Archive pour le 17 octobre, 2008

Pape Benoît XVI : « Je vous le dis, à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps »

17 octobre, 2008

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http://www.levangileauquotidien.org/www/main.php?language=FR&ordo=&localTime=10/18/2008#

Pape Benoît XVI
Encyclique « Spes Salvi », 27 (trad © copyright Libreria Editrice Vaticana)

« Je vous le dis, à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps »

Celui qui ne connaît pas Dieu, tout en pouvant avoir de multiples espérances, est dans le fond sans espérance, sans la grande espérance qui soutient toute l’existence (cf Ep 2,12). La vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu — le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours « jusqu’au bout », « jusqu’à ce que tout soit accompli » (Jn 13,1;19,30).

Celui qui est touché par l’amour commence à comprendre ce qui serait précisément « la vie ». Il commence à comprendre ce que veut dire la parole d’espérance dans le rite du baptême : « De la foi j’attends la vie éternelle », la vie véritable qui, totalement et sans menaces, est simplement la vie dans toute sa plénitude. Jésus, qui a dit qu’il est « venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en plénitude, en abondance » (Jn 10,10), nous a aussi expliqué ce que signifie « la vie » : « La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3). La vie dans le sens véritable, on ne l’a pas en soi, de soi tout seul et pas même seulement par soi : elle est une relation. Et la vie dans sa totalité est relation avec Celui qui est la source de la vie. Si nous sommes en relation avec celui qui ne meurt pas, qui est lui-même la Vie et l’Amour, alors nous sommes dans la vie. Alors nous vivons.

Saint Ignace d’Antioche

17 octobre, 2008

Saint Ignace d'Antioche  dans images sacrée http://santiebeati.it/

17 octobre – Saint Ignace d’Antioche – Éveque et martyr

17 octobre, 2008

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http://missel.free.fr/Sanctoral/10/17.php

17 octobre

Saint Ignace d’Antioche – Éveque et martyr

Historique

Vers lan 34, des chrétiens de Jérusalem, fuyant la persécution, entraient à Antioche, capitale de la province romaine de Syrie et troisième ville de l’Empire, après Rome et Alexandrie, par une belle route, pavée de pierres et sur quatre kilomètres bordée de colonnes, construite par le roi Hérode. « Quelques-uns d’entre eux, citoyens de Chypre et de Cyrène, arrivés à Antioche, commencèrent à parler aussi aux Grecs, prêchant la Bonne Nouvelle du Seigneur Jésus. Et la main du Seigneur était avec eux, et ainsi une grande multitude crut et se convertit au Seigneur. La nouvelle parvint aux oreilles de l’Eglise de Jérusalem, laquelle envoya Barnabé à Antioche.[1] » On était en l’an 37 : « Quand il arriva et vit la grâce du Seigneur, il se réjouit.[2] » Barnabé, un homme fort et cordial, après avoir exhorté les chrétiens « à persévérer d’un cœur résolu dans le Seigneur », était allé à Tarse pour rejoindre Paul qui l’emmena à Antioche où « ils restèrent ensemble une année entière et enseignèrent de grandes foules. A Antioche, disent encore les Actes des Apôtres, pour la première fois les disciples furent appelés chrétiens. » La nouvelle communauté devint presque plus grande et plus importante que celle de Jérusalem quelle aidera dix ans plus tard, après quoi, Pierre lui-même en prit la tête quil laissa à Hévodius, à qui, vers 70 succéda Ignace.

Lorsqu’il fut élu évêque, Ignace n’avait probablement pas plus de trente ans, et, outre Antioche, il était également responsable de l’Eglise de Syrie et de Cilicie. Sans doute natif d’Antioche, Ignace est peut-être le fils de deux des premiers convertis, à moins que, né dans une famille païenne il se soit converti très jeune au contact des chrétiens de la métropole. En tous cas, il habitait dans cette ville régulièrement fréquentée par Pierre, Paul et d’autres Apôtres et qu’assurément il les connut.

Après avoir gouverné pendant au moins trois décennies, lEglise dAntioche, il fut arrêté dans des circonstances étranges, puisque après la mort de Domitien[3], l’Eglise bénéficiait dune courte période de paix. Cest à cette époque que, de Bithynie, sur la Mer noire, Pline le Jeune[4], gouverneur entre 111 et 113, écrivit à Trajan une lettre qui est le plus ancien document officiel connu sur les rapports entre les chrétiens et l’Empire romain ; Pline demandait comment il fallait se comporter avec les chrétiens, et il rapportait avoir interrogé deux femmes chrétiennes et les avoir soumises à la torture : « Je n’ai rien trouvé d’autre, écrit-il, qu’une superstition méchante et effrénée. » Trajan répondit qu’il ne fallait pas pourchasser les chrétiens (conquirendi non sunt), mais qu’en cas de dénonciation privée, non anonyme, ils devaient être condamnés. Ignace fut précisément lobjet d’une dénonciation qui émanait de citoyens poussés par la haine. Il fut donc arrêté et, ayant avoué être chrétien, il fut enchaîné et envoyé à Rome, sous la garde d’une féroce escorte militaire, pour y subir l’exécution capitale.

Le voyage, par mer et par terre, fut pour lui et ses compagnons une Via Crucis : « Je lutte contre des animaux féroces, je suis enchaîné à dix léopards, un groupe de soldats qui deviennent de plus en plus méchants même s’ils reçoivent des bénéfices. En somme, je suis instruit au mieux sous leurs injustices.[5] » Mais, malgré eux, cela devint chemin faisant un extraordinaire voyage apostolique, qui confirma dans la foi toutes les communautés chrétiennes du bassin méditerranéen. Le bateau sur lequel Ignace était enchaîné fit une longue escale à Smyrne où les chrétiens, guidés par saint Polycarpe[6], accueillirent des fidèles de toutes les communautés environnantes (Ephèse, Magnésie, Tralle) qui voulaient rencontrer Ignace, lui dire leur affection, l’écouter. Ignace leur écrivit et leur remit trois lettres de remerciement pour leurs communautés. Il écrira aussi aux frères de Rome, où l’attendait le martyre. Après Smyrne, le bateau fait escale à Troade doù il écrivit aux communautés de Philadelphie et de Smyrne, et aussi à Polycarpe.

Ces lettres constituent l’un des plus anciens témoignages sur la vie des premiers chrétiens. « Vous êtes tous des compagnons de route (…) qui avez Jésus-Christ parmi vous. (…) Avec vous je suis dans l’allégresse. Priez sans cesse pour les autres hommes. Car il y a pour eux l’espoir du repentir. (…) Soyez leurs frères (…) demeurez en Jésus-Christ dans la chair et dans l’esprit. Où est le sage ? Où est le débatteur ? Car notre Dieu, Jésus-Christ, a été porté dans le sein de Marie, selon l’économie divine, est né de la race de David et du Saint-Esprit (…) Tous les astres étaient troublés, se demandant d’où venait pareille nouveauté, si différente d’eux. Alors toute magie fut détruite, tout lien de malice aboli, l’ignorance fut dissipée, l’ancien pouvoir ruiné, quand Dieu apparut sous forme humaine pour une nouveauté de vie éternelle : ce qui avait été décrété par Dieu commençait à se réaliser. Ainsi tout était troublé, parce que la destruction de la mort se préparait.[7] »

Evêque de la première métropole païenne touchée par le christianisme, Ignace exhorte sans se lasser les chrétiens à fuir les hérésies qui, déjà à cette époque, menaçait les communautés : « Il faut les éviter, comme des bêtes sauvages. Ce sont des chiens enragés qui mordent furtivement. Vous devez vous en garder, car leurs morsures sont difficiles à guérir. Il n’y a qu’un seul médecin, charnel et spirituel, engendré et non créé, venu dans la chair, vie véritable dans la mort, né de Marie et né de Dieu, d’abord susceptible de souffrir et maintenant impassible, Jésus-Christ notre Seigneur.[8] » « Soyez donc sourds quand on vous parle d’autre chose que de Jésus-Christ, de la lignée de David, né de Marie, qui est vraiment né, qui a mangé et qui a bu, qui a vraiment été persécuté sous Ponce Pilate, qui a vraiment été crucifié, et qui est mort, devant le ciel, la terre et les enfers, et puis qui est vraiment ressuscité d’entre les morts. (…) Car si, comme le soutiennent certains athées, à savoir des infidèles, il n’a souffert qu’en apparence – alors eux-mêmes n’existent qu’en apparence, et moi, pourquoi suis-je ici enchaîné ? Pourquoi donc désirer combattre contre les bêtes sauvages ? C’est donc pour rien que je me livre à la mort. (…) Fuyez donc ces mauvaises plantes parasites : elles donnent un fruit qui tue.[9] »

La plus bouleversante de ses lettres est assurément celle quil écrivit de Smyrne à la communauté de Rome ; il y souligne que l’Eglise de Rome préside à la pureté de la foi et de la charité ; Comme c’était aussi une Eglise capable de trouver des appuis jusque dans la maison de César (à vous il est facile de faire ce que vous voulez), Ignace limplorait de ne rien faire pour lui, parce qu’il désirait offrir sa vie : « Je suis pour vous un rachat ; il ne lui demandait quune seule : Priez pour que je sois un vrai chrétien, car le christianisme n’est pas une affaire d’éloquence humaine, mais une œuvre de puissance, quand il est haï par le monde. »

Ignace est enthousiaste de pouvoir mener cette ultime bataille pour Jésus-Christ. Mais, avec beaucoup d’humanité, il avoue aussi sa faiblesse devant ce qui l’attend : « Priez pour moi, pour que je surmonte l’épreuve car je suis encore en danger. » Arrivé à Rome dans les chaînes, Ignace ne manqua pas l’épreuve : conduit dans le cirque, il fut déchiré par les bêtes féroces.

[1] Actes des Apôtres XI 20-22.

[2] Actes des Apôtres XI 23.

[3] Domitien, second fils de Vespasien, succéda à son frère Titus et fut empereur de 81 à 96. Après lassassinat de Domitien qui appartenait à la dynastie des Flaviens, règne Nerva (de 96 à 98) qui commence le règne de la dynastie des Antonins (Trajan, de 98 à 117 ; Hadrien, de 117 à 138 ; Antonin le Pieux de 138 à 161 ; Marc Aurèle, de 161 à 180 ; Commode de 180 à 192).

[4] Fils adoptif de Pline l’Ancien (23-79), Pline le Jeune (61-114), avocat célèbre et grand orateur, fut consul en 100, puis légat de lEmpereur en Bithynie (111-112).

[5] Epître dIgnace dAntioche aux Romains.

[6] En la personne de l’évêque Polycarpe, c’était le dernier témoin de l’âge apostolique qui, le 23 février 155, montait sur le bûcher au milieu du théâtre de Smyrne, en présence de tout le peuple. Polycarpe a ait été le disciple de Jean. Il avait vu de ses yeux et entendu de ses oreilles celui dont les mains avaient touché le Verbe de vie, et il avait recueilli du disciple que Jésus aimait le commandement de l’amour fraternel. Aussi retrouvons-nous quelque chose de la sérénité et de la tendresse propres aux écrits de Jean dans le récit que les chrétiens de Smyrne ont laissé de la mort de leur évêque. Comme le proconsul pressait Polycarpe de renier le Christ, celui-ci répondit : « Voilà quatre-vingt-six ans que je le sers et jamais il ne m’a fait aucun mal. Pourquoi donc blasphémerais-je mon Roi et mon Sauveur ? » Lié au poteau du bûcher, il priait ainsi : « Dieu de toute la création, je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs et de participer au calice de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint » (voir au 23 février).

[7] Epître dIgnace dAntioche aux Ephésiens.

[8] Epître dIgnace dAntioche aux Ephésiens.

[9] Epître dIgnace dAntioche aux chrétiens de Tralle.

par Sandro Magister : L’art de lire les Ecritures. Un cours pour les analphabètes d’aujourd’hui

17 octobre, 2008

du site: 

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/208629?fr=y

L’art de lire les Ecritures. Un cours pour les analphabètes d’aujourd’hui

La liturgie doit de nouveau façonner la lecture et la compréhension de la Bible. Comme au temps du monachisme médiéval, créateur de la civilisation moderne. Timothy Verdon explique pourquoi, alors que le synode des évêques est arrivé à mi-parcours

par Sandro Magister

ROMA, le 16 octobre 2008 A peu près à mi-parcours de ses travaux, le synode des évêques consacré à « La parole de Dieu dans la vie et dans la mission de lEglise » a aussi demandé une consultation à la sociologie.

Cette consultation a eu lieu non pas dans la salle du synode, mais à proximité, dans la salle de presse du Saint-Siège. Cest là que, mardi 14 octobre, le professeur Luca Diotallevi, de l’Université Roma III, a présenté les résultats dune grande enquête menée par GFK-Eurisko dans douze pays du monde: Etats-Unis, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Allemagne, France, Espagne, Italie, Pologne, Russie, Hong-Kong, Philippines, Argentine.

Le premier résultat est que les adultes de ces pays disent, à une large majorité, quils ont fait lexpérience de Dieu, un Dieu qui « veille sur leur vie et les protège ».

De plus, une majorité aussi large déclare quelle prie. La foi en Dieu nest donc pas en régression. Au contraire, dans des pays comme la Russie et Hong-Kong, elle semble connaître une vigoureuse reprise.

Face à cette large et constante demande de sens religieux, la réponse des Eglises et des communautés chrétiennes apparaît faible. En effet, ayant pris la Bible comme instrument de mesure pour cette réponse, lenquête montre quun petit nombre des personnes interrogées en ont lu au moins un passage au cours des douze derniers mois.

En Europe surtout, le contact avec la Bible a lieu presque uniquement à l’église, au moment de l’homélie. Dans deux pays seulement, la Bible est lue par une large majorité de la population: les Etats-Unis et les Philippines.

Bien que peu lue et peu connue, la Bible bénéficie dune image très positive. A une large majorité, les personnes interviewées trouvent son contenu « réel », « intéressant », « vrai ». Mais, en même temps, « difficile », ce qui met de nouveau en cause les responsabilités des Eglises.

Voici comment le professeur Diotallevi a résumé, en termes sociologiques, la leçon tirée de l’enquête:

« Le niveau de consommation de rites religieux a une énorme marge de croissance, mais l’offre religieuse est bien loin davoir satisfait toute la demande potentielle déjà présente ».

* * *

Bien entendu, on peut aussi interpréter l’actuel analphabétisme biblique autrement que ne le fait la sociologie.

Cest ce qua fait, par exemple, Timothy Verdon dans un article magistral paru dans « L’Osservatore Romano » de dimanche 12 octobre.

Historien de lart, Verdon dirige à Florence le service diocésain de la catéchèse par lart et participe au synode des évêques en tant quexpert. Dans cet article, il explique, aux points de vue artistique, liturgique et théologique, la perte de sens que les Saintes Ecritures ont subie aux époques moderne et contemporaine.

La reconstitution réalisée par Verdon est passionnante mais, pour bien la comprendre, il faut aussi se référer à son arrière-plan.

Qui est le grand discours lu par Benoît XVI à Paris, au Collège des Bernardins, le 12 septembre dernier:

> « Chercher Dieu et se laisser trouver par Lui »

Voici donc l’article de Verdon paru dans « L’Osservatore Romano » du 12 octobre 2008:

A la recherche du symbole perdu. Lanalphabétisme biblique actuel

par Timothy Verdon

Alors que le synode des évêques médite sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de lEglise, il peut être utile de réfléchir à ce que lon pourrait appeler « lanalphabétisme biblique actuel », cest-à-dire à la perte presque totale des instincts et techniques qui ont formé au fil des siècles lapproche chrétienne des écritures saintes.

Pour mesurer la gravité de cette situation, il suffit dobserver les livres enluminés que les monastères ont produits au Moyen Age pour la liturgie. Lhomme moderne qui découvre de tels trésors dans le cadre dune exposition ou dun texte dhistoire de lart ne conçoit peut-être même pas la distance qui nous sépare aujourdhui du monde qui les a produits: entre notre expérience du livre et celle quen avait le Moyen Age, il existe en effet des différences si fondamentales que nous risquons de ne pas les percevoir. A l’ère dInternet, le concept de « livre » commence déjà à nous échapper et, à la lumière d’études bibliques et liturgiques modernes, lidée traditionnelle de « livre sacré » na plus le même poids que jadis. Concrètement, il est presque impossible aujourdhui de concevoir lautorité sacrale que pouvait avoir un texte biblique ou liturgique au Moyen Age.

Il en est de même pour les miniatures qui ornent les textes. Notre époque, saturée dimages aux couleurs brillantes dans les revues, dans les journaux, à la télévision – photos instantanées, prises en direct, images produites par ordinateur – narrive pas à saisir la surprise, la délicieuse fraîcheur de miniatures aux couleurs limpides, étincelantes dor, quentourent les colonnes serrées du texte dun manuscrit. Nous ne savons pas non plus retrouver le rapport intellectuel et affectif qui subsiste entre limage fixe et un texte ancien que lon connaissait, que lon aimait, auquel on croyait.

Pourtant, pendant plus de mille ans dhistoire de lEurope, les livres ont toujours été perçus précisément dans le contexte dune foi intensément vécue, profondément méditée, nourrie par des textes si anciens quils semblaient « éternels »: des textes qui plaçaient le lecteur à la frontière entre sa propre situation et des réalités universelles, le contexte liminal que nous pouvons simplement définir par le mot « prière ». Les livres liturgiques servaient en effet à la prière en communauté et les Bibles à la « lectio divina » qui, à son tour, était nourrie et en quelque sorte façonnée par la liturgie et la dévotion.

Par liturgie, nous entendons ici lensemble des rites ecclésiaux avec, au centre, la liturgie eucharistique ou messe. Les textes de la messe, qui changent en fonction des fêtes ou des périodes de lannée, imposent en effet une sorte de « lectio divina » communautaire, une souplesse dans linterprétation de l’événement ou du personnage célébré, que lon doit qualifier de contemplative. Tout est constamment ramené au centre mystique de la foi chrétienne – le sacrifice de soi que Jésus a accompli en mourant sur la croix – et à la vie nouvelle de sa résurrection. Même pendant la nuit de Noël, les textes de la messe obligent à lier la joie dune naissance au fait dramatique de la mort sur la croix; le petit corps dans la mangeoire, le corps de lhomme adulte crucifié, le « Corpus Christi » réellement présent dans le pain eucharistique et le « Corps Mystique » que forme la communauté réunie par la prière ne font plus quun. Voilà pourquoi, sur la fresque de la basilique dAssise représentant saint François qui dépose lEnfant dans la mangeoire de la crèche de Greccio, cette mangeoire est placée sous une grande croix et à côté de lautel.

Cette façon de voir – et de comprendre – les rapports de causalité entre des événements historiques, métahistoriques et surnaturels, est différente de la nôtre: c’était une façon de voir – et de comprendre – qui influençait la manière de lire et donc aussi dimaginer et de représenter les contenus des textes.

Prenons lexemple de lillustration reproduite ci-dessus: une superbe lettrine peinte du bréviaire du XIVe siècle qui se trouve à la bibliothèque municipale Queriniana de Brescia. Cest le « B » du premier mot du psaume 1 en latin de la Vulgate: « Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum », heureux l’homme qui ne va pas au conseil des impies. Les pères de lEglise lisaient le début de ce psaume en pensant au Christ. Ainsi, le miniaturiste du « B » utilise les vides dans cette initiale pour évoquer toute la vie du Christ, avec des scènes de lannonciation, de la nativité, de la crucifixion et de la sépulture. En plaçant les mots « Beatus vir » dans linitiale et au bord en dessous de ces scènes, lartiste anonyme associe la « béatitude » du rapport de lhomme avec Dieu – le sujet du psaume – avec Jésus-Christ.

Lancien mode de lecture avait en outre une dimension de parabole que nous risquons de perdre, à lheure des études bibliques « scientifiques ». Lantienne du « Benedictus » pour les louanges de la solennité de lEpiphanie, par exemple, relie de manière tout à fait suggestive les trois événements bibliques qui, dans leur suite chronologique, constituent ensemble la première manifestation du Christ au monde: larrivée des mages apportant leurs présents au nouveau-né Jésus (Matthieu 2, 1-12); le baptême de Jésus à trente ans dans le Jourdain (Matthieu 3, 13-17; Marc 1, 9-11; Luc 3, 21-22); leau changée en vin aux noces de Cana (Jean 2, 1-12). Mais lauteur anonyme de lantienne inverse la chronologie et place les noces avant le baptême, en disant: « Aujourdhui, lEpoux céleste sunit à son Eglise que le Christ lave de son péché dans le Jourdain ». Ayant ainsi évoqué le mariage de Dieu et avec son peuple conformément à la promesse des prophètes, mais aussi lobligation pour « l’époux » de purifier son « épouse », en la lavant (cf. Ephésiens, 5, 25-27), lauteur introduit alors les Mages, quil fait arriver avec leurs présents comme des invités à la fête nuptiale dont les convives se réjouiront de leau transformée en vin premier miracle du Christ, à Cana: « Hodie caelesti Sponso juncta est Ecclesia, quoniam in Iordane lavit eius crimina: currunt cum munere Magi ad regales nuptias, et ex acqua facto vino laetantur conviviae, alleluia! ». Ce qui signifie: « Aujourdhui, lEglise sest unie à lEpoux céleste, qui la lavée de ses péchés dans le Jourdain. Les Mages accourent avec leurs présents aux noces royales dont les convives se réjouissent de la transformation de leau en vin. Alléluia! ».

Le premier et le dernier mot de lantienne « hodie » et « alléluia » font comprendre ce mode de lecture. Ici, les textes du Nouveau Testament ont été interprétés à la lumière de la liturgie. Une liturgie où le sens du temps change, si bien que des événements passés et qui se suivent même entre eux sont vécus de manière extatique dans lunique « aujourdhui » de Dieu. Cela a pour effet de transformer des superpositions historiques impossibles en mystères simultanés et entremêlés. Chaque événement éclaire tous les autres, dans lunique projet du Père révélé par la vie-mort-résurrection du Christ: voilà la « forma mentis » sous-jacente à dinnombrables images chrétiennes, depuis les catacombes jusquau XXIe siècle.

L’initiale enluminée et l’antienne de l’Epiphanie sont toutes deux le fruit de l’imagination monastique et cette origine est dune importance fondamentale. Le monachisme est en soi une œuvre d’art: il rend visible et tangible une intensité particulière de la vie chrétienne, parce que le moine veut être, comme le Christ, icône ou image de la beauté de Dieu. Le monastère est le lieu où, avec laide de confrères qui ont la même vision intérieure, l’œuvre peut être tranquillement menée à bien, dans une sorte de laboratoire de l’âme.

La plus répandue des formulations occidentales de la vie monastique, la « Regula monachorum » de saint Benoît de Nursie, se réfère explicitement à cette analogie quand elle compare le monastère à un atelier dartisan et présente la vie des moines toute entière comme un processus de création (Regula 4, 75-78). Cette affirmation fait aussi écho à une tradition plus ancienne selon laquelle la vie de tout croyant est embellie « par l’or des bonnes actions et les mosaïques de la foi persévérante ». Les moines diffèrent des autres chrétiens, au moins dans la pensée de saint Benoît, par la profondeur de leur engagement: ils investissent toutes leurs énergies humaines dans leur projet spirituel et leurs « outils » sont les préceptes moraux de la vie chrétienne, « instrumenta artis spiritalis » (Regula 4, 75).

Même si ces phrases sont clairement métaphoriques, rien d’étonnant à ce que la métaphore se soit transformée en une réalité et que les monastères soient devenus des centres de développement des arts, ce que prévoyait dailleurs saint Benoît (cf. le chapitre 57 de la règle, sur « Les artisans au monastère »). Un climat de créativité dans un domaine dactivité suscite une même créativité dans dautres secteurs. De plus la vie monastique favorise la production d’art sacré parce que, excluant les distractions profanes, elle permet à l’artiste de simmerger dans les Ecritures et les actions sacramentelles qui donnent couleur et forme à sa foi, en lui garantissant de plus un « public » dévot et préparé.

Dans lhistoire du christianisme, les fruits culturels du monachisme ne se limitent pas aux moines. En effet le silence et la vie retirée des monastères nont pas éloigné la masse des fidèles, ils l’ont attirée. Lhistoire monastique confirme lattrait que les moines ont toujours suscité dans de larges groupes sociaux. Bien avant quAlcuin nenseignât ou quAnselme n’écrivît, les habitants dAlexandrie d’Egypte allaient écouter saint Antoine lErmite dans le désert et les Romains envoyaient leurs fils chez saint Benoît. Même quand l’âge d’or de la culture monastique a commencé à décliner, à partir des XIIIe et XIVe siècles, l’idéal dune solitude pleine de prière est resté comme un exemple pour les ordres religieux actifs de la fin du Moyen Age et pour les laïcs à qui ils prêchaient.

On peut dire sans exagération que les conquêtes formelles des moines – leur art et leur architecture, leurs pratiques en matière de liturgie et de dévotion, leurs structures dorganisation et leurs méthodes éducatives, agricoles et commerciales – ont imprégné la conscience culturelle de l’Europe. Plus encore, la vie monastique elle-même, considérée comme choix social créatif et libre, sest profondément gravée dans l’imaginaire des chrétiens, au point que certaines des aspirations les plus fondamentales de notre civilisation ne sont compréhensibles qu’à la lumière de l« entreprise » monastique.

Dans tout cela, il est important de noter le double rôle de l’imagination. La vie monastique demande un effort d’imagination à ceux qui la choisissent en devenant moines; elle en demande aussi un à ceux qui ne deviennent pas moines, cest-à-dire à la société chrétienne en général. Celui ou celle qui renonce aux biens légitimes de la vie et se retire pour chercher Dieu dans le silence et la prière a besoin dune forte capacité d« imagination » sociale et morale pour continuer à croire à « ces choses que l’œil na point vues, que loreille na point entendues, mais que Dieu a préparées pour ceux qui laiment » (1 Corinthiens 2, 9): ce passage est dailleurs cité dans la règle de saint Benoît (4, 77). Cest surtout dans les rapports parfois problématiques avec les confrères que limagination, en plus de la foi, permet au moine de sentir que « chaque fois que vous avez fait cela à lun de ces plus petits de mes frères, cest à moi que vous lavez fait » (Matthieu, 25, 40; cf. Regula 36, 3).

Par un effort identique d’imagination, ceux qui nentrent pas au monastère ont choisi, à travers les siècles, de voir dans les moines des « sages » et des « prophètes » plutôt que de dangereux dissidents en marge de la société. Les chrétiens – de ceux qui, par milliers, sont allés écouter la parole dAntoine labbé dans le désert égyptien à ceux qui, par centaines de milliers, lisent aujourdhui Thomas Merton ou Enzo Bianchi – ont toujours cru que la solitude des moines nimplique pas le mépris pour autrui et que leur silence peut faire jaillir une sagesse au service de lhomme.

Cette confiance, émouvante dans sa simplicité, fait entrevoir la plus importante fonction du monachisme dans limaginaire des chrétiens, celle de « symbole » qui sanctifie ce qui sen approche. Ceux qui viennent en visite dans un monastère ont, comme les moines eux-mêmes, limpression que, dans le recueillement contemplatif du cloître, les lieux et les objets prennent quelque chose des intentions et du dévouement des habitants de ces lieux. Les objets, même humbles, sont soudain perçus comme des signes qui révèlent la solidarité entre l’homme et le sacré, les barreaux dune échelle qui va de la terre au ciel. Cest dans cet esprit que saint Benoît dit que même les outils ordinaires du monastère doivent être traités comme si c’étaient des vases sacrés pour la liturgie (Regula 31, 10).

Cest une façon de voir sacramentelle, dans laquelle la surface des choses devient transparente pour révéler une perspective infinie et donne de lefficacité aux images. Une représentation de la Dernière Cène dans le réfectoire dun couvent, comme celle que Léonard de Vinci a peinte à Santa Maria delle Grazie, à Milan, nest pas seulement décorative, cest aussi un objet fonctionnel qui communique et nourrit la foi dont elle est née. Les choix opérationnels dans la genèse formelle de l’œuvre, qui relèvent normalement du domaine de lhistoire de l’art, sont ici associés à dautres choix qui ne sont pas esthétiques, mais existentiels.

Sainte Marguerite Marie Alacoque

17 octobre, 2008

Sainte Marguerite Marie Alacoque dans images sacrée stemarg
http://dieu-sauve.chez-alice.fr/apparitions/paray/paray.htm

Pape Benoît XVI : « Je vous le dis, à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps »

17 octobre, 2008

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http://www.levangileauquotidien.org/www/main.php?language=FR&localTime=10/17/2008#

Pape Benoît XVI
Encyclique « Spes Salvi », 27 (trad © copyright Libreria Editrice Vaticana)

« Je vous le dis, à vous mes amis : ne craignez pas ceux qui tuent le corps »

Celui qui ne connaît pas Dieu, tout en pouvant avoir de multiples espérances, est dans le fond sans espérance, sans la grande espérance qui soutient toute l’existence (cf Ep 2,12). La vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu — le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours « jusqu’au bout », « jusqu’à ce que tout soit accompli » (Jn 13,1;19,30).

Celui qui est touché par l’amour commence à comprendre ce qui serait précisément « la vie ». Il commence à comprendre ce que veut dire la parole d’espérance dans le rite du baptême : « De la foi j’attends la vie éternelle », la vie véritable qui, totalement et sans menaces, est simplement la vie dans toute sa plénitude. Jésus, qui a dit qu’il est « venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en plénitude, en abondance » (Jn 10,10), nous a aussi expliqué ce que signifie « la vie » : « La vie éternelle, c’est de te connaître, toi le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3). La vie dans le sens véritable, on ne l’a pas en soi, de soi tout seul et pas même seulement par soi : elle est une relation. Et la vie dans sa totalité est relation avec Celui qui est la source de la vie. Si nous sommes en relation avec celui qui ne meurt pas, qui est lui-même la Vie et l’Amour, alors nous sommes dans la vie. Alors nous vivons.

Prière du jardinier de Gethsmani

17 octobre, 2008

 du site:

http://users.skynet.be/prier/textes/PR1444.HTM

Prière du jardinier de Gethsmani
Auteur : Magali Girard, pasteur de l’église réformée

Arbres et rameaux, fruits et fleurs
Chaque saison, chaque plante
M’apporte la douce assurance
De ta pr
ésence, Seigneur cré
ateur.

Permets moi de voir dans cette terre
La force de vie qui m’é
chappe
Tourne ta face vers moi dans ce jardin
Que ta cré
ation y resplendisse

Gardes-moi humble dans l’abondance
Aimant mê
me du sol infertile
Tu me l’as confié
mais je sais
Qu’il sera fécond par ta seule volonté

Je ne suis que l’artisan qui façonne
Les dons de ta grâ
ce infinie.
Que je cueille, que je moissonne
Gardes-moi innocent de coeur et d’esprit

Afin que je ne cherche pas tant à récolter qu’à recevoir,
A régner qu’à
cultiver
Que je ne dé
sires pas tant organiser que contempler
La gloire de ton Royaume enfin germe dans ce verger d’oliviers.

Sainte Marguerite Marie Alacoque – 16 octobre

17 octobre, 2008

du site:

http://missel.free.fr/Sanctoral/10/16.php#dates

 

Sainte Marguerite Marie Alacoque 

16 octobre 

 

Quelques dates 

22 juillet 1648 : Naissance de sainte Marguerite-Marie.

20 juin 1671 : Sainte Marguerite-Marie entre au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial.

25 août 1671 : Prise d’habit de sainte Marguerite-Marie.

6 novembre 1672 : Profession religieuse de sainte Marguerite-Marie.

27 décembre 1673 : Première révélation du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie

21 juin 1686 : La fête du Sacré-Coeur est célébrée pour la première fois à la Visitation de Paray.

17 octobre 1690 : Mort de sainte Marguerite-Marie

18 septembre 1864 : Béatification de sainte Marguerite-Marie

13 mai 1920 : Canonisation de sainte Marguerite-Marie 

 

Extraits 

Ce divin Coeur est un abîme de bien où les pauvres doivent abîmer leurs nécessités ; un abîme de joie où il faut abîmer toutes nos tristesses ; un abîme d’humiliation pour notre orgueil, un abîme de miséricorde pour les misérables, et un abîme d’amour où il nous faut abîmer toutes nos misères. 

Dites dans chacune de vos actions :  » Mon Dieu, je vais faire ou souffrir cela dans le Sacré Coeur de votre divin Fils et selon ses saintes intentions que je vous offre pour réparer tout ce qu’il y a d’impur ou d’imparfait dans les miennes.  » Et ainsi de tout le reste. 

Ne nous troublons pas, car les troubles ne servent qu’à augmenter notre mal. L’Esprit de Dieu fait tout en paix. Recourons à Lui avec amour et confiance, et il nous recevra entre les bras de sa miséricorde. 

Vous demandez quelque courte prière pour lui témoigner votre amour ; pour moi je n’en connais point d’autre et n’en trouve point de meilleur que ce même amour, car tout parle quand on aime, et même les plus grandes préoccupation sont des preuves de notre amour. 

A la vérité, je crois que tout se change en amour, et une âme qui est une fois embrasée de ce feu sacré, n’a plus d’autre exercice ni d’autre emploi que d’aimer en souffrant. 

Le Seigneur ne fait sa demeure que dans la paix d’une âme qui aime fortement de se voir anéantie, pour demeurer comme toute perdue dans l’amour à son abjection. 

Vous ne trouverez de paix ni de repos que lorsque vous aurez tout sacrifié à Dieu. 

Ne nous troublons pas, car les troubles ne servent qu’à augmenter notre mal. L’Esprit de Dieu fait tout en paix. Recourons à Lui avec amour et confiance, et il nous recevra entre les bras de sa miséricorde. 

La sainteté d’amour donne à l’âme un désir si ardent d’être unie à Dieu qu’elle n’a de repos ni jour ni nuit … Dieu se faisant voir à l’âme et lui découvrant les trésors dont il l’enrichit et l’ardent amour qu’il a pour elle. 

Sainte Marguerite-Marie Alacoque