24). Il est clair que, dans ce genre de contexte, obliger quelqu’un ne signifie rien d’autre que faire acte d’insistance. Les pauvres et les estropiés, comme tous les malheureux, pourraient se sentir gênés d’aller se présenter au Palais dans un état aussi piteux : faites tomber leur résistance, recommande le maître de maison, dites-leur qu’ils n’aient pas peur d’entrer. Combien de fois, dans ce genre de circonstances, n’avons nous-mêmes pas dit : « Il m’a obligé à accepter », sachant parfaitement que faire preuve d’insistance, dans ce cas-là, est un signe de bienveillance et non de violence.

Un livre-enquête sur Jésus, qui a beaucoup fait parlé de lui ces derniers temps, attribue à Jésus cette phrase : « Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence » (Lc 19, 27) et en déduit que « c’est à des phrases comme celles-ci que les partisans de la ‘guerre sainte’ » se réfèrent (8). Or, il faut préciser que ce n’est pas à Jésus que Luc attribue de telles paroles, mais au roi de la parabole. Et l’on sait bien que l’on ne peut transférer d’un bloc, de la parabole à la réalité, tous les détails du récit, et que, dans tous les cas, ceux-ci doivent être transférés du plan matériel au plan spirituel. Le sens métaphorique de ces paroles revient à dire qu’accepter ou refuser Jésus n’est pas sans conséquences ; c’est une question de vie ou de mort. Mais il s’agit de la vie ou de la mort spirituelle, non physique. La guerre sainte n’a rien à voir ici.

4. Avec douceur et respect

Mais laissons de côté ces considérations d’ordre apologétique et cherchons à voir comment faire de la béatitude des doux une lumière pour notre vie chrétienne. Il existe une application pastorale de la béatitude des doux qui commence déjà avec la Première Lettre de Pierre. Celle-ci concerne le dialogue avec le monde extérieur : «… sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. Mais que ce soit avec douceur (prautes) et respect » (1P 3, 15-16).

Il existe depuis l’antiquité deux types d’apologétique. L’un a pour modèle Tertullien, l’autre Justin ; l’un a pour objectif de vaincre, l’autre de convaincre. Justin écrit un Dialogue avec le Juif Triphon, Tertullien (l’un de ses disciples) écrit un traité Contre les Juifs, Adversus Judeos. Ces deux styles ont été repris dans la littérature chrétienne (Giovanni Papini était certainement plus proche de Tertullien que de Justin), mais aujourd’hui il faut certes préférer le premier. L’encyclique Deus caritas est de l’actuel Souverain Pontife est un exemple lumineux de cette présentation respectueuse et constructive des valeurs chrétiennes qui donne raison de l’espérance chrétienne « avec douceur et respect ».

Le martyr saint Ignace d’Antioche suggérait aux chrétiens de son époque, cette attitude toujours actuelle, face au monde extérieur : « En face de leurs colères, vous, soyez doux ; de leurs vantardises, vous, soyez humbles » (9)

La promesse liée à la béatitude des doux – « ils possèderont la terre » – se réalise à différents niveaux, jusqu’à la terre promise définitive qui est la vie éternelle. L’un des niveaux est certainement le niveau humain : la terre représente le cœur des hommes. Les doux gagnent la confiance, attirent les âmes. Le saint de la douceur, par excellence, saint François de Sales, disait : « Soyez aussi doux que possible et souvenez-vous que l’on prend davantage de mouches avec une goutte de miel qu’avec un baril de vinaigre ».

5. Mettez-vous à mon école

On pourrait insister longuement sur ces applications pastorale de la béatitude des doux, mais passons à une application plus personnelle. Jésus dit : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux ». On pourrait objecter en disant que Jésus ne s’est pas toujours montré doux lui-même ! Il dit par exemple de ne pas tenir tête au méchant, et dit « quelqu’un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5, 39). Mais lorsque l’un des gardes le frappa sur la joue, au cours du procès devant le Sanhédrin, il n’est pas écrit qu’il tendit l’autre joue, mais qu’il répondit calmement : « Si j’ai mal parlé, témoigne de ce qui est mal ; mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu » (Jn 18, 23).

Cela signifie que le discours sur la montage ne doit pas être pris entièrement et automatiquement au pied de la lettre ; c’est le style de Jésus d’utiliser des hyperboles et un langage imagé pour que certaines idées restent mieux imprimées dans l’esprit de ses disciples. Dans le cas de tendre l’autre joue par exemple, l’important n’est pas le geste de tendre la joue (qui peut même parfois être vu comme provocateur), mais de ne pas répondre à la violence par une autre violence, de vaincre la colère avec le calme.

En ce sens, sa réponse au garde est l’exemple d’une douceur divine. Pour en mesurer la portée, il suffit de la comparer à la réaction de son apôtre Paul (qui était pourtant un saint) dans une situation analogue. Lorsque, durant le procès devant le Sanhédrin, le grand prêtre Ananie ordonne de frapper Paul sur la bouche, Paul répond : C’est Dieu qui te frappera, toi, muraille blanchie ! » (Ac 23, 2-3).

Un autre doute demande à être éclairci. Dans ce même discours sur la montage Jésus dit : « Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s’il dit à son frère : Crétin ! il en répondra au Sanhédrin ; et s’il lui dit : Renégat !, il en répondra dans la géhenne de feu » (Mt 5, 22). Jésus s’adresse plusieurs fois dans l’Evangile aux scribes et aux pharisiens en les appelant « hypocrites, insensés et aveugles » (cf. Mt 23, 17) ; il réprimande les disciples en les appelant « cœurs sans intelligence et lents à croire » (cf. Lc 24, 25).

Ici encore, l’explication est simple. Il faut distinguer entre l’injure et la correction. Jésus condamne les paroles prononcées avec colère et dans l’intention d’offenser son frère, mais pas celles qui visent à faire prendre conscience de son erreur et à la corriger. Un père qui dit à son fils : tu es indiscipliné, désobéissant, n’entend pas l’offenser mais le corriger. Moïse est défini par les Ecritures comme « l’homme le plus humble que la terre ait porté » (Nb 12, 3) et pourtant dans le Deutéronome nous l’entendons s’exclamer en s’adressant à Israël : « Est-ce là ce que vous rendez à Yahvé ? Peuple insensé, dénué de sagesse ! » (Dt 32, 6).

La différence réside dans le fait de savoir si celui qui parle, parle par amour ou par haine. « Aime et fais ce qui te plaît » disait saint Augustin. Si tu aimes, que tu corriges ou laisse courir, ce sera de l’amour. L’amour ne fait aucun mal au prochain. Des racines de l’amour, comme d’un bon arbre, ne peuvent naître que de bons fruits (10).

6. Humbles de cœur

Nous arrivons ainsi au terrain propre à la béatitude des doux, le cœur. Jésus dit : « Mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de cœur ». C’est là que se décide la vraie douceur. C’est du cœur, dit-il que viennent les meurtres, les méchancetés, les calomnies (cf. Mc 7, 21-22), de même que des bouillonnements internes du volcan, jaillissent la lave, les cendres et les lapilli embrasés. Les plus grandes explosions de violence, comme les guerres et les batailles, commencent, dit saint Jacques, secrètement avec les passions, qui s’agitent dans le cœur de l’homme (cf. Jc 4, 1-2). De même qu’il existe un adultère du cœur, il existe un homicide du cœur : « Quiconque hait son frère est un homicide », écrit Jean (1 Jn 3, 15).

Il n’y a pas que la violence des mains, il y a aussi celle des pensées. En nous se déroulent presque en permanence, si nous y faisons attention, des « procès à huis clos ». Un moine anonyme a écrit des pages très profondes à ce sujet. Il parle en tant que moine mais ce qu’il dit ne vaut pas seulement pour les monastères ; il cite l’exemple des sujets, mais il est évident que le problème se pose d’une autre manière également pour les supérieurs.

« Observe, dit-il, ne serait-ce qu’un seul jour, le cours de tes pensées : tu seras surpris de la fréquence et de la vivacité de tes critiques internes avec des interlocuteurs imaginaires, sinon avec ceux qui t’entourent. D’où viennent-elles en général ? De là : le mécontentement à cause des supérieurs qui ne nous aiment pas, ne nous estiment pas, ne nous comprennent pas ; ils sont sévères, injustes ou trop mesquins avec nous ou d’autres ‘opprimés’. Nous sommes mécontents de nos frères, ‘peu compréhensifs, entêtés, superficiels, désordonnés ou injurieux… Alors dans notre esprit se crée un tribunal, dans lequel nous sommes procurateur, président, juge et juré ; rarement avocat, sauf en notre faveur. On expose les torts ; on pèse les raisons ; on se défend et on se justifie ; on condamne l’absent. On élabore éventuellement des plans de revanche ou des fourberies vengeresses… » (11).

Ne devant pas lutter contre des ennemis extérieurs, les Pères du désert ont fait de ce combat intérieur contre les pensées (les fameux logismoi) le banc d’essai de tout progrès spirituel. Ils ont également élaboré une méthode de combat. Notre esprit, disaient-ils, a la capacité de devancer le déroulement d’une pensée, de savoir dès le début où elle s’arrêtera : au pardon de son frère ou à sa condamnation, à sa propre gloire ou à celle de Dieu. « La tâche du moine – disait une personne âgée – est de voir arriver de loin ses propres pensées » (12), ceci pour leur barrer la route lorsqu’elles ne sont pas conformes à la charité. La manière la plus simple de le faire est de dire une brève prière ou d’envoyer une bénédiction à la personne que nous sommes tentés de juger. Ensuite, à tête reposée, on pourra décider s’il convient d’agir à son égard, et comment.

7. Se revêtir de la douceur du Christ

Une observation avant de conclure. De par leur nature, les béatitudes sont orientées vers la pratique ; elles font appel à l’imitation, elles accentuent l’œuvre de l’homme. Nous risquons de nous décourager en constatant notre incapacité à les mettre en pratique dans notre propre vie et l’abîme existant entre l’idéal et la pratique.

Il faut rappeler ce que nous disions au début : les béatitudes sont l’autoportrait de Jésus. Il les a toutes vécues et en plénitude ; mais – et voilà la bonne nouvelle – il ne les a pas seulement vécues pour lui-même mais également pour nous tous. Nous ne sommes pas seulement appelés à imiter les béatitudes mais également à nous en approprier. Dans la foi nous pouvons puiser à la douceur du Christ comme à la pureté de son cœur et à n’importe quelle autre de ses vertus. Nous pouvons prier pour avoir la douceur, comme saint Augustin priait pour avoir la chasteté : « O Dieu, tu m’ordonnes d’être doux ; donne-moi ce que tu m’ordonnes et ordonne-moi ce qu’il te plaît » (13).

« Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience » (Co 3, 12), écrit l’Apôtre aux Colossiens. La douceur est comme un vêtement que le Christ nous a obtenu par ses mérites et que nous pouvons revêtir, dans la foi, non pas pour être dispensés de la pratique mais pour nous y encourager. Saint Paul place la douceur (prautes) parmi les fruits de l’Esprit (Ga 5, 23), c’est-à-dire parmi les qualités dont fait preuve le croyant dans sa vie lorsqu’il accueille l’Esprit du Christ et s’efforce d’y correspondre.

Concluons en répétant ensemble avec confiance la belle invocation des litanies du Sacré Cœur : « Jésus, doux et humble de cœur, rends nos cœurs semblable au tien » (Jesu, mitis et humilis corde: fac cor nostrum secundum cor tutum).

© Traduction réalisée par Zenit

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NOTES
1. Gandhi, Buddismo, Cristianesimo, Islamismo, Roma, Tascabili Newton Compton, 1993, p. 53.
2. S. Agostino, Confessioni, X, 43.
3. Introduzione all’edizione tascabile di Also sprach Zarathustra del 1919.
4. F. Nietzsche, Opere complete, VIII, Frammenti postumi 1888-1889, Adelphi, Milano 1974, p. 56.
5. R. Girard, Vedo Satana cadere come folgore, Milano, Adelphi, 2001, pp. 211-236.
6. S. Agostino, Epistola 93, 5: “Dapprima ero del parere che nessuno dovesse essere condotto per forza all’unità di Cristo, ma si dovesse agire solo con la parola, combattere con la discussione, convincere con la ragione”.
7. Cf. S. Agostino, Epistole 173, 10; 208, 7.
8. Corrado Augias – Mauro Pesce, Inchiesta su Gesù. Mondadori, Milano 2006, p.52.
9. S. Ignazio d’Antiochia, Agli Efesini, 10,2-3.
10. S. Agostino, Commento alla Prima Lettera di Giovanni 7,8 (PL 35, 2023)
11. Un monaco, Le porte del silenzio, Ancora, Milano 1986, p. 17 (Originale: Les portes du silence, Libraire Claude Martigny, Genève).
12. Detti e fatti dei Padri del deserto, a cura di C. Campo e P. Draghi, Rusconi, Milano 1979, p. 66.
13. Cf. S. Agostino, Confessioni, X, 29. 

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