DE L’EXCELLENCE DE LA VOLONTÉ DE DIEU ET DU MOMENT PRÉSENT (extrait du chapitre IX)

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L’ABANDON À LA PROVIDENCE DIVINE

Jean-Pierre de Caussade, s.j.

extrait du Chapitre IX  

DE L’EXCELLENCE DE LA VOLONTÉ DE DIEU ET DU MOMENT PRÉSENT
 

 Il n’y a rien de plus raisonnable, de plus parfait, de plus divin que la volonté de Dieu. Sa valeur infinie peut-elle croître par quelques différences des temps, des lieux, des choses ? Si on vous donne le secret de la trouver à tous moments, vous avez donc ce qu’il y a de plus précieux et de plus digne de nos désirs. Que souhaitez-vous, âmes saintes ? Donnez-vous une libre carrière, portez vos vœux au-delà de toutes mesures et de toutes bornes ; étendez, dilatez votre cœur à l’infini ; j’ai de quoi le remplir, il n’est point de moment où je ne vous fasse trouver tout ce que vous pouvez désirer.

 Le moment présent est toujours plein de trésors infinis, il contient plus que vous n’avez de capacité. La foi est la mesure, vous y trouverez autant que vous croyez ; l’amour est aussi la mesure, plus votre cœur aime, plus il désire, et plus il croit trouver, plus il trouve. La volonté de Dieu se présente à chaque instant comme une mer immense, que votre cœur ne peut épuiser : il n’en reçoit qu’autant qu’il s’étend par la foi, par la confiance et par l’amour ; tout le reste du créé ne peut remplir votre cœur qui a plus de capacité que ce qui n’est pas Dieu. Les montagnes qui effraient les yeux ne sont que des atomes dans le cœur. C’est dans cette volonté cachée et voilée dans tout ce qui vous arrive au moment présent qu’il faut puiser, et vous la trouverez toujours infiniment plus étendue que vos désirs. Ne faites la cour à personne, n’adorez point l’ombre et le fantôme, ils ne peuvent ni vous donner ni vous ôter. La seule volonté de Dieu fera votre plénitude qui ne vous laissera aucun vide ; adorez-la, allez droit à elle, pénétrant et abandonnant toutes les apparences. La mort des sens, leur nudité, leurs soustractions ou destructions sont le règne de la foi ; les sens adorent les créatures, la foi adore la volonté divine. Ôtez les idoles aux sens, ils pleurent comme des enfants désespérés, mais la foi triomphe, car on ne peut lui enlever la volonté de Dieu. Quand le moment effraie, affame, dépouille, accable tous les sens, alors il nourrit, il enrichit, il vivifie la foi qui se rit des pertes comme un gouverneur dans une place imprenable se rit de remparts inutiles.

 Quand la volonté de Dieu s’est révélée à une âme et lui a fait sentir qu’elle se donne à elle aussi de son côté, elle éprouve en toutes rencontres un secours puissant ; pour lors elle goûte par expérience le bonheur de cette venue de Dieu dont elle ne jouit que parce qu’elle a compris dans la pratique l’abandon où elle doit être à tous les moments de cette volonté tout adorable.

 Pensez-vous qu’elle juge des choses comme ceux qui les mesurent par les sens et qui ignorent le trésor inestimable qu’elles renferment ? Celui qui sait que cette personne déguisée est le roi en use bien autrement à son arrivée que celui qui voyant une figure d’un homme du commun, traite cette personne selon l’apparence. De même l’âme qui voit la volonté de Dieu dans les plus petites choses, dans les plus désolantes et les plus mortelles, et qui en vit, reçoit tout avec une joie, une jubilation, un respect égal ; et, ce que les autres craignent et fuient, elle ouvre toutes ses portes pour le recevoir avec honneur. L’équipage est petit, les sens le méprisent, mais le cœur sous cette apparence vile respecte également la majesté royale et plus elle s’abaisse pour venir en ce petit train et en secret, plus le cœur est pénétré d’amour. Je ne puis rendre ce que le cœur sent quand il reçoit la divine volonté si rapetissée, si pauvre, si anéantie. Ah ! que cette pauvreté d’un Dieu, cet anéantissement jusqu’à loger dans une crèche, reposer sur un peu de paille, pleurant, tremblant, pénètre le beau cœur de Marie. Interrogez les habitants de Bethléem, voyez ce qu’ils pensent. Si cet enfant était dans un palais avec l’appareil des princes, ils lui feraient la cour ; mais demandez à Marie, à Joseph, aux Mages, aux pasteurs : ils vous diront qu’ils trouvent dans cette pauvreté extrême un je ne sais quoi qui leur rend Dieu plus grand plus aimable. Ce qui manque aux sens rehausse, accroît et enrichit la foi ; moins il y a pour ceux-là, plus il y a pour l’âme.

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