L’art campanaire en Occident. Histoire, facture et esthétique des cloches de volée

Aujourd’hui j’ai pensé à la cloche, mais je n’ai pas trouvé de plus: 

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L’art campanaire en Occident. Histoire, facture et esthétique des cloches de volée

P. Jean Évenou

Paris, Éd. du Cerf, coll. « Cerf Histoire », 2006. – (16×24), 336 p., 34,00 €.

Esprit et Vie n°158 – octobre 2006 – 2e quinzaine, p. 31.

Hervé Gouriou, enseignant à Paris-VIII et docteur en musicologie et campanologie, sait de quoi il parle quand il traite de l’art campanaire et se montre intarissable sur un sujet qui le passionne, assure-t-il, depuis l’âge de douze ans. Mais il lui faut bien restreindre son sujet : on passe des cloches en général aux cloches de volée et, plus précisément, en France. À suivre le guide, le lecteur n’ignorera rien, pour commencer, de l’aventure de la Savoyarde, depuis l’idée d’un bourdon offert au Sacré-Cœur de Montmartre par la Savoie jusqu’à sa bénédiction sur la butte le 20 novembre 1895, en passant par les étapes de la conception, de la fusion, du transport et de l’installation d’une cloche de près de dix-neuf tonnes et d’un diamètre dépassant les trois mètres. En cinq chapitres, l’auteur parcourt ensuite un panorama campanaire étonnant pour le profane qui se contente d’entendre sonner les cloches : facture et organologie de la cloche de volée, statuts et fonctions de la cloche au cours de l’histoire, esthétique du signal sonore, la cloche de volée dans le monde contemporain, aspects musicologiques de la cloche de volée. À la lecture de cet ouvrage, vous saurez tout sur la fabrication d’une cloche de volée, sur son ornementation, sa disposition dans un clocher, ses modes de balancement (lancé franc ou équilibré, rétrogradé ou rétrolancé), les fonctions qu’elle assure : « réguler, appeler, avertir, rassembler, signaler, protéger, prévenir, solenniser » (p. 107), les menaces qui la guettent (fêlure, cassure, incendie du beffroi, guerres et surtout, en France, destructions massives sous la Révolution), le paysage sonore qu’elle découvre, la mémoire d’une communauté qu’elle assure, les querelles de clochers qu’elle a suscitées et jusqu’au mythe des cloches englouties.

Curieusement, il faut attendre la page 82 pour connaître les différents noms de la cloche, mais on n’en saura pas plus sur les deux vocables latins campana et clocca, dont dérivent le campanile et le clocher, et que l’on retrouve côte à côte dans le titre même de l’ouvrage. Sur l’origine celtique du mot « cloche » et l’histoire de la cloche aux neuf premiers siècles de notre ère, on aura avantage à se reporter aux articles « cloche », « clocher », « clochettes celtiques » du Dictionnaire d’archéologie chrétienne et de liturgie, III, 2 (1994), col. 1954-1991 (ouvrage cité p. 83 avec une date erronée : la publication a commencée en 1903, et sans donner aucune référence précise pour un ensemble de trente volumes, ce qui est une gageure). Est-il sûr que le « clochard » ait quelque chose à voir avec la cloche (p. 101) ? Le vagabond n’est-il pas celui qui boitille (cloppus, synonyme populaire de claudus) ?

Curieusement aussi, la bénédiction des cloches est insérée dans le chapitre III consacré à l’esthétique du signal sonore. Le lecteur d’Esprit et Vie trouvera sans doute superflue l’explication donnée à l’expression « baptême » d’une cloche (p. 211-213) : elle relève tout simplement du langage populaire par analogie avec le baptême : nom, parrainage, usage d’eau bénite et de saint-chrême (confondu avec l’huile destinée au sacrement des malades, p. 214, en note).

L’auteur est manifestement plus à l’aise dans d’autres domaines de la campanologie, qu’il parle des quatre fonderies de cloches en activité en France, qu’il fasse un tour de France (et au-delà) des plus célèbres cloches de volée, qu’il présente la cloche du millénaire, fondue en France mais installée aux États-Unis, ou qu’il s’intéresse à la place des cloches dans la musique et la littérature. On pourra trouver exagérées les querelles de clochers et surtout les différents entre maires et curés sur l’utilisation des cloches, différents qui sont le reflet d’un antagonisme moderne. Le ton professoral et certains traits d’écriture (« notons que », « soulignons que », « penchons-nous sur ») pourront agacer plus d’un lecteur. On appréciera du moins la haute compétence technique de l’auteur et la documentation directe qu’il fournit, en particulier pour la période révolutionnaire.

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