Archive pour octobre, 2008

Guillaume de Saint-Thierry : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez »

25 octobre, 2008

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Guillaume de Saint-Thierry (vers 1085-1148), moine bénédictin puis cistercien
Oraisons méditatives, n° 5 (trad. cf. Pain de Cîteaux, 21 et SC 324, p. 99)

« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez »

Pauvre de moi, ma conscience m’accuse sans cesse et la vérité ne peut pas m’excuser en disant : il n’a pas su ce qu’il faisait. Pardonne donc, Seigneur, au prix de ton précieux sang, tous les péchés où je suis tombé, consciemment ou inconsciemment… Oui, Seigneur, j’ai vraiment péché, et volontairement, et beaucoup. Après avoir reçu la connaissance de ta vérité, j’ai offensé l’Esprit de grâce ; pourtant, lors de mon baptême, il m’avait accordé gratuitement la rémission des péchés. Mais moi, après avoir reçu la connaissance de ta vérité, je suis revenu à mes péchés, « comme le chien à son vomissement » (2P 2,22 ; Pr 26,11).

Ô Fils de Dieu, t’ai-je foulé aux pieds en te reniant ? Pourtant je ne peux pas dire que Pierre, en te reniant, t’a foulé aux pieds, lui qui t’aimait si ardemment, même s’il t’a renié une première fois, une deuxième et une troisième fois… À moi aussi Satan a parfois réclamé ma foi pour la passer au crible comme du froment ; mais ta prière est descendue jusqu’à moi, de sorte que ma foi n’a jamais failli (Lc 22,31-32), elle ne t’a pas abandonné… Tu sais combien j’ai toujours voulu adhérer à la foi en toi ; toi donc, garde-moi dans cette volonté jusqu’au bout.

Toujours j’ai cru en toi…, toujours je t’ai aimé, même quand j’ai péché contre toi. Mes péchés, je les regrette, et à en mourir. Mais de mon amour, je n’ai aucun regret, sinon de ne pas t’avoir aimé autant que je l’aurais dû

bonne nuit

24 octobre, 2008

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Concile Vatican II : Discerner les signes des temps

24 octobre, 2008

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Concile Vatican II
Décret sur l’oecuménisme, 4

Discerner les signes des temps

Aujourd’hui, en diverses parties du monde, sous le souffle de la grâce de l’Esprit Saint, beaucoup d’efforts s’accomplissent par la prière, la parole et l’action pour arriver à la perfection de l’unité voulue par Jésus Christ ; le Concile exhorte donc tous les fidèles catholiques à reconnaître les signes des temps et à prendre part active à l’effort oecuménique.

Par « mouvement oecuménique » on entend les entreprises et les initiatives provoquées et organisées en faveur de l’unité des chrétiens, selon les nécessités variées de l’Eglise et selon les circonstances. Ainsi en premier lieu, tout effort accompli pour éliminer les paroles, les jugements et les faits qui ne correspondent ni en justice, ni en vérité à la situation des frères séparés, et contribuent ainsi à rendre plus difficiles les relations avec eux. Ensuite au cours de réunions de chrétiens de diverses Églises ou communautés, organisées dans un esprit religieux, le dialogue mené par des experts bien informés, où chacun explique à fond la doctrine de sa communauté et montre de façon claire ce qui la caractérise. Par ce dialogue, tous acquièrent une connaissance plus véritable, en même temps qu’une estime plus juste, de l’enseignement et de la vie de chaque communauté. De la même manière, ces communautés viennent à collaborer plus largement à toutes sortes d’entreprises qui, selon les exigences de toute conscience chrétienne, contribuent au bien commun. On peut aussi, à l’occasion, se réunir pour une prière unanime. Enfin, tous examinent leur fidélité à la volonté du Christ par rapport à l’Eglise et entreprennent, comme il le faut, un effort soutenu de rénovation et de réforme.

Tout cela, accompli avec prudence et patience par les fidèles de l’Église catholique sur lesquels veillent leurs pasteurs, contribue au progrès de la justice et de la vérité, de la concorde et de la collaboration, de l’amour fraternel et de l’union. Par cette voie, peu à peu, après avoir surmonté les obstacles qui empêchent la parfaite communion ecclésiale, tous les chrétiens se trouveront rassemblés par une célébration eucharistique unique, dans l’unité d’une seule et unique Église.

Psaume 22 [23]

23 octobre, 2008

Psaume 22 [23] dans images sacrée 20081012_v

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Dimanche 12 octobre 2008, 28ème dimanche ordinaire Année A

Psaume 22 [23]

R/ Près de toi, Seigneur,
sans fin nous vivrons.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi,
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi,
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Pape Benoît: Audience générale du 22 octobre : la christologie de saint Paul

23 octobre, 2008

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Audience générale du 22 octobre : la christologie de saint Paul

Texte intégral

ROME, Mercredi 22 octobre 2008 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée ce mercredi par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale, place Saint-Pierre.

Chers frères et sœurs,

Dans les catéchèses des semaines précédentes nous avons médité sur la « conversion » de saint Paul, fruit de sa rencontre personnelle avec Jésus crucifié et ressuscité, et nous nous sommes interrogés sur ce qu’a été la relation de l’apôtre des nations avec Jésus terrestre. Aujourd’hui je voudrais parler de l’enseignement que saint Paul nous a laissé sur le caractère central du Christ ressuscité dans le mystère du salut, sur sa christologie. En vérité, Jésus Christ ressuscité, « exalté au dessus de tous les noms », est au centre de toutes ses réflexions. Le Christ est pour l’apôtre le critère d’évaluation des événements et des choses, l’objectif de chaque effort qu’il accomplit pour annoncer l’Evangile, la grande passion qui soutient ses pas sur les routes du monde. Et il s’agit d’un Christ vivant, concret : le Christ – dit Paul – « qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). Cette personne qui m’aime, avec laquelle je peux parler, qui m’écoute et me répond, tel est réellement le principe pour comprendre le monde et pour trouver le chemin dans l’histoire.

Celui qui a lu les écrits de saint Paul sait bien qu’il ne s’est pas soucié de rapporter chacun des faits qui composent la vie de Jésus, même si nous pouvons penser que dans ses catéchèses il a raconté bien davantage sur le Jésus pré-pascal que ce qu’il écrit dans les Lettres, qui sont des avertissements dans des situations précises. Son intention pastorale et théologique visait tellement à l’édification des communautés naissantes, qu’il concentrait spontanément tout dans l’annonce de Jésus Christ comme « Seigneur » vivant aujourd’hui et présent aujourd’hui parmi les siens. D’où le caractère essentiel de la christologie paulinienne, qui développe les profondeurs du mystère avec un souci constant et précis : annoncer, bien sûr, Jésus vivant, son enseignement, mais annoncer surtout la réalité centrale de sa mort et de sa résurrection, comme sommet de son existence terrestre et racine du développement successif de toute la foi chrétienne, de toute la réalité de l’Eglise. Pour l’apôtre, la résurrection n’est pas un événement isolé, séparé de la mort : le Ressuscité est toujours celui qui, auparavant, a été crucifié. Même ressuscité il porte ses blessures : la passion est présente en Lui et l’on peut dire avec Pascal qu’il est souffrant jusqu’à la fin du monde, tout en étant Ressuscité et en vivant avec nous et pour nous. Cette identité du Ressuscité avec le Christ crucifié, Paul l’avait comprise lors de la rencontre sur le chemin de Damas : à cet instant-là, il lui avait été clairement révélé que le Crucifié est le Ressuscité et que le Ressuscité est le Crucifié, qui dit à Paul : « Pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9, 4). Paul persécute le Christ dans l’Eglise et comprend alors que la croix est une « une malédiction de Dieu » (Dt 21, 23), mais un sacrifice pour notre rédemption.

L’apôtre contemple avec fascination le secret caché du Crucifié-ressuscité et, à travers les souffrances vécues par le Christ dans son humanité (dimension terrestre), il remonte à cette existence éternelle dans laquelle Il ne fait qu’un avec le Père (dimension pré-temporelle) : « Mais lorsque les temps furent accomplis – écrit-il – , Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la loi de Moïse pour racheter ceux qui étaient sous la domination de la Loi et pour faire de nous des fils » (Ga 4, 4-5). Ces deux dimensions, la préexistence éternelle auprès du Père et la descente du Seigneur dans l’incarnation, s’annoncent déjà dans l’Ancien Testament, dans la figure de la Sagesse. Nous trouvons dans les Livres sapientiaux de l’Ancien Testament certains textes qui exaltent le rôle de la Sagesse préexistante à la création du monde. C’est dans ce sens que doivent être lus des passages comme celui du Psaume 90 : « Avant que naissent les montagnes, que tu enfantes la terre et le monde, de toujours à toujours, toi, tu es Dieu » (v. 2); ou des passages comme celui qui parle de la Sagesse créatrice : « Le Seigneur m’a créée, prémices de son œuvre, avant ses œuvres les plus anciennes. Dès l’éternité je fus établie, dès le principe, avant l’origine de la terre » (Pr 8, 22-23). L’éloge de la Sagesse, contenu dans le livre homonyme, est également suggestif : « Elle s’étend avec force d’un bout du monde à l’autre et elle gouverne l’univers pour son bien » (Sg 8, 1).

Ces mêmes textes sapientiaux qui parlent de la préexistence éternelle de la Sagesse, parlent également de la descente, de l’abaissement de cette Sagesse, qui s’est créée une tente parmi les hommes. Nous entendons ainsi déjà résonner les paroles de l’évangile de Jean qui parle de la tente de la chair du Seigneur. Elle s’est créé une tente dans l’Ancien Testament : là est indiqué le temple, le culte selon la « Torah » ; mais du point de vue du Nouveau Testament nous pouvons dire que celle-ci n’était qu’une préfiguration d’une tente bien plus réelle et significative : la tente de la chair du Christ. Et nous voyons déjà dans les Livres de l’Ancien Testament que cet abaissement de la sagesse, sa descente dans la chair, implique également la possibilité qu’elle soit refusée. Saint Paul, en développant sa christologie fait précisément référence à cette perspective sapientielle : il reconnaît en Jésus la sagesse éternelle existant depuis toujours, la sagesse qui descend et se crée une tente parmi nous et ainsi il peut décrire le Christ, comme « puissance et sagesse de Dieu », il peut dire que le Christ est devenu pour nous « par lui [Dieu] notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption » (1 Co 1, 24.30). De même, Paul explique que le Christ, de même que la Sagesse, peut être refusé en particulier par les dominateurs de ce monde (cf. 1 Co 2, 6-9), si bien que dans les desseins de Dieu peut se créer une situation paradoxale, la croix, qui se retournera en chemin de salut pour tout le genre humain.

Un développement ultérieur de ce cycle sapientiel, qui voit la Sagesse s’abaisser pour ensuite être exaltée malgré le refus qu’on peut lui opposer, se trouve dans le célèbre hymne contenu dans la Lettre aux Philippiens (cf. 2, 6-11). Il s’agit de l’un des textes les plus élevés de tout le Nouveau Testament. La grande majorité des exégètes s’accordent désormais à considérer que ce passage reproduit une composition antérieure au texte de la Lettre aux Philippiens. Il s’agit d’une donnée très importante, car cela signifie que le judéo-christianisme, avant saint Paul, croyait dans la divinité de Jésus. En d’autres termes, la foi dans la divinité de Jésus n’est pas une invention hellénistique, apparue bien après la vie terrestre de Jésus, une invention qui, oubliant son humanité, l’aurait divinisé ; nous voyons en réalité que le premier judéo-christianisme croyait en la divinité de Jésus, et nous pouvons même dire que les Apôtres eux-mêmes, dans les grands moments de la vie de leur Maître, ont compris qu’Il était le Fils de Dieu, comme le dit saint Pierre à Césarée de Philippes : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Mais revenons à l’hymne de la Lettre aux Philippiens. La structure de ce texte peut être articulée en trois strophes, qui illustrent les moments principaux du parcours accompli par le Christ. Sa préexistence est exprimée par les paroles : « lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu » (v. 6) ; suit alors l’abaissement volontaire du Fils dans la deuxième strophe : « mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur » (v. 7), jusqu’à s’humilier lui-même « en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix » (v. 8). La troisième strophe de l’hymne annonce la réponse du Père à l’humiliation du Fils : « C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le nom qui surpasse tous les noms » (v. 9). Ce qui frappe est le contraste entre l’abaissement radical et la glorification successive dans la gloire de Dieu. il est évident que cette seconde strophe est en opposition avec la prétention d’Adam qui voulait lui-même se faire Dieu, en opposition également avec le geste des bâtisseurs de la tour de Babel qui voulaient édifier seuls le pont vers le ciel et devenir eux-mêmes des divinités. Mais cette initiative de l’orgueil s’acheva dans l’autodestruction : ce n’est pas ainsi que l’on arrive au ciel, au bonheur véritable, à Dieu. Le geste du Fils de Dieu est exactement le contraire : non l’orgueil, mais l’humilité, qui est la réalisation de l’amour et l’amour est divin. L’initiative d’abaissement, d’humilité radicale du Christ, à laquelle s’oppose l’orgueil humain, est réellement l’expression de l’amour divin ; celle-ci est suivie par cette élévation au ciel vers laquelle Dieu nous attire avec son amour. Outre la Lettre aux Philippiens, il y a d’autres passages de la littérature paulinienne où les thèmes de la préexistence et de la descente du Fils de Dieu sur la terre sont liés. Une réaffirmation de l’assimilation entre Sagesse et Christ, avec toutes les conséquences cosmiques et anthropologiques qui en découlent, se retrouve dans la première Lettre à Timothée : « C’est le Christ manifesté dans la chair, justifié par l’Esprit, apparu aux anges, proclamé chez les païens, accueilli dans le monde par la foi, enlevé au ciel dans la gloire » (3, 16). C’est surtout sur ces prémisses que l’on peut mieux définir la fonction du Christ comme Médiateur unique, avec en toile de fond l’unique Dieu de l’Ancien Testament (cf. 1 Tm 2, 5 en relation avec Is 43, 10-11; 44, 6). C’est le Christ le vrai pont qui nous conduit au ciel, à la communion avec Dieu.

Et enfin quelques mots sur les derniers développements de la christologie de saint Paul dans les Lettres aux Colossiens et aux Ephésiens. Dans la première le Christ est qualifié de : « Premier né par rapport à toutes les créatures » (1, 15-20). Ce terme de « Premier né » implique que le premier parmi tant de fils, le premier parmi tant de frères et de sœurs est descendu pour nous attirer à lui et faire de nous ses frères et sœurs. Dans la Lettre aux Ephésiens nous trouvons une belle présentation du plan divin du salut, lorsque Paul dit que dans le Christ Dieu voulait récapituler toute chose (cf. Ep 1, 23). Le Christ est la récapitulation de toutes les choses, il résume toute chose et nous guide vers Dieu. Et ainsi il nous implique dans un mouvement de descente et de montée, en nous invitant à participer à son humilité, c’est-à-dire à son amour envers le prochain, pour participer ainsi également de sa glorification en devenant comme lui fils dans le Fils. Prions le Seigneur afin qu’il nous aide à nous conformer à son humilité, à son amour, pour qu’il nous soit ainsi permis de participer de sa divinisation. Puis le pape a proposé une synthèse de sa catéchèse, en français :

Chers frères et sœurs,

Je méditerai aujourd’hui sur l’enseignement de saint Paul à propos de la centralité du Christ ressuscité dans le mystère du salut: préexistence et incarnation. La caractéristique essentielle de la christologie paulinienne est d’annoncer la mort et la résurrection de Jésus comme sommet de son existence terrestre et racine du développement de toute la théologie chrétienne. Pour Paul, il y a une identité salvatrice parfaite entre Celui qui vit éternellement dans la gloire et le Jésus terrestre. L’Apôtre contemple le secret caché du Crucifié-ressuscité et, à travers les souffrances dont le Christ fait l’expérience dans son humanité, il remonte à l’existence éternelle dans laquelle il ne fait qu’un avec le Père. Pour comprendre la pensée de Paul sur les thèmes de la préexistence et de l’incarnation du Christ, il faut se reporter à certains textes de l’Ancien Testament qui exaltent le rôle de la Sagesse préexistante à la création du monde. Par ailleurs, dans la Lettre aux Philippiens, Paul montre que l’abaissement de Jésus ne signifie pas qu’il abandonne sa divinité, qui le caractérisait déjà, mais qu’il prend sur lui ce qu’il n’avait pas, il se fait humble serviteur. De même, dans la Lettre aux Colossiens, Paul qualifie le Christ de « premier-né », mettant ainsi en relief son primat sur toutes choses. Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones. Je salue particulièrement le groupe du diocèse d’Aire et Dax, ainsi que tous les pèlerins des paroisses et collèges de Suisse et de France. En cette année paulinienne, que votre pèlerinage à Rome soit pour vous l’occasion de redécouvrir l’enseignement de l’Apôtre des Nations qui nous invite à approfondir toujours plus notre connaissance et notre amour du Christ. Que Dieu vous bénisse

Messe de requiem pour Sr Emmanuelle : Homélie du card. Vingt-Trois

23 octobre, 2008

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Messe de requiem pour Sr Emmanuelle : Homélie du card. Vingt-Trois

« Si nous voulons progresser dans l’amour… »

ROME, Mercredi 22 octobre 2008 (ZENIT.org) – « Il n’y a pas trente six sortes d’amour et si nous voulons progresser dans l’amour, il nous faut nous mettre à l’école de celles et de ceux qui en ont été habités au point de tout donner pour le vivre », a fait observer cet après midi, en la cathédrale Notre-Dame de Paris, lors de la messe de requiem pour Soeur Emmanuelle, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la conférence épiscopale de France.Homélie du Cardinal André Vingt-Trois

« J’ai cent ans et je voudrais vous dire. » Au moment où Sśur Emmanuelle quitte ce monde, il est bon pour nous d’essayer de comprendre ce qu’elle voudrait, ce qu’elle veut nous dire. Non seulement l’exposé de ses idées (sur la vie) ou ses pensées, mais surtout le témoignage de sa vie. Car, comme chacun d’entre nous, comme tout homme ou toute femme en ce monde, ce qu’elle peut vraiment nous communiquer c’est ce qu’elle a vécu, ce qui l’a fait vivre et ce qui dévoile le sens de son action.

Le premier trait qui se présente à nous dans la vie de Soeur Emmanuelle, c’est la puissance de l’amour. Un jour, elle a été saisie et transformée par l’amour d’une façon décisive et irrémédiable. Sans doute le don qu’elle avait fait d’elle-même dans sa consécration religieuse était-il déjà inspiré par le désir d’aimer et de servir Dieu et ses frères. Mais le chemin où elle s’est engagée avec les enfants du Caire est un basculement total. Il découvre à nos yeux la profondeur et la puissance de cet amour.

Il s’agit du même don de soi définitif qui fut celui de sa profession religieuse, mais ce don prend une dimension nouvelle par la communauté de destin dans laquelle elle s’engage avec ces enfants qui, avant d’avoir besoin de ses leçons de professeur et d’éducatrice, ont besoin de manger pour survivre. Elle comprend que les aimer, c’est se lier à eux par le genre de vie, par le partage de la misère et par l’encouragement à faire quelque chose pour en sortir.

Il s’agit d’un véritable basculement qui saisit la liberté et le cśur et qui entraîne à miser tout sur une parole, la parole de celui qui est venu donner sa vie pour l’humanité, Jésus de Nazareth. Comme les disciples, qui avaient passé en vain toute la nuit à pécher, elle entend le Maître l’appeler à « jeter les filets pour la pêche. » Et, confiante en la parole de Celui qu’elle aime, elle lâche tout et se lance dans une aventure inimaginable, au-delà des conventions habituelles, hors de son champ de compétence. Elle se fait chiffonnière avec les chiffonniers. Elle plonge sans retour dans la solidarité de destin avec ceux qui n’ont rien et que tous méprisent.

Et la joie qui l’habitait et dont elle rayonnait était certainement le signe extérieur de ce cśur donné sans retour pour répondre à l’appel du Christ.

Mais nous devons faire un pas de plus. Faut-il considérer l’histoire de Soeur Emmanuelle comme un prodige extraordinaire que l’on admire avec d’autant plus de ferveur qu’on n’imagine pas qu’il puisse nous concerner ? Est-elle un de ces héros dont on exalte la figure sans craindre d’être nous-mêmes entraînés à les suivre ? Saint Paul nous le disait à l’instant, l’amour est le don le plus grand qui puisse nous arriver et qui les surpasse tous. Mais de quel amour parle-t-il ? De l’amour que Dieu nous manifeste et qu’Il nous invite à vivre dans nos rapports les uns avec les autres. Sans cet amour je ne suis rien. Il n’y a pas trente six sortes d’amour et si nous voulons progresser dans l’amour, il nous faut nous mettre à l’école de celles et de ceux qui en ont été habités au point de tout donner pour le vivre, l’école de saint Vincent de Paul, du Bienheureux Frédéric Ozanam, de Mère Térésa, de l’Abbé Pierre et de tant d’autres qui ont passé leur vie au service des pauvres dans lesquels ils reconnaissaient le visage du Christ qui les avait appelés : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir » (Mt 25, 36).

De ces exemples nous pouvons tirer quelques enseignements qui éclairent notre propre route. L’amour suppose un don total de soi. Il nous entraîne à quitter les sécurités des chemins bien balisés et surtout il nous demande de ne pas nous laisser prendre au piège de la bonne conscience qui se nourrit du souci de notre image. Sśur Emmanuelle a utilisé sans complexe les moyens de la communication et de la médiatisation, non pour faire la promotion de son image, mais pour faire connaître à tous l’univers de cauchemar dans lequel vit aujourd’hui encore une bonne partie de l’humanité.

L’amour est un don définitif et sans retour, sinon il n’est que chimère et illusion. Comment les enfants du Caire auraient-ils pu faire confiance à Sśur Emmanuelle si sa présence au milieu d’eux avait été incertaine et épisodique ? Il n’y a pas d’alliance s’il y a une échappatoire.

Enfin l’amour est contagieux. Il est une force d’attraction qui embarque des complices à tout moment. Certes la personnalité de Sśur Emmanuelle est une sorte de figure emblématique. Mais l’authenticité du service qu’elle a accompli se manifeste dans sa capacité à associer toutes sortes de gens à son action, telle sśur Sara, une religieuse copte orthodoxe qui poursuit aujourd’hui son śuvre avec les chiffonniers du Caire. Elle ne les séduisait pas pour elle-même, ni pour se donner la satisfaction d’avoir des disciples, mais elle les enrôlait dans son armée de miséreux parce qu’ils pouvaient y faire quelque chose d’utile pour les autres et pour eux-mêmes. Les vedettes n’ont pas de successeurs, les serviteurs ont des amis qui les soutiennent et qui développent leur śuvre.

Notre véritable hommage à Sśur Emmanuelle n’est-il pas de tirer les leçons de son histoire d’amour avec les pauvres de ce monde ? N’est-il pas de crier pour tous ceux qui survivent avec peine dans la malnutrition et le manque de soins ? N’est-il pas de nous interroger sur le déséquilibre qui marque notre univers : d’un coté, l’énergie que l’on dépense pour la richesse et le confort d’une société dont on attend qu’elle assume tous les risques de la vie et de l’autre, l’insécurité absolue sur les besoins élémentaires de l’existence : manger, boire de l’eau, se soigner, apprendre à lire et à écrire ?

Ceux qui professent la foi chrétienne autrement que comme une assurance supplémentaire ne doivent-ils pas être les premiers à « avancer en eaux profondes et à jeter les filets pour la pêche » pour que l’amour soit connu non pas seulement en paroles, mais en acte et en vérité. Certes, les chrétiens se mobilisent pour vivre davantage le partage avec les pauvres de ce temps et nous en sommes fiers. Mais nous n’oublions pas que même la générosité n’est rien si elle n’est pas animée par l’amour. Nous ne sommes pas appelés seulement à donner de nos biens, nous sommes appelés à nous donner nous-mêmes.

Sśur Emmanuelle a souhaité que ses obsèques soient célébrées dans l’intimité de sa famille religieuse. Aurait-t-elle été très à l’aise dans notre hommage national ? Je ne suis pas capable de répondre à sa place, mais il y deux choses dont je suis sûr. Premièrement, elle jubile certainement de voir que sa mort est une occasion de rappeler à tous l’urgence du service des pauvres de ce monde, un temps d’antenne supplémentaire pour ceux dont on parle si peu. Deuxièmement, elle voit certainement avec joie que nous n’essayons pas d’expliquer sa vie en oubliant Celui qui seul lui a donné sens : Jésus de Nazareth qui est passé parmi les hommes en faisant le bien et qui, à la veille de sa passion, nous a donné la clef d’interprétation absolue : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » C’est ce qu’il a fait et ce qu’il fait aujourd’hui dans cette Eucharistie. C’est ce que Sśur Emmanuelle a vécu à la suite et en compagnie de tant de disciples du Christ. C’est ce que nous sommes tous appelés à vivre, car finalement sans l’amour nous ne sommes rien. L’amour seul est digne de foi.

+André cardinal Vingt-Trois

encore quelque chose à manger?…à boire?

23 octobre, 2008

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http://www.panciapiena.com/2008/05/12/spaghetti-alla-carbonara/

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Denys le Chartreux : « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne » (Jn 14,27)

23 octobre, 2008

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Denys le Chartreux (1402-1471), moine
Commentaire sur l’évangile de Luc ; Opera omnia, 12, 72 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 431 rev.)

« Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne » (Jn 14,27)

« Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? » C’est comme si le Christ disait : « Ne pensez pas que je sois venu donner aux hommes la paix selon la chair et ce monde-ci, la paix sans aucune règle, qui les ferait vivre en bonne entente dans le mal et qui leur assurerait la prospérité sur cette terre. Non, je vous le dis, je ne suis pas venu apporter une paix de ce genre mais la division, une bonne et très salutaire séparation des esprits et même des corps. Ainsi, parce qu’ils aiment Dieu et recherchent la paix intérieure, ceux qui croient en moi se trouveront naturellement en désaccord avec les méchants ; ils se sépareront de ceux qui tentent de les détourner du progrès spirituel et de la pureté de l’amour divin, ou s’efforcent de leur créer des difficultés ».

Donc, la paix spirituelle, la paix intérieure, la bonne paix, c’est la tranquillité de l’âme en Dieu, et la bonne entente selon l’ordre juste. Le Christ est venu apporter cette paix avant toutes choses… La paix intérieure a sa source dans l’amour. Elle consiste en une joie inaltérable de l’âme qui est en Dieu. On l’appelle la paix du coeur. Elle est le commencement et un certain avant-goût de la paix des saints qui sont dans la patrie, de la paix de l’éternité.

Christ Roi dell’ Univers

22 octobre, 2008

Christ Roi dell’ Univers dans images sacrée

Image de la fête: Christ Roi dell’ Univers

23 novembre (celebrazione mobile)

http://santiebeati.it/

par Bartholomée Ier : « Nos espoirs augmentent de voir un jour nos deux Eglises converger pleinement »

22 octobre, 2008

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« Nos espoirs augmentent de voir un jour nos deux Eglises converger pleinement »

Le texte intégral du discours du patriarche œcuménique de Constantinople au synode des évêques de l’Eglise catholique, prononcé à la Chapelle Sixtine samedi 18 octobre 2008 par Bartholomée Ier

Sainteté, Pères synodaux, j’éprouve un sentiment d’humilité mais également d’enthousiasme à avoir été gracieusement invité par Votre Sainteté à m’adresser à la XIIe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, une rencontre historique d’Évêques de l’Église catholique romaine provenant du monde entier, réunis en un même lieu afin de méditer sur “la Parole de Dieu” et de délibérer à propos de l’expérience et de l’expression de cette Parole “dans la vie et la mission de l’Église”. Cette aimable invitation de Sa Sainteté à notre modeste personne est un geste plein de sens et de signification – nous dirions même un événement historique en soi. C’est en effet la première fois dans l’histoire qu’un Patriarche oecuménique se voit offrir la possibilité de s’adresser à un Synode des Évêques de l’Église catholique romaine, et donc de faire partie de la vie de l’Église soeur à un si haut niveau. Nous considérons cela comme une manifestation du travail du Saint Esprit qui conduit nos Églises à des relations réciproques plus étroites et plus profondes et comme une étape importante en vue de la restauration de notre pleine communion.

Il est bien connu que l’Église orthodoxe attache une importance ecclésiologique fondamentale au système synodal. Avec la primauté, la synodalité constitue le pilier du gouvernement de l’Église et de son organisation. Ainsi que l’a indiqué la Commission internationale conjointe pour le Dialogue théologique existant entre nos deux Églises dans son document de Ravenne, l’interdépendance entre synodalité et primauté traverse tous les niveaux de la vie de l’Église: local, régional et universel. Dès lors, en ayant aujourd’hui le privilège de nous adresser à votre Synode, nos espoirs augmentent de voir un jour nos deux Églises converger pleinement sur le rôle de la primauté et de la synodalité dans la vie de l’Église, ce à quoi notre Commission théologique commune dédie actuellement ses études.

Le thème auquel ce synode épiscopal dédie son travail revêt une signification cruciale non seulement pour l’Église catholique romaine mais également pour tous ceux qui sont appelés à témoigner le Christ dans notre temps. La mission et l’évangélisation demeurent un devoir permanent de l’Église dans tous les temps et en tout lieu; elles font partie de la nature de l’Église puisqu’elle est appelée “Apostolique” tout à la fois dans le sens de l’origine de sa foi, enracinée dans l’enseignement original des Apôtres, et en ce qu’elle proclame la Parole de Dieu dans tous les contextes culturels, à tout moment. L’Église doit donc redécouvrir la Parole de Dieu à chaque génération et l’adresser avec une vigueur et une persuasion renouvelées à notre monde contemporain qui, au fond de son coeur, a soif du message de paix, d’espoir et de charité de Dieu.

Ce devoir d’évangélisation serait grandement valorisé et renforcé si tous les chrétiens se trouvaient dans une position à partir de laquelle ils pourraient la mener d’une seule voix et comme une Église pleinement unie. Dans sa prière au Père peu avant Sa passion, notre Seigneur a exprimé clairement que l’unité de l’Église est inaltérable en ce qui concerne sa mission “afin que le monde croie” (Jn 17, 21). Il est donc fort approprié que ce Synode ait ouvert ses portes aux délégués fraternels oecuméniques de façon à ce que nous puissions tous devenir conscients de notre mission commune d’évangélisation et des difficultés et problèmes liés à sa réalisation dans le monde d’aujourd’hui.

Ce Synode a, sans aucun doute, étudié le thème de la Parole de Dieu en profondeur et dans tous ses aspects, théologique, pratique et pastoral. Dans notre modeste intervention, nous nous limiterons à partager avec vous des réflexions sur le thème de notre rencontre, partant de la manière dont la tradition orthodoxe l’a approché au cours des siècles et en particulier à partir des enseignements de la patristique grecque.

Plus concrètement, nous voudrions nous concentrer sur trois aspects du thème, à savoir, l’écoute et la proclamation de la Parole de Dieu au travers des Écritures Saintes; la contemplation de la Parole de Dieu dans la nature et par dessus tout dans la beauté des icônes et enfin l’expérience et le partage de la Parole de Dieu dans la communion des saints et la vie sacramentelle de l’Église. Nous estimons qu’ils sont tous fondamentaux dans la vie et la mission de l’Église.

Ce faisant, nous cherchons à partir de la riche tradition patristique datant du début du IIIe siècle et qui expose une doctrine de cinq sens spirituels. Écouter la Parole de Dieu, contempler la Parole de Dieu et toucher la Parole de Dieu sont autant de manières spirituelles de percevoir l’unique mystère divin. Se basant sur le livre des Proverbes (2, 5) à propos de “tu trouveras la connaissance de Dieu” (αἴσθήσιϛ), Origène d’Alexandrie s’exclame: Ce sens se révèle comme la vue pour la contemplation des formes immatérielles, l’écoute pour le discernement des voix, le goût pour savourer le pain vivant, l’odorat pour sentir de doux parfums spirituels et le toucher pour manier la Parole de Dieu qui est comprise par toutes les facultés de l’âme.

Les sens spirituels sont décrits de manière diverses comme “cinq sens de l’âme”, facultés “divines” ou “facultés intérieures” et même comme “facultés du coeur” ou de l’“esprit”. Cette doctrine a inspiré la théologie des Cappadociens (spécialement Basile le Grand et Grégoire de Nysse) tout comme il l’a fait pour la théologie des Pères du Désert (en particulier Évagre le Pontique et Macaire le Grand).

1. Écouter et proclamer la Parole de Dieu au travers de l’Écriture

Lors de chaque célébration de la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome, le célébrant qui préside l’Eucharistie prie “que nous soyons rendus dignes d’écouter le Saint Évangile”. C’est pourquoi, “ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie” (1 Jn 1,1) n’est pas d’abord et avant tout l’une de nos facultés ou un droit en tant qu’êtres humains; c’est un privilège et un don en tant qu’enfants du Dieu vivant. L’Église chrétienne est, avant tout, une Église scripturaire. Même si les méthodes d’interprétation ont pu varier d’un Père de l’Église à l’autre, d’une ”école” à l’autre et entre l’Orient et l’Occident, l’Écriture était toujours reçue comme une réalité vivante et non pas comme lettre morte.

Dans le contexte d’une foi vivante donc, l’Écriture est le témoin vivant d’une histoire vécue parlant du rapport entre un Dieu vivant et son peuple vivant. La Parole “qui a parlé par les prophètes” (Symbole de Nicée-Constantinople) a parlé en vue d’être écoutée et d’être suivie d’effet. Il s’agit tout d’abord d’une communication orale et directe conçue pour des destinataires humains. Le texte écrit est, par suite, dérivé et secondaire; le texte écrit est toujours au service de la parole prononcée. Elle n’est pas transmise de manière mécanique mais communiquée de génération en génération comme une parole vivante. Par la bouche du prophète Isaïe, le Seigneur promet: “De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre… ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu” (Is 55, 10-11).

De plus, ainsi que l’explique Saint Jean Chysostome, la Parole divine démontre la profonde considération (sunkatábasis) pour la diversité des personnes et des contextes culturels de ceux qui écoutent et reçoivent. L’adaptation de la Parole divine à la capacité spécifique personnelle et le contexte culturel particulier définit la dimension missionnaire de l’Église qui est appelée à transformer le monde par la Parole. En silence comme par le biais de déclarations, en prière ou en actes, la Parole divine s’adresse au monde entier, “de toutes les nations faites des disciples” (Mt 28, 19) sans aucun privilège ou préjudice de race, de culture, de sexe ou de classe. Lorsque nous portons à terme ce mandat divin, nous sommes assurés que “voici que je suis avec vous pour toujours” (Mt 28, 20). Nous sommes appelés à proclamer la Parole divine dans toutes les langues, “Je me suis fait tout à tous, afin [que nous puissions en] sauver à tout prix quelques-uns” (1Co 9, 22).

En outre, en tant que disciples de la Parole de Dieu, il est aujourd’hui encore plus nécessaire que jamais que nous fournissions une seule perspective – au-delà de celles d’ordre social, politique ou économique – à propos de la nécessité d’éradiquer la pauvreté, de pourvoir à un monde globalement équilibré, de combattre le fondamentalisme ou le racisme et de développer la tolérance religieuse dans un monde conflictuel. En répondant aux besoins des pauvres, des vulnérables et des marginaux du monde, l’Église peut s’avérer être un repère dans l’espace et un acteur de la communauté mondiale. Alors que le langage théologique de la religion et de la spiritualité diffère du vocabulaire technique de l’économie et de la politique, les barrières qui, dans un premier temps, semblent séparer les préoccupations religieuses (telles que le péché, le salut et la spiritualité) des intérêts pragmatiques (tels que le commerce, les affaires et la politique) ne sont pas impénétrables et s’écroulent devant les multiples défis de la justice sociale et de la mondialisation.

Que cela concerne l’environnement ou la paix, la pauvreté ou la faim, l’éducation ou l’assistance sanitaire, il existe aujourd’hui un très haut degré de préoccupation et de responsabilité communes qui est ressenti de manière particulièrement forte par les personnes de foi tout comme par ceux dont les perspectives sont expressément laïques. Notre engagement sur ces sujets n’ébranle pas ou n’abolit pas les différences existant entre les disciplines ou les désaccords avec ceux qui regardent le monde de manières différentes. Désormais, les signes croissants d’un attachement commun au bien-être de l’humanité et de la vie du monde sont encourageants. Il s’agit d’une rencontre de personnes et d’institutions qui laisse bien présager pour notre monde. Et c’est une participation qui met l’accent sur la vocation suprême et sur la mission des disciples et des adhérents à la Parole de Dieu qui consiste à transcender les différences politiques ou religieuses de manière à transformer l’ensemble du monde visible pour la gloire du Dieu invisible.

2. Contempler la Parole de Dieu – La beauté des icônes et de la nature

L’invisible a jamais été plus visible que dans la beauté de l’iconographie et les merveilles de la création. Selon les mots du roi des images sacrés, saint Jean de Damas: “En tant qu’artisan du ciel et de la terre, Dieu le Verbe a été Lui-même le premier à peindre et à représenter les icônes”. Chaque coup de pinceau d’un iconographe – comme chaque mot d’une définition théologique, chaque note musicale psalmodiée, et chaque pierre taillée d’une petite chapelle ou d’une superbe cathédrale – exprime la Parole divine dans la création, qui loue Dieu en chaque être vivant et en tout ce qui est vivant.(cf. Ps 150, 6)

En confirmant les images sacrées, le Septième Concile oecuménique de Nicée n’était pas intéressé à l’art religieux; c’était la continuation et la confirmation des premières définitions sur la plénitude de l’humanité de la Parole de Dieu. Les icônes sont un rappel visible de notre vocation divine; elles représentent une invitation à nous élever au-dessus de nos préoccupations futiles et des questions réductrices de ce monde. Elles nous encouragent à chercher l’extraordinaire dans le très ordinaire, à nous remplir du même émerveillement qui caractérise la stupeur divine dans Genèse: “Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon.” (Gn 1, 30-31). Le terme grec (Septante) pour “bonté” est « kállos », qui implique – étymologiquement et symboliquement – un sens d’“appel”. Les icônes soulignent la mission fondamentale de l’Église consistant à reconnaître que toutes les personnes et toutes les choses sont créées et appelées à être “bonnes” et “belles”.

En effet, les icônes nous rappellent une autre façon de voir les choses, une autre façon de vivre les réalités, une autre façon de résoudre les conflits. Nous sommes invités à assumer ce que l’hymnologie du Dimanche de Pâques appelle “une autre façon de vivre”. Car nous avons eu un comportement arrogant et méprisant envers la création naturelle. Nous avons refusé de voir la Parole de Dieu dans les océans de notre planète, dans les arbres de nos continents, et dans les animaux de notre terre. Nous avons renié notre propre nature, qui nous appelle à nous baisser suffisamment pour écouter la Parole de Dieu dans la création, si nous vous voulons devenir “participants de la nature divine” (2P 1,4). Comment pouvons-nous ignorer les vastes implications de la Parole divine qui se fait chair? Pourquoi n’avons-nous pas perçu la nature créée comme l’extension du Corps du Christ?

Les théologiens chrétiens orientaux mettent toujours en évidence les dimensions cosmiques de l’incarnation divine. La Parole incarnée est intrinsèque à la création, qui est issue de l’énoncé divin. Saint Maxime le Confesseur insiste sur la présence de la Parole de Dieu en toute chose (cf. Col 3,11); le Logos divin demeure au centre du monde, révélant mystérieusement son principe premier et son but ultime (cf. 1P 1,20). Ce mystère est décrit par saint Athanase d’Alexandrie. Le Logos [écrit-il] n’est contenu par aucune chose mais il contient tout. Il est en toute chose tout en étant en dehors de toute chose… le premier-né du monde entier sous tous ses aspects.

Le monde entier est un prologue à l’Évangile de Jean. Et quand l’Église ne reconnaît pas les dimensions plus larges, cosmiques de la Parole de Dieu, et qu’elle limite ses préoccupations aux questions purement spirituelles, alors elle néglige sa mission consistant à implorer Dieu de transformer – en tout temps et en tout lieu, “ dans tous les lieux de son dominion” – tout le cosmos pollué. Il n’est pas étonnant que, le Dimanche de Pâques, quand la célébration pascale atteint son point culminant, les chrétiens orthodoxes chantent: « Maintenant tout est rempli de lumière divine: le ciel et la terre, et toutes les choses sous la terre. Que la création tout entière se réjouisse ».

Toute “écologie profonde” authentique est donc indissolublement liée à la théologie profonde. “Même une pierre”, écrit Basile le Grand, “porte le sceau de la Parole de Dieu. Cela est vrai pour une fourmi, une abeille et un moustique, les créatures les plus petites. Car Il déploie les vastes océans et étale les immenses mers; et Il crée l’aiguillon creux de l’abeille.” En nous rappelant notre condition infime dans la création vaste et merveilleuse de Dieu, il souligne seulement notre rôle central dans le plan de salut de Dieu pour le monde entier.

3. Toucher et partager la Parole de Dieu – La communion des saints et les sacrements de la vie

La Parole de Dieu “sort à l’extérieur de Lui en extase” avec persistance (Denis l’Aéropagite) cherchant avec passion à “habiter parmi nous” (Jn 1,14), pour que le monde ait la vie en abondance. (Jn 10,10). La miséricorde de Dieu est répandue et partagée “afin de multiplier les objets de sa bienfaisance” (Grégoire le Théologien) Dieu assume tout ce qui est à nous, “lui qui a été éprouvé en tout, d’une manière semblable, à l’exception du péché.” (He 4,15, afin de nous offrir tout ce qui est à Dieu et faire de nous des dieux par la grâce. “Pour vous [Il] s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté.”, écrit le grand Apôtre Paul (2 Co 8,9), à qui cette année est à pertinemment dédiée. Telle est la Parole de Dieu; nous lui rendons grâce et gloire.

La Parole de Dieu a son incarnation la plus profonde dans la création, avant tout dans le Sacrement de la Sainte Eucharistie. C’est là que la Parole devient chair et nous permet non pas simplement de l’écouter ou de le voir, mais aussi de le toucher de nos propres mains, comme le déclare saint Jean (1 Jn 1,1) et faire de Lui une partie de notre corps et de notre sang (sússomoi kai súnaimoi) selon les paroles de saint Jean Chrysostome.

Dans la Sainte Eucharistie, la Parole entendue est à la fois vue et partagée (koinonía). Ce n’est pas un hasard si dans les premiers documents eucharistiques, comme le livre de la Révélation et la Didachée, l’Eucharistie était associée à la prophétie, et les évêques qui la célébraient étaient considérés comme les successeurs des prophètes (par ex. Martirion Polycarpi). L’Eucharistie était déjà décrite par saint Paul (1 Co 11) comme la “proclamation” de la mort de Jésus et sa deuxième Venue. Le but de l’Écriture étant fondamentalement la proclamation du Royaume et l’annonce des réalités eschatologiques, l’Eucharistie nous donne un avant-goût du Royaume et elle est, en ce sens, la proclamation de la Parole par excellence. Dans l’Eucharistie, la Parole et le Sacrement ne deviennent qu’une réalité. La Parole cesse d’être des “mots” et devient une Personne, incarnant tous les êtres humains et la création tout entière.

Dans la vie de l’Église, l’insondable abaissement (kénosis) et le partage généreux (koinonía) du Logos divin se reflète dans les vies des saints, expérience tangible et expression humaine de la Parole de Dieu dans notre communauté. Ainsi, la Parole de Dieu devient le Corps du Christ, à la fois crucifié et glorifié. Il s’ensuit que le saint a une relation organique avec le ciel et la terre, avec Dieu et avec la création tout entière. Dans la lutte ascétique, le saint réconcilie la Parole et le monde. Par la repentance et la purification, le saint est rempli – comme le souligne Abba Isaac le Syrien – de compassion pour toutes les créatures, ce qui correspond à l’humilité et à la perfection ultimes.

C’est pour cela que le saint aime avec une chaleur et une grandeur inconditionnelles et irrésistibles. À travers les saints, nous connaissons la Parole même de Dieu, puisque – comme l’affirme saint Grégoire Palamas – Dieu et ses saints partagent la même gloire et la même splendeur”. En la présence discrète d’un saint, nous apprenons comment la théologie et l’action coïncident. Dans l’amour compatissant du saint, nous vivons l’expérience de Dieu “notre père” et de la miséricorde de Dieu “inébranlablement durable” (Ps 135, LXX). Le saint est consommé par le feu de l’amour de Dieu. C’est pour cela que le saint communique la grâce et ne peut tolérer la moindre manipulation ou exploitation dans la société ou dans la nature. Le saint fait simplement ce qui est “bon et juste” (Liturgie divine de saint Jean Chrysostome), en donnant toujours de la dignité à l’humanité et en honorant la création. “Ses paroles ont la force des actions et son silence le pouvoir des discours”. (Saint Ignace d’Antioche).

Et dans la communion des saints, chacun est appelé à “devenir comme le feu”(Apophtegmes des Pères du désert), afin de toucher le monde par la force mystique de la Parole de Dieu, de manière à ce que – comme le Corps du Christ étendu – le monde puisse lui aussi dire: “Quelqu’un m’a touché!” (Cf. Mt 9, 20). Le mal ne peut être éradiqué que par la sainteté, et non pas par la dureté. Et la sainteté introduit dans la société une graine qui guérit et transforme. Imprégnés de la vie des sacrements et de la pureté de la prière, nous pouvons pénétrer au plus profond du mystère de la Parole de Dieu. C’est comme les plaques tectoniques de l’écorce terrestre: les couches les plus profondes n’ont qu’à bouger de quelques millimètres pour bouleverser la surface de la planète. Mais pour que cette révolution spirituelle ait lieu, nous devons vivre une expérience radicale de métanoïa – une conversion d’attitudes, d’habitudes et de pratiques – pour avoir mal employé ou abusé de la Parole de Dieu, des dons de Dieu et de la création de Dieu.

Une telle conversation est, certes, impossible sans la grâce divine; elle ne s’obtient pas simplement par de plus grands efforts ou par la volonté humaine. « Pour les hommes c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » (Mt 19,26). Le changement spirituel a lieu quand nos corps et nos âmes sont greffés sur la Parole vivante de Dieu, quand nos cellules contiennent le flux sanguin vivifiant des sacrements, quand nous sommes ouverts à tout partager avec tous. Comme nous le rappelle saint Jean Chrysostome, le sacrement de “notre prochain” ne peut pas être isolé du sacrement de “l’autel”. Malheureusement, nous avons ignoré la vocation et l’obligation à partager. Si nous prétendons garder le sacrement de l’autel, nous ne pouvons pas renoncer au sacrement du prochain, ou l’oublier, car il représente une condition fondamentale pour la réalisation de la Parole de Dieu dans le monde dans la vie et dans la mission de l’Église.

Chers Frères dans le Christ,

Nous avons exploré l’enseignement patristique des sens spirituels, en analysant le pouvoir d’écouter et de proclamer la Parole de Dieu dans l’Écriture, de voir la Parole de Dieu dans les icônes et dans la nature, ainsi que de toucher et partager la Parole de Dieu dans les saints et les sacrement. Or, afin de rester fidèles à la vie et à la mission de l’Église, nous devons être personnellement transformés par cette Parole. L’Église doit ressembler à une mère, qui est soutenue par ce qu’elle mange, mais qui, en même temps, nourrit à travers cette nourriture . Tout ce qui ne nourrit pas tous ne peut pas nous soutenir. Quand le monde ne partage pas la joie de la Résurrection du Christ, c’est une atteinte à notre intégrité et à notre engagement à vivre la Parole de Dieu. Avant la célébration de chaque Liturgie divine, les chrétiens orthodoxes prient que cette Parole soit” rompue et consommée, distribuée et partagée” en communion. Et “nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères” et nos soeurs (1Jn 3,14).

Le défi auquel nous sommes confrontés est le discernement de la Parole de Dieu face au mal, la transfiguration du moindre détail et de toute tache de ce monde à la lumière de la résurrection. La victoire est déjà présente au plus profond de l’Église, à chaque fois que nous vivons l’expérience de la grâce de la réconciliation et de la communion. Alors que chacun de nous lutte – en son for intérieur et dans le monde – pour reconnaître le pouvoir de la Croix, nous commençons à apprécier le fait que chaque acte de justice, chaque étincelle de beauté, chaque mot de vérité peut graduellement enlever l’écorce du mal. Au-delà de nos faibles efforts, nous avons, cependant, l’assurance de l’Esprit qui “vient au secours de notre faiblesse” (Rm 8,26) et reste à nos côtés pour nous défendre et nous “réconforter” (Jn 14, 16), en pénétrant toutes les choses et “ nous transformant – comme l’affirme saint Siméon le Nouveau Théologien – en tout ce que la Parole de Dieu dit à propos du royaume: perle, grain de sénevé, levain, eau, feu, pain, vie et chambre nuptiale mystique”. Telle est la puissance et la grâce de l’Esprit Saint, que nous invoquons en conclusion de ce discours, et présentant à Sa Sainteté et à chacun nos bénédictions.

Ô roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité

Toi qui es partout présent et qui emplis tout,

Trésor de biens et donateur de vie,

Viens et demeure en nous,

Purifie-nous de toute souillure

Et sauve nos âmes.

Toi qui es bonté et qui aimes l’humanité.

Amen.

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