Pierre GAUTHIEZ: Les vieux clochers

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Les vieux clochers

Vieux clochers campagnards, couverts de tuiles rousses,
Clochers de nos pays, qui chantez au ciel clair,
L
hiver vous a sculptés ; les herbes et les mousses
Brodent vos chapiteaux rid
é
s par le grand air ;

Clochers massifs, pareils aux colombiers rustiques,
Chancelants sous la brise, effrit
é
s et charmants,
Dans vos larges auvents, comme des vols mystiques,
Tourbillonne l
essor des carillons clamants ;

Sur le trouble Océan des plaines ondoyantes
Vous dressez les vaisseaux qui cinglent vers le ciel,
Et le rayonnement de tant d
’â
mes croyantes
Vous illumine encor d
un souffle dirré
el.

On dit quon trouve, ailleurs, des églises vêtues
De dentelle d
albâ
tre et de marbres luisants ;
Il n
est, pour les peupler, qu
un peuple de statues,
Elles n
enferment point l’â
me des paysans.

Vous ne surplombez point des façades pompeuses,
L
or n
est jamais venu plaquer votre portail,
Vous ne lancez parmi les brumes radieuses
Qu
un coq étincelant dont la rouille est l’é
mail ;

Mais souvent, bien au fond de vos nefs en ogive,
Derri
ère vos autels au vermeil dédoré
,
Plus d
un joyau survit, que l
artiste ravive
Dans le myst
ère où tant daïeux lont ignoré
:

Éblouissants vitraux, clartés dun ciel de rêve,
Pierre tombale o
ù gî
t un seigneur ancien,
B
énitier ciselé, forme exquise où se rê
ve
Le chef-d
oeuvre dun vieux maî
tre parisien.

Clochers, vous rassemblez à ces pauvres grandmères
Qui tremblent, tout le jour, dans leur sombre sarrau.
Leurs yeux se sont creus
és, leurs lèvres sont amè
res,
Et leur
étroit fantô
me attriste le carreau ;

Mais, dans lobscur recoin de leurs placards obliques,
Elles gardent parfois quelque bijou sans prix,
Pr
ésent des jours charmé
s, lumineuse relique
Dont la flamme scintille entre leurs doigts maigris.

Et surtout, ô mes vieux clochers dIsle-de-France,
Vous avez tant vibr
é dallé
gresse ou de deuil,
Vous avez enferm
é tant dombre et despé
rance
Que le plus fier s
incline en passant votre seuil.

Pour les enterrements et pour les épousailles,
Par les froides Toussaints, par les No
ë
ls divins,
Vous avez
éveillé
dans vos fortes entrailles
La cloche, voix de fer dont pas un mot n
est vain.

Et quand, vers lheure où le bétail revient aux portes,
L
Angé
lus fait tinter ses rythmes solennels,
Je m
arrête, entendant l
hymne des races mortes
Qui plane avec lenteur sur les champs
é
ternels.

Pierre GAUTHIEZ, Isle-de-France.

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