par Sandro Magister: Une anthologie de la symphonie « du nouveau monde » de Benoît XVI

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Une anthologie de la symphonie « du nouveau monde » de Benoît XVI

Aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Sydney, Joseph Ratzinger prêche une « nouvelle ère » de lEsprit qui changerait la face de la terre. Il y a trois ans, en Allemagne, c’est une « révolution » qu’il avait proposée aux jeunes. Lespérance historique du pape théologienpar Sandro Magister

ROMA, le 22 juillet 2008

Du voyage de Benoît XVI en Australie pour la Journée Mondiale de la Jeunesse, les médias du monde entier ont retenu larrivée du pape par la mer en baie de Sydney, les danses des aborigènes, les tableaux vivants du Chemin de Croix, les myriades de bougies des jeunes pendant la veillée, la condamnation pleine d’émotion des abus sexuels commis par des prêtres et la rencontre avec quatre de leurs victimes.

Sur cette page, en revanche, on trouvera une anthologie des passages marquants des discours prononcés par Benoît XVI au cours de son voyage.In

évitablement, cette sélection laisse de côté dautres passages non moins importants des discours et homélies du pape. Par exemple, il faudrait relire intégralement la catéchèse sur lEsprit Saint que le pape a prononcée devant les jeunes lors de la veillée nocturne du samedi 19 juillet: on comprendrait pourquoi LOsservatore Romano la présentée comme lun des plus beaux textes du pontificat.

Quoi quil en soit, on retrouve dans cette anthologie une caractéristique de Benoît XVI : cest un pape théologien. Comme saint Augustin quil a beaucoup cité pendant son voyage en Australie Benoît XVI veut prêcher à tous, y compris aux plus humbles et aux plus simples, les merveilles de Dieu. Sans les simplifier ni les édulcorer, mais en les présentant dans toute leur essentialité, aussi complexe soit-elle, et dans leurs retombées historiques.De par leur contenu et leur style, les extraits reproduits ci-dessous sont ceux que l

on peut le plus sûrement attribuer à Joseph Ratzinger, à son esprit et à sa plume, plutôt quaux services du Vatican chargés de préparer les discours du pape et dy joindre des compléments.

Pour qui voudrait en compléter la lecture, les textes intégraux de tous les discours, messages et homélies sont disponibles en plusieurs langues sur cette page du site Internet du Saint-Siège:

> Voyage apostolique à Sydney, 12-21 juillet 2008

Voici donc notre anthologie:

1. Lorsque Dieu est éclipsé, le sein maternel devient lui aussi un lieu de violence indicible

Extrait du discours d’arrivée, Sydney, Môle de Barangaroo, jeudi 17 juillet 2008Chers amis, [...] d

en haut, la vue de notre planète fut quelque chose de vraiment magnifique. Le miroitement de la Méditerranée, la magnificence du désert nord africain, la forêt luxuriante de lAsie, limmensité de lOcéan Pacifique, lhorizon sur la ligne duquel le soleil se lève et se couche, la splendeur majestueuse de la beauté naturelle de lAustralie, dont jai pu jouir au cours de ces derniers jours ; tout cela suscite un profond sentiment de crainte révérencielle. Cest comme si nous capturions de rapides images sur lhistoire de la création racontée dans la Genèse : la lumière et les ténèbres, le soleil et la lune, les eaux, la terre et les créatures vivantes. Tout cela est « bon » aux yeux de Dieu (cf. Gn 1, 1-2, 4). Plongés dans une telle beauté, comment ne pas faire écho aux paroles du Psalmiste quand il loue le Créateur : « Quil est grand ton nom par toute la terre » (Ps 8, 2) ?

Mais il y a bien plus encore [...]: des hommes et des femmes créés rien que moins à limage et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26). Au cœur de la merveille de la création, nous nous trouvons, vous et moi, la famille humaine « couronnée de gloire et dhonneur » (cf. Ps 8, 6). Quelle merveille ! Avec le psalmiste, nous murmurons : « Quest-ce que lhomme pour que tu penses à lui ? » (cf. Ps 8, 5). Introduits dans le silence, pleins de reconnaissance et par la puissance de la sainteté, nous réfléchissons.Que d

écouvrons-nous ? [...] Que non seulement le milieu naturel, mais aussi le milieu social lhabitat que nous nous créons nous-mêmes a ses cicatricesi, [...] comme un poison qui menace de corroder ce qui est bon, de remanier ce que nous sommes et de nous détourner du but pour lequel nous avons été créés. [...] Il y a aussi quelque chose de sinistre qui découle du fait que la liberté et la tolérance sont très souvent séparées de la vérité. Cela est alimenté par lidée, largement diffusée aujourdhui, quaucune vérité absolue ne peut guider nos vies. Le relativisme, en donnant une valeur quasi indistincte à toute chose, a rendu l’« expérience » plus importante que tout. En réalité, les expériences, sans tenir compte de ce qui est bon et vrai, peuvent conduire non pas à une liberté authentique, mais au contraire, à une confusion morale ou intellectuelle, à un affaiblissement des principes, à la perte de la propre estime, et même au désespoir.

Chers amis, la vie nest pas réglée par le hasard, elle nest pas accidentelle. Votre existence personnelle a été voulue par Dieu, bénie par Lui et il lui a été donné un but (cf. Gn 1, 28) ! La vie nest pas une simple succession de faits et dexpériences, même si de tels événements peuvent être utiles. Elle est une recherche de ce qui est vrai, bien et beau. Cest précisément en vue de tels objectifs que nous accomplissons nos choix, que nous exerçons notre liberté et en cela, cest-à-dire en ce qui est vrai, bien et beau, nous trouvons le bonheur et la joie. Ne vous laissez pas tromper par ceux qui voient en vous de simples consommateurs sur un marché offrants de multiples possibilités, où le choix en lui-même devient le bien, la nouveauté se fait passer pour beauté, lexpérience subjective remplace la vérité.Le Christ offre davantage ! Bien plus, il offre tout ! Seulement Lui, qui est la V

érité, peut être le chemin et donc aussi la Vie. Ainsi, le « chemin », que les Apôtres portèrent jusquaux extrêmes limites de la terre, est la vie en Christ. Cest la vie de l’Église. Et lentrée dans cette vie, dans la vie chrétienne, se fait par le Baptême. [...]

Beaucoup prétendent aujourdhui que Dieu doit être laissé de côté et que la religion et la foi, acceptables sur le plan individuel, doivent être, ou exclues de la vie publique, ou utilisées uniquement pour poursuivre des objectifs pragmatiques limités. Cette vision sécularisée tente dexpliquer la vie humaine et de modeler la société en se référant peu ou sans se référer du tout au Créateur. Il est présenté comme une force neutre, impartiale et respectueuse de chacun. En réalité, comme toute idéologie, le sécularisme impose une vision globale. Si la présence de Dieu est insignifiante dans la vie publique, alors la société pourra être modelée daprès une image dépourvue de Dieu. Mais quand Dieu est éclipsé, notre capacité de reconnaître lordre naturel, le but et le « bien » commence à s’évanouir. [...]Et que dire de notre milieu social ? [...] Savons-nous reconna

ître que la dignité innée de tout individu sappuie sur son identité la plus profonde, étant image du Créateur, et que, par conséquent, les droits humains sont universels et se basent sur la loi naturelle, et quils ne dépendent ni des négociations ni de la condescendance, et bien moins encore des compromis ? Cest ainsi que nous sommes amenés à réfléchir sur la place quoccupent dans nos sociétés les indigents, les personnes âgées, les immigrés, les sans-voix. Comment se fait-il que la violence domestique tourmenter tant de mères et denfants ? Comment se fait-il que lespace humain, le plus beau et le plus sacré quest le sein maternel, soit devenu un lieu de violence indicible ?

Chers amis, la création de Dieu est unique et elle est bonne. Les préoccupations au sujet de la non-violence, du développement durable, de la justice et de la paix, de la protection de notre environnement sont dune importance vitale pour lhumanité. Tout cela, cependant, ne peut être compris sans une profonde réflexion sur la dignité innée de toute vie humaine, de la conception jusqu’à la mort naturelle, dignité qui est conférée par Dieu lui-même et qui est, par conséquent, inviolable.2. Le

point critique qua atteint le mouvement œcuménique

Extrait du discours aux représentants des autres confessions chrétiennes, Sydney, Crypte de la Saint Mary’s Cathedral, vendredi 18 juillet 2008Chers amis dans le Christ, je pense que vous serez d

accord pour constater que le mouvement œcuménique est parvenu à un point critique. Pour progresser, nous devons sans cesse demander à Dieu de renouveler nos esprits par la grâce de lEsprit Saint (cf. Rm 12, 2), qui nous parle à travers les Écritures et nous conduit à la vérité tout entière (cf. 2 P 1, 20-21 ; Jn 16, 13). Nous devons nous garder de la tentation de considérer la doctrine comme une cause de division et, par conséquent, comme un empêchement à ce qui semble être la tâche immédiate la plus urgente pour améliorer le monde dans lequel nous vivons. En réalité, lhistoire de l’Église démontre que la « praxis » non seulement est inséparable de la « didaché« , ou enseignement, mais quelle en découle au contraire.

3. Jésus seul est lAlpha et lOméga

Extrait du discours aux représentants des autres religions, Sydney, Salle capitulaire de la Saint Mary’s Cathedral, vendredi 18 juillet 2008Chers amis, [...] l’Église aborde le dialogue avec les autres religions convaincue que la véritable source de la liberté se trouve en la personne de Jésus de Nazareth. Les chrétiens croient que cest Lui qui nous révèle pleinement les potentialités humaines en ce qui concerne la vertu et le bien, et que cest Lui qui nous libère du péché et des ténèbres. Luniversalité de lexpérience humaine, qui dépasse toutes les frontières géographiques et toutes les limites culturelles, permet aux disciples des religions de sengager dans le dialogue afin daffronter le mystère des joies et des souffrances de la vie. À cet égard, l’Église cherche ardemment toutes les occasions pour se mettre à l’écoute des expériences spirituelles des autres religions. Nous pourrions affirmer que toutes les religions cherchent à pénétrer le sens profond de lexistence humaine en le ramenant à une origine ou principe extérieur à elle. Les religions offrent une tentative de compréhension du cosmos comme provenant de cette origine ou principe et y retournant. Les chrétiens croient que Dieu a révélé cette origine et principe en Jésus, que la Bible définit comme l’« Alfa et Omega » (cf. Ap 1, 8 ; 22, 1).

4. Soyez des « signes de contradiction » dans le monde

Extrait de l’homélie prononcée au cours de la messe avec les évêques, les prêtres, les séminaristes et les novices, Sydney, Saint Mary’s Cathedral, samedi 19 juillet 2008

Chers frères et sœurs, [...] dans la liturgie de ce jour, l’Église nous rappelle que, comme cet autel, nous avons nous aussi été consacrés, mis « à part » pour le service de Dieu et la construction de son règne. Trop souvent, cependant, nous nous retrouvons immergés dans un monde qui voudrait mettre Dieu « de côté ». Au nom de la liberté et de lautonomie humaine, le nom de Dieu est mis sous silence, la religion est réduite à une dévotion personnelle et la foi est écartée de la place publique. Parfois, une mentalité de ce genre, totalement opposée à lessence de l’Évangile, peut même en venir à obscurcir notre compréhension de l’Église et de sa mission. Nous aussi, nous pouvons être tentés de réduire la vie de foi à une simple question de sentiment, affaiblissant ainsi sa capacité dinspirer une vision cohérente du monde et du dialogue rigoureux avec les nombreuses autres visions qui concourent pour gagner à elles les esprits et les cœurs de nos contemporains. [...] Je d

ésire ici [...] évoquer la honte que nous avons tous éprouvée à la suite des abus sexuels commis sur des mineurs par quelques prêtres et religieux de ce pays. Je suis vraiment profondément désolé pour la douleur et la souffrance que les victimes ont supportées et je les assure quen tant que Pasteur je partage leur souffrance. Ces méfaits qui constituent une trahison grave de la confiance doivent être condamnés sans équivoque. Ils ont causé de grandes souffrances et ont porté porter préjudice au témoignage de l’Église. Je demande à chacun de vous de soutenir et dassister vos Évêques et de collaborer avec eux pour combattre ce mal. Les victimes doivent recevoir compassion et soin et les responsables de ces maux doivent comparaître devant la justice. [...]

Je désire madresser maintenant aux séminaristes et aux jeunes religieux qui sont parmi nous pour leur manifester mon affection et mes encouragements. [...] Faites de la célébration quotidienne de lEucharistie le centre de votre vie. À chaque messe, quand le Corps et le Sang du Seigneur sont élevés au terme de la prière eucharistique, élevez votre cœur et votre vie dans le Christ, avec Lui et par Lui, dans lunité de lEsprit Saint, comme un sacrifice agréable à Dieu notre Père. Ainsi, chers jeunes, s

éminaristes et religieux, deviendrez-vous vous-mêmes des autels vivants, sur lesquels le sacrifice damour du Christ sera rendu présent comme un modèle et une source de nourriture spirituelle pour tous ceux que vous rencontrerez. En répondant à lappel du Seigneur à le suivre dans la chasteté, la pauvreté et lobéissance, vous avez entrepris, en tant que disciples, une démarche radicale qui fera de vous des « signes de contradiction » (cf. Lc 2, 34) pour beaucoup de vos contemporains. Modelez quotidiennement votre vie sur la libre offrande pleine damour du Seigneur, en obéissance à la volonté du Père. De cette façon, vous découvrirez la liberté et la joie qui peuvent attirer les autres à cet Amour qui est au-dessus de tout autre amour comme sa source et son accomplissement ultime. Noubliez jamais que la chasteté pour le Royaume signifie embrasser une vie entièrement dédiée à aimer. Aimer vous rend capables de vous consacrer sans réserve au service de Dieu pour être pleinement présents à vos frères et à vos sœurs, spécialement à ceux qui sont dans le besoin.

5. LEsprit Saint, l« Oublié » de la Sainte Trinité

Extrait du discours aux jeunes lors de la veillée nocturne, Sydney, Hippodrome de Randwick, samedi 19 juillet 2008

Très chers jeunes, [...] lunité et la réconciliation ne peuvent être atteintes par nos seuls efforts. Dieu nous a fait lun pour lautre (cf. Gn 2, 24) et nous ne pouvons trouver quen Dieu et que dans l’Église lunité que nous cherchons. Cependant, face aux imperfections et aux désillusions aussi bien individuelles quinstitutionnelles, nous sommes parfois tentés de construire une communauté « parfaite ». Ce nest pas là une tentation nouvelle. Lhistoire de l’Église contient de multiples exemples de tentatives pour contourner et dépasser les faiblesses et les échecs humains pour créer une unité parfaite, une utopie spirituelle. De telles tentatives pour b

âtir lunité, en fait, la minent ! Séparer lEsprit Saint du Christ présent dans la structure institutionnelle de l’Église compromettrait lunité de la communauté chrétienne, qui est précisément un don de lEsprit ! Cela trahirait la nature de l’Église en tant que Temple vivant de lEsprit Saint (cf. 1 Co 3, 16). Cest lEsprit, en fait, qui guide l’Église sur le chemin de la pleine vérité et en assure lunité dans la communion et le service (cf. Lumen Gentium, 4). Malheureusement, la tentation d’« aller de lavant tout seul » persiste. Certains parlent de leur communauté locale comme dune réalité séparée de la soi-disant Église institutionnelle, décrivant la première comme souple et ouverte à lEsprit, et la seconde comme rigide et privée de lEsprit. [...]

Il y a des moments dans lesquels nous pouvons être tentés de rechercher la félicité loin de Dieu. Jésus lui-même demande aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jn 6, 67). Un tel éloignement offre peut-être lillusion de la liberté. Mais où nous conduit-il ? Vers qui pouvons-nous aller ? Dans nos cœurs, nous savons, en fait, que seul le Seigneur a « les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 67-69). S’éloigner de lui nest quune tentative inutile de nous fuir nous-mêmes (cf. Saint Augustin, Les Confessions VIII, 7). Dieu est avec nous dans la réalité de la vie et non dans notre imaginaire ! Affronter la réalité, et non la fuir, cest ce que nous voulons ! Pour cela, lEsprit Saint avec délicatesse, mais aussi avec fermeté, nous attire vers ce qui est réel, vers ce qui est durable, vers ce qui est vrai. Cest lEsprit qui nous ramène à la communion avec la Sainte Trinité. L

Esprit Saint a été, de quelque manière, loublié de la Sainte Trinité. Une claire compréhension de sa Personne semble presque hors de notre portée. Et cependant quand j’étais encore un petit garçon, mes parents, comme les vôtres, mont enseigné le signe de la Croix. Jai ainsi très tôt compris quil y a un Dieu en trois Personnes et que la Trinité est au centre de la foi et de la vie chrétienne. Quand jai cru au point davoir une certaine compréhension de Dieu le Père et de Dieu le Fils leurs noms parlaient déjà deux-mêmes , ma compréhension de la troisième Personne de la Trinité restait faible. Cest pourquoi, comme jeune prêtre chargé denseigner la théologie, jai décidé d’étudier les grands témoins de lEsprit dans lhistoire de l’Église. Cest en parcourant cet itinéraire que je me suis retrouvé à lire, entre autres, le grand saint Augustin.

Sa compréhension de lEsprit Saint se développa de manière graduelle ; elle fut un combat. Jeune, il avait embrassé le Manichéisme lune de ses tentatives, dont jai parlé il y a un instant, de créer une utopie spirituelle en séparant les réalités de lesprit des réalités de la chair. En conséquence, au début, il était méfiant à l’égard de lenseignement chrétien sur lincarnation de Dieu. Et cependant, son expérience de lamour de Dieu présent dans l’Église le conduisit à en rechercher la source dans la vie du Dieu Un et Trine. Ceci le porta à avoir trois intuitions particulières sur lEsprit Saint comme lien dunité au sein de la Sainte Trinité : unité comme communion, unité comme amour durable, unité comme don, donné et reçu. Ces trois intuitions ne sont pas seulement théoriques. Elles aident à expliquer comme lEsprit agit. Dans un monde où aussi bien les individus que les communautés souffrent souvent de labsence dunité et de cohésion, de telles intuitions nous aident à demeurer en syntonie avec lEsprit et à étendre et à clarifier la nature de notre témoignage. [...] Ce qui constitue notre foi ce n

est pas en premier lieu ce que nous faisons, mais ce que nous recevons. En effet, il se peut que des personnes généreuses, qui ne sont pas chrétiennes, fassent beaucoup plus que nous. Amis, acceptez-vous d’être introduits dans la vie trinitaire de Dieu ? Acceptez-vous d’être introduits dans sa communion damour ?

Les dons de lEsprit qui agissent en nous, orientent et déterminent notre témoignage. Orientés, de par leur nature, à lunité, les dons de lEsprit nous lient encore plus étroitement à lensemble du Corps du Christ (cf. Lumen gentium, 4), en nous rendant davantage capables d’édifier l’Église, pour servir ainsi le monde (cf. Ep 4, 13). Ils nous appellent à participer activement et joyeusement à la vie de l’Église [...]. Oui, l’Église doit grandir dans lunité, elle doit saffermir dans la sainteté, se rajeunir et se renouveler constamment (cf. Lumen gentium, 4). Mais suivant quels critères ? Ceux de lEsprit Saint ! Adressez-vous à lui, chers jeunes, et vous découvrirez la signification véritable du renouvellement. 6. Une

nouvelle ère qui renouvellerait le monde et lEglise

Extrait de l’homélie prononcée au cours de la messe avec les jeunes, Sydney, hippodrome de Randwick, dimanche 20 juillet 2008 Chers amis, [...]

« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous » (Ac 1, 8). Ces paroles du Seigneur ressuscité ont une signification particulière pour les jeunes qui seront confirmés, marqués par le don de lEsprit Saint, au cours de cette Messe. Mais ces paroles sont aussi adressées à chacun dentre nous, à tous ceux qui ont reçu de lEsprit le don de la réconciliation et de la vie nouvelle au Baptême, qui lont accueilli dans leurs cœurs comme leur soutien et leur guide à la Confirmation et qui, chaque jour, grandissent dans ses dons de grâce par la Sainte Eucharistie. En effet, à chaque Messe, lEsprit Saint, invoqué par la prière solennelle de l’Église, descend de nouveau non seulement pour transformer nos offrandes, le pain et le vin, dans le Corps et le Sang du Seigneur, mais aussi pour transformer nos vies, pour faire de nous, par sa puissance, « un seul corps et un seul esprit dans le Christ ».

Mais quel est donc ce « pouvoir » de lEsprit Saint ? Cest le pouvoir de la vie Dieu ! Cest le pouvoir de lEsprit lui-même qui se répandit sur les eaux à laube de la création et qui, dans la plénitude des temps, releva Jésus de la mort. Cest le pouvoir qui nous conduit nous et le monde vers lavènement du Royaume de Dieu. Dans l’Évangile daujourdhui, Jésus annonce quune nouvelle ère a commencé, dans laquelle lEsprit Saint sera répandu sur lhumanité entière (cf. Lc 4, 21). Jésus lui-même, conçu de lEsprit Saint et né de la Vierge Marie, est venu parmi nous pour nous donner cet Esprit. Comme source de notre vie nouvelle dans le Christ, lEsprit Saint est aussi, dune manière très réelle, l’âme de l’Église, lamour qui nous lie au Seigneur et entre nous et la lumière qui ouvre nos yeux pour voir les merveilles de la grâce de Dieu autour de nous. [...] Cette force, la gr

âce le lEsprit, nest pas quelque chose que nous pouvons mériter ou acquérir, mais nous pouvons seulement la recevoir comme un don. Lamour de Dieu peut répandre sa puissance uniquement quand nous lui permettons de nous transformer intérieurement. Nous devons lui permettre de traverser dans la dure carapace de notre indifférence, de notre lassitude spirituelle, de notre conformisme aveugle à lesprit de notre temps. Alors seulement nous pouvons lui permettre denflammer notre imagination et de façonner nos désirs les plus profonds. Voilà pourquoi la prière est si importante : la prière quotidienne, la prière personnelle, dans le silence de notre cœur et devant le Saint Sacrement ainsi que la prière liturgique en Église. Elle est réceptivité pure de la grâce de Dieu, amour en acte, communion avec lEsprit qui demeure en nous et nous conduit, à travers Jésus, dans l’Église, à notre Père céleste. Par la puissance de son Esprit, Jésus est toujours présent en nous, attendant tranquillement que nous nous mettions en silence à côté de Lui pour écouter sa voix, demeurer dans son amour et recevoir la « force qui vient den-haut », force qui nous rend capables d’être sel et lumière pour notre monde. [...]

La puissance de lEsprit Saint ne nous éclaire ni ne nous console seulement. Elle nous oriente aussi vers lavenir, vers lavènement du Royaume de Dieu. Quelle magnifique vision dune humanité rachetée et renouvelée entrevoyons-nous dans la nouvelle ère promise par l’Évangile daujourdhui ! Saint Luc nous dit que Jésus Christ est la réalisation de toutes les promesses de Dieu, le Messie qui possède en plénitude lEsprit Saint pour le communiquer à lhumanité tout entière. Leffusion de lEsprit du Christ sur lhumanité est un gage despérance et de libération vis-à-vis de tout ce qui nous appauvrit. Elle redonne la vue à laveugle, elle libère les opprimés, et crée lunité dans et à travers la diversité (cf. Lc 4, 18-19 ; Is 61, 1-2). Cette force peut créer un monde nouveau : elle peut « renouveler la face de la terre » (cf. Ps 104, 30) ! Fortifi

ée par lEsprit et sinspirant dune riche vision de foi, une nouvelle génération de chrétiens est appelée à contribuer à l’édification dun monde où la vie est accueillie, respectée et aimée, non rejetée ou ressentie comme une menace et par conséquent détruite. Une nouvelle ère où lamour nest pas avide et égoïste, mais pur, fidèle et sincèrement libre, ouvert aux autres, respectueux de leur dignité, cherchant leur bien et rayonnant la joie et la beauté. Une nouvelle ère où lespérance nous libère de la superficialité, de lapathie et de l’égoïsme qui mortifient nos âmes et enveniment les relations humaines. Chers jeunes amis, le Seigneur vous demande d’être des prophètes de cette nouvelle ère, des messagers de son amour, capables dattirer les personnes au Père et de bâtir un avenir plein despérance pour toute lhumanité.

Le monde a besoin de ce renouvellement ! Dans nombre de nos sociétés, à côté de la prospérité matérielle, le désert spirituel s’étend : un vide intérieur, une crainte indéfinissable, un sentiment caché de désespoir. Combien de nos contemporains se sont creusés des citernes fissurées et vides (cf. Jr 2, 13) en cherchant désespérément le sens, la signification ultime que seul lamour peut donner ? Cest là le don immense et libérateur que l’Évangile apporte : il nous révèle notre dignité dhommes et de femmes créés à limage et à la ressemblance de Dieu. Il nous révèle la sublime vocation de lhumanité qui est de trouver sa propre plénitude dans lamour. Il renferme la vérité sur lhomme, la vérité sur la vie. L

’Église a aussi besoin de ce renouvellement ! Elle a besoin de votre foi, de votre idéalisme et de votre générosité, afin d’être toujours jeune dans lEsprit (cf. Lumen gentium, 4). Dans la deuxième Lecture daujourdhui, lApôtre Paul nous rappelle que chaque chrétien a reçu un don qui doit être utilisé pour l’édification du Corps du Christ.

7. Ce oui qui change lhistoire

Extrait de l’Angélus qui a suivi la messe avec les jeunes, Sydney, Hippodrome de Randwick, dimanche 20 juillet 2008

Chers jeunes, [...] dans lAncien Testament, Dieu s’était révélé de façon partielle et de manière graduelle, comme nous le faisons tous dans nos relations personnelles. Il fallait un certain temps au peuple élu pour approfondir sa relation avec Dieu. LAlliance avec Israël a été comme un temps de séduction, de longues fiançailles. Le moment définitif arriva donc, le moment du mariage, la réalisation de la nouvelle et éternelle alliance. À ce moment-là, devant le Seigneur, Marie représente toute lhumanité. Dans le message de lange, c’était Dieu qui faisait une proposition de mariage avec lhumanité. Et, en notre nom, Marie dit son « oui ». Dans les fables, les r

écits sachèvent ainsi : et tous « vécurent alors heureux et contents ». Dans la vie réelle, ce nest pas aussi facile. Marie dut faire face à de nombreuses difficultés pour affronter les conséquences de ce « oui » dit au Seigneur. Syméon prophétisa quune épée lui transpercerait le cœur. Lorsque Jésus eut douze ans, elle connut les pires cauchemars que tout parent éprouve quand, pendant trois jours, elle dut affronter la disparition de son Fils. Et après lactivité publique de Jésus, elle souffrit lagonie, étant présente à sa crucifixion et à sa mort. Dans ses différentes épreuves, elle resta toujours fidèle à sa promesse, soutenue par lEsprit de force. Et elle en fut récompensée par la gloire.

Chers jeunes, nous aussi nous devons rester fidèles au « oui » par lequel nous avons accueilli loffre damitié que le Seigneur nous a faite. Nous savons quIl ne nous abandonnera jamais. Nous avons quIl nous soutiendra toujours par les dons de lEsprit. Marie a accueilli la « proposition » du Seigneur en notre nom. [...] Marie nous inspire, elle est notre modèle. Elle intercède pour nous auprès de son Fils et, avec son amour maternel, elle nous protège des dangers.

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