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Satan tempting Christ to change stones into bread Artist: REMBRANDT

7 février, 2009

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Satan tempting Christ to change stones into bread Artist: REMBRANDT

http://www.artbible.net/3JC/-Mat-04,01-Temptation_and_freedom_Tentation_et_%20liberte/index4.html

par Sandro Magister : Obama a un grand maître à penser: le théologien protestant Reinhold Niebuhr

7 février, 2009

du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/214529?fr=y

Obama a un grand maître à penser: le théologien protestant Reinhold Niebuhr

Qui a été un chef de file non pas du pacifisme, mais du « réalisme » dans les rapports entre les états, c’est-à-dire de la primauté de l’intérêt national et de l’équilibre entre les puissances. Publication à Rome d’une analyse suggestive de sa pensée, inspirée de la « Cité de Dieu » de saint Augustin

par Sandro Magister  

ROMA, le 6 février 2009 – Le Saint-Siège a salué avec des expressions confiantes l’entrée en fonctions de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Dans « L’Osservatore Romano » du 28 janvier, le prêtre et théologien new-yorkais Robert Imbelli a fait un commentaire positif du discours inaugural du nouveau président, dans une note publiée en Une sous le titre: « Pour un vrai pacte de citoyenneté. Obama, Lincoln et les anges ».

Mais, à la fin de la note, Imbelli exprimait une crainte. Ayant rapproché le discours d’Obama de celui d’Abraham Lincoln en 1861, qui s’achevait par une prière pour que prédominent « les meilleurs anges de notre nature », il continuait:

« Cela reste l’espérance et la prière de l’Amérique. Mais nous prions aussi pour que les anges des enfants conçus mais pas encore nés ne soient pas négligés. Nous prions pour que les liens d’amour du pays aillent jusqu’à eux. Pour qu’ils ne soient pas exclus du pacte de citoyenneté ».

Le même Imbelli, l’été dernier, a donné dans « L’Osservatore Romano » une critique favorable du livre « Render Unto Caesar » de Charles J. Chaput, l’archevêque de Denver: un appel aux catholiques américains pour que leur « rendre à César », c’est-à-dire servir leur pays, consiste à vivre intégralement leur foi dans la vie politique.

L’archevêque Chaput a été, avant et après les élections présidentielles, l’un de ceux qui ont critiqué le plus explicitement le fléchissement pro-avortement de beaucoup de catholiques et de chrétiens américains.

Or les premiers pas du nouveau gouvernement ont confirmé ses craintes. Comme on lui demandait, lors d’une interview parue dans l’hebdomadaire italien « Tempi » du 5 février, si Obama qui « se dit chrétien mais est considéré comme le président le plus favorable à l’avortement », était « un protestant de cafeteria », Chaput a répondu:

« Personne, qu’il soit orthodoxe, protestant ou catholique, ne peut à la fois justifier l’avortement et se dire chrétien fidèle. [...] Mais je pense que le christianisme protestant, de par sa grande insistance sur la conscience individuelle, est plus porté à être une ‘cafeteria’ de croyances ».

C’est un fait que, parmi les premiers actes de sa présidence, Obama a ouvert les financements fédéraux aux organismes qui prônent l’avortement comme moyen de contrôle des naissances dans les pays pauvres. Il a de plus annoncé son soutien au Freedom of Choice Act, qui supprimera les limites à l’avortement, et au financement de l’utilisation des cellules souches embryonnaires.

* * *

Cela n’empêche pas qu’Obama soit l’un des présidents américains les plus explicites dans l’affirmation du fondement religieux de sa pensée.

A maintes reprises il a donné les noms de ses auteurs de référence, très ou peu connus: de Dorothy Day à Martin Luther King, de John Leland à Al Sharpton.

Parmi ceux qu’il a cités, il en est un qui a une importance très particulière: le protestant Reinhold Niebuhr (1892-1971), professeur à la Columbia University puis à l’Union Theological Seminary de New York.

Niebuhr a été surtout un théologien – de première grandeur – mais ses travaux ont aussi touché à la politique. Il est considéré comme un maître du « réalisme » en politique internationale, dont les grands représentants américains ont été, dans la seconde moitié du XXe siècle, Hans Morgenthau, George Kennan et Henry Kissinger.

S’inspirer ou non de Niebuhr, de son interprétation et de son actualisation de la « Cité de Dieu » de saint Augustin, est une décision qui oriente de manière déterminante la vision du rôle des Etats-Unis dans le monde.

Par exemple, rien n’est plus éloigné des idées de Niebuhr que le pacifisme. Mais c’est l’ensemble de la pensée de ce grand théologien qu’il est utile d’approfondir.

C’est ce que fait, dans l’essai qui suit, le plus grand expert italien de Niebuhr, Gianni Dessì, professeur de philosophie et d’histoire des doctrines politiques à l’Université de Rome Tor Vergata.

Cet essai a été publié il y a quelques jours dans le dernier numéro de l’édition italienne de « 30 Giorni », le mensuel catholique peut-être le plus lu par les évêques du monde entier, dans ses éditions en différentes langues.

« 30 Giorni », que dirige le vieux sénateur Giulio Andreotti – plusieurs fois président du conseil et ministre des Affaires étrangères – s’occupe souvent de politique internationale selon une ligne qu’on pourrait qualifier de « réaliste modérée » et qui coïncide avec la ligne traditionnelle de la diplomatie vaticane.

Si le réalisme de Niebuhr arrive à la Maison Blanche

par Gianni Dessì

S’entretenant il y a quelque temps avec David Brooks, l’un des plus connus des commentateurs politiques conservateurs du « New York Times », le nouveau président Obama a cité Reinhold Niebuhr comme l’un de ses auteurs préférés (1).

Peu connu en Italie, Niebuhr, théologien protestant et professeur d’éthique sociale à la Columbia University de New York, a beaucoup influencé la culture politique nord-américaine au moins à partir de 1932, année où il publie « Homme moral et société immorale », et jusqu’à sa mort en 1971. Intellectuels et politiques, conservateurs et libéraux se sont référés à son réalisme politique.

Hans Morgenthau et George Kennan – les plus connus des libéraux conservateurs qui, dans l’immédiat après-guerre, ont élaboré un ensemble de motivations qui allaient être les références intellectuelles de beaucoup d’Américains au temps de la guerre froide, de l’opposition au bloc soviétique – se sont référés explicitement à Niebuhr et à son réalisme politique (2).

D’autre part Martin Luther King lui-même – sûrement pas un conservateur – a été particulièrement sensible aux critiques de Niebuhr envers l’optimisme de la culture libérale et envers l’idée que la justice puisse être obtenue par des exhortations morales. Il a reconnu qu’il devait à Niebuhr d’être conscient de la profondeur et de la persistance du mal dans la vie humaine (3).

Interviewé par Brooks, Obama a dit qu’il devait à Niebuhr « l’idée irréfutable que le véritable mal, les épreuves et la douleur existent dans le monde. Nous devons être humbles et modestes quand nous pensons que nous pouvons les éliminer, mais nous ne devons pas en tirer argument pour être cyniques ou inactifs ».

Ces quelques mots soulignent certains aspects essentiels de la pensée de Niebuhr. L’idée qu’on ne peut éliminer du monde « le véritable mal, les épreuves, la douleur » renvoie à sa critique de l’optimisme qui est, selon lui, l’un des éléments constitutifs de la pensée religieuse et sociale américaine. Et l’idée que l’homme politique amené à lutter contre la présence de l’injustice et du mal doit lui aussi être “humble” renvoie à la conscience qu’on ne peut éliminer le mal de l’histoire et que c’est une illusion dangereuse que de croire c’est possible.

D’autre part cette persistance du mal ne peut être une excuse pour « le cynisme et l’inactivité ». On découvre ainsi une pensée qui veut éviter à la fois “l’idéalisme ingénu” et le “réalisme amer” (Niebuhr entend par là: à la fois le sentimentalisme et le cynisme).

Comment cette perspective se définit-elle dans les ouvrages de Niebuhr, quels sont ses références historiques et culturelles?

Dès la fin des années Soixante, en Italie, Luigi Giussani avait noté l’importance du réalisme de Niebuhr dans la pensée théologique et, plus généralement, dans la culture américaine.

Giussani rappelait que l’existentialisme théologique européen avait sûrement joué un rôle dans la formation du pasteur protestant mais qu’une « nette originalité caractérisait, depuis le début, son œuvre, dont l’inspiration et les tendances clés se sont formées et dessinées dans son vécu de pasteur de la luthérienne Bethel Evangelical Church de Detroit » (4).

Très jeune, Niebuhr devient pasteur d’une petite communauté de Detroit, à l’époque du développement du constructeur automobile Ford et de la Première guerre mondiale, de 1915 à 1928. Libéral de formation, il découvre par expérience que l’optimisme anthropologique de ce courant de pensée et de sa déclinaison sociale – le mouvement du Social Gospel – ne permet pas de comprendre la persistance du malheur individuel et de l’injustice. Il fait à cette époque la critique de ses propres convictions libérales et optimistes. Face à l’espoir de moraliser la société par la prédication religieuse, il constate, dans une note de 1927, qu’ »une ville construite autour d’un système de production, qui ne pense à ses problèmes que fortuitement et ne s’y intéresse qu’accidentellement, est vraiment une sorte d’enfer » (5). Cette autocritique s’exprime pleinement dans le livre « Homme moral et société immorale » où, comme l’a écrit Giussani, l’ » inévitable réalité du mal [...] est affirmée et prouvée contre tout optimisme qui ne verrait pas l’impossibilité existentielle de passer de la conscience du bien, qu’a l’individu, à sa réalisation, impossibilité qui se manifeste de manière inexorable spécialement dans la sphère du collectif » (6).

Publié en 1932, le livre, écrit à l’époque où Niebuhr a subi l’influence du marxisme, a peut-être été, dans l’Amérique des années Trente, la critique la plus incisive de l’optimisme et du moralisme, mais aussi de l’indifférence et du cynisme qui avaient caractérisé la société américaine après la Première guerre mondiale. La brève période qui va de 1917, année de l’entrée en guerre de l’Amérique, à 1919, année des traités de paix qui pénalisèrent fortement les pays vaincus, a vu s’épuiser l’idéalisme du mouvement progressiste et du président Wilson. Les raisons morales de faire participer les Américains à la guerre données par Wilson et beaucoup d’intellectuels progressistes avaient été contredites par le réalisme exacerbé des traités de paix qui entérinaient ouvertement les nouveaux rapports de force entre vainqueurs et vaincus.

Justement en réaction contre les croisades idéalistes de Wilson, une exigence de retour à la normale s’est manifestée dans l’Amérique des années Vingt. Elle s’est concrétisée par l’élection du président Warren Harding, qui avait basé sa campagne électorale sur cet idéal.

En réalité la société américaine a connu à cette époque une croissance économique sans précédent, la diffusion de la publicité et de la consommation de masse, et une forte polarisation entre les riches et les pauvres.

Aux yeux d’un observateur attentif comme Niebuhr, cette société semblait démentir ou réduire à une pure rhétorique toute forme de moralisme; elle était caractérisée par l’émergence d’attitudes de plus en plus cyniques et désabusées.

Le 18e amendement à la constitution – il interdisait de produire, transporter et vendre des boissons alcoolisées sur le territoire américain – peut être considéré comme représentatif de cette situation. Approuvé en 1919 comme symbole de la lutte pour moraliser les mœurs, il favorisait en réalitét le développement de diverses formes de criminalité organisée qui tiraient précisément leurs plus gros profits du commerce illégal de boissons alcoolisées.

A cette époque, Niebuhr pensait qu’une société plus juste résulterait non pas d’exhortations morales ou religieuses, mais d’initiatives concrètes, historiques et politiques qui, justement en tant que telles, devraient affronter des réalités peu élevées.

Ayant quitté Detroit en 1928 et commencé à enseigner à la Columbia University de New York, il rappellera que ce sont justement les exigences de l’enseignement qui l’ont amené à approfondir sa connaissance d’Augustin. En 1956, il déclarait dans une interview: « Rétrospectivement, je suis étonné de voir comme j’ai commencé tard à étudier Augustin: c’est encore plus surprenant si l’on sait que la pensée de ce théologien devait répondre à beaucoup de mes questions non encore résolues et me libérer enfin de l’idée que la foi chrétienne puisse être en quelque sorte identique à l’idéalisme moral du siècle dernier » (7).

La référence à saint Augustin a été centrale à la fois en ce qui concerne la conscience des raisons qui différencient la foi de l’idéalisme et pour surmonter certaines apories que Niebuhr avait développées dans les premières années de sa réflexion.

Pour le jeune Niebuhr, le christianisme est marqué par un aspect – l’absolue gratuité – qui est au-delà de toute tentative humaine de réaliser les idéaux éthiques. L’homme peut s’engager très sincèrement dans la réalisation de sphères de coexistence caractérisées par ce que Niebuhr appelle « mutual love », un amour fondé sur la réciprocité, le Christ incarnant, lui, un autre type d’amour, appelé « sacrificial love ». En 1935, dans « An Interpretation of Christian Ethics », il avait rappelé explicitement cette différence radicale, écrivant: « Les exigences éthiques de Jésus sont irréalisables dans l’existence présente de l’homme [...]. Tout ce qui est en-dessous de l’amour parfait dans la vie humaine détruit la vie. Toute vie humaine est sous la menace d’un désastre parce qu’elle ne vit pas la loi de l’amour » (8).

En 1940, reprenant certaines de ces réflexions et les appliquant au domaine politique, il déclarait qu’une pensée « qui avait simplement et sentimentalement changé l’idéal de perfection de l’Evangile en une simple possibilité historique » avait produit une « mauvaise religion » et une « mauvaise politique »: une religion en opposition avec l’élément essentiel de la foi chrétienne et une politique irréaliste qui rendait les nations démocratiques de plus en plus faibles (9).

Mais, tout en critiquant le sentimentalisme et l’optimisme de la culture libérale, il constatait aussi l’ineffaçable présence de la certitude du sens de l’existence, de sa positivité, comme caractéristique d’une existence saine. Cette certitude, écrivait-il, « ne résulte pas d’une analyse sophistiquée des forces et des faits qui entourent l’expérience humaine. On la reconnaît dans toute vie saine […]. Les hommes peuvent être incapables de définir le sens de la vie et vivre quand même, par la simple foi, en étant sûrs qu’elle a un sens » (10).

L’ouvrage qui donne une synthèse de ces diverses suggestions est « The Nature and Destiny of Man », publié en deux volumes entre 1941 et 1943. On y lit: « Selon la conception biblique, l’homme est une existence créée et finie à la fois dans le corps et dans l’esprit » (11).

La clé pour comprendre la nature humaine, c’est d’une part d’admettre la création: l’optimisme essentiel qui caractérise une existence saine est lié à l’idée que l’on est créé, voulu par Dieu. C’est d’autre part la liberté humaine qui, comme signe mis par Dieu dans le cœur de l’homme, comme possibilité d’accepter cette intuition ou de la refuser, devient absolument centrale. L’homme peut (et Niebuhr semble dire “inévitablement”) chercher sa satisfaction dans les biens créés et pas en Dieu. Le mal naît quand l’homme confère à un bien particulier une valeur absolue: c’est l’usage erroné de la liberté – le péché – qui génère le mal, pas la sensibilité ou la matérialité.

La présence d’Augustin dans ce qui est l’ouvrage le plus important et le plus systématique de Niebuhr est évidente et constante: la conception réaliste de la nature humaine que propose Niebuhr renvoie explicitement à la conception biblique et aux textes augustiniens.

Dans un essai de 1953, « Augustine’s Political Realism », inclus dans le livre « Christian Realism and Political Problems » paru la même année, Niebuhr reconnaît explicitement sa dette envers saint Augustin. Il précise en quel sens le saint doit être considéré comme le premier grand réaliste de la pensée occidentale et pourquoi sa vision lui paraît actuelle.

Niebuhr commence cet essai en proposant une définition schématique du mot réalisme: celui-ci « indique la disposition à prendre en considération tous les facteurs qui, dans une situation politique et sociale, offrent une résistance aux règles établies, notamment les facteurs d’intérêt personnel et de pouvoir ». Au contraire, l’idéalisme est, pour ses partisans, « caractérisé par la fidélité aux idéaux et aux règles morales, plutôt qu’à l’intérêt personnel »; pour ses adversaires, par « une disposition à ignorer ou à être indifférent aux forces qui, dans la vie humaine, offrent une résistance aux idéaux et aux règles universelles » (12). En politique, précise Niebuhr, l’idéalisme et le réalisme sont des dispositions plus que des théories. Autrement dit, même le plus idéaliste des individus devra forcément affronter les faits, avec la force de ce qu’il est; même l’homme le plus réaliste devra affronter la tendance humaine à agir sous l’inspiration de valeurs idéales, de ce qu’il doit être (13).

Niebuhr pense que saint Augustin a été « de l’avis général le premier grand réaliste de l’histoire occidentale. Il a mérité ce jugement parce que l’image de la réalité sociale dans sa ‘Cité de Dieu’ offre une juste vision des forces sociales, tensions et compétitions que nous savons être presque universelles à tous les niveaux de communauté » (14). Pour le théologien protestant, le réalisme de saint Augustin est lié à sa conception de la nature humaine, et particulièrement à son opinion sur la présence du mal dans l’histoire. En effet, pour saint Augustin « la source du mal est l’amour propre, plutôt qu’un reste quelconque d’impulsion naturelle pas encore dominée par la raison ». Le mal ne vient donc ni de la sensibilité ni de la matérialité, qui ne sont pas opposées au spirituel. Faire de ses intérêts matériels ou de ses idéaux un but ultime est une caractéristique humaine qui est liée à la liberté et s’exprime à chaque niveau de l’existence humaine et collective, depuis la famille jusqu’à la nation et à l’hypothétique communauté mondiale.

Le réalisme d’Augustin permet en outre de répondre au reproche que les libéraux font aux partisans d’une conception non optimiste de la nature humaine: ils envisageraient de la même manière et donc approuveraient n’importe quelle forme de pouvoir. « En fait » écrit Niebuhr « le réalisme pessimiste a poussé à la fois Hobbes et Luther à une inqualifiable approbation de l’état de pouvoir; mais c’est seulement parce qu’ils n’ont pas été assez réalistes. Ils ont vu le danger de l’anarchie dans l’égoïsme des citoyens mais ils n’ont pas su percevoir le danger de la tyrannie dans l’égoïsme des gouvernants » (15).

Autrement dit, le réalisme de saint Augustin ne cède ni au cynisme ni à l’indifférence face au pouvoir parce que « alors que l’égoïsme est “naturel” en ce sens qu’il est universel, il n’est pas naturel en ce sens qu’il n’est pas conforme à la nature humaine ». En effet « un réalisme devient moralement cynique ou nihiliste quand il admet qu’une caractéristique universelle du comportement humain doit être considérée comme normative. La description biblique du comportement humain, sur laquelle Augustin fonde sa pensée, peut refuser à la fois l’illusion et le cynisme parce qu’elle admet que la corruption de la liberté humaine peut rendre universel un modèle de comportement sans le rendre normatif » (16).

Cette relecture de saint Augustin proposée par Niebuhr dégage avec force l’idée d’un réalisme capable d’éviter l’indifférence, le cynisme et l’approbation inconditionnelle de toute forme de pouvoir mais aussi le sentimentalisme, l’idéalisme et les illusions relatives à la politique et à la vie humaine: c’est à cette façon de voir qui, comme le rappelait Niebuhr, exprime plus un état d’esprit qu’une théorie, qu’Obama semble se référer.

NOTES

(1) C. Blake, « Obama and Niebuhr », in « The New Republic », 3 mai 2007.

(2) Cf. R.C. Good, « The National Interest and Political Realism: Niebuhr’s ‘Debate’ with Morgenthau and Kennan », in « The Journal of Politics », n° 4, 1960, pp. 597-619.

(3) C. Carson, « Martin Luther King, Jr., and the African-American Social Gospel », in Paul E. Johnson (ed.), « African American Christianity », University of California Press, Berkeley 1994, pp. 168-170.

(4) L. Giussani, « Grandi linee della teologia protestante americana. Profilo storico dalle origini agli anni Cinquanta », Jaca Book, Milan 1988 (1ère édition 1969), p. 131.

(5) R. Niebuhr, « Leaves from the Notebook of a Tamed Cynic », The World Publishing Company, Cleveland 1957 (1ère édition 1929), p. 169.

(6) L. Giussani, « Teologia protestante americana », cit., p. 132.

(7) R. Niebuhr, traduction italienne, « Una teologia per la prassi », Queriniana, Brescia 1977, p. 55.

(8) R. Niebuhr, « An Interpretation of Christian Ethics », Scribner’s, New York 1935, p. 67.

(9) R. Niebuhr, « Christianity and Power Politics », Scribner’s, New-York 1952 (1ère édition 1940), pp. IX-X

(10) Ibid., p. 178.

(11) R. Niebuhr, « The Nature and Destiny of Man. A Christian Interpretation, Vol. I, Human Nature », Scribner’s, New-York 1964 (1ère édition 1941), p. 12.

(12) R. Niebuhr, traduction italienne, « Il realismo politico di Agostino », in G. Dessì, « Niebuhr. Antropologia cristiana e democrazia », Studium, Rome 1993, pp. 77-78.

(13) J’emprunte cette terminologie à Alessandro Ferrara, « La forza dell’esempio. Il paradigma del giudizio », Feltrinelli, Milan 2008, pp. 17-33. Une troisième grande force, sujet du livre, est celle de « ce qui est comme il faut ».

(14) R. Niebuhr, traduction italienne, « Il realismo politico di Agostino », cit., p. 79.

(15) Ibid., p. 85.

(16) Ibid., p. 88. 

Message de Benoît XVI pour le carême 2009: Redécouvrir le sens chrétien de la pratique du jeûne

7 février, 2009

du site:

http://www.zenit.org/article-20065?l=french

Message de Benoît XVI pour le carême 2009

Redécouvrir le sens chrétien de la pratique du jeûne

ROME, Mardi 3 février 2009 (ZENIT.org) – Pour le carême 2009, qui commence le 25 février, le pape Benoît XVI propose de redécouvrir le sens chrétien de la pratique du jeune : c’est le thème de son message, publié ce mardi 3 février. Le pape n’en encourage pas moins les autres pratiques du carême : « un plus grand engagement dans la prière, la lectio divina, le recours au Sacrement de la Réconciliation et dans la participation active à l’Eucharistie, par dessus tout à la Messe dominicale ».

Nous reprenons ci-dessous le texte intégral du Message de carême du pape.

*  *  *

Chers frères et sœurs !

Au commencement du Carême, qui constitue un chemin d’entraînement spirituel intense, la Liturgie nous propose à nouveau trois pratiques pénitentielles très chères à la tradition biblique et chrétienne – la prière, l’aumône et le jeûne – pour nous préparer à mieux célébrer la Pâque et faire ainsi l’expérience de la puissance de Dieu qui, comme nous l’entendrons au cours de la Veillée Pascale, « triomphe du mal, lave nos fautes, redonne l’innocence aux pécheurs, la joie aux affligés, dissipe la haine, nous apporte la paix et humilie l’orgueil du monde » (Annonce de la Pâque). En ce traditionnel Message du Carême, je souhaite cette année me pencher plus particulièrement sur la valeur et le sens du jeûne. Le Carême en effet nous rappelle les quarante jours de jeûne vécus par le Seigneur dans le désert, avant le commencement de sa mission publique. Nous lisons dans l’Evangile : « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim » (Mt 4,1-2). Comme Moïse avant de recevoir les Tables de la Loi, (cf. Ex 34,28), comme Élie avant de rencontrer le Seigneur sur le mont Horeb (cf. 1 R 19,8), de même Jésus, en priant et en jeûnant, se prépare à sa mission, dont le début fut marqué par une dure confrontation avec le tentateur.

Nous pouvons nous demander quelle valeur et quel sens peuvent avoir pour nous, chrétiens, le fait de se priver de quelque chose qui serait bon en soi et utile pour notre subsistance. Les Saintes Écritures et toute la tradition chrétienne enseignent que le jeûne est d’un grand secours pour éviter le péché et tout ce qui conduit à lui. C’est pourquoi, dans l’histoire du salut, l’invitation à jeûner revient régulièrement. Déjà dans les premières pages de la Sainte Écriture, le Seigneur commande à l’homme de s’abstenir de manger du fruit défendu : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin, mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangera pas, car le jour où tu en mangeras, certainement tu mourras. » (Gn 2,16-17). En commentant l’injonction divine, saint Basile observe que « le jeûne a été prescrit dans le paradis terrestre », et « ce premier précepte été donné à Adam ». Il conclut ainsi : « Cette défense – ‘tu ne mangeras pas’ – est une loi de jeûne et d’abstinence » (cf. Homélie sur le jeûne : PG 31, 163, 98). Parce que tous nous sommes appesantis par le péché et ses conséquences, le jeûne nous est offert comme un moyen pour renouer notre amitié avec le Seigneur. C’est ce que fit Esdras avant le voyage du retour de l’exil en Terre promise, quand il invita le peuple réuni à jeûner « pour s’humilier – dit-il – devant notre Dieu » (8,21). Le Tout Puissant écouta leur prière et les assura de sa faveur et de sa protection. Les habitants de Ninive en firent autant quand, sensibles à l’appel de Jonas à la repentance, ils proclamèrent, comme témoignage de leur sincérité, un jeûne en disant: « Qui sait si Dieu ne se ravisera pas et ne se repentira pas, s’il ne reviendra pas de l’ardeur de sa colère, en sorte que nous ne périssions point ? » (3,9). Là encore, Dieu vit leurs œuvres et les épargna.

Dans le Nouveau Testament, Jésus met en lumière la raison profonde du jeûne en stigmatisant l’attitude des pharisiens qui observaient avec scrupule les prescriptions imposées par la loi, alors que leurs cœurs étaient loin de Dieu. Le vrai jeûne, redit encore en d’autre lieux le divin Maître, consiste plutôt à faire la volonté du Père céleste, lequel « voit dans le secret et te récompensera » (Mt 6,18). Lui-même en donne l’exemple en répondant à Satan, au terme des quarante jours passés dans le désert : « Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Le vrai jeûne a donc pour but de manger « la vraie nourriture », qui consiste à faire la volonté du Père (cf. Jn 4,34). Si donc Adam désobéit à l’ordre du Seigneur « de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal », le croyant entend par le jeûne se soumettre à Dieu avec humilité, en se confiant à sa bonté et à sa miséricorde.

La pratique du jeûne est très présente dans la première communauté chrétienne (cf. Act 13,3; 14,22; 27,21; 2 Cor 6,5). Les Pères de l’Église aussi parlent de la force du jeûne, capable de mettre un frein au péché, de réprimer les désirs du « vieil homme », et d’ouvrir dans le cœur du croyant le chemin vers Dieu. Le jeûne est en outre une pratique récurrente des saints, qui le recommandent. Saint Pierre Chrysologue écrit : « Le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu’il écoute l’homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d’entendre lorsqu’on le supplie » (Sermo 43: PL 52, 320. 332).

De nos jours, la pratique du jeûne semble avoir perdu un peu de sa valeur spirituelle et, dans une culture marquée par la recherche du bien-être matériel, elle a plutôt pris la valeur d’une pratique thérapeutique pour le soin du corps. Le jeûne est sans nul doute utile au bien-être physique, mais pour les croyants, il est en premier lieu une « thérapie » pour soigner tout ce qui les empêche de se conformer à la volonté de Dieu. Dans la Constitution apostolique Pænitemini de 1966, le Serviteur de Dieu Paul VI reconnaissait la nécessité de remettre le jeûne dans le contexte de l’appel de tout chrétien à « ne plus vivre pour soi-même, mais pour Celui qui l’a aimé et s’est donné pour lui, et… aussi à vivre pour ses frères » (cf. Ch. I). Ce Carême pourrait être l’occasion de reprendre les normes contenues dans cette Constitution apostolique, et de remettre en valeur la signification authentique et permanente de l’antique pratique pénitentielle, capable de nous aider à mortifier notre égoïsme et à ouvrir nos cœurs à l’amour de Dieu et du prochain, premier et suprême commandement de la Loi nouvelle et résumé de tout l’Évangile (cf. Mt 22,34-40).

La pratique fidèle du jeûne contribue en outre à l’unification de la personne humaine, corps et âme, en l’aidant à éviter le péché et à croître dans l’intimité du Seigneur. Saint Augustin qui connaissait bien ses inclinations négatives et les définissait comme « des nœuds tortueux et emmêlés » (Confessions, II, 10.18), écrivait dans son traité sur L’utilité du jeûne : « Je m’afflige certes un supplice, mais pour qu’Il me pardonne ; je me châtie de moi-même pour qu’Il m’aide, pour plaire à ses yeux, pour arriver à la délectation de sa douceur » (Sermon 400, 3, 3: PL 40, 708). Se priver de nourriture matérielle qui alimente le corps facilite la disposition intérieur à l’écoute du Christ et à se nourrir de sa parole de salut. Avec le jeûne et la prière, nous Lui permettons de venir rassasier une faim plus profonde que nous expérimentons au plus intime de nous : la faim et la soif de Dieu.

En même temps, le jeûne nous aide à prendre conscience de la situation dans laquelle vivent tant de nos frères. Dans sa Première Lettre, saint Jean met en garde : « Si quelqu’un possède des richesses de ce monde et, voyant son frère dans la nécessité, lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » (3,17). Jeûner volontairement nous aide à suivre l’exemple du Bon Samaritain, qui se penche et va au secours du frère qui souffre (cf. Deus caritas est, 15). En choisissant librement de se priver de quelque chose pour aider les autres, nous montrons de manière concrète que le prochain en difficulté ne nous est pas étranger. C’est précisément pour maintenir vivante cette attitude d’accueil et d’attention à l’égard de nos frères que j’encourage les paroisses et toutes les communautés à intensifier pendant le Carême la pratique du jeûne personnel et communautaire, en cultivant aussi l’écoute de la Parole de Dieu, la prière et l’aumône. Ceci a été, dès le début, une caractéristique de la vie des communautés chrétiennes où se faisaient des collectes spéciales (cf. 2 Cor 8-9; Rm 15, 25-27), tandis que les fidèles étaient invités à donner aux pauvres ce qui, grâce au jeûne, avait été mis à part (cf. Didascalie Ap., V, 20,18). Même aujourd’hui, une telle pratique doit être redécouverte et encouragée, surtout pendant le temps liturgique du Carême.

Il ressort clairement de tout ce que je viens de dire, que le jeûne représente une pratique ascétique importante, une arme spirituelle pour lutter contre tous les attachements désordonnés. Se priver volontairement du plaisir de la nourriture et d’autres biens matériels, aide le disciple du Christ à contrôler les appétits de sa nature affaiblie par la faute originelle, et dont les effets négatifs investissent entièrement la personne humaine. Une hymne antique de la liturgie du Carême exhorte avec pertinence : « Utamur ergo parcius, / verbis, cibis et potibus, / somno, iocis et arctius / perstemus in custodia – Nous utilisons plus sobrement les paroles, les nourritures, les boissons, le sommeil et les jeux, et avec plus d’attention, nous demeurons vigilants ».

Chers frères et sœurs, à bien regarder, le jeûne a comme ultime finalité d’aider chacun d’entre nous, comme l’écrivait le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, à faire un don total de soi à Dieu (cf. Veritatis splendor, 21). Que le Carême soit donc mis en valeur dans toutes les familles et dans toutes les communautés chrétiennes, pour éloigner de tout ce qui distrait l’esprit et intensifier ce qui nourrit l’âme en l’ouvrant à l’amour de Dieu et du prochain. Je pense en particulier à un plus grand engagement dans la prière, la lectio divina, le recours au Sacrement de la Réconciliation et dans la participation active à l’Eucharistie, par dessus tout à la Messe dominicale. Avec cette disposition intérieure, nous entrons dans le climat de pénitence propre au Carême. Que la Bienheureuse Vierge Marie, Causa nostrae laetitiae nous accompagne et nous soutienne dans nos efforts pour libérer notre cœur de l’esclavage du péché et pour en faire toujours plus un « tabernacle vivant de Dieu ». En formulant ce souhait et en assurant de ma prière tous les croyants et chaque communauté ecclésiale afin que tous suivent avec profit l’itinéraire du Carême, j’accorde à tous et de tout cœur la Bénédiction Apostolique.

Du Vatican, le 11 décembre 2008

BENEDICTUS PP. XVI

[Texte original: Italien]

bonne nuit

7 février, 2009

bonne nuit dans image bon nuit, jour, dimanche etc. harp-seal-baby

baby seal

http://www.itsnature.org/ice/above-the-ice/harp-seal/

Saint Zénon de Vérone: « Il fut saisi de pitié envers eux »

7 février, 2009

du site:

http://www.vangelodelgiorno.org/www/main.php?language=IT&localTime=02/07/2009#

Saint Zénon de Vérone (?-vers 380), évêque
Sermon De spe, fide et caritate, 9 ; PL 11, 278 (trad. Orval rev.)

« Il fut saisi de pitié envers eux »
      Ô charité, que tu es bonne et riche ! que tu es puissante ! Il ne possède rien, celui qui ne te possède pas. C’est toi qui as pu faire de Dieu un homme. Tu l’as fait s’abaisser et s’éloigner pour un temps de son immense majesté. Tu l’as retenu prisonnier neuf mois dans le sein de la Vierge. Tu as guéri Ève en Marie. Tu as renouvelé Adam dans le Christ. Tu as préparé la croix pour le salut du monde déjà perdu…

      Ô amour, c’est toi qui, pour vêtir celui qui est nu, te contentes d’être nue. Pour toi, la faim est un repas abondant, si un pauvre affamé a mangé ton pain. Ta fortune consiste à destiner tout ce que tu possèdes à la miséricorde. Toi seule tu ne te fais pas prier. Les opprimés, tu les secours sans retard, même à tes dépens, quelle que soit la détresse où ils sont plongés. C’est toi l’oeil des aveugles, le pied des boiteux, le bouclier très fidèle des veuves et des orphelins… Tu aimes tes ennemis de telle façon que nul ne discerne quelle différence il y a pour toi entre eux et tes amis.

      C’est toi, ô charité, qui unis les mystères célestes aux choses humaines, et les mystères humains aux choses célestes. Tu es la gardienne de ce qui est divin. C’est toi qui, dans le Père, gouvernes et ordonnes tout ; c’est toi l’obéissance du Fils ; c’est toi qui exultes en l’Esprit Saint. Parce que tu es une dans les trois personnes, tu ne peux pas être divisée… Jaillissant de la source qu’est le Père, tu te déverses tout entière dans le Fils, sans te retirer du Père. C’est à bon droit qu’on dit que « Dieu est amour » (1Jn 4,16), parce que toi seule tu guides la puissance de la Trinité.