Père Cantalamessa: La perte de la crainte de Dieu a fait grandir en nous la peur

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La perte de la crainte de Dieu a fait grandir en nous la peur

Le P. Cantalamessa commente l’évangile du dimanche 22 juin

ROME, Vendredi 20 juin 2008 (ZENIT.org

) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du dimanche 22 juin proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10, 26-33Jésus disait aux douze Apôtres : « Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Est-ce qu’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde.

Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

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Craignez, mais n’ayez pas peur !

L’évangile de ce dimanche soulève plusieurs points mais ils se résument tous dans cette phrase apparemment contradictoire : « Craignez, mais n’ayez pas peur ». Jésus dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent pas tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps ». Nous ne devons ni craindre les hommes ni avoir peur d’eux. Nous devons en revanche craindre Dieu mais nous ne devons pas avoir peur de lui.

Il y a donc une différence entre peur et crainte, et nous allons essayer ici de comprendre pourquoi, et en quoi elle consiste. La peur est une manifestation de notre instinct fondamental de conservation. C’est une réaction à une menace contre notre vie, la réponse à un danger réel ou présumé : du danger le plus grand qui est celui de la mort aux dangers particuliers qui menacent notre tranquillité, notre sécurité physique ou notre monde affectif.Selon qu’il s’agisse de dangers r

éels ou imaginaires on parle de peurs justifiées et de peurs injustifiées ou pathologiques. Les peurs, comme les maladies, peuvent être aiguës ou chroniques. Les peurs aiguës ont été déterminées par une situation de danger extraordinaire. Si je suis sur le point d’être renversé par une voiture ou si je commence à sentir la terre trembler sous mes pieds à cause d’un tremblement de terre, ce sont des peurs aiguës. Ces frayeurs disparaissent comme elles sont apparues, à l’improviste et sans préavis, lorsque le danger disparaît, en laissant au pire un mauvais souvenir. Les peurs chroniques sont celles qui cohabitent avec nous, que nous traînons depuis notre naissance ou notre enfance, qui grandissent avec nous, qui deviennent partie intégrante de notre être, et auxquelles nous finissons même parfois par nous attacher. Nous les appelons les complexes ou phobies : claustrophobie, agoraphobie, etc.

L’évangile nous aide à nous libérer de toutes ces peurs en révélant le caractère relatif et non absolu des dangers qui les provoquent. Il y a une partie de nous que rien ni personne au monde ne peut vraiment nous ôter ou abîmer : pour les croyants c’est l’âme immortelle, pour tous, le témoignage de notre propre conscience.La crainte de Dieu est tr

ès différente de la peur. La crainte de Dieu est une chose que l’on doit apprendre : « Venez, mes fils, écoutez-moi, dit un psaume, que je vous enseigne la crainte du Seigneur » (Ps 33, 12). Il n’est pas nécessaire en revanche d’apprendre la peur à l’école ; elle apparaît à l’improviste face au danger ; les choses se chargent elles-mêmes de nous inspirer la peur.

Mais c’est le sens même de la crainte de Dieu qui est différent de la peur. C’est une composante de la foi : elle naît du fait de savoir qui est Dieu. C’est le sentiment qui nous saisit devant le spectacle grandiose et solennel de la nature. C’est le fait de se sentir petits face à quelque chose d’immensément plus grand que nous ; c’est l’étonnement, l’émerveillement mêlés d’admiration. Devant le miracle du paralytique qui se lève et se met à marcher, on lit dans l’évangile que « Tous furent saisis de stupeur et… rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : Aujourd’hui nous avons vu des choses extraordinaires’ ! » (Lc 5, 26). La crainte est ici tout simplement un autre nom de la stupeur et de la louange.Ce type de crainte est un compagnon et un alli

é de l’amour : c’est la peur de déplaire à la personne aimée que l’on retrouve chez toute personne réellement amoureuse, même dans l’expérience humaine. Il est souvent appelé « principe de la sagesse » car il conduit à faire les bons choix dans la vie. C’est même un des sept dons de l’Esprit Saint (cf. Is 11, 2) !

Comme toujours, l’évangile ne fait pas qu’éclairer notre foi. Il nous aide également à comprendre la réalité de tous les jours. Notre époque a été définie comme une époque d’angoisse (W. H. Auden). L’angoisse, fille de la peur, est devenue la maladie du siècle et on dit qu’elle est devenue l’une des causes principales de l’augmentation des infarctus. Comment expliquer cela si nous avons aujourd’hui tellement plus de sécurités économiques que par le passé, d’assurances sur la vie, de moyens pour lutter contre les maladies et retarder la mort ?C’est parce que dans notre soci

été, la sainte crainte de Dieu a diminué, pour ne pas dire complètement disparu. « Il n’y a plus aucune crainte de Dieu ! ». Nous le disons parfois un peu à la légère mais cette affirmation contient une vérité tragique. Plus la crainte de Dieu diminue, plus la peur des hommes augmente ! Ceci n’est pas difficile à expliquer. Lorsque nous oublions Dieu, nous replaçons toute notre confiance dans les choses d’ici-bas, c’est-à-dire dans les choses que, selon le Christ « le voleur peut approcher et la mite peut ronger ». Des choses aléatoires qui peuvent nous manquer d’un moment à l’autre, que le temps (la mite) ronge inexorablement. Des choses que tout le monde ambitionne et qui déchaînent donc la concurrence et la rivalité (le fameux « désir mimétique » dont parle René Girard), des choses qu’il faut défendre les dents serrées et parfois le fusil à la main.

Au lieu de nous libérer de la peur, la perte de la crainte de Dieu nous a pétris de ces peurs. Regardons ce qui se passe dans la relation entre parents et enfants dans notre société. Les parents ont perdu la crainte de Dieu et les enfants ont perdu la crainte des parents ! Le reflet et l’équivalent sur la terre de la crainte de Dieu est la crainte révérencielle des enfants envers leurs parents. La Bible associe continuellement les deux choses. Mais le fait de ne plus craindre et respecter leurs parents, rend-il les enfants et les adolescents d’aujourd’hui plus libres et plus sûrs d’eux-mêmes ? Nous savons que c’est tout le contraire.

Le moyen de sortir de la crise est de redécouvrir la nécessité et la beauté de la sainte crainte de Dieu. Jésus nous explique justement dans l’évangile de dimanche que la confiance en Dieu est une compagne inséparable de la crainte. « Est-ce qu’on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde ! » Dieu ne veut pas nous inspirer la crainte mais la confiance. Le contraire de cet empereur romain qui disait : « Oderint dum metuant », qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent ! C’est aussi ce que devraient faire les parents sur terre : ne pas inspirer la crainte mais la confiance. C’est précisément de cette manière qu’on encourage le respect, l’admiration, la confiance, tout ce qui correspond à la « sainte crainte ».

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