Archive pour le 6 octobre, 2008

Jesus Lumière du monde

6 octobre, 2008

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16_Bordone_I am the light of the world Joh 8_1 National gallery London Christ as the Light of the World probably about 1540-60 BORDONE, Paris 1500 -

http://www.artbible.net/3JC/-Joh-08,12_Light_of_the_world_Lumiere_du_monde/slides/16%20BORDONE%20THE%20LIGHT%20OF%20THE%20WORLD.html

par Jean Lévêque: L’Esprit pour un temps de crise

6 octobre, 2008

du professeur je traduis quelques études du français au italien pour mon blog sur Saint Paul, je vous propose un de son étude;

 par Jean Lévêque, carme, de la Province de Paris:

http://perso.jean-leveque.mageos.com/index.htm

L’Esprit pour un temps de crise

Depuis quelques années on a analysé de bien des manières le désarroi qui s’empare des chrétiens devant les tensions nouvelles apparues dans le monde et dans l’Église ; et le besoin se fait sentir maintenant de dépasser le stade des constats, plus ou moins moroses, pour aborder l’aujourd’hui de l’Église avec l’humble « fierté de l’espérance » (Hb 3,6). À titre de jalon sur ce chemin de l’espérance, les pages qui suivent voudraient simplement placer dans le même champ d’une visée de foi et mettre en résonance l’un avec l’autre quatre thèmes du Nouveau Testament : le temps, le monde, l’Église et l’esprit.

1. Temps chrétien et repérage prophétique

L’aujourd’hui de l’Église et du chrétien, entre les deux avènements du Christ dans l’humilité et dans la gloire, nous situe constamment entre ce qui est donné par Dieu et ce qui est projeté par lui pour le bonheur de l’homme. Chaque moment du temps de l’Église1 relie de manière toujours neuve le déjà et le pas encore, et participe donc à la fois de la réussite et de l’inachèvement de l’histoire du salut. Mais précisément, puisque le salut est une histoire qui se déploie, aucune étape du temps chrétien ne peut se comprendre isolément : chaque moment ne prend vraiment sens pour nous que par un double regard sur l’origine et sur la fin. Cela, d’ailleurs, s’est vérifié dès l’ancienne alliance, car les prophètes, dont le rôle principal était de lire le présent à la lumière de la parole de Dieu, ont toujours fait le point, pour la navigation du peuple d’Israël, en dirigeant leur regard à la fois vers les événements fondateurs et vers le jour du Seigneur, qui restait objet d’espérance.

Il ne s’agissait pas, pour les prophètes, de se réfugier dans les souvenirs du passé ou de fuir vers l’avenir insaisissable, mais bel et bien de valoriser le présent, de redonner toute sa densité à l’aujourd’hui du peuple de Dieu en repérant les énergies divines qui le traversaient. De même, si nous essayons, sans cesser d’avancer, de saisir la loi du mouvement qui nous emporte, il ne suffit pas de disséquer nos expériences d’Église ou de groupe, ou d’opérer une coupe verticale dans la vie présente de l’Église en déplorant à chaque niveau des misères ou des insuffisances. Ces analyses, certes, sont requises et souvent urgentes, mais il faut en même temps consentir à un double repérage, rétrospectif et prospectif. Rétrospectif, car nous avons, aujourd’hui encore, à ressaisir nos événements fondateurs : la période constituante de l’Église, toute cette gangue d’expériences et de témoignages qui adhère directement à l’événement-Christ. Prospectif, car nous pouvons prolonger, par le pointillé de l’espérance, les lignes de force du salut déjà présent dans le Christ ressuscité

Double visée, qui permet un double effort d’enracinement dans les réalités du salut et d’invention missionnaire. Double référence au passé et à l’avenir, qui exorcise à la fois la prétention d’être nous-mêmes un point de départ absolu et l’illusion de trouver avant la Parousie du Seigneur, un point d’arrivée et de repos définitif 2.

2. L’Esprit de Jésus et le temps des chrétiens

La communauté de Jésus, sûre de l’alliance nouvelle que Dieu a passée avec elle, nomadise donc encore vers la promesse. Mais le Christ pourvoit à l’accompagnement de son peuple : l’Esprit-Paraclet est donné à l’Église pour le temps de la crise, et parce que le temps de l’Église sera toujours un temps de crise.

Notre langue française a donné au mot crise une nuance assez négative : il s’agit presque toujours d’une phase grave et plus ou moins inquiétante dans l’évolution des choses, des événements ou des idées. Mais à l’échelle de l’histoire du monde ou d’une personne, bien des crises jouent en fait un rôle éminemment constructif. Avant d’être une phase dangereuse, la crise est un moment décisif 3. Si l’on garde en mémoire ce double aspect, on se trouve de plain-pied avec le vocabulaire johannique. Dans l’Évangile de Jean, en effet, le mot krisis désigne parfois le jugement prononcé sur les hommes, mais avant tout et plus profondément il renvoie à un moment crucial, à un moment de discernement et de décision existentielle, à un « jugement » provoqué en l’homme par Jésus et son message. La krisis est alors la discrimination de la lumière et des ténèbres ; par elle se dessine et s’épaissit la frontière mouvante entre l’assentiment et le refus, qui passe à travers le monde, à travers l’Église à travers chaque communauté et chaque cœur de croyant 4.

Le discours des adieux y insiste : le Paraclet viendra, et vient sans cesse, parce que la communauté de Jésus vit le temps de l’affrontement, parce que sans lui le temps de l’Église serait le temps des orphelins (Jn 14,18), et parce que l’heure est là, pour la femme, où elle doit enfanter dans la douleur l’homme nouveau qui sera d’elle mais ne sera plus elle (Jn 16,21). Le Paraclet vient, lorsque l’Heure de Jésus est accomplie, pour que le temps de l’épreuve et de l’adversité soit vécu pleinement comme le moment (kaïros) du salut, et pour que chaque journée de l’Église réalise la conjonction du projet de l’homme et du projet de Dieu.

En même temps qu’il confère à l’aujourd’hui chrétien toute sa densité de salut, et même pour valoriser pleinement le présent de l’Église l’Esprit Paraclet relie vitalement le chrétien au Christ qui est venu et qui viendra.

D’une part il est l’Esprit du souvenir : « L’Esprit Saint. que le Père enverra en mon nom, disait Jésus, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26) ; « il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera » (16,14). Mais c’est le même Esprit qui annonce « les choses à venir » (16,13).Le chrétien du XXème siècle n’est donc pas plus éloigné de Jésus que ceux de l’âge apostolique, car le Paraclet habite en lui comme il habitait les témoins oculaires de la vie du Seigneur. En rappelant les paroles de Jésus et en leur donnant un sens toujours inédit, l’Esprit guide chaque génération et lui permet d’affronter et de mettre à profit 5 des situations toujours nouvelles.

Ainsi, dans la mesure même où l’Église vit de l’Esprit de Jésus, elle peut rester fidèle à la fois à ses racines et à sa mission, à ses certitudes et au devoir d’inventer, à l’originel et à l’original. Car c’est l’Esprit Saint qui assure la cohérence entre le passé, le présent et l’avenir du chrétien et du monde. Il remplit lui-même divinement la triple fonction qu’il confiait autrefois aux prophètes et dont il investit maintenant son peuple prophétique : fonction d’anamnèse (souvenir), fonction d’actualisation, et fonction de prospective. Tout ce qui se vit dans l’Église, dans le monde, dans une communauté ou dans un cœur d’homme sous le signe de l’Esprit est donc toujours à la fois souvenance, saisie et promesse, à la fois mémorial, fécondité et prophétie 6 ; et lui-même, l’Esprit Paraclet, nous est présenté par Jésus à la fois comme don et comme promesse; promesse toujours tenue, et don toujours promis.

Au cœur du temps chrétien qui est le temps de la décision, l’Esprit nous restitue donc l’horizon de notre espérance en nous ramenant sans cesse au Christ de notre foi; et parce qu’il continue l’œuvre de Jésus, toute son action, en l’homme et entre les hommes, est marquée du dynamisme de la vérité et de la vie.

Parce qu’il est l’Esprit de vérité, l’Esprit de Jésus se joint à notre esprit pour nous faire reconnaître les dons que Dieu nous a faits, pour nous faire demander ce qu’il faut et crier : « Abba, Père » 7. C’est lui qui nous fait lire, décoder et interpréter les signes de notre temps, qui nous fait discerner, en fils, où se situe l’œuvre du Père, et nous fait découvrir, dans le monde, toutes les « préparations évangéliques 8 » déjà authentifiées par son sceau.

Parce qu’il est l’Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus (Rm 8,1), le Paraclet agit constamment, dans le temps du salut, comme force de cohésion et comme force d’expansion universelle.

C’est lui qui maintient abaissées les barrières que le Christ, notre paix, a abattues une fois pour toutes (Ep 2,14). C’est lui qui distribue les charismes « en vue de bâtir le Corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité que réalisent la foi et la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ en sa plénitude » (Ep 4,13). C’est l’Esprit qui opère l’unité et qui, en même temps, crée les différences (non pas les oppositions), afin de mettre en œuvre, dans l’Église et le monde, cette « sagesse aux multiples couleurs » qui est le secret du Père (Ep 3,10). Grâce à lui les frères chrétiens, qui se savent porteurs d’un message d’harmonie, acceptent que la vie soit dissonante et s’attellent humblement, sans précipitation ni angoisse, à résoudre en Jésus Christ les tensions et les désaccords.

Tout en resserrant le lien de la paix entre les frères, l’Esprit relance chaque jour la communauté de Jésus sur le chemin de l’Exode, et, pour assurer l’expansion universelle de l’Évangile, il diversifie à l’infini l’agir chrétien, les inventions missionnaires, les approches du mystère et les cheminements personnels. Dieu, en effet, ne connaît pour l’homme aucun modèle préétabli, hormis Jésus Christ, son Image parfaite ; et son amour est assez puissant pour rejoindre chacun comme s’il était l’unique, au milieu d’une multitude de frères. C’est d’ailleurs dans l’Unique que chacun est regardé, appelé et glorifié : chaque croyant habité par l’Esprit est une variation nouvelle et irremplaçable sur l’unique thème du Fils de Dieu, et par cette nouveauté du chrétien l’Esprit veut aller au-devant des besoins nouveaux qui surgissent dans le monde.

Les choses de l’Esprit forment ainsi un univers en expansion. Chaque fruit porté pour le Royaume devient semence pour les moissons à venir, selon une loi de croissance qui échappe à toute prospective humaine et qui ne peut se dire qu’avec les mots du paradoxe chrétien.

3. « Voici maintenant le moment favorable »

Si la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement, le chrétien, parce qu’il possède les prémices de l’Esprit, sait que chaque moment de l’histoire est riche de la présence active de Dieu, et même « en pleine période de détresse » il continue « d’accueillir la Parole avec la joie de l’Esprit Saint » (1 Th 1,6).

Souvent l’instant que vit l’Église porte le signe de ce que Saint Paul appelait « la tribulation Il apparaît comme une alternance douloureuse de clarté et d’opacité, d’enthousiasmes et de désillusions, comme une sorte de malaise complexe fait de solitude, d’insécurité, d’incompréhensions, de mutismes ou d’effervescences incontrôlées. La réponse du Nouveau Testament à ces incertitudes et ces ambivalences, c’est l’invitation au réalisme évangélique et à une sagesse chrétienne l0 qui accepte d’entrer dans la folie de Dieu 11. Il n’est pas possible de ne pas éprouver une certaine crainte de l’inconnu, mais il est possible, dans la foi, de reconnaître aujourd’hui le temps de la visite, le passage du Seigneur, et l’appel à passer avec lui de ce monde au Père qui aime le monde.

Dans toute conjoncture le sage chrétien discernera donc toujours le temps de l’envoi et du témoignage : « Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, disait Jésus, il rendra témoignage de moi ; et vous aussi, vous témoignerez » (Jn 15,26). .Et quand bien même notre témoignage resterait marqué de notre faiblesse, nous savons qu’il n’est pas séparable du témoignage de l’Esprit, et que le Paraclet, lui, pourra toujours témoigner à travers notre pauvreté.

L’aujourd’hui de l’Église doit aussi être pour nous le temps de la liberté créatrice, car c’est le temps où travaille l’Esprit, avec force et douceur; or « là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Co 3,17). Parce qu’elle est reçue de Dieu, la liberté du chrétien est entièrement vouée à l’œuvre de Dieu ; elle a pour moteur le désir de construire et pour loi l’exigence de construire le Corps du Christ sur la terre.

Le temps présent sera toujours pour le disciple de Jésus le temps de l’espérance, et nous savons, même si nous n’en avons pas toujours l’évidence ou le sentiment, que l’espérance ne décevra pas le monde et que nous sommes vraiment les messagers d’une bonne nouvelle, parce que l’amour est là, déjà agissant dans nos cœurs et que l’Esprit est là, qui l’apporte et qui nous donne de l’accueillir (cf. Rm 5,5). Aujourd’hui plus que jamais, les vraies premières lignes de l’Église, ce sont les avant-postes de l’espérance, ce sont les hommes et les communautés qui acceptent d’en vivre et d’en témoigner.

Enfin l’aujourd’hui de l’Église est pour nous tous, où que nous vivions, le temps du service, mieux : le temps où il nous faut inscrire notre témoignage dans la ligne de la mission du Serviteur. Mais le Christ a prévenu tous ceux qui veulent le suivre : le serviteur n’est pas au-dessus du maître, ni l’envoyé mieux partagé que celui qui l’envoie (Mt 10,24). Dès lors, quoi d’étonnant si nous connaissons à certaines heures de la vie ecclésiale l’insécurité qui a été pendant des mois le lot de l’Envoyé de Dieu ? L’identification au Christ, Serviteur de Yahweh, qui était si présente à la conscience apostolique de Paul, peut encore éclairer de l’intérieur notre destinée de témoins de Jésus ; et l’appel du Christ, qui nous fait entrer chaque jour plus avant dans son mystère de mort pour la vie, demeure pour nous comme pour Paul le critère spirituel le plus sûr pour le discernement de nos vraies impasses et de nos vraies joies.

Comme l’expliquait Paul aux Corinthiens : « Puisque nous sommes à l’œuvre avec le Christ », il s’agit de « ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu. Car Dieu dit : au moment favorable je t’exauce ; au jour du salut je viens à ton secours. Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ». Il s’agit dès lors « de nous présenter en vérité comme serviteurs de Dieu, par une grande persévérance dans les détresses, les contraintes, les angoisses (), par l’Esprit Saint, l’amour sans calcul, la parole de vérité ; dans la célébrité comme dans le mépris, tenus pour imposteurs et pourtant véridiques, inconnus, et pourtant bien connus (de Dieu) ; attristés, mais toujours joyeux ; pauvres, nous qui pouvons faire tant de riches ; n’ayant rien dans les mains, nous qui possédons tout » (2 Co 6,1-10).

NOTES

1. Le Nouveau Testament emploie souvent le mot kaïros qui signifie surtout : moment favorable. Pour ce thème important, consulter la grande Concordance française du NT, p. 520-521.

2 P. Ricœur, dans son ouvrage philosophique De l’interprétation, a exploré ce double mouvement, mais au niveau de la destinée personnelle de l’homme. L’être humain ne peut rejoindre vraiment sa liberté que sil accepte à la fois de revenir aux sources de son histoire affective et de viser une fin qui le sollicite et le dépasse. « Archéologie du sujet » et « téléologie du sujet » : l’homme libre est à la jonction de ces deux mouvements.

3. C’est bien ce que suggère l’étymologie : krisis désigne avant tout l’acte ou la faculté de distinguer, de choisir, de décider.

4. On trouvera les références à l’Évangile johannique dans la Concordance française au mot juger, p. 272-273.

5. Col 4,5.

6. De cela l’Eucharistie est un exemple frappant : mémorial de la passion et de la résurrection du Sauveur, elle actualise pour nous ce mystère de Jésus Christ et prophétise le repas éternel dans le Royaume.

7. Rm 8,26.15.

8. Cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium, n° 16 : « À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une voie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut En effet, tout ce qui chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie ».

L’expression même de « préparation évangélique » est le titre d’un ouvrage d’Eusèbe de Césarée au IVe siècle.

9. Thlipsis, cf. Rm 2,9; 5,3; 8,35; 12,12; 1 Co 7,28; 2 Co 1,4.8; 2,4; 4,17; 6,4; 7,4; 8,2.13; Ep 3,13; Ph 1,17; 4,14; Col 1,24; 1 Th 1,6; 3,3.7; 2 Th 1,4.6.

10. Cf. Mt 23,34.

11. Cf. 1 Co 1,20-30; 2,1-13; 3,19; 12,8; 2 Co 1,12.

Synode sur la Parole de Dieu : « Pour que l’apostolat biblique porte des fruits »

6 octobre, 2008

du site: 

http://www.zenit.org/article-18797?l=french

Synode sur la Parole de Dieu : « Pour que l’apostolat biblique porte des fruits »

Par le Fr Luc Devillers, op

ROME, Mardi 16 septembre 2008 (ZENIT) – Un bibliste, dominicain, français, le Fr Luc Devillers, à peine remis de sa surprise d’être appelé par Benoît XVI à participer au synode des évêques sur la Parole de Dieu (5-26 octobre 2008), en tant qu’expert, souligne combien le travail des exégètes prend tout son sens « pour que l’apostolat biblique porte des fruits ».

Zenit – Fr Luc Devillers, vous êtes nommé expert au synode sur la parole de Dieu: quel est le rôle d’un expert ?

Fr Luc Devillers – N’ayant pour le moment reçu aucune information sur mon rôle pendant le Synode, je ne peux pas parler avec précision de ce qu’on attend d’un expert ! Disons simplement que le Synode est une assemblée d’évêques : donc seuls les évêques ont droit à la parole dans les réunions générales. Il y aura aussi, probablement, quelques invités à qui l’on demandera une intervention particulière, comme Jean Vanier l’avait fait je crois lors du dernier Synode. À partir de leur compétence en matière biblique, les experts travaillent dans les coulisses, ils aident les évêques à formuler leur réflexion sur ce sujet, à produire des textes.

Zenit – Comment se déroule un synode ?

Fr Luc Devillers – Comme beaucoup d’évêques, les experts nommés pour ce synode seront (pour la plupart) novices en la matière. Je ne sais que ce que vous savez déjà : le Synode débutera par une célébration à la basilique Saint-Paul-Hors-Les-Murs le dimanche 5 octobre, et s’achèvera le dimanche 26 par une célébration à la Basilique Saint-Pierre.

Zenit – Comment se prépare-t-on à un tel événement ?

Fr Luc Devillers – Je tâche de vivre mon travail quotidien avec sérénité, en faisant confiance. Pour le mois de septembre, je suis au Canada, au Collège universitaire dominicain d’Ottawa, pour de l’enseignement biblique intensif ; j’en profite aussi pour continuer ma recherche personnelle : je prépare un commentaire sur l’évangile de Jean.

Zenit – Quelle urgence y a-t-il pour notre monde à faire réfléchir les évêques du monde entier sur ce thème de la Parole de Dieu ?

Fr Luc Devillers – Quarante ans après Vatican II, et donc après le magnifique document « Dei Verbum » (la « Parole de Dieu ») sur la Révélation divine, le Saint-Père a souhaité que les évêques fassent en quelque sorte le point sur la réception de ce document, en particulier sur l’élan qu’il avait suscité en faveur d’une meilleure connaissance de la Bible par les croyants : connaissance technique ou scientifique (avec l’appui de spécialistes : livres, articles, cours et groupes bibliques, etc.) mais aussi connaissance « par le coeur » (lectio divina, méditation personnelle de la Parole de Dieu, etc.). Sur ce plan-là, il y a certainement eu beaucoup de positif depuis Vatican II, mais il reste bien du travail à faire, bien des vides à combler, des défauts à corriger. À l’heure actuelle, il est plus que jamais important que les chrétiens sachent à quel Dieu ils croient, et donc à quelles Écritures ils peuvent et doivent se référer pour vivre au quotidien leur foi, avec toutes ses implications dans les différents domaines de la vie (éthique ; spiritualité ; témoignage et évangélisation, etc.).

Zenit – Qu’est-ce que vous attendez de cette assemblée dite « ordinaire » mais non moins exceptionnelle ?

Fr Luc Devillers – Que cette assemblée redonne un souffle à l’Église universelle et aux Églises locales à partir d’une meilleure prise en compte de l’Écriture, pour que celle-ci ne soit plus seulement un livre de papier (ou de signes informatiques !), mais soit toujours plus la trace précieuse de la Parole de Dieu qui donne la vie et la joie. J’aimerais aussi que le travail des chercheurs (exégètes, historiens, biblistes) soit mieux reconnu et davantage encouragé. Pour cela, il faudrait que notre assemblée reprenne et médite à nouveau les mots de « Dei Verbum » (d’ailleurs empruntés à une encyclique de Léon XIII) : que le travail des spécialistes aide l’Église à mûrir son jugement sur toute sorte de questions. Si on la prend au sérieux, l’Écriture – la Bible – nous invite sans cesse à la conversion.

Zenit – Comment nos lecteurs peuvent-ils s’unir au travail du synode, semaine après semaine ?

Fr Luc Devillers – Je crois, bien sûr, que la première manière pour les lecteurs de Zenit de s’unir au travail du Synode est la prière. Ce n’est pas un vain mot, une formule pieuse. Il n’y a pas d’Église sans prière, une réflexion de pasteurs et d’experts ne portera du fruit que si elle est animée par la prière : leur prière personnelle et communautaire, au cours des grands moments liturgiques que ce Synode suscitera, mais aussi la prière de toute la communauté catholique, et je suis sûr aussi que bien des chrétiens non catholiques prieront pour le succès de cette rencontre unique. Peut-on encore suggérer une autre manière pour les chrétiens de s’unir au travail du Synode ? Il s’agirait pour eux de profiter de ce mois d’octobre pour lire l’Écriture, pour approfondir une question, étudier un livre biblique, par exemple une lettre de saint Paul – c’est l’année paulinienne – ou un évangile. Pourquoi ne pas relire aussi le document « Dei Verbum » de Vatican II ? Il reste une pièce maîtresse du dernier Concile. On pourra encore lire le document de travail – « Instrumentum laboris » – préparé pour ce Synode (le seul document que j’aie pour le moment à son sujet !).

Zenit – Pour mieux comprendre qui le Saint-Père appelle à cette assemblée, qui est le Fr Luc Devillers ?

Fr Luc Devillers – Né en 1954, je suis un dominicain français de la Province de Toulouse. J’ai fêté mes 30 ans de profession religieuse et 25 ans de sacerdoce. Docteur en Écriture sainte, j’ai publié un gros ouvrage à partir de ma thèse : « La fête de l’Envoyé. La section johannique de la fête des Tentes [Jean 7,1-10,21] et la christologie » (Paris, Gabalda, 2002). J’en ai ensuite donné une version plus courte, accessible à un public soucieux de formation biblique : « La saga de Siloé. Jésus et la fête des Tentes [Jean 7,1-10,21] » (Paris, Éd. du Cerf, 2005).

De 1986 à 1995 j’ai enseigné au premier cycle du couvent des Dominicains de Bordeaux le grec biblique et une introduction aux évangiles, ainsi qu’au Séminaire interdiocésain de Bordeaux, sur la littérature johannique.

De 1995 à 2008 j’ai enseigné à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, toujours sur la littérature johannique. Pendant plusieurs années j’ai été aussi Secrétaire pour le Nouveau Testament de la « Revue biblique », la revue scientifique des Dominicains.

Durant ces temps à Bordeaux et à Jérusalem, j’ai aussi exercé dans mon couvent la charge de chantre, responsable de la liturgie quotidienne. J’aime beaucoup la liturgie, le lieu où la Parole de Dieu est célébrée, pour mieux en vivre.Au mois de novembre, juste après le Synode, je vais prêcher la retraite des moniales puis des moines de Solesmes, renouant avec un exercice de prédication que j’aime beaucoup et que j’ai souvent pratiqué.

De même, j’ai souvent animé des sessions bibliques dans des monastères, des communautés, ou pour des groupes diocésains ou des paroisses. Avant Noël, je vais quitter Jérusalem pour aller vivre au couvent Saint-Albert de Fribourg, en Suisse. En effet, dès février 2009 je serai professeur d’exégèse et de théologie du Nouveau Testament à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg.

Vous voyez que, pour moi, la Bible n’est pas qu’un objet d’étude en chambre ! Mais ce travail de spécialiste est indispensable pour que l’apostolat biblique porte des fruits.

Propos recueillis par Anita S. Bourdin