Archive pour le 4 août, 2008

« Salus Populi Romani » Basilique Sainte Marie la Majeur

4 août, 2008

http://www.italicon.it/museo/I332-002.jpg

demain mardi 05 Août 2008: Dédicace de Sainte Marie Majeur ou Sainte Marie-des-Neiges

4 août, 2008

demain mardi 05 Août 2008:

Dédicace de Sainte Marie Majeur ou Sainte Marie-des-Neiges

http://www.revue-kephas.org/02/1/Fux75-80.html

Visages de la Vierge à Sainte-Marie-Majeure

Pierre-Yves Fux *

À Rome, promeneurs et pèlerins ne manquent pas de remarquer la multitude des madonnine, images de Marie intégrées dans les façades de presque chaque immeuble. La dévotion populaire semble ainsi plus vive pour la Vierge que pour ceux qui ont fait de Rome la capitale de la chrétienté : les Apôtres Pierre et Paul. Et à Rome, les sanctuaires consacrés à Marie sont nombreux : Santa Maria in Trastevere, Santa Maria in Aracoeli, Santa Maria sopra Minerva, Santa Maria degli Angeli, Santa Maria Antiqua, etc. Le principal d’entre eux est Santa Maria Maggiore, Sainte-Marie-Majeure — c’est aussi le plus accessible et souvent le premier ou le dernier que visitent les pèlerins venus en train : la gare centrale est toute proche. Cette basilique, l’une des quatre principales de Rome, a été entièrement restaurée dans les années qui précédèrent le Grand Jubilé. Sainte-Marie-aux-Neiges Deux événements sont à l’origine de la construction de cette basilique. Le premier est un miracle survenu le 5 août 356 : une chute de neige au sommet d’une des sept collines de Rome et, durant la même nuit, le songe du pape Libère, qui ordonnera dès lors la construction de « Sainte-Marie-aux-Neiges ». Depuis, c’est le 5 août qu’est célébrée la fête de la dédicace de cette basilique, fête restée inscrite au calendrier universel de l’Eglise. Jadis, la commémoration solennelle de la Dédicace donnait lieu à une Messe durant laquelle, pour évoquer le miracle de la neige, on faisait tomber des hauteurs de la nef des myriades de pétales de fleurs blanches — la tradition revit aujourd’hui chaque 5 août et, dans la touffeur de l’été romain, les fidèles peuvent s’émerveiller de la naïve et poétique représentation des flocons miraculeux. La façade médiévale de la basilique illustre les épisodes de ce miracle, avec des mosaïques contemporaines du premier Jubilé, de cette année 1300 où Dante situe sa Divine Comédie. Il est aujourd’hui difficile de lire ces figures à partir de la rue, mais, depuis quelques années, la loggia construite en 1750 par-devant la façade est accessible au public. On voit alors de très près le moindre détail : le marbre blanc des flocons de neige, çà et là le rouge coq-de-roche, et l’or, partout, dans le ciel comme dans l’architecture géométrique compliquée des scènes terrestres — et enfin, le bleu aux multiples nuances dans les ailes des anges et sur la robe de Marie. Marie, Mère de Dieu Trois générations après le miracle de la neige survient comme un second événement fondateur pour la basilique : le concile œcuménique d’Ephèse, qui définit et proclame en 431 le dogme de la maternité divine de Marie, Theotokos. À cette occasion fut reconstruit le majestueux édifice actuel où le culte n’a jamais cessé depuis. Le pape Sixte III avait fait apposer une inscription dédicatoire en vers, dont voici le début : Virgo Maria tibi Xystus nova tecta dicavi digna salutifero munera ventre tuo. Tu genitrix ignara viri te denique feta visceribus salvis edita nostra salus. (« Vierge Marie, à toi j’ai dédié, moi Sixte, une nouvelle demeure, digne hommage à tes entrailles qui nous ont porté le salut. Tu es une mère qui n’a pas connu d’homme, et finalement enceinte, tu as mis au monde, sans blessure à ta virginité, notre salut. ») Si cette inscription n’a perduré que jusqu’au XVIe siècle, les murs de briques et les colonnades de marbre sont restés les mêmes, et l’or des mosaïques antiques continue d’étinceler sur le grand arc triomphal qui marque la fin de la vaste nef et surplombe l’autel majeur. Sur cet arc sont représentés les mystères de l’Incarnation et de la Nativité du Christ. Les scènes narrées dans les panneaux successifs de cette grande mosaïque sont familières et en même temps étranges, par certains détails qui trahissent leur antiquité : la dignité de Marie est exprimée par son vêtement d’or ou de pourpre, celui d’une impératrice romaine, mais elle n’a pas d’auréole — contrairement à Hérode, qui porte ce qui n’était alors, dans les représentations figurées, qu’un symbole de pouvoir, non de sainteté ! Marie de Bethléem Au bas de l’arc triomphal sont esquissées deux villes entourées de murailles dorées, avec l’inscription de leur nom : Jérusalem, dont on peut reconnaître la rotonde du Saint-Sépulcre, et Bethléem. Ces villes ne font pas qu’évoquer le début et le terme de la vie terrestre du Christ : à elles deux, elles évoquent l’universalité du salut. Jérusalem représente l’ancienne Alliance et le salut pour les Juifs prêché par saint Pierre; Bethléem, c’est la Nouvelle Alliance, le salut pour toutes les autres nations, annoncé par saint Paul. Les deux Princes des Apôtres meurent martyrs à Rome, qui devient le symbole et le creuset de l’universalité et de l’unité du christianisme. Cité de Pierre et de Paul, Rome est à la fois une Bethléem et une Jérusalem. Ce message est répété dans bien des sanctuaires romains, et les mosaïstes du XIIe siècle reproduiront dans plusieurs églises, dont Saint-Clément, les représentations antiques des deux villes de Terre Sainte de part et d’autre de l’arc triomphal. Pour les Romains et pour les Romées, pèlerins venus dans la Ville éternelle, Sainte-Marie-Majeure est avant tout une Bethléem. La Jérusalem romaine est à chercher dans l’église Sainte-Croix-en-Jérusalem, construite dans les murs mêmes du palais de l’impératrice-mère Hélène, qui y avait apporté les reliques de la Passion. À Sainte-Marie-Majeure sont conservées les reliques du bois de la crèche, exposées sous l’autel principal. C’est aussi dans cette basilique que reposeraient saint Matthieu, l’Evangéliste qui raconte l’adoration des Mages, et saint Jérôme, qui traduisit la Bible en latin dans une grotte de Bethléem. La présence à Rome de la relique de la crèche est évoquée dans l’inscription « parlante » gravée sur le socle d’un obélisque tout proche. Le pape Sixte-Quint, qui l’a érigé derrière l’abside de la basilique, au XVIe siècle, fait dire au monument, prélevé sur un mausolée antique : « J’honore, très joyeux, le berceau du Christ, Dieu vivant pour l’éternité, moi qui étais asservi, malheureux, au sépulcre d’Auguste, un mort » (Christi Dei in æternum viventis cunabula laetissime colo, qui mortui sepulcro Augusti tristis serviebam). Saint François d’Assise fut l’un des premiers à faire honorer le berceau du Christ : un soir de Noël, à Gubbio, en Ombrie, il avait créé une crèche vivante. Depuis, dans toutes les régions du monde, la crèche est devenue inséparable de la célébration de Noël. L’une des crèches les plus anciennes, de peu postérieure aux temps du Poverello, se trouve encore aujourd’hui à Sainte-Marie-Majeure. Les statues de marbre de l’oratoire de la crèche ont été placées dans une crypte, sous le tabernacle monumental de la grande chapelle construite par Sixte-Quint (à droite de l’autel majeur). Le sculpteur Arnolfo di Cambio est l’auteur des statues du prophète Isaïe et du roi David, que l’on voit en entrant dans la crypte. Là, autour de la Vierge à l’enfant (refaite en marbre au XVIe siècle) se trouvent les autres figures de la crèche réalisées par Arnolfo di Cambio : Joseph, les trois Mages, l’âne et le bœuf. C’est dans l’antique chapelle de la crèche que le jour de Noël 1075 les hommes de l’empereur Henri IV tentèrent l’arrestation du Pape Grégoire VII, alors qu’il y disait la Messe. Le peuple romain s’opposa à cette voie de fait et libéra son évêque, qui put retourner dans la chapelle et achever la célébration. L’empereur avait cru pouvoir déposer le Pape — en 1077, il ira à Canossa, en pénitent, demander un pardon et une réconciliation qui seront accordés… ce qui ne l’empêchera pas de reprendre la lutte et, finalement, d’imposer à Grégoire VII un exil où il mourra, en 1085. Marie, fille éminente de Sion Une autre Vierge à l’enfant est esquissée sur un vitrail moderne, dans le mur de façade de la basilique. Jean-Paul II a voulu y faire représenter Marie, « fille éminente de Sion », filia excelsa Sion. Marie, fille de cette Jérusalem figurée à l’autre extrémité de la nef, sur l’antique mosaïque, face à Bethléem. Jésus est né à Bethléem, Marie est née à Jérusalem, tout près du Temple (là où se trouve la basilique Sainte-Anne). Le vitrail de Sainte-Marie-Majeure est exceptionnel, à plus d’un titre. C’est, avec la colombe de l’Esprit-Saint, dans la basilique vaticane, le seul vitrail figuratif à se trouver dans les basiliques majeures de Rome, et c’est l’un des rares éléments contemporains dans le décor des sanctuaires de la ville. Ce vitrail constitue aussi un signe éclatant de la pacification des relations entre christianisme et judaïsme, durant la fin du XXe siècle, en particulier par la volonté des papes Jean XXIII et Jean-Paul II. Trônant au-dessous du vol de la colombe de l’Esprit, la Vierge à l’enfant est flanquée des symboles de l’ancienne et de la nouvelle Alliances : à droite de Marie, la Torah et la Menorah, les tables de la Loi et le chandelier du Temple; de l’autre côté, les symboles de l’Eucharistie (calice et hostie) et de la Croix. Marie, rejeton d’Abraham, mère de Jésus-Christ, est celle qui unit les deux Alliances. Fille de Jérusalem, elle a vu le jour et quitté cette vie dans la Ville sainte, où les basiliques Sainte-Anne, de la Dormition et de l’Assomption sont là pour nous le rappeler. Le chandelier à sept branches dessiné aujourd’hui sur ce vitrail, dans la lumière de Rome, répond étrangement à sa figuration sculptée sur l’arc de Titus, à l’entrée du Forum : son triomphe parachevait la ruine du Temple, prédite et pleurée par le Christ sur les flancs du mont des Oliviers. L’ancienne Alliance n’est pas abolie, mais accomplie : les symboles juifs deviennent aussi des symboles chrétiens, et la Rome victorieuse et pacifiée s’incline devant la Jérusalem du Ciel. Les images du Calice eucharistique et de la Croix, qui sont comme les pendants des symboles de la Loi et du Temple, marquent cet accomplissement dans le Corps que Marie porta en son sein et que, trente ans plus tard, elle reçut, inanimé, défiguré, décroché de l’instrument de son supplice. Marie, Reine du Ciel Ce vitrail circulaire exalte Marie qui trône avec l’Enfant divin sur ses genoux. Exactement en face, à l’autre extrémité du sanctuaire, dans le creux de l’abside, se trouve un autre cercle, qui entoure la grande image de Marie assise aux côtés du Christ-Roi en train de la couronner. À Rome les grandes basiliques ne sont pas orientées vers le Levant, mais « occidentées ». C’est donc à l’est que se trouve l’entrée — du côté de Jérusalem, où l’on voit les racines du mystère marial, sur le vitrail moderne; à l’ouest, au Couchant, le regard contemple l’aboutissement de ce mystère dans l’éternité. La belle mosaïque date de la fin du XIIIe siècle et illustre le dernier des mystères glorieux du Rosaire, celui du Couronnement de Marie au Ciel, qui suit son Assomption. Un mystère dont l’Ecriture ne dit rien d’explicite et au sujet duquel Papes et Conciles sont restés presque muets, mais un mystère qui concerne toute l’humanité, toute la Création ainsi exaltée dans son membre le plus éminent, dans la filia excelsa Sion. La liturgie et les artistes chrétiens le disent, jusque dans la légende de cette mosaïque : Maria Virgo assumpta est ad ethereum thalamum in quo rex regum stellato sedet solio. Exaltata est sancta Dei genitrix super choros angelorum ad celestia regna. (« La Vierge Marie a été portée jusqu’à la chambre nuptiale céleste, où le Roi des Rois siège sur son trône étoilé — La sainte Mère de Dieu a été exaltée au-dessus des chœurs angéliques jusqu’aux royaumes célestes »). Marie, Salut du Peuple de Rome Les deux images de Marie et de son Fils en gloire semblent se répondre, de part et d’autre du sanctuaire et par-dessus sept siècles d’histoire humaine. Il est une autre image qui, de manière plus concrète, surpasse en dévotion toutes celles — marbres, bronzes, mosaïques, peintures, de toutes époques — qui ornent la basilique et y sont vénérées : l’icône de Marie, salus populi Romani, « sauvegarde du peuple romain ». Elle est conservée dans une grande chapelle à gauche du chœur. Si les historiens y voient les caractères d’une image médiévale, de type « romain orientalisant », la tradition en fait une œuvre de saint Luc, l’Evangéliste, médecin et peintre, qui aurait représenté là la Mère de Dieu d’après nature ou de mémoire, avec l’aide des anges. Innombrables sont les pèlerins qui durant des siècles ont élevé leurs yeux vers cette icône et fait monter leurs prières vers Marie, salus populi Romani et protectrice, aussi, des pèlerins. Cette icône et quelques autres furent aussi portées en procession à travers la ville, tradition que Jean-Paul II eut à cœur de restaurer, à l’occasion de solennelles et émouvantes liturgies nocturnes sur la place Saint-Pierre. Marie, Reine de tous les Saints Marie est Regina Sanctorum omnium, et la grande basilique romaine qui lui est consacrée a déjà été visitée, pendant plus d’un millénaire et demi, par des foules innombrables de pèlerins, de saints du calendrier et des saints inconnus de la Toussaint. C’est aussi cela, la richesse du pèlerinage romain : non pas seulement la visite au « centre » de la chrétienté autour des tombes apostoliques, mais aussi l’insertion de soi et de ses prières dans la chaîne de ceux qui ont fréquenté ces lieux et ont vécu dans la même fidélité, pour la même espérance, et de la même charité. C’est à Sainte-Marie-Majeure que fut ordonné prêtre saint Méthode, futur évangélisateur des Slaves; c’est là aussi que saint Ignace de Loyola célébra sa première Messe, le jour de Noël de l’an 1538; c’est là enfin que repose la dépouille de saint Pie V, jusqu’à nos jours très vénérée des Romains. Ce Pape qui eut la tâche délicate de faire appliquer la Réforme voulue par le Concile de Trente en publiant Catéchisme, Bréviaire et Missel romains fut aussi le dominicain mystique qui, même élu sur le siège de Pierre, aimait à se retirer dans le calme du couvent de Sainte-Sabine, sur l’Aventin, et tint à garder sa robe blanche de Frère prêcheur — dès lors, les Papes seront vêtus de blanc et non, comme auparavant, de rouge. Hier, aujourd’hui et toujours… Fille éminente de Sion, Sauvegarde du peuple romain et Reine de tous les Saints, la Mère de Dieu sera et est déjà, dans l’éternité, Reine sur le trône du Christ. À tous ces titres, Marie médiatrice est là pour intercéder, maternelle et chaleureuse — c’est ainsi qu’apparaît aux fidèles d’hier et d’aujourd’hui la basilique elle-même, moins monumentale et à bien des égards moins froide que ne peuvent le sembler les autres basiliques majeures de Rome : Saint-Pierre, Saint-Paul et la cathédrale de Rome et du monde, Saint-Jean-de-Latran. La basilique Sainte-Marie-Majeure est ouverte sans interruption du matin à 7h30 au soir à 19h00. Les Messes y sont célébrées, y compris en semaine, presque à toutes les heures du matin et de la fin de l’après-midi. Que le visiteur n’oublie pas de se rendre, à deux pas de là, dans la belle basilique Sainte-Praxède, Santa Prassede, avec sa très ancienne chapelle Saint-Zénon toute en mosaïques, qui abrite aussi la colonne de la Flagellation.

Pierre-Yves Fux

par Sandro Magister: A Lambeth, le cardinal Kasper espère un nouveau Newman

4 août, 2008

du site: 

http://chiesa.espresso.repubblica.it/articolo/206069?fr=y

 

A Lambeth, le cardinal Kasper espère un nouveau Newman

Celui-ci a été le plus illustre des grands convertis à l’Eglise de Rome. L’envoyé du pape à la conférence des évêques anglicans leur demande de revenir au modèle de l’Eglise apostolique. Inaccettable l’épiscopat aux femmes et aux homosexuels. Le texte intégral de son discours

par Sandro Magister

ROMA, le 31 juillet 2008 – Hier, à la Conférence de Lambeth, rendez-vous décennal des évêques de la Communion anglicane du monde entier, le cardinal Walter Kasper, président du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a pris la parole. On trouvera ci-dessous le texte intégral de son intervention. Kasper a mis en évidence les divergences croissantes entre l’Eglise catholique et la Communion anglicane, spécialement depuis que, dans certaines provinces anglicanes, à partir de 1974, des femmes sont ordonnées prêtres et, à partir de 1989, évê ques.Un autre motif de divergence soulign é par Kasper concerne l’autorisation de bénir les unions homosexuelles et l’ordination épiscopale de personnes qui vivent en couple avec des personnes du même sexe. Ces décisions ont créé de très graves dissensions non seulement avec l’Eglise de Rome, mais surtout au sein de la Communion anglicane. Les oppositions les plus fortes viennent du Sud du monde, notamment d’Afrique. Sur les 44 provinces qui forment la Communion anglicane – a rappelé Kasper – 28 confèrent le sacerdoce à des femmes et 17 admettent également que des femmes soient ordonnées évêques. Pas les autres. Chaque province décide pour elle-même et s’oppose à celles qui prennent une décision différente. Au point que – toujours selon ce qu’a dit Kasper – « un nombre significatif d’évêques anglicans a décidé de ne même pas participer à la Confé rence de Lambeth ».L ’éclatement au sein de la Communion anglicane est telle que Kasper s’interroge: « Dans un telle situation, [...] qui aurons-nous comme interlocuteur? Devons-nous aussi nous engager, et comment, dans des discussions appropriées et transparentes avec ceux qui partagent les points de vue catholiques sur les questions qui donnent actuellement lieu à des controverses, et avec ceux qui sont en désaccord avec certains dé veloppements au sein de la Communion anglicane ou de certaines provinces en particulier? ».En effet, le passage à l’Eglise catholique est un choix fréquent, pour les membres de la Communion anglicane qui n’acceptent pas l’ordination des femmes et la légitimation de l’homosexualité. Mais l’attrait exercé par le catholicisme est aussi plus général. Il est lié à une conception globale de l’Eglise et de la tradition chrétienne depuis les temps apostoliques jusqu’à aujourd’hui, que certains jugent plus fidèlement réalisée dans l’ Eglise catholique.Le cardinal Kasper, dans son discours, a rappel é les « motifs ecclésiologiques » qui ont convaincu le plus célèbre des convertis du XIXe siècle, le cardinal John Henry Newman, de passer au catholicisme. Et il a souhaité que, dans l’anglicanisme d’aujourd’hui, renaisse un nouveau Mouvement d’Oxford, le mouvement de retour à la tradition de l’Eglise apostolique dont Newman fut l’inspirateur. Depuis 1980, date à laquelle l’Eglise de Rome a fixé des règles pour le passage au catholicisme d’hommes qui avaient été ordonnés prêtres ou évêques au sein de la Communion anglicane, on évalue à plus de 80 ceux qui ont accompli ce passage, souvent suivis par des parties significatives de leur diocè se ou paroisse.La plus r écente cérémonie d’accueil d’un ministre anglican au sein de l’Eglise catholique a eu lieu en privé à Rome, le 1er décembre dernier, à la basilique pontificale Sainte-Marie-Majeure. D’un côté, il y avait le cardinal archiprêtre de la basilique, l’américain Bernard Law. De l’autre, l’ancien anglican (ou épiscopalien, comme on dit aux Etats-Unis) Jeffrey Steenson, ancien évêque du diocèse du Rio Grande, qui couvre le Nouveau Mexique et une partie du Texas, accompagné pour la cérémonie par l’archevê que catholique de Santa Fe, Michael J. Sheehan.Steenson, 55 ans, mari é et père de trois enfants, a été de nouveau ordonné prêtre dans l’Eglise catholique, qui ne reconnaît pas comme valides les ordinations anglicanes. Et il enseignera dans les séminaires la patrologie, dont il est expert. Une dizaine d’autres ministres épiscopaliens américains attendent d’être accueillis comme prêtres dans l’Eglise catholique. Parmi eux, trois évêques émérites : John Lipscomb du diocèse du Sud-Est de la Floride, Clarence Pope de Forth Worth et Daniel Herzog d’ Albany.Mais, au sein de la Communion anglicane, les sympathisants de l ’Eglise de Rome sont beaucoup plus nombreux que ceux qui « franchissent le Tibre » et se convertissent. Par exemple, de tels sentiments anglo-catholiques ont été exprimés, à Sydney, par l’évêque anglican Robert Forsyth, qui, accueillant Benoît XVI dans sa ville le 18 juillet a défini l’Eglise de Rome comme « un rocher au milieu des rapides ». Et d’ expliquer: »Sans votre forte insistance sur le Christ comme unique Sauveur du monde, sur la foi catholique, sur la nature du Dieu trinitaire, la divinit é du Christ, la centralité et la suprématie de la Sainte Ecriture et le caractère objectif de la morale chrétienne, la vie des autres Eglises chrétiennes aurait été beaucoup plus difficile, spécialement ici, en Occident ». L’archevêque John Hepworth, Australien lui aussi, est le primat de la Traditional Anglican Communion, une branche de l’anglicanisme qui a proposé formellement au Saint-Siège de former une « unité corporative » avec l’Eglise catholique. Le nonce apostolique en Australie, Giuseppe Lazzarotto, a remis à Hepworth, le 25 juillet, une lettre du cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, dans laquelle ce dernier assure que le Saint-Siège examinera la proposition avec « une sé rieuse attention ». La Traditional Anglican Communion compte environ 400 000 membres, dans de nombreux pays.Voici donc le discours que le cardinal Kasper a lu le 30 juillet 2008 à la Conférence de Lambeth: Réflexions catholiques romaines sur la Communion anglicanepar Walter Kasper Je suis très heureux de transmettre à l’archevêque de Canterbury, le Dr. Rowan Williams, à chacun de vous et à tous ceux qui participent à cette très importante conférence de Lambeth, les salutations du pape Benoît XVI et de tout le Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens. Pendant ces journées nous sommes tous avec vous par la pensée et la prière et nous voulons vous dire toute notre solidarité avec vos joies, mais aussi avec vos pré occupations et vos tristesses.Je voudrais tout d ’abord remercier l’archevêque de Canterbury et l’équipe de coordination des relations œcuméniques à Lambeth Palace et au Bureau de la Communion anglicane, qui m’ont invité à participer à ce grand rassemblement et me permettent de formuler quelques réflexions à propos de nos préoccupations communes. L’une de vos forces, à vous anglicans, c’est que, même dans les moments difficiles, vous avez cherché à savoir ce que pensaient et ce que prévoyaient vos partenaires œcuméniques, même si vous n’avez pas toujours tellement apprécié ce que nous avons dit. Mais, soyez-en sûr, c’est en ami que je vais parler. Quand j’ai vu que vous me proposiez comme sujet ‘Réflexions catholiques sur la Communion anglicane’, j’ai pensé que vous auriez pu trouver plus facile. Ce titre très large englobe bien des questions d’histoire et de doctrine, et je ne peux en aborder que quelques unes. Mais je crois qu’il y a une question caché e dans le titre. Elle porte sur ce que les catholiques pensent non pas tant de la Communion anglicane que de sa situation actuelle. Il y a des questions moins embarrassantes.Mon propos sera divis é en trois parties: d’abord une synthèse de nos relations au cours des dernières années; ensuite des considérations ecclésiologiques à la lumière de la situation actuelle au sein de l’anglicanisme; enfin une réflexion rapide sur les questions sous-jacentes aux débats et sujets de discussion actuels au sein de l’anglicanisme, notamment ceux qui ont aussi influé sur vos relations avec l’Eglise catholique. En conclusion, je répondrai à une question tout à fait imprévue que l’archevêque de Canterbury m’a posée il y a quelques mois et qui m’a beaucoup intrigué. Il m’a demandé quelle sorte d’anglicanisme nous voulions – grande question: j’espère que, de votre côté, vous savez y répondre – et ce que l’Eglise catholique espérait pour la Communion anglicane dans les mois et années à venir. Sur ce second point la réponse est plus facile: nous espérons que nous ne nous éloignerons pas de vous et que nous saurons poursuivre un dialogue sérieux pour parvenir à l’unité complète, pour que le monde puisse croire. I. Description de nos relations au cours des dernières anné esCette premi ère partie vise à nous rafraîchir la mémoire, pour que nous n’oubliions pas nos succès des 40 dernières années et ce qu’ils représentent. Quand Vatican II a évoqué, dans son décret sur l’œcuménisme, les “nombreuses Communions qui se sont séparées du Siège de Rome” au XVIe siècle, il a reconnu que “parmi celles où des traditions et institutions catholiques subsistent partiellement, la Communion anglicane occupe une place particulière ” (Unitatis redintegratio n°13). Cette affirmation est fondée sur une interprétation ecclésiologique selon laquelle, pour les catholiques, la Communion anglicane contient des éléments significatifs de l’Eglise de Jésus-Christ. Dans leur Déclaration Commune de 1977, Donald Coggan, archevêque de Canterbury, et le pape Paul VI ont indiqué quelques uns de éléments ecclésiaux quand ils ont écrit: « Dès lors que l’Eglise catholique romaine et les Eglises de la Communion anglicane ont cherché à progresser dans la compréhension mutuelle et la charité chrétienne, elles en sont arrivées à reconnaître et apprécier, dans un sentiment d’action de grâces, une foi commune en Dieu notre Père, en Jésus-Christ notre Seigneur et en l’Esprit Saint; notre baptême commun dans le Christ; le fait que nous avons en commun les Saintes Ecritures, le Symbole des Apôtres et celui de Nicée, la définition de Chalcédoine et l’enseignement des Pères; l’héritage chrétien qui nous a été commun pendant de nombreux siècles, avec ses traditions vivantes quant à la liturgie, la théologie, la spiritualité et la mission. »Dans ce texte, l ’archevêque Coggan et Paul VI soulignent le terrain commun, source commune et centre de notre unité, déjà existante mais encore incomplète: Jésus-Christ et la mission de L’apporter à un monde qui en a un besoin si désespéré. Ce dont nous parlons, ce n’est pas une idéologie, une opinion personnelle que l’on peut partager ou non; c’est notre fidélité à Jésus-Christ dont les apôtres ont été les témoins, et à son Evangile qui nous a été confié. Dès le départ nous devons donc nous souvenir de ce qui est en jeu quand nous nous mettons à parler de fidélité à la tradition et à la succession apostoliques, quand nous parlons du triple ministère, de l’ordination des femmes et des commandements moraux. Ce dont nous parlons c’est uniquement de notre fidélité au Christ Lui-même, notre maître unique et commun. Et que peut être notre dialogue, sinon une expression de notre intention et de notre désir de ne faire qu’un en Lui, afin d’être totalement unis dans le témoignage de Son Evangile? On l’a souvent dit, mais cela vaut la peine de le répéter: le dialogue est dynamisé par le désir d’être fidèles à la volonté exprimée par le Christ que ses disciples soient un comme il est un avec le Père; et cette unité est directement liée à la mission du Christ et de l’Eglise vis-à-vis du monde: qu’ils soient un pour que le monde croie. Notre témoignage et notre mission ont été gravement perturbés par nos divisions et c’est par fidélité au Christ que nous nous sommes engagés dans un dialogue, fondé sur l’Evangile et les anciennes traditions qui nous sont communes, avec l’unité complète et visible comme objectif. Pourtant l’unité complète n’était et n’est pas une fin en soi, mais un signe et un moyen de recherche de l’unité avec Dieu et de la paix dans le monde.A partir de l à, nous pouvons dire avec confiance, en voyant ce que l’Anglican-Roman Catholic International Commission (ARCIC) a réalisé en près de 40 ans, qu’elle a vraiment donné de bons fruits. Dans une première phase (1970-1981), l’ARCIC s’est occupée de la Doctrine Eucharistique (1971) et du Ministère et de l’Ordination (1973); dans les deux cas elle a affirmé avoir obtenu un accord substantiel. La réponse officielle catholique (1991), bien qu’elle ait demandé un travail supplémentaire sur ces deux sujets, a dit que ces textes constituaient “une étape significative” témoignant “que des points de convergence et même d’accord avaient été trouvés, ce que beaucoup de gens n’auraient pas cru possible avant le début des travaux de la Commission”. Les Clarifications (1993) apportées par les membres de la Commission ont été considérées par les autorités catholiques comme “ayant grandement renforcé l’accord dans ces domaines”. La première phase du travail de l’ARCIC a aussi abouti à deux documents sur la question de l’Autorité dans l’Eglise (1976, 1981), thème qui fut au cœur des divisions du XVIe siècle. Les textes de la deuxième phase du travail de l’ARCIC (1983-2005) n’ont pas été présentés pour recevoir une réponse formelle de l’Eglise Catholique ou de la Communion anglicane et ils n’ont pas conduit à une résolution définitive ou à un consensus complet sur les sujets traités, mais chacun d’eux a suggéré un rapprochement croissant. Salvation in the Church (1986) est en harmonie, de bien des façons, avec la Déclaration Conjointe sur la Doctrine relative à la Justification que l’Eglise Catholique et la Fédération Luthérienne Mondiale ont signée en 1999. Partant de l’interprétation de l’Eglise comme koinonia qui avait été présentée pour la première fois dans l’introduction du Rapport Final de l’ARCIC I, l’ARCIC II a proposé le travail plus abouti de la Commission en matière d’ecclésiologie dans The Church as Communion (1991). Life in Christ (1994) a réussi à dégager une vision partagée et un héritage commun pour l’enseignement de l’éthique, malgré des différences dans les applications pastorales des principes moraux. The Gift of Authority (1999) est revenu sur le thème de l’autorité et a nettement progressé sur la nécessité d’un ministère universel de primauté dans l’Eglise. Mary: Grace and Hope in Christ (2005) a progressé de manière importante et impré vue vers une perception commune de la Vierge Marie.Comme vous le savez, l ’ordination de femmes à la prêtrise dans plusieurs provinces anglicanes, à partir de 1974, et à l’épiscopat, à partir de 1989, a beaucoup compliqué les relations entre la Communion anglicane et l’Eglise catholique. J’y reviendrai le moment venu. Alors que cet obstacle était présent dans nos esprits et que nous cherchions ce qu’on pouvait faire malgré tout afin de poursuivre nos relations, une importante initiative a été mise en œuvre peu après la dernière Conférence de Lambeth. En mai 2000, mon prédécesseur, le cardinal Edward Idris Cassidy, et l’archevêque George Carey ont invité 13 primats anglicans et les présidents des conférences épiscopales catholiques correspondantes, ou leur représentants, à Mississauga, au Canada, pour évaluer ce qui avait été réalisé dans le cadre du dialogue de l’ARCIC et, à la lumière des réussites et des difficultés qui marquaient nos relations, proposer des recommandations tendant à d’éventuels progrès. Ayant assisté à beaucoup de réunions œcuméniques dans ma vie, je suis heureux de dire que c’est l’une des meilleures auxquelles j’aie jamais assisté. L’esprit de prière et d’amitié, la réflexion sérieuse non seulement sur le travail de l’ARCIC mais aussi sur les relations œcuméniques dans chaque région représentée, et le profond désir de réconciliation qui imprégnait cette réunion de Mississauga, ont renouvelé l’espoir de progrès significatifs dans les relations entre la Communion anglicane et l’Eglise catholique. L’un des fruits de la réunion de Mississauga a été la création de l’International Anglican-Roman Catholic Commission for Unity and Mission (IARCCUM), une commission principalement composée d’évêques. La semaine dernière, cette Conférence de Lambeth a étudié le document de l’IARCCUM, Growing Together in Unity and Mission. Ce document, qui fait la synthèse du travail de l’ARCIC, donne l’évaluation par la Commission des progrès que nous avons accomplis dans notre dialogue et identifie les questions restant à traiter.Pendant les 40 derni ères années, nous ne nous sommes pas seulement engagés ensemble dans le dialogue théologique. D’étroites relations de travail se sont développées entre anglicans et catholiques, au niveau non seulement international, mais aussi, bien souvent, régional et local. Comme le pape Benoît XVI et l’archevêque Rowan Williams l’ont indiqué dans leur Déclaration Commune de novembre 2006, “Avec le développement de notre dialogue, beaucoup de catholiques et d’anglicans ont trouvé, les uns chez les autres, un amour du Christ qui nous incite à coopérer et à nous rendre service concrètement. Cette fraternité dans le service du Christ, qu’ont ressentie beaucoup de nos communautés dans le monde, donne un élan supplémentaire à nos relations.” Vraiment, ce que nous avons réalisé n’est pas peu de choses et nous l’avons obtenu grâce aux années de dialogue à l’ARCIC et à l’IARCCUM. Nous sommes reconnaissants à ces commissions pour leur travail et nous, catholiques, ne voulons pas laisser perdre ces succès. Nous voulons vraiment continuer dans cette voie et conduire à son terme la tâche entreprise il y a 40 ans. C’est pourquoi je suis d’autant plus triste de devoir maintenant – dans la fidélité à ce que je crois être la volonté du Christ et avec la franchise que permet l’amitié – étudier les problèmes qui ont surgi et grandi au sein de la Communion anglicane depuis la dernière Conférence de Lambeth ainsi que les répercussions de ces tensions internes sur l’œcuménisme. Dans la deuxième partie de cet exposé, je voudrais aborder plusieurs problèmes ecclésiologiques qui résultent de la situation actuelle de la Communion anglicane et soulever des questions difficiles et profondes. Mais avant de le faire, je voudrais répéter ce que j’ai dit en novembre 2006 quand l’archevêque de Canterbury est venu à Rome voir le pape: “Les questions et les problèmes de nos amis sont aussi les nôtres”. C’est pourquoi je soulève ces questions non pas comme un juge, mais comme un partenaire œcuménique qui a été profondément découragé par les évènements récents et qui souhaite vous apporter une réflexion honnête, dans une perspective catholique, sur cette question: comment et où pouvons-nous aller de l’avant dans le contexte actuel.

suite au dessu

suite de l’article de Magister

4 août, 2008

II. Considérations ecclésiologiques

Ce que je veux dire dans cette deuxième partie ne constitue bien sûr pas un cours magistral decclésiologie. Encore une fois, je souhaite simplement vous donner un aperçu de quelques faits bien connus des dernières décennies qui pourraient ou devraient nous aider à trouver un chemin dont jespère quil nous soit commun pour avancer.

Longtemps les questions decclésiologie ont été un important point de controverse entre nos deux communautés. Lorsque j’étais étudiant, jai étudié tous les arguments ecclésiologiques soulevés par John Henry Newman et qui lont amené à devenir catholique. Ses préoccupations principales portaient sur lapostolicité en communion avec le Saint-Siège en tant que gardien de la tradition apostolique et de lunité de lEglise. Je pense que ses questions restent actuelles et que nous navons pas encore épuisé cette discussion.

Newman avait affaire à lEglise dAngleterre de son temps. Aujourdhui nous sommes confrontés à des problèmes supplémentaires au niveau de la Communion anglicane qui comporte 44 églises régionales et nationales, chacune étant autonome. Lindépendance sans une interdépendance suffisante est désormais un problème critique.

Il y a deux ans, le document Growing Together in Unity and Mission de lIARCCUM présentait la situation au sein de la Communion Anglicane et ses implications sur l’œcuménisme de la manière suivante: Toutefois, depuis cette réunion à Mississauga, les Eglises de la Communion anglicane sont entrées dans une phase de disputes due à lordination épiscopale dune personne engagée dans une relation homosexuelle publiquement assumée et par lautorisation de cérémonies publiques de bénédiction pour les unions homosexuelles. Ces questions ont intensifié la réflexion sur la nature de la relation entre les églises de la Communion anglicane [...] De plus, les relations œcuméniques sont devenues plus compliquées parce que des propositions formulées au sein de lEglise dAngleterre ont concentré lattention sur la question de lordination de femmes à l’épiscopat qui est une partie bien établie du sacerdoce dans certaines provinces anglicanes (n° 6). En plus des développements liés à ce dernier point, nous devons maintenant tenir compte de la décision dun nombre significatif d’évêques anglicans de ne pas assister à cette Conférence de Lambeth, et de propositions émanant de lintérieur même de langlicanisme et qui défient les organes dautorité existant au sein de la Communion anglicane.

Dans la partie suivante, j’étudierai plus directement quelques unes de ces questions, mais pour linstant je vais me concentrer spécifiquement sur la dimension ecclésiologique des problèmes actuels, en me référant à ce que nous avons dit ensemble de la nature de lEglise et aux initiatives de la Communion anglicane pour traiter ces querelles internes.

En mars 2006, larchevêque de Canterbury ma invité à prendre la parole à une réunion de la Chambre des Evêques de lEglise dAngleterre, sur la mission des évêques dans lEglise. Larrière-plan de cette intervention était la possible ordination de femmes à l’épiscopat, mais la discussion centrale sur la nature du ministère épiscopal comme ministère dunité est liée à tous les points de tension au sein de la Communion anglicane que nous avons identifiés précédemment.

En résumé, jai déclaré que lunité, lunanimité et la koinonia (communion) sont des concepts fondamentaux dans le Nouveau Testament et lEglise primitive. Jai déclaré: Dès lorigine, le ministère épiscopal était koinonialement ou collégialement intégré dans la communion de tous les évêques; il n’était jamais perçu comme un ministère à comprendre ou à pratiquer individuellement. Puis jai abordé la théologie du ministère épiscopal dun Père de lEglise très important pour les Anglicans et pour les Catholiques, Cyprien de Carthage, évêque martyr au IIIe siècle.

Sa formule episcopatus unus et indivisus est bien connue. Elle apparaît dans le contexte dune adjuration pressante de Cyprien à ses confrères évêques: Quam unitatem tenere firmiter et vindicare debemus maxime episcopi, qui in ecclesia praesidimus, ut episcopatum quoque ipsum unum atque indivisum probemus. [Cette unité, nous devons la retenir et la revendiquer fermement, surtout nous, les évêques, qui présidons dans lEglise, afin de prouver que l’épiscopat est également un et indivisible. [] Cette exhortation pressante est suivie dune interprétation précise de la formule episcopatus unus et indivisus. Episcopatus unus est cuius a singulis in solidum pars tenetur [L’épiscopat est un tout que chaque évêque reçoit dans sa plénitude.] (De ecclesiae catholicae unitate I, 5).

Mais Cyprien va plus loin: non seulement il insiste sur lunité du peuple de Dieu avec son évêque, mais il ajoute aussi que personne ne peut imaginer quil soit en communion avec quelques évêques seulement, parce que lEglise Catholique nest pas en plusieurs morceaux séparés mais elle ne forme quun tout dont lunion des évêques est le lien (Ep. 66,8)… Cette collégialité nest bien sûr pas limitée à la relation horizontale et synchronique de l’évêque avec ceux qui sont évêques en même temps que lui; puisque lEglise est une et la même dans tous les siècles, lEglise daujourdhui doit aussi conserver un consensus diachronique avec l’épiscopat des siècles précédents et surtout avec le témoignage des apôtres. Cest là le sens le plus profond de la succession apostolique dans le ministère épiscopal.

Le ministère épiscopal est donc un ministère dunité dans un double sens. Les évêques sont signe et instrument dunité au sein de chaque Eglise locale, comme ils le sont entre les Eglises locales dune époque donnée et entre les Eglises de tous les temps au sein de lEglise universelle.

Cette interprétation du ministère épiscopal a été mise en avant dans les déclarations communes de lARCIC, tout spécialement dans Church as Communion et dans les déclarations de lARCIC sur lautorité dans lEglise. Church as Communion (n° 45) affirme que:

« Pour la formation et le développement de cette communion, Notre Seigneur Jésus-Christ a établi un ministère de supervision, dont la plénitude est confiée à l’épiscopat, qui a la responsabilité de maintenir et dexprimer lunité des Eglises (cf. n° 33 & 39; Rapport Final, Ministry and Ordination). En les guidant, en les instruisant, en célébrant les sacrements, notamment leucharistie, ce ministère garde les croyants unis dans la communion de lEglise locale et dans la communion plus large de toutes les Eglises (cf. n° 39). Ce ministère de supervision a une dimension collégiale et une dimension primatiale. Il est enraciné dans la vie de la communauté et il est ouvert à la participation de celle-ci à la découverte de la volonté divine. Il est exercé de manière à ce que lunité et la communion soient exprimées, préservées et encouragées à tous les niveaux local, régional et universel. »

Le même déclaration commune donne linterprétation des Communions anglicanes et catholiques selon laquelle les évêques accomplissent leur ministère dans la succession apostolique, qui est destinée à assurer à chaque communauté que sa foi est vraiment la foi apostolique, reçue et transmise depuis les temps apostoliques (Church as Communion, 33).

Le document de lARCIC intitulé The Gift of Authority a développé cette idée en affirmant:

« Il y a deux dimensions – diachronique et synchronique – de la communion dans la Tradition apostolique. Le mécanisme de la tradition implique clairement la transmission de lEvangile dune génération à une autre (diachronique). Si lEglise doit rester unie dans la vérité, il doit aussi impliquer la communion des Eglises, partout, à cet unique Evangile (synchronique). Les deux dimensions sont nécessaires pour la catholicité de lEglise (n° 26) ».

Le texte ajoute que chaque évêque, en communion avec tous les autres évêques, a la responsabilité de préserver et dexprimer la plus large koinonia de l’église, et quil participe au soin de toutes les églises (n° 39). L’évêque est donc “à la fois une voix pour l’église locale et une personne à travers laquelle l’église locale apprend des autres églises (n° 38). Gift of Authority (n° 37) souligne aussi le rôle joué par le collège des évêques dans le maintien de lunité de lEglise:

« Linterdépendance mutuelle de toutes les Eglises est une partie intégrante de la réalité de lEglise selon la volonté de Dieu. Aucune église locale qui participe à la Tradition vivante ne peut se considérer comme autosuffisante. Le ministère de l’évêque est essentiel, parce quil sert la communion à lintérieur des églises locales et entre elles. Leur communion mutuelle sexprime par lincorporation de chaque évêque dans un collège d’évêques. Les évêques sont, à la fois personnellement et collégialement, au service de la communion. »

Nayant pas le temps de tirer davantage de lecclésiologie de lARCIC, je me limiterai à dire que, dans notre dialogue, nous avons su présenter une conception forte du ministère épiscopal, dans le contexte dune interprétation partagée de lEglise comme koinonia.

Il est significatif que le Rapport de Windsor de 2004, en cherchant à fournir à la Communion anglicane des bases ecclésiologiques lui permettant de traiter la crise actuelle, ait aussi adopté une ecclésiologie de koinonia. Cela ma paru utile et encourageant. Cest pourquoi, en réponse à une lettre de larchevêque de Canterbury qui demandait une réaction œcuménique au Rapport de Windsor, jai indiqué que même si les importantes questions ecclésiologiques qui nous divisent encore vont continuer à solliciter notre attention, cette façon de voir est fondamentalement en ligne avec lecclésiologie de communion de Vatican II. Les conséquences que le Rapport tire de cette base ecclésiologique sont également constructives, notamment linterprétation de lautonomie provinciale en termes dinterdépendance, et donc soumises aux limites créées par les engagements de communion (Windsor n.79). Cela a un lien avec la volonté que manifeste le Rapport dun renforcement de lautorité supra-provinciale de larchevêque de Canterbury (nn.109-110) et avec la proposition dun Pacte Anglican qui rendrait explicites et puissants la loyauté et les liens daffection qui régissent les relations entre les églises de la Communion (n.118).

La seule faiblesse que jaie notée en matière decclésiologie est que alors que le Rapport insiste sur le fait que les provinces anglicanes ont une responsabilité les unes envers les autres et envers le maintien de la communion, une communion enracinée dans les Ecritures, très peu dattention est donnée à limportance d’être en communion avec la foi de lEglise à travers les âges. Dans notre dialogue, nous avons affirmé conjointement que les décisions dune église locale ou régionale doivent non seulement favoriser la communion dans le contexte spécifique, mais aussi être en accord avec lEglise du passé et notamment avec lEglise apostolique telle que nous la connaissons par les Ecritures, les premiers conciles et la tradition patristique. Cette dimension diachronique de lapostolicité a dimportantes ramifications œcuméniques, puisque nous partageons une tradition commune de 1 500 ans. Ce patrimoine commun ce que le pape Paul VI et larchevêque Michael Ramsey ont appelé nos anciennes traditions communes mérite que lon y fasse appel et quon le préserve.

A la lumière de cette analyse du ministère épiscopal tel quelle a été présentée à lARCIC et de lecclésiologie de koinonia que lon trouve dans le Rapport de Windsor, il a été particulièrement désolant de constater les tensions croissantes au sein de la Communion anglicane. Dans certains contextes, des évêques ne sont pas en communion avec dautres évêques; dans certains cas, des provinces anglicanes ne sont plus en pleine communion les unes avec les autres. Alors que le processus de Windsor se poursuit et que lecclésiologie proposée dans le Rapport de Windsor a reçu une approbation de principe de la part de la majorité des provinces anglicanes, on perçoit mal, de notre point de vue, comment cela a donné lieu au renforcement interne recherché de la Communion anglicane et de ses outils dunité. Il nous semble aussi que la volonté des anglicans d’être guidés par les évêques et gouvernés par les synodes na pas toujours permis de maintenir lapostolicité de la foi et que le gouvernement synodal, considéré à tort comme une sorte de mécanisme parlementaire a parfois bloqué le type de direction épiscopale envisagé par Cyprien et détaillé par lARCIC.

Je sais que vous êtes nombreux à être troublés, profondément pour certains, par la menace d’éclatement au sein de la Communion anglicane. Nous nous sentons en pleine solidarité avec vous, parce que, nous aussi, nous sommes troublés et attristés quand nous demandons: dans une telle situation, quelle forme prendra la Communion anglicane de demain, et avec quel partenaire dialoguerons-nous? Devons-nous aussi, et comment le faire, engager le dialogue, convenablement et honnêtement, avec ceux qui partagent les points de vue catholiques sur les questions qui font actuellement lobjet de controverses, et qui sont en désaccord avec certaines évolutions au sein de la Communion anglicane ou de provinces anglicanes particulières? Dans cette situation, quattendez-vous de lEglise de Rome, qui, pour reprendre lexpression dIgnace dAntioche doit présider lEglise dans lamour? Comment le travail de lARCIC sur l’épiscopat, lunité de lEglise et la nécessité dun exercice de la primauté au niveau universel pourrait-il servir la Communion anglicane en ce moment?

Au lieu de répondre à ces questions, je voudrais vous rappeler ce que nous avons affirmé lors des Conversations Informelles de 2003 et que nous avons redit plusieurs fois depuis lors: Notre grand désir est que la Communion anglicane reste unie et enracinée dans cette foi historique qui nous est largement commune, comme notre dialogue et nos relations depuis plus de quarante ans nous ont conduits à le croire. Nous suivons donc les débats de cette Conférence de Lambeth avec beaucoup dintérêt et une sincère préoccupation, et nous les accompagnons de nos prières ferventes.

III. Réflexions sur des questions particulières que doit traiter la Communion anglicane

Dans cette dernière partie, je voudrais aborder rapidement deux des sujets qui sont au cœur des tensions qui perturbent la Communion anglicane et ses relations avec lEglise catholique, questions qui touchent à lordination de femmes et à la sexualité humaine. Je nai pas lintention de traiter ces points de controverse en détail. Ce nest pas nécessaire parce que la position catholique, que nous estimons cohérente avec le Nouveau Testament et la tradition apostolique, est bien connue. Je veux seulement vous proposer quelques réflexions dans une perspective catholique et en tenant compte de nos relations – passées, présentes et futures.

Lenseignement de lEglise catholique en ce qui concerne la sexualité humaine, en particulier lhomosexualité, est clair, tel quil est formulé dans le Catéchisme de lEglise catholique, n° 2357-59. Nous sommes convaincus que cet enseignement est bien fondé sur lAncien et le Nouveau Testament et que cest donc la fidélité aux Ecritures et à la tradition apostolique est en jeu. Je ne peux que souligner ce que le document de lIARCCUM Growing Together in Unity and Mission affirmait: Dans les discussions sur la sexualité humaine qui ont lieu au sein de la Communion anglicane ou entre elle et lEglise catholique, il y a des questions herméneutiques anthropologiques et bibliques qui doivent être traitées (n° 86e). Ce nest pas sans raison que, aujourdhui, le principal thème de la Conférence Lambeth est lié à lherméneutique biblique.

Je voudrais attirer, un instant, votre attention sur la déclaration de lARCIC Life in Christ, dans laquelle il a été indiqué (n° 87-88) que les Anglicans pouvaient saccorder avec les Catholiques sur le fait que la conduite homosexuelle est déréglée, mais que nous pourrions différer quant aux conseils moraux et pastoraux que nous donnerions à ceux qui viennent nous consulter. Nous avons constaté avec satisfaction que les récentes déclarations des Primats sont en cohérence avec cet enseignement, qui avait été clairement formulé dans la Résolution 1.10 de la Conférence de Lambeth de 1998. A la lumière des tensions qui se sont manifestées ces dernières années à ce sujet, une déclaration claire de la Communion anglicane augmenterait beaucoup nos possibilités de donner un témoignage commun sur la sexualité humaine et le mariage, témoignage dont le monde daujourdhui a le plus grand besoin.

A propos de lordination de femmes au sacerdoce et à l’épiscopat, lEglise catholique a présenté son enseignement avec clarté dès le début de notre dialogue, pas seulement à lintérieur de lEglise, mais aussi dans la correspondance entre les papes Paul VI et Jean-Paul II et les archevêques de Canterbury qui se sont succédé. Dans sa lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis du 22 mai 1994, le pape Jean-Paul II, se référant à la lettre de Paul VI à larchevêque Coggan du 30 novembre 1975, indiquait la position catholique de la manière suivante: lordination sacerdotale [] dans lEglise catholique a toujours été, depuis le début, réservée aux hommes, ajoutant que cette tradition a aussi été fidèlement conservée par les Eglises orientales. Il concluait: jaffirme que lEglise na aucune autorité pour conférer lordination sacerdotale à des femmes et que ce jugement doit être définitivement accepté par tous les fidèles de lEglise. Cette formulation montre clairement quil ne sagit pas seulement dune prise de position disciplinaire mais dune expression de notre fidélité à Jésus-Christ. LEglise catholique est liée par la volonté de Jésus-Christ et elle ne sestime pas libre de créer une nouvelle tradition, étrangère à celle de lEglise de tous les temps.

Comme je lai dit lors de mon intervention à la Chambre des Evêques de lEglise dAngleterre en 2006, cette décision dordonner des femmes implique pour nous une rupture avec la position commune de toutes les églises du premier millénaire, cest-à-dire, non seulement lEglise catholique mais aussi les églises Orthodoxes Orientales et Orthodoxes. Nous verrions la Communion anglicane se rapprocher considérablement des églises protestantes du XVIe siècle et dune position que celles-ci nont adoptée que dans la seconde moitié du XXe siècle.

Actuellement, 28 provinces anglicanes ordonnent des femmes prêtres; 4 provinces seulement ont ordonné des femmes évêques, mais 13 autres ont adopté une législation autorisant lordination épiscopale de femmes. LEglise catholique doit donc désormais tenir compte de la réalité suivante: lordination de femmes prêtres et évêques nest plus seulement le fait de provinces isolées, mais cest de plus en plus la prise de position de la Communion. Celle-ci continuera à avoir des évêques, conformément aux décisions de la Lambeth Quadrilateral (1888); mais, comme pour les évêques de certaines églises protestantes, les églises plus anciennes de lEst et de lOuest y reconnaîtront beaucoup moins de ce quelles estiment être la nature et le ministère de l’épiscopat au sens que leur donnait l’église primitive et qui sest conservé au fil du temps.

Jai déjà traité le problème ecclésiologique qui se pose quand des évêques ne reconnaissent pas lordination épiscopale dun autre évêque au sein dune seule et même église. Je dois maintenant vous apporter des éclaircissements quant à la nouvelle situation qui a été créée dans nos relations œcuméniques. Alors que notre dialogue a abouti à un accord significatif quant à linterprétation du ministère, lordination de femmes à l’épiscopat empêche réellement et définitivement une possible reconnaissance des ordres sacrés anglicans par lEglise catholique.

Nous espérons que le dialogue théologique entre la Communion et lEglise catholique va se poursuivre, mais cette évolution a un impact direct sur lobjectif et change le niveau de ce que nous recherchons dans le dialogue. La Déclaration Commune signée en 1966 par le pape Paul VI et larchevêque Michael Ramsey demandait un dialogue qui conduise à cette unité dans la vérité, pour laquelle le Christ a prié”, et elle parlait du rétablissement dune communion complète de foi et de vie sacramentelle. Il semble maintenant que la pleine communion visible soit devenue un but plus lointain pour notre dialogue, que celui-ci aura des objectifs plus modestes et que sa nature en sera donc modifiée. Un tel dialogue pourra encore produire de bons résultats, mais il ne sera pas soutenu par le dynamisme que donne la possibilité réaliste de lunité que le Christ attend de nous, du repas pris en commun à la table de lunique Seigneur, que nous espérons si ardemment.

Conclusion

Tous ceux qui ont vu les grandes et superbes cathédrales et églises anglicanes du monde entier, visité les célèbres bâtiments anciens des universités dOxford et Cambridge, assisté aux merveilleux offices du soir et perçu la beauté et l’éloquence des prières anglicanes, lu les ouvrages d’érudition des historiens et théologiens anglicans, prêté attention aux contributions significatives et anciennes des Anglicans au mouvement œcuménique, savent que la tradition anglicane est riche de nombreux trésors. Ils font partie, pour reprendre une expression de Lumen Gentium, de ces dons qui, appartenant à lEglise du Christ, sont des forces qui poussent vers lunité catholique (n° 8).

Etant très conscients de la grandeur de votre tradition et de sa très profonde culture chrétienne, nous sommes dautant plus préoccupés par les problèmes et les crises que vous connaissez actuellement. Mais, en même temps, cela nous fait penser que vous réussirez, avec laide de Dieu, à surmonter ces difficultés et que nous trouverons des forces nouvelles et différentes pour reprendre ensemble notre pèlerinage vers lunité que Jésus-Christ veut pour nous et pour laquelle il a prié. Je voudrais redire ce que javais écrit, en décembre 2004, dans ma lettre à larchevêque de Canterbury: «Dans un esprit de partenariat œcuménique et damitié, nous sommes prêts à vous soutenir de toutes les manières appropriées et nécessaires».

Dans le même ordre didées, je voudrais revenir à lembarrassante question de larchevêque qui me demandait quelle sorte danglicanisme je voulais. Je remarque que, dans les moments critiques de lhistoire de lEglise dAngleterre et donc de la Communion anglicane, vous avez su retrouver la force de lEglise des Pères quand cette tradition était en danger. On peut citer comme exemples ces théologiens anglais du XVIIe siècle quon appelle les Caroline Divines et surtout le Mouvement dOxford. Peut-être, à notre époque, pourrait-on imaginer un nouveau Mouvement dOxford, une redécouverte des richesses qui se trouvent chez vous. Ce serait un nouvel accueil, un nouveau recours à la tradition apostolique dans une nouvelle situation. Ce ne serait pas une renonciation à votre profonde attention aux défis et aux combats humains, à votre soif de dignité humaine et de justice, à votre souci dassurer un rôle actif à toutes les femmes et tous les hommes dans lEglise. Au contraire, cela placerait ces préoccupations, ainsi que les questions qui en découlent, plus directement dans le cadre défini par lEvangile et par lancienne tradition qui nous est commune et dans laquelle notre dialogue est enraciné.

Nous espérons et nous prions pour que, tandis que vous cherchez à marcher en fidèles disciples de Jésus-Christ, le Père de toutes les miséricordes répande sur vous les abondantes richesses de Sa grâce et quil vous guide par la présence constante du Saint-Esprit.

un fleuriste a Rome, bonne nuit à touts

4 août, 2008

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http://flick.com/

« Jésus se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier »

4 août, 2008

du site: 

http://www.levangileauquotidien.org/www/main.php?language=FR&localTime=08/04/2008#

Saint Bruno ( ?-1101), fondateur des chartreux
Lettre à Raoul le Verd, 4, 15-16 (trad. SC 88, p.695)

« Jésus se rendit dans la montagne, à l’écart, pour prier »

Cher frère, j’habite un désert situé en Calabre et assez éloigné de tous côtés des habitations des hommes ; j’y suis avec mes frères religieux, dont certains pleins de science ; ils montent une garde sainte et persévérante, dans l’attente du retour de leur Maître, pour lui ouvrir dès qu’il frappera (Lc 12,36)…

Ce que la solitude et le silence du désert apportent d’utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l’expérience. Là, en effet, les hommes forts peuvent se recueillir autant qu’ils le désirent, demeurer en eux-mêmes, cultiver assidûment les vertus et se nourrir avec bonheur des fruits du paradis. Là on s’efforce d’acquérir cet oeil dont le clair regard blesse d’amour le divin Époux et dont la pureté donne de voir Dieu. Là on s’adonne à un repos bien rempli et on s’apaise dans une action tranquille. Là Dieu donne à ses athlètes, pour le labeur du combat, la récompense désirée : une paix que le monde ignore et la joie dans l’Esprit Saint…

En effet qu’est-ce qu’il y a de plus contraire à la raison, à la justice, à la nature même, que de préférer la créature au Créateur, de poursuivre les biens périssables plus que les biens éternels, ceux de la terre plus que ceux du ciel ?… La Vérité en personne donne ce conseil à tous : « Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous donnerai le repos » (Mt 11,28). N’est-ce pas une peine ingrate et stérile d’être tourmenté par le désir d’acquérir, les soucis, l’anxiété, la crainte ?… Fuis, mon frère, toutes ces inquiétudes, passe de la tempête de ce monde au repos tranquille et sûr du port.