Archive pour le 2 février, 2009

par Sandro Magister : Levée de l’excommunication des lefebvristes. Mais la paix reste lointaine

2 février, 2009

du site:

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/214086?fr=y

Levée de l’excommunication des lefebvristes. Mais la paix reste lointaine

Les motifs de conflit sont même en augmentation, y compris avec les fils d’Israël. Benoît XVI multiplie les gestes d’ouverture, mais n’obtien rien en échange. L’incident de l’évêque négationniste, avec un commentaire de la juive Anna Foa

par Sandro Magister

ROMA, le 28 janvier 2009 – Il arrive souvent à Benoît XVI de se trouver particulièrement en difficulté sur deux zones frontières qui se croisent: les lefebvristes et les juifs.

Le 24 janvier, le pape Joseph Ratzinger a levé l’excommunication des quatre évêques ordonnés illicitement par Marcel Lefebvre en 1988: excommunication qu’ils avaient encourue « latae sententiae », c’est-à-dire automatiquement, du simple fait de leur ordination. Mais les quatre évêques restent suspendus « a divinis », c’est-à-dire qu’ils ne peuvent exercer leur ministère au sein de l’Eglise catholique, et leur communauté reste en état de schisme.

L’un des quatre évêques, l’anglais Richard Williamson, ardent négationniste, a récemment réaffirmé ses idées niant l’extermination des juifs par les nazis. La coïncidence entre ces déclarations et la levée de son excommunication – au moment, qui plus est, de la journée mondiale du souvenir de la Shoah, le 27 janvier – a provoqué de vives protestations chez beaucoup de juifs, y compris ceux qui sont en général les plus bienveillants envers l’Eglise catholique et le pape actuel.

Un concours de circonstances analogue avait provoqué, il y a quelques mois, une polémique semblable. Quand Benoît XVI a libéralisé pour tous les catholiques l’usage du rite ancien de la messe, point d’appui des lefebvristes, beaucoup de juifs ont protesté parce qu’il s’y trouvait une prière qu’ils jugeaient inacceptable et offensante en ce qu’elle visait à leur « conversion ». Le pape a réécrit le texte de la prière, mais certains juifs ont également repoussé la nouvelle formule.

La raison de fond de ces turbulences est la théologie antisémite qui caractérise en général les lefebvristes. Pour beaucoup de juifs, l’Eglise catholique n’agit pas assez pour combattre cet antisémitisme et exiger le repentir de ses partisans.

* * *

En effet, les « magnanimes gestes de paix » accomplis plusieurs fois par Benoît XVI en direction des lefebvristes n’ont jusqu’à présent été suivis, du côté de ceux-ci, d’aucune manifestation significative de repentir et de rapprochement.

Le premier de ces gestes a été l’audience que Benoît XVI a accordée, le 29 août 2005, au successeur de Lefebvre et chef de la communauté, l’évêque – alors excommunié – Bernard Fellay.

Le second geste a été le discours adressé par le pape à la curie romaine le 22 décembre 2005. Un discours d’une importance capitale, puisqu’il allait au cœur de la question d’où est né le schisme lefebvriste: l’acceptation et l’interprétation du concile Vatican II. Benoît XVI a montré que Vatican II ne marquait aucune rupture avec la tradition de l’Eglise mais était au contraire dans la continuité de celle-ci, même là où il semblait marquer un net changement par rapport au passé, avec la pleine reconnaissance de la liberté religieuse comme droit inaliénable de tout être humain.

« L’Osservatore Romano » a republié ce discours du pape il y a trois jours, en même temps que le décret qui lève l’excommunication des quatre évêques lefebvristes. Le 25 janvier était aussi le cinquantième anniversaire de la première annonce du concile par Jean XXIII. Mais, en plus de trois ans, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X fondée par Lefevbre n’a donné aucun signe d’adhésion aux thèses de Benoît XVI sur l’interprétation de Vatican II.

Le troisième geste a été la libéralisation de l’usage du rite ancien de la messe, par le motu proprio « Summorum Pontificum » du 7 juillet 2007. Avec cette décision, le pape s’adressait d’abord à l’ensemble de l’Eglise catholique, mais il avait aussi la volonté de mettre fin au schisme des lefebvristes.

Mais les lefebvristes ont simplement vu dans ce geste un alignement sur leurs positions. S’est ajoutée à cela la réaction de beaucoup de juifs à la prière pour leur « conversion », bien que Benoît XVI l’ait ensuite reformulée.

Le quatrième geste a eu lieu ces jours-ci: c’est la levée de l’excommunication. Le pape l’a accompli unilatéralement, comme « don de paix », dans l’espoir déclaré d’encourager une discussion rapide et une solution des points de désaccord.

Mais il faut préciser que, le 15 décembre, dans sa dernière lettre aux autorités de l’Eglise de Rome avant le « don », Fellay, le chef des lefebvristes, ne donnait aucun signe d’acceptation de Vatican II dans son intégralité:

« Nous sommes prêts à écrire avec notre sang le Credo, à signer le serment anti-moderniste, la profession de foi de Pie IV, nous acceptons et faisons nôtres tous les Conciles jusqu’à Vatican II, au sujet duquel nous émettons des réserves ».

Là-dessus sont arrivées les déclarations négationnistes de l’évêque Williamson, qui n’en est pas à sa première sortie de ce genre. Après le 11 septembre 2001, il avait donné une explication hallucinée de la destruction des Twin Towers, attribuée à un fantomatique « état policier » visant à soumettre l’Amérique et l’Europe.

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A propos des lefebvristes, la critique qui est adressée à Benoît XVI dans la curie romaine et parmi les évêques est qu’il n’agit que par gestes unilatéraux, sans rien obtenr en échange.

On voit que tous ces gestes ont une cohérence et une consistance théologique nettes. Mais ils tombent sur un terrain qui n’est pas convenablement cultivé.

Même la levée de l’excommunication des quatre évêques fait l’objet de ces critiques. On note que les excommunications ont également été levées entre Rome et Constantinople, mais que ce geste très symbolique a été accompli par un cheminement vers un vrai rapprochement œcuménique. Un cheminement que l’on ne retrouve pas chez les lefebvristes, avec qui les désaccords restent inchangés.

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Il en est de même avec les juifs. On reconnaît à Benoît XVI le mérite d’avoir produit les textes les plus hauts et les plus constructifs pour le dialogue entre les deux religions. Mais on remarque que trop de faits contrastent avec ses paroles.

Voici, par exemple, ce qui est arrivé ces jours-ci. Lors de l’Angélus du dimanche 25 janvier, Benoît XVI a tenu des propos audacieux sur la « conversion » du juif Paul. Il a même dit que, pour Paul, le mot « conversion » était impropre, « parce que c’était déjà un croyant, et même un juif fervent, et qu’il n’a pas dû abandonner la foi juive pour adhérer au Christ ».

Mais le même jour, un évêque dont Benoît XVI venait de lever l’excommunication se répandait dans les médias du monde entier en propos aberrants contre les juifs.

Des voix catholiques autorisées ont fait remarquer que Ratzinger n’était pas coupable de ces propos, qui étaient sans lien avec la décision pontificale de lever l’excommunication de l’évêque qui les avait prononcés. Mais, en termes de communication, le lien entre les deux faits s’est formé inexorablement. Partout la nouvelle était: le pape lève l’excommunication de l’évêque négationniste.

D’autres ont eu beau jeu de reprocher aux autorités vaticanes d’être trop silencieuses à l’égard d’un autre négationnisme, bien plus dangereux, celui que les dirigeants de l’Iran diffusent publiquement. En presque quatre ans de pontificat, en effet, le programme iranien d’élimination d’Israël n’a été condamné qu’une fois, en termes vagues, dans un texte officiel du Vatican.

Mais aujourd’hui on ne peut reprocher au Saint-Siège d’être silencieux face à la négation de la Shoah par l’évêque lefebvriste Williamson.

Une preuve en est cet article publié de manière très visible dans « L’Osservatore Romano » du 26-27 janvier. Son auteur est Anna Foa, juive et professeur d’histoire à l’Université de Rome « La Sapienza »:

L’antisémitisme seul mobile des négationnistes

par Anna Foa

Le négationnisme à propos de la Shoah n’est ni une interprétation d’historien, ni un courant d’interprétation de l’extermination des juifs perpétrée par le nazisme, ni une forme même radicale du révisionnisme historique, avec lequel il ne faut pas le confondre. Le négationnisme est un mensonge qui se couvre du voile de l’histoire, qui prend une apparence scientifique, objective, pour cacher sa véritable origine, son véritable mobile: l’antisémitisme.

Un négationniste est également antisémite. Peut-être le seul antisémite explicite et manifeste, dans un monde comme le monde occidental où se dire antisémite n’est pas si facile.

C’est la haine envers les juifs qui est à l’origine de cette négation de la Shoah, née dès les premières années de l’après-guerre et qui se rattache parfaitement au projet même des nazis quand ils cachaient les traces des camps d’extermination, en rasaient les chambres à gaz et se moquaient des déportés en leur disant que, même s’ils parvenaient à survivre, personne au monde ne les croirait.

Le négationnisme traverse les clivages politiques, il n’est pas lié qu’à l’extrême droite nazie mais réunit différentes tendances: le pacifisme le plus extrême, l’anti-américanisme, l’hostilité envers la modernité.

Il naît en France, à la fin des années Quarante, de l’action de deux hommes, Maurice Bardèche et Paul Rassinier, l’un fasciste déclaré, l’autre communiste. Par la suite, il se développe largement et ses zélateurs les plus connus sont le français Robert Faurisson et l’anglais David Irving, ni l’un ni l’autre n’étant historien de métier.

Dans leur négation de la réalité historique, les négationnistes développent des procédés tout à fait hors du commun. Ils commencent par considérer toutes les sources juives, de quelque nature que ce soit, comme non fiables et mensongères. Ayant ainsi rejeté une bonne partie des témoins, tous les souvenirs de survivants juifs et les travaux historiques d’historiens juifs ou présumés tels, ils s’attellent à la démolition du reste des témoignages, preuves et documents.

Selon eux, tout ce qui est postérieur à la défaite du nazisme n’est pas fiable parce que relevant de la « vérité des vainqueurs ». Ils continuent à répéter inlassablement que l’histoire de la Shoah a été écrite par les vainqueurs et mettent en doute toutes les informations d’origine judiciaire, depuis le procès de Nuremberg, comme résultant de pressions, tortures ou violences.

Mais il reste encore à réfuter une partie de la documentation, celle d’origine nazie qui date d’avant 1945. Là, les négationnistes ont découvert qu’aucune affirmation écrite par les nazis après 1943 ne peut être considérée comme véridique, parce qu’à cette époque les nazis commençaient à perdre la guerre et qu’ils auraient pu dire des choses destinées à plaire aux futurs vainqueurs. « Et voilà », le tour est joué: la Shoah n’existe pas!

Le négationnisme cherche en particulier à prouver, par de complexes raisonnements techniques, l’inexistence des chambres à gaz: elles n’auraient pas pu fonctionner, elles auraient eu besoin de cheminées très hautes et ainsi de suite. Cette thèse, qui a donné la notoriété à un pseudo-ingénieur, Fred Leuchter, domine dans les sites internet négationnistes.

Aujourd’hui le négationnisme est considéré dans beaucoup de pays d’Europe comme un délit, même si une partie de l’opinion publique répugne toujours – c’est le cas de l’auteur de ces lignes – à transformer des menteurs en martyrs en les mettant en prison. Il y a également beaucoup de gens qui soutiennent le négationnisme par hostilité envers Israël.

Mais il faut répéter que, derrière le négationnisme, il y a un seul mobile, un seul but: l’antisémitisme. Tout le reste est mensonge.

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Voici comment Benoît XVI a répondu aux critiques

Communications au terme de l’audience générale du mercredi 28 janvier 2009

A propos de la levée de l’excommunication des évêques lefebvristes:

« Dans l’homélie prononcée à l’occasion de l’inauguration solennelle de mon pontificat, j’ai expliqué que ‘l’appel à l’unité’ était un devoir ‘explicite’ du Pasteur et, en commentant les paroles de l’Evangile sur la pêche miraculeuse: ‘quoi qu’il y eût tant de poissons, le filet ne se déchira pas’, j’ai poursuivi: ‘Hélas, Seigneur aimé, il – le filet – s’est désormais déchiré, aurions nous envie de dire, remplis de douleur’. J’ai continué : ‘Mais non, nous ne devons pas être tristes! Réjouissons-nous de ta promesse qui ne déçoit pas et faisons tout notre possible pour parcourir la route vers l’unité que tu as promise… Seigneur, ne laisse pas ton filet se déchirer et aide-nous à être serviteurs de l’unité’.

« C’est justement pour accomplir ce service à l’unité qui caractérise de manière spécifique mon ministère en tant que successeur de Pierre que j’ai décidé il y a quelques jours d’autoriser la levée de l’excommunication tombée sur les quatre évêques ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre sans mandat pontifical. J’ai accompli ce geste de miséricorde paternelle car ces prélats m’ont fait part à plusieurs reprises de leur vive souffrance à cause de la situation dans laquelle il s’étaient retrouvés. Je souhaite que mon geste soit suivi par l’engagement que je leur ai demandé d’accomplir les pas nécessaires à la réalisation de la pleine communion avec l’Eglise, faisant ainsi preuve d’une fidélité et d’une reconnaissance véritables envers le magistère et l’autorité du pape et du Concile Vatican II ».

A propos de la négation de la Shoah:

« En ces jours où nous faisons mémoire de la Shoah, j’ai à l’esprit des images recueillies au cours de visites répétées à Auschwitz, un des camps dans lesquels a eu lieu le massacre atroce de millions de juifs, victimes innocentes d’une haine raciale et religieuse aveugle. Alors que je renouvelle avec affection ma solidarité pleine et indiscutable avec nos frères destinataires de la Première Alliance, je souhaite que la mémoire de la Shoah encourage l’humanité à réfléchir sur la puissance imprévisible du mal lorsqu’il atteint le cœur de l’homme. Que la Shoah soit pour tous un avertissement contre l’oubli, la négation ou le réductionnisme, parce que la violence à l’égard d’un seul être humain est une violence contre tous. Aucun homme n’est une île, a écrit un célèbre poète. Que la Shoah enseigne spécialement aux anciennes comme aux nouvelles générations que seul le chemin difficile de l’écoute et du dialogue, de l’amour et du pardon, conduit les peuples, les cultures et les religions du monde à l’objectif souhaité de la fraternité et de la paix dans la vérité. Que jamais plus la violence n’humilie la dignité de l’homme! ».

Présentation du Seigneur au Temple – 2 février 2009 (encore une homélie)

2 février, 2009

Présentation du Seigneur au Temple – 2 février 2009

Famille Saint Joseph:

http://www.homelies.fr/homelie,presentation.du.seigneur.au.temple,2315.html

Quarante jours après la naissance du Seigneur, le 2 février, la Présentation au Temple de Jérusalem est un complément du cycle de Noël. La fête est sous le signe de la lumière, en raison de la parole du vieillard Siméon, qui voit dans l’Enfant « la lumière qui éclaire les nations ». Le mot « Chandeleur » vient précisément de candela – la chandelle – reprise dans l’expression Festa candelarum, fête des chandelles. En fait, à l’époque des Romains, il s’agissait d’une célébration en l’honneur du dieu Pan. Toute la nuit, les dévots de cette divinité païenne parcouraient les rues de Rome en agitant des flambeaux. En 472, le pape Gélase 1er décida de christianiser cette fête en la faisant coïncider avec la célébration de la Présentation de Jésus au Temple. De là la bénédiction traditionnelle des cierges avant la Messe et la procession qui anticipe en quelque sorte la nuit pascale. Ce qui souligne l’unité du cycle liturgique et l’orientation de tous les mystères vers la Pâques, où s’accomplit « le salut que Dieu préparait à tous les peuples ». (Pour être complet il faut ajouter qu’au cours des anciennes lupercales romaines, il convenait également de manger une galette de céréales en l’honneur de Proserpine pour obtenir d’elle la fertilité de la terre. Cette pratique s’est maintenue jusqu’à nos jours dans la tradition des crêpes de la Chandeleur !)
La solennité de ce jour veut nous introduire au mystère de l’incarnation comme l’événement de la rencontre entre Dieu et les hommes. Tout le récit de la présentation de Jésus au Temple est empreint de cette « théologie de la rencontre » ou de la « visitation » de Dieu. Une rencontre qui n’a rien de formel : tout se passe dans la simplicité d’un dialogue, d’un échange de regard, d’un sourire, d’un geste respectueux, dans lesquels Dieu et l’homme s’approchent, s’apprivoisent, s’engagent mutuellement.
Car c’est bien le Seigneur qui, porté dans les bras de Marie, entre dans son Temple : il est chez lui dans cet édifice ; c’est lui qu’on y adore. Et pourtant, seul deux vieillards aux yeux déjà éteints, vont le reconnaître là où il se donne à contempler : dans l’humilité d’un enfant offert à nos regards attendris. Dieu n’est pas derrière l’autel des sacrifices ; il ne se rassasie pas du sang des animaux : « c’est la miséricorde que je veux, non le sacrifice » (Mt 9, 13). Et encore : « Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un cœur brisé ; du cœur brisé, ô mon Dieu, tu n’as point de mépris ! » (Ps 50). Le cœur que le Seigneur aime est le cœur repentant, qui renonce à vouloir mettre la main sur Dieu, à chercher à le manipuler par sacrifices interposés, et accepte de s’ouvrir à une vraie rencontre, humble et sincère.
Rencontre déconcertante il est vrai : le Verbe éternel cache sa divinité sous le voile de l’humanité qu’il reçoit de la Vierge, et s’offre à nous comme un petit enfant dans les bras de sa mère, tout aussi dépendant d’elle que nous l’avons tous été. En lui nous sommes invités à reconnaître le Fils de Dieu qui se fait Fils de l’homme pour ne pas nous anéantir sous le poids de sa gloire divine. Qui en effet pourrait tenir sous le regard de Dieu ? « L’homme ne saurait me voir et vivre ! » (Ex 33, 20).
Marie et Joseph viennent au Temple pour accomplir un précepte de la Loi ; mais ce faisant, ils présentent aux hommes religieux rassemblés dans le Temple, celui qui vient accomplir tous les préceptes et toutes les lois reçues du Très-Haut dans le contexte de la première Alliance. Pourtant, ce ne sont pas les prêtres chargés du culte, ni les docteurs chargés de l’interprétation de la Torah qui viennent l’accueillir, mais deux « anawim », ces pauvres que Dieu aime précisément en raison de leur humilité de cœur. C’est parce qu’ils ont le cœur pur – purifié de tout orgueil – qu’ils peuvent « voir Dieu » (Mt 5, 8) et reconnaître la présence du Messie dans l’enfant présenté ce jour-là au Temple.
La grande conversion à laquelle nous sommes invités dès les premières pages de l’Evangile consiste à nous laisser surprendre par un Dieu déconcertant, qui cherche à engager avec nous un dialogue empreint de simplicité, de familiarité. N’est-ce pas ce que fera Jésus tout au long de sa vie publique ? Il appelle ses disciples « pour être avec lui », il les invite à entrer dans son intimité ; il vit avec eux en communauté – ce que ne faisait aucun rabbi de l’époque – il trouve sa joie à partager leur convivialité, et instituera même le mémorial de sa Pâques au cours d’un repas.
Aujourd’hui « le Roi de gloire, le Seigneur, le fort, le vaillant des combats, le Dieu de l’univers » nous visite ; il « veut demeurer chez nous » (Lc 19, 5). Ne le cherchons pas dans l’éclat du feu ou dans la rumeur du tonnerre : il vient à nous comme le pauvre, le mendiant d’amour ; comme un enfant dépendant, ou comme ce frère ou cette sœur qui ont besoin de mon aide, de mon accueil, de mon écoute, de mon sourire. Notre cœur est-il suffisamment simplifié pour laisser à Dieu la liberté de nous visiter de manière aussi déconcertante ? Notre regard est-il assez purifié de l’orgueil pour le reconnaître dans un enfant ? Notre désir de la rencontre est-il assez fort pour lui faire une place et lui répondre amour pour amour ?
En rappelant le lien entre la Fête de la Présentation et la Journée de la Vie Consacrée, le pape Benoît XVI exhortait les religieux à être au sein du Peuple de Dieu « comme des sentinelles que l’on aperçoit et qui annoncent la vie nouvelle déjà présente dans l’histoire ». Le dévouement complet des personnes consacrées à Dieu et à leurs frères, « doit devenir pour le monde d’aujourd’hui le signe éloquent de la présence du Règne de Dieu. Leur façon de vivre et d’agir doit manifester sans équivoque la pleine appartenance au seul Dieu. Leur abandon total dans les mains du Christ et de l’Eglise est le message fort et clair de la présence de Dieu en un langage compréhensible aussi à nos contemporains. Ceci est le premier service que les personnes consacrées rendent à l’Eglise et au monde ».

« Le pèlerinage de foi et de consécration de la Vierge Marie constitue l’archétype de celui de chaque baptisé. Il l’est d’une façon particulière pour ceux qui embrassent la vie consacrée. Comme il est réconfortant de savoir que Marie est à nos côtés, en tant que Mère et Maîtresse, sur notre itinéraire de consécration ! Ô Marie, Mère du Christ et notre Mère, nous te remercions de l’attention avec laquelle tu nous accompagnes sur le chemin de la vie, et nous te demandons : présente-nous aujourd’hui à nouveau à Dieu, notre unique bien, afin que notre vie, ardente d’Amour, soit pour Lui un sacrifice vivant, saint et agréable » (Jean-Paul II, Homélie pour la fête de la Présentation du Seigneur, 2 février 2002).
Père Joseph-Marie
 

bonne nuit

2 février, 2009

bonne nuit dans image bon nuit, jour, dimanche etc. 173-1208689000PUVA

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Bienheureux Guerric d’Igny : « Mes yeux ont vu ton salut »

2 février, 2009

du site:

http://www.levangileauquotidien.org/www/main.php?language=FR&localTime=02/02/2009#

Bienheureux Guerric d’Igny (v.1080-1157), abbé cistercien
1er Sermon pour la fête de la Purification de la Vierge Marie, 2.3.5 ; PL 185, 64-65 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 470 ; cf SC 166, p. 315s)

« Mes yeux ont vu ton salut »
      Voici, mes frères, entre les mains de Syméon, un cierge allumé. Vous aussi, allumez à ce luminaire vos cierges, je veux dire ces lampes que le Seigneur vous ordonne de tenir dans vos mains (Lc 12,35). « Approchez-vous de lui et soyez illuminés » (Ps 33,6), de manière à être vous-mêmes plus que des porteurs de lampe : des lumières qui brillent au-dedans et au-dehors pour vous et pour votre prochain.

      Qu’il y ait donc une lampe dans votre coeur, dans votre main, dans votre bouche ! Que la lampe dans votre coeur brille pour vous-même, que la lampe dans votre main et dans votre bouche brille pour votre prochain. La lampe dans votre coeur est la dévotion inspirée par la foi ; la lampe dans votre main, l’exemple des bonnes oeuvres ; la lampe dans votre bouche, la parole qui édifie. Car nous ne devons pas nous contenter d’être des lumières aux yeux des hommes grâce à nos actes et nos paroles, mais il nous faut encore briller devant les anges par notre prière et devant Dieu par notre intention. Notre lampe devant les anges, c’est la pureté de notre dévotion qui nous fait chanter avec recueillement ou prier avec ferveur en leur présence. Notre lampe devant Dieu, c’est la résolution sincère de plaire uniquement à celui devant qui nous avons trouvé grâce…

      Afin donc d’allumer toutes ces lampes, laissez-vous illuminer, mes frères, en vous approchant de la source de la lumière, je veux dire Jésus qui brille entre les mains de Syméon. Il veut, assurément, éclairer votre foi, faire resplendir vos oeuvres, vous inspirer les mots à dire aux hommes, remplir de ferveur votre prière et purifier votre intention… Et quand la lampe de cette vie s’éteindra…, vous verrez la lumière de la vie qui ne s’éteindra pas se lever et monter le soir comme la splendeur de midi.