Archive pour mars, 2008

« Au lever du jour, Jésus était là debout sur le rivage »

28 mars, 2008

du site:

http://levangileauquotidien.org/

Liturgie latine
Hymne des vêpres de l’Octave de Pâques: Ad coenam agni providi (trad. Liturgie Chorale du Peuple de Dieu)

« Au lever du jour, Jésus était là debout sur le rivage »

Invités aux noces de l’Agneau (Ap 19,9)
Et revêtus d’une robe de lumière,
Nous venons de traverser l’eau de la Mer Rouge (Ex 14)
Chantons le Christ, il nous ouvre le chemin.

Lui, dont le Corps vêtu de gloire
S’est immolé sur l’autel de la croix,
Il a répandu son sang pour la vie du monde
En le buvant, nous vivons en son amour.

Protégés au soir de cette Pâque
Contre les coups de l’ange exterminateur (Ex 12,13)
Il nous a tous arrachés à la servitude
Les eaux s’ouvrirent alors sous nos pas.

Aujourd’hui, notre Pâque c’est le Christ (1Co 5,7)
Il est l’agneau immolé pour nos péchés
Il nous a donné sa chair comme nourriture
Le pain très pur, l’azyme sincère.

Il est la victime vraiment digne
Par qui l’enfer a été anéanti,
Il délie la terre entière tenue captive,
Il lui redonne les biens de la vie.

Jésus Christ se lève du tombeau
Et il retourne vainqueur des enfers,
Il enchaîne les tyrans, chasse les ténèbres
Et il nous ouvre les portes du ciel.

Gloire à toi, ô Christ, notre Sauveur,
Toi qui triomphe aujourd’hui d’entre les morts
Gloire au Père et à l’Esprit qui nous illumine
Vous qui régnez pour les siècles éternels. Amen, Alléluia !

Apparition aux disciples d’Emmaus

27 mars, 2008

Apparition aux disciples d’Emmaus  dans images sacrée 13%20APPARITION%20AUX%20DISCIPLES%20SUR%20LA%20ROUTE

http://www.artbible.net/3JC/-Luk-24,13_Emmaus_on_the_way_en_route/index.html

Saint Augustin, 122 traité: La seconde pêche miraculeuse

27 mars, 2008

du site:

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/jean/tr121-124/tr122.htm 

SAINT AUGUSTIN 

TRAITÉS SUR SAINT JEAN. 

CENT VINGT-DEUXIÈME TRAITÉ. 

DEPUIS LES PAROLES SUIVANTES : JÉSUS A FAIT PLUSIEURS AUTRES MIRACLES », JUSQU’A CES AUTRES : « MALGRÉ LEUR GRAND NOMBRE, LE FILET NE ROMPIT POINT ». (Chap. XX, 30, 31 ; XXI, 1-11.) 

  

LA SECONDE PÊCHE MIRACULEUSE. 

  

Quelques jours après l’apparition du Sauveur à Thomas, les Apôtres allèrent pêcher : et en retournant ainsi à leur premier métier, ils ne péchèrent pas; car c’était une occupation permise en elle-même, et, d’ailleurs, s’il est permis aux prédicateurs de l’Evangile de vivre de l’Evangile, à plus forte raison ne leur est-il pas défendu de ne pas grever leurs ouailles. Jésus se présenta alors à eux ; sur son ordre, ils jetèrent leurs filets à droite de la barque, prirent cent cinquante-trois gros poissons, et les amenèrent au rivage dans les filets, sans que ceux-ci se rompissent. La première pêche miraculeuse était la figure de l’Eglise du temps : pour bien des raisons, celle-ci symbolisait l’Eglise de l’éternité. Le nombre des poissons indiquait l’accomplissement de la loi par l’opération du Saint-Esprit, et leur grosseur, ceux qui enseignent et observent les commandements et qui feront, à cause de cela, partie des élus. 

  

1. Le Sauveur avait montré au disciple Thomas les plaies de son corps, et lui avait offert de les toucher; celui-ci vit donc ce qu’il ne voulait pas croire et il crut. Après nous avoir raconté cette circonstance, l’évangéliste Jean intercale ces paroles : « Jésus a fait, en présence de ses disciples, plusieurs autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-ci ont été écrits, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom ». Ce chapitre semble indiquer la fin du livre ; toutefois, l’écrivain sacré raconte encore ici la manière dont le Christ se manifesta sur le bord de la mer de Tibériade, et donna, dans la pêche miraculeuse, une mystérieuse image de ce que doit être l’Eglise quand les morts ressusciteront à la fin du monde. Je trouve un motif particulier d’y faire attention dans ce fait, que ce qui devait être le prélude du récit suivant et donner à ce passage une importance plus marquée, a été placé après le chapitre précédent comme s’il en était le complément naturel. Le récit en question commence par ces mots : « Ensuite Jésus se manifesta de nouveau à ses disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et il se manifesta ainsi. Simon Pierre et Thomas,appelé Dydime, Nathanaël, qui était de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples de Jésus étaient ensemble. Simon Pierre leur dit : Je vais pêcher. Et ils lui dirent : Nous allons aussi avec toi » . 

2. A l’occasion de cette pêche des disciples, on cherche d’habitude à savoir pourquoi Pierre et les fils de Zébédée sont redevenus ce qu’ils étaient avant d’être choisis par le Seigneur. Car ils étaient pêcheurs, quand il leur dit : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (1) ». Alors ils le suivirent et abandonnèrent tout ce qu’ils possédaient pour s’attacher à lui en qualité de disciples; en voici la preuve : Quand un jeune homme riche s’éloigna tristement de Jésus pour lui avoir entendu dire : « Va, vends tout ton bien, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; puis, viens et suis-moi », Pierre dit au Sauveur 

« Voilà que nous avons tout quitté et que « nous vous avons suivi (2) ». Pourquoi donc, après avoir en quelque sorte abandonné l’apostolat, redeviennent-ils maintenant ce qu’ils étaient autrefois? Pourquoi reviennent-ils à ce dont ils s’étaient séparés, comme s’ils avaient oublié ce qu’ils ont entendu : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est point propre au royaume de Dieu (3)? » Si, après que Jésus eut rendu le dernier soupir, et avant sa résurrection d’entre les morts, ses disciples avaient agi de la sorte; mais ils ne le pouvaient, parce que toute leur attention avait été absorbée par les événements du jour, depuis le moment où il fut crucifié jusqu’à sa mise au tombeau qui eut lieu avant le soir: le jour suivant était le sabbat; à pareil 

  

1. Matth. IV, 19. — 2. Id. XIX, 21, 22, 27. — 3. Luc, IX, 62. 

  

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jour, d’après l’usage de leur pays qu’ils observaient, il leur était défendu de travailler; au troisième jour, le Sauveur ressuscita et leur rendit, par là, l’espérance qu’ils avaient déjà commencé à ne plus avoir; cependant, s’ils étaient alors retournés à leurs filets, nous croirions devoir en attribuer la cause au désespoir dans lequel ils étaient tombés. Mais aujourd’hui, le Christ, sorti du tombeau, leur a été rendu plein de vie; la vérité s’est présentée à eux avec la dernière évidence, et ils ont pu, non-seulement la considérer de leurs yeux, mais la toucher et la palper de leurs mains; ils ont si bien examiné la trace de ses plaies que l’apôtre Thomas en a confessé la réelle existence, après avoir dit qu’il croirait à cette seule condition ; le Sauveur a soufflé sur eux et leur a donné son saint Esprit; il leur a, de sa propre bouche, adressé ces paroles : « Comme mon Père m’a envoyé, moi « aussi je vous envoie; ceux dont vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus (1) ». Et tout à coup ils deviennent ce qu’ils étaient auparavant; ils deviennent, non pas des pêcheurs d’hommes, mais des pêcheurs de poissons. 

3. Voici la réponse à faire aux personnes étonnées d’une pareille conduite. Il n’était point défendu aux disciples de demander à un métier permis et autorisé le moyen de vivre, s’ils ne portaient d’ailleurs aucune atteinte à l’intégrité de leur apostolat et se trouvaient dans l’impossibilité de se procurer autrement les aliments qui leur étaient nécessaires. Oserait-on, par hasard, penser ou dire que l’apôtre Paul n’était pas du nombre des hommes parfaits, qui ont tout abandonné pour suivre le Christ, parce qu’afin de n’être à charge à aucun de ceux auxquels il prêchait l’Évangile, il gagnait son pain avec son travail manuel s ? Il a travaillé pour vivre; la preuve en ressort plus particulièrement de ces paroles : « J’ai travaillé plus que tous les autres; néanmoins », ajoute-t-il aussitôt, « non par moi, mais la grâce de Dieu avec moi (3) ». L’Apôtre voulait, par là, faire voir que s’il avait pu spirituellement et corporellement travailler plus que les autres, de manière à prêcher continuellement l’Évangile, sans vivre comme eux de l’Evangile, il le devait à la grâce divine. Effectivement, il en 

  

1. Jean, XX, 21-23. — 2. II Thess. III, 8. — 3. I Cor. XV, 10. 

  

répandait les enseignements bien plus loin et avec plus de fruit au milieu d’une foule de nations qui n’avaient pas entendu parler du nom du Christ. Il montrait ainsi que les Apôtres ont reçu, je ne dirai pas l’ordre, mais le pouvoir de vivre de l’Évangile, ou, en d’autres termes, de tirer leur nécessaire de sa prédication. Ce pouvoir, le même Apôtre en fait mention dans le passage suivant : « Si nous avons semé parmi vous des biens spirituels, est-ce une grande chose que nous a recueillions un peu de vos biens temporels? Si d’autres usent de ce pouvoir à votre égard, pourquoi n’en userions-nous pas plutôt qu’eux? Cependant », ajoute-t-il, « nous n’avons pas usé de ce pouvoir ». Immédiatement après, il dit encore : « Ceux qui servent à l’autel ont part aux oblations de l’autel; ainsi, le Seigneur ordonne que ceux qui annoncent l’Évangile vivent de l’Evangile; mais moi, je n’ai usé d’aucun de ces droits ». C’est donc un point bien établi qu’il a été, sinon commandé, du moins permis aux Apôtres de ne vivre que de l’Évangile et de demander leur nourriture à ceux parmi lesquels ils répandraient les biens spirituels par la prédication évangélique, c’est-à-dire qu’il leur était loisible d’exiger les aliments du corps et de recevoir la paie nécessaire, comme s’ils étaient les soldats du Christ et que les fidèles en fussent les sujets. Voilà pourquoi le même Apôtre, ce noble soldat, avait dit un peu auparavant : « Qui est-ce qui fait la guerre à ses frais (1)?» C’était, néanmoins, ce que faisait Paul; car il travaillait plus que tous les autres. Le bienheureux Paul ne voulut pas, comme les autres prédicateurs de l’Évangile, user du pouvoir qu’il avait reçu comme eux; il voulut combattre à ses propres dépens, afin de ne point donner à des nations qui ne connaissaient nullement le Christ, l’occasion de se scandaliser d’une doctrine vénale en apparence; il apprit un métier à la pratique duquel son éducation était restée étrangère; et, parle travail de ses mains, le maître était nourri sans imposer à ses disciples aucun sacrifice. S’il en fut ainsi de Paul, le bienheureux Pierre, qui avait déjà été pécheur, et qui, par conséquent, faisait ce qu’il savait, n’eut-il pas un droit plus réel encore d’agir comme lui, si, pour le moment, il n’avait pas à sa disposition un 

  

1. I Cor. IX, 11-15.

suite au dessou

SUITE DE SAINT AUGUSTIN – TRAITé 122

27 mars, 2008

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autre moyen de pourvoir à sa nourriture? 4. Mais, dira quelqu’un, comment ce moyen lui a-t-il manqué? Le Seigneur n’a-t-il pas fait cette promesse : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît (1) ? » Il est sûr que Pierre et ses compagnons ont trouvé l’accomplissement de la promesse divine dans leur métier de pêcheurs. N’est-ce pas Dieu seul; en effet, qui a conduit les poissons sous le filet de ses disciples? N’est-ce point pour nous une obligation de croire que le Sauveur les a mis dans une si grande pénurie de toutes choses, uniquement pour les forcer à aller à la pêche et pour avoir lui-même l’occasion d’opérer un miracle? Dans ses desseins, ce prodige devait pourvoir à la nourriture des prédicateurs de l’Évangile, et l’Évangile lui-même devait puiser une autorité nouvelle dans le sens vraiment mystérieux du nombre des poissons recueillis. C’est maintenant pour nous un devoir de dire, au sujet de ce miracle, ce que nous suggérera la grâce. 

5. Simon Pierre dit donc : « Je vais pêcher ». Ceux qui étaient avec lui « répondirent : Nous allons aussi avec toi , et ils sortirent, et ils montèrent dans une barque, et ils ne prirent rien de cette nuit-là. Le matin venu, Jésus parut sur le rivage, les disciples, néanmoins, ne s’aperçurent point que c’était lui. Jésus donc leur dit: « Enfants, n’avez-vous rien à manger? Ils lui répondirent : Non. Il leur dit : Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc, et ils ne pouvaient le tirer, tant il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait, dit à Pierre : C’est le Seigneur. Pierre, entendant que c’était le Seigneur, prit sa tunique, car il était nu, et il se jeta dans la mer. Les autres disciples vinrent avec la barque, traînant le filet plein de poissons, car ils n’étaient éloignés que de deux cents coudées environ. Quand ils furent descendus à terre, ils virent des charbons allumés et du poisson dessus, et du pain. Jésus leur dit : Apportez quelques poissons de ceux que vous avez pris à l’instant. Simon Pierre monta dans la barque et tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois gros poissons, et, quoiqu’ils fussent si considérables, le filet ne se rompit point » 6. Voilà un admirable mystère dans l’admirable 

  1. Matth. VI, 33. 

  Evangile de. Jean : pour lui concilier toute notre attention, l’écrivain sacré en a fait mention à la fin de son livre. Au moment de cette pêche, les disciples étaient au nombre dé sept, savoir : Pierre, Thomas, Nathanaël, les deux fils de Zébédée, et deux autres dont l’Évangile ne cite pas les noms. Ce nombre sept signifie la consommation du temps, car le temps, pour toute son étendue, est circonscrit dans l’espace de sept jours . à cela se rapporte ce fait que, le matin venu, Jésus parut sur le rivage, puisque le rivage est ainsi le terme de la mer, et que, par conséquent, il est l’emblème de la consommation des temps : Pierre a aussi tiré le filet sur la terre, c’est-à-dire sur le rivage : autre circonstance qui signifie encore la même chose. Le Sauveur nous l’apprend lui-même en un autre endroit, lorsque, tirant une comparaison du filet jeté à la mer, il dit : « Et ils l’amenèrent sur le rivage ». Qu’était-ce que ce rivage? il nous l’explique en ces termes : « Il en sera ainsi à la fin des siècles (1) ». 

7. Dans ce passage nous trouvons une parabole en paroles, et non en fait; mais si nous en venons au fait même de la pêche, en cette dernière circonstance le Sauveur annonce ce que sera plus tard l’Église, comme dans la circonstance analogue précédente il nous a instruits de çe qu’elle est maintenant. Ce qu’il a fait au commencement de sa prédication, il l’a fait encore après sa résurrection ; par les poissons pris à la première pêche, il a voulu nous indiquer les bons et les méchants dont se compose aujourd’hui l’Église : par ceux qui ont été pris en second lieu, il ne nous représente que les bons, dont elle se composera pendant l’éternité, lorsqu’à la fin des siècles la résurrection des morts aura parfait le nombre de ses membres. Autrefois, enfin, Jésus ne s’était pas, comme aujourd’hui, arrêté sur le rivage pour commander aux Apôtres de prendre des poissons ; mais « il entra dans une des barques, qui était à Simon, et le pria de le conduire à quelque distance de la terre, et s’asseyant, il instruisait de là le peuple. Et quand il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en pleine mer et jette les filets pour pêcher ». Alors, ce que les Apôtres prirent de poissons fut mis dans les barques, tandis que dans l’occasion présente ils conduisirent leurs   

1. Matth. XIII, 48, 49.   

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filets jusqu’au rivage. Ces faits, et tous ceux qu’on a pu remarquer en outre, représentent l’Eglise, les uns telle qu’elle est maintenant, les autres telle qu’elle sera à la fin des temps c’est pourquoi ceux-là ont eu lieu avant, et ceux-ci après la résurrection du Sauveur: dans le premier cas, le Christ a fait allusion à notre vocation ; dans le second, à notre résurrection. Là, on ne jette les filets, ni à droite, dans la crainte dune figurer que les bons, ni à gauche, dans la crainte de ne figurer que les méchants ; on les jette à la première place venue : « Jetez les filets pour pêcher », dit le Sauveur, pour nous faire comprendre que les bons et les méchants sont aujourd’hui mêlés ensemble ; ici, voici comment il s’exprime: «Jetez le filet à la droite de la barque », pour montrer que les bons étaient seuls à la droite. Dans le premier cas, la rupture du filet marquait les schismes ; ruais, pour le second, l’Evangéliste a eu le droit de dire : « Et quoiqu’ils fussent si considérables », c’est-à-dire si grands,« le filet ne se rompit point», parce. qu’après les siècles, dans la profonde paix des saints, il n’y aura plus de schismes. Jean semblait considérer la déchirure du premier filet, et profiter de ce malheur pour faire mieux comprendre l’avantage réservé au second. Autrefois, les disciples prirent une si grande quantité de poissons, que deux barques en furent remplies, et qu’elles sombraient (1), c’est-à-dire, qu’elles menaçaient de sombrer sous la charge ; car si elles ne furent pas englouties, elles coururent néanmoins le danger de l’être. Pourquoi avons-nous à gémir sur une foule de scandales qui désolent l’Eglise ? C’est qu’on y voit entrer une immense multitude dont les moeurs sont tout opposées aux exemples des saints, c’est qu’on ne peut l’empêcher d’y pénétrer et d’exposer la discipline au danger presque certain d’un naufrage. Aujourd’hui, les Apôtres ont jeté le filet du côté droit, et « ils ne pouvaient le tirer tant il y avait de poissons ». Qu’est-ce à dire : « ils ne pouvaient le tirer? » Le voici Ceux qui jouiront de la résurrection de la vie, c’est-à-dire, qui seront à la droite, ceux qui, au sortir de cette vie, se trouveront enfermés dans le filet du nom chrétien, ne seront connus que sur le rivage, ou, pour mieux dire, à la consommation des siècles. Aussi n’ont-ils pu tirer leurs filets de manière à 

  1. Luc, V, 3-7. 

  déverser dans leurs barques les poissons qu’ils avaient pris, comme ils avaient fait jadis avec ceux qui avaient rompu leur filet et presque submergé leur nacelle. Après cette vie, plongés dans le sommeil de la paix comme dans les profondeurs de la mer, ces chrétiens de la droite attendent, au sein de l’Eglise, que le filet parvienne au rivage vers lequel on le tirait à la distance d’environ deux cents coudées. Les deux barques de la première pêche étaient l’emblème de la circoncision et du prépuce : les deux cents coudées dont il est question dans le récit de la seconde pêche, ont, à mon avis, la même signification : elles ont trait aux élus de l’une et de l’autre catégorie, c’est-à-dire aux circoncis et aux incirconcis, également représentés par le nombre cent ; car, par son total, ce chiffre regarde la droite. Enfin, l’Evangéliste n’indique pas la quantité des poissons recueillis, lors de la première pêche, comme si ce miracle était l’accomplissement des paroles du Prophète : « J’ai annoncé et j’ai parlé, et ils se sont multipliés au-delà de toute mesure (1) ». Pour la seconde pêche, le nombre des poissons n’a pas été sans mesure , il est nettement déterminé : cent cinquante-trois ; nous allons, avec l’aide de Dieu, en expliquer la portée. 

8. Quel nombre établir qui représente la loi ? Aucun, si ce n’est le nombre dix; car, nous le savons à n’en pas douter, Dieu d’abord a écrit, de son propre doigt, sur deux tables de pierre, le Décalogue de la loi, c’est-à-dire les dix commandements bien connus qui la composent (2). Mais, quand la loi n’est pas aidée de la grâce, elle fait des prévaricateurs et n’existe qu’à l’état de lettre : voilà surtout pourquoi l’Apôtre a dit : « La lettre tue, mais l’esprit vivifie (3) ». Il faut donc que l’esprit vienne s’adjoindre à la lettre, pour que la lettre ne tue pas celui que ne vivifie point l’esprit et, aussi, afin que nous accomplissions les préceptes de la loi, non avec nos seules forces, mais avec la grâce du Sauveur. Quand la grâce vient en aide à la loi, c’est-à-dire, quand l’esprit s’unit à la lettre, le nombre sept s’ajoute, en une certaine façon, au nombre dix ; car ce nombre sept est l’emblème de l’Esprit-Saint , les lettres sacrées en fournissent de remarquables preuves. La sainteté ou l’action de sanctifier appartient   

1. Ps. XXXIX, 6. — 2. Deut. IX, 10. — 3. II Cor. III, 6.   

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tient en propre au Saint-Esprit (1); quoique le Père soit esprit et le Fils également, par la raison que Dieu est esprit ; quoique le Père soit saint, et le Fils aussi, néanmoins, l’Esprit de l’un et de l’autre s’appelle proprement le Saint-Esprit. Sous l’empire de la loi, quel temps fut le premier sanctifié, sinon le septième jour? En effet, Dieu n’a sanctifié ni le premier jour, puisqu’alors il a créé la lumière; ni le second, puisqu’il a fait le firmament; ni le troisième, car à cette époque le Seigneur a séparé la mer de la terre, et celle-ci a commencé à produire de l’herbe et des arbres; ni le quatrième : en ce jour, en effet, les astres sont sortis du néant ; ni le cinquième, qui a vu naître les habitants des eaux et les habitants des airs ; ni le sixième, où sont nés les animaux qui vivent sur terre, et l’homme lui-même ; mais le Seigneur a sanctifié le septième, où il s’est reposé de tous ses travaux (2). C’est donc à juste titre que le nombre sept représente le Saint-Esprit. Le prophète Isaïe s’exprime dans le même sens : « L’Esprit de Dieu », dit-il, « se reposera sur lui », et il compte jusqu’à sept le nombre de ses opérations ou de ses dons : « Esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété; et l’esprit de la crainte du Seigneur le remplira (3) ». Que lisons-nous dans l’Apocalypse? N’y est-il point parlé des sept Esprits de Dieu (4) ? Et, pourtant, il n’y a qu’un seul et même Esprit qui partage ses dons aux uns et aux autres selon son bon plaisir (5). Le Saint-Esprit, qui a inspiré l’écrivain sacré, a lui-même désigné, sous le nom de sept Esprits, les sept manières dont opère le même Esprit. Le Saint-Esprit s’adjoignant à la loi, et ajoutant ainsi le nombre sept au nombre dix, il en résulte le nombre dix-sept. Si tu comptes tous les nombres depuis un jusqu’à dix-sept, et les additionnes ensemble, tu arriveras au chiffre total de cent cinquante trois. A un ajoute deux, et tu auras trois; ce nombre, plus trois et quatre, fait la somme de dix : joins-y tous les nombres qui suivent jusqu’à dix-sept, tu trouveras pour total le nombre précité; c’est-à-dire, depuis un jusque quatre, tu as dix ; dix et cinq font quinze ; quinze et six vingt-un ; vingt-un et sept, vingt-huit ; vingt-huit et huit, et neuf, et dix, cinquante-cinq ;   

1. Jean, IV, 24. — 2. Gen. I ; II, 3. — 3.Isa. XI, 2, 3. — 4. Apoc. III, l. — 5. I Cor. XII, 11.   

cinquante-cinq et onze, et douze et treize quatre-vingt-onze ; quatre-vingt-onze et quatorze, et quinze et seize, cent trente-six ; enfin, à ce nombre, ajoute celui qui reste et dont il s’agit, c’est-à-dire dix-sept, et tu obtiendras le chiffre total des poissons. Ce nombre ne représente pas uniquement les élus qui ressusciteront pour la vie éternelle, et ne veut pas dire qu’ils seront seulement cent cinquante-trois : il représente aussi les milliers de saints qui vivent sous l’empire de la grâce de l’Esprit : cette grâce s’accorde avec la loi de Dieu comme avec un adversaire; ainsi, l’Esprit vivifie et la lettre ne tue pas ; ce que la lettre commande s’accomplit avec le secours de l’Esprit, et si on ne l’observe point parfaitement, cette omission est pardonnée. Tous ceux qui se trouvent soumis à l’influence de cette grâce, ce nombre les figure donc, c’est-à-dire qu’il les représente figurativement il est composé de trois fois cinquante, plus trois, qui représentent le mystère de la Trinité : le nombre cinquante est formé par le résultat de sept multiplié par sept, auquel on ajoute un; car sept fois sept font quarante-neuf. On y ajoute un, pour signifier que celui qui est symbolisé par sept à cause de ces sept opérations, est un : nous le savons, le Saint-Esprit a été envoyé le cinquantième jour après la résurrection du Sauveur, il avait été promis aux disciples, et ils avaient reçu l’ordre de l’attendre (1). 9. L’Evangéliste n’a pas indiqué sans raison le nombre et la grosseur des poissons recueillis, ou, en d’autres termes, il n’a pas dit sans motif qu’il y en avait cent cinquante-trois, et qu’ils étaient énormes. En effet, voici comment il s’exprime : « Et il tira à terre le filet plein de cent cinquante-trois poissons». Le Sauveur avait dit : « Je ne suis pas venu abolir la loi, niais a l’accomplir », car il devait donner l’Esprit, avec l’aide duquel la loi pourrait être accomplie, et par là il devait, en quelque sorte, ajouter sept à dix ; puis, après quelques autres réflexions, il avait ajouté : « Celui qui violera l’un de ces moindres commandements, et qui enseignera ainsi les hommes, sera le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui fera et enseignera, sera appelé grand dans le royaume des cieux ». Celui-ci peut être du nombre des gros poissons. Pour le premier, qui viole 

  1. Act. II, 2-4;  I, 4. 

  150 

  en action ce qu’il enseigne en paroles, il peut faire partie de cette Eglise représentée par les poissons de la première pêche, et composée de bons et de méchants; car elle porte aussi le nom de royaume ries cieux. Jésus ne dit-il pas, en effet : « Le royaume des cieux est semblable à un filet jeté dans la mer, et qui renferme toutes sortes de poissons (1)? » Par ces paroles, il veut nous faire entendre qu’il est question des bons et des méchants; il dit encore qu’on les séparera les uns des autres sur le rivage, c’est-à-dire à la fin des temps. Il veut ensuite montrer que ces plus petits, qui enseignent le bien par leurs paroles et en violent les règles dans leur conduite, sont les réprouvés, qu’ils ne seront pas dans la vie éternelle, même au dernier rang, et qu’ils n’y entreront jamais. Aussi, après avoir dit : « Celui-là sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux », le Sauveur ajoute immédiatement : « Car je vous le dis . si votre justice n’est plus parfaite que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux (2) ». Voilà bien, sans doute, les Scribes et Les Pharisiens qui sont assis sur la chaire de Moïse, et dont il a dit : « Faites ce qu’ils disent; mais ce qu’ils font, ne le faites pas ; car ils disent et ne font pas (3) ». Par leurs discours, ils enseignent ce qu’ils foulent aux pieds par leurs 

  1. Matth. XII, 47. — 2. Id. V, 17-20. — 3. Id. XXIII, 2, 3. 

  moeurs. Conséquemment; le plus petit dans le royaume des cieux qui représente l’Eglise du temps, n’entrera pas dans le royaume des cieux qui est l’Eglise de l’éternité; car s’il enseigne ce qu’il viole, il n’appartiendra pas à la société de ceux qui font ce qu’ils enseignent : il ne sera donc point du nombre des gros poissons, parce que « celui qui fera et enseignera sera appelé grand dans le royaume des cieux ». Et parce que celui-ci sera grand, il ne se trouvera pas à la même place que le plus petit ; en effet, les élus seront bien grands dans le royaume des cieux, car le plus petit y sera plus grand que celui qu’on ne peut surpasser ici-bas (1). Ceux qui sont grands sur la terre, c’est-à-dire ceux qui font le bien et l’enseignent ensuite dans le royaume des cieux figuré par le filet rempli de bons et de mauvais poissons, seront les plus grands dans le royaume éternel des cieux, parce que les poissons recueillis à droite figurent ceux qui -doivent ressusciter pour la vie. Il nous reste à vous entretenir, avec le secours de Dieu, du repas que Jésus fit avec les sept disciples, des paroles qu’il leur adressa ensuite, et, finalement, de ce qui termine l’Evangile de Jean; mais le cadre trop étroit de ce discours ne me permet pas de le faire aujourd’hui. 

  1. Matth. XI, 11. 

PAPE BENOÎT – VEILLÉE PASCALE 7.4.2006

27 mars, 2008

du site:

http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/homilies/2007/documents/hf_ben-xvi_hom_20070407_veglia-pasquale_fr.html 

VEILLÉE PASCALE 

HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI 

Basilique Vaticane
Samedi Saint, 7 avril 2006 
    

Chers Frères et Sœurs, 

Depuis les temps les plus anciens, la liturgie du jour de Pâques commence par ces mots : Resurrexi et adhuc tecum sum – Je suis ressuscité et je me retrouve avec toi. Ta main s’est posée sur moi. La liturgie voit ici les premières paroles du Fils adressées au Père après la résurrection, après son retour de la nuit de la mort dans le monde des vivants. La main du Père l’a soutenu aussi en cette nuit, et ainsi il a pu se relever, ressusciter. 

Cette parole vient du psaume 138, dans lequel elle a d’abord un autre sens. Ce psaume est un chant d’émerveillement devant la toute-puissance et l’omni-présence de Dieu, un chant de confiance en Dieu, qui ne nous laisse jamais tomber de ses mains. Et ses mains sont de bonnes mains. L’orant imagine un voyage à travers toutes les dimensions de l’univers – que lui arrivera-t-il ? «Je gravis les cieux : tu es là; je descends chez les morts : te voici. Je prends les ailes de l’aurore et me pose au-delà des mers : même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit. J’avais dit : ‘Les ténèbres m’écrasent !’ Mais la nuit devient lumière autour de moi. Même les ténèbres pour toi ne sont pas ténèbres, et la nuit comme le jour est lumière !» (Ps 138 [139], 8-12). 

Le jour de Pâques, l’Église nous dit : Jésus Christ a accompli pour nous ce voyage à travers les dimensions de l’univers. Dans la Lettre aux Éphésiens nous lisons qu’il est descendu jusqu’en bas sur la terre et que Celui qui est descendu est le même que Celui qui est aussi monté au plus haut des cieux pour combler tout l’univers (cf. 4, 9-10). Ainsi la vision du psaume est devenue réalité. Dans l’obscurité impénétrable de la mort, il est entré comme la lumière – la nuit devint lumière comme le jour, et les ténèbres devinrent lumière. C’est pourquoi l’Église peut justement considérer ces paroles d’action de grâce et de confiance comme les paroles du Ressuscité adressées au Père : «Oui, j’ai accompli le voyage jusqu’aux profondeurs extrêmes de la terre, dans l’abîme de la mort, et j’ai apporté la lumière; et maintenant je suis ressuscité et je suis pour toujours saisi par tes mains». Mais cette parole du Ressuscité au Père est devenue aussi une parole que le Seigneur nous adresse : «Je suis ressuscité et maintenant je suis pour toujours avec toi», dit-il à chacun d’entre nous. Ma main te soutient. Où que tu puisses tomber, tu tomberas dans mes mains. Je suis présent jusqu’aux portes de la mort. Là où personne ne peut plus t’accompagner et où tu ne peux rien emporter, là je t’attends et je change pour toi les ténèbres en lumière. 

Cette parole du psaume, lue comme l’échange du Ressuscité avec nous, est en même temps une explication de ce qui advient dans le Baptême. Le Baptême, en effet, est plus qu’un bain, plus qu’une purification. Il est plus que l’entrée dans une communauté. Il est une nouvelle naissance. Un nouveau commencement de la vie. Le passage de la Lettre aux Romains, que nous venons d’entendre, dit avec des paroles mystérieuses que, dans le Baptême, nous avons été unis dans une mort semblable à celle du Christ. Dans le Baptême nous nous donnons au Christ – Il nous assume en lui, afin que nous ne vivions plus pour nous-mêmes, mais grâce à lui, avec lui et en lui; afin que nous vivions avec lui et ainsi pour les autres. Dans le Baptême, nous renonçons à nous-mêmes, nous déposons notre vie entre ses mains, disant avec saint Paul : «Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi». Si nous nous donnons de cette manière, acceptant une sorte de mort de notre moi, alors cela signifie aussi que la frontière entre la mort et la vie est devenue perméable. En deçà comme au-delà de la mort, nous sommes avec le Christ, et c’est pourquoi, à partir de ce moment-là, la mort n’est plus une vraie limite. Paul nous le dit d’une manière très claire dans sa Lettre aux Philippiens : «En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c’est bien cela le meilleur; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire» (cf. 1, 21-24). De part et d’autre de la frontière de la mort, il est avec le Christ, il n’y a plus de vraie différence. Oui, c’est vrai : «Tu me devances et me poursuis, tu m’enserres, tu as mis la main sur moi». Aux Romains, Paul écrit : «Aucun … ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur» (14, 7-8). 

Chers Frères qui allez être baptisés, voilà la nouveauté du Baptême : notre vie appartient au Christ, elle n’est plus à nous. Et c’est pourquoi nous ne sommes plus seuls même dans la mort, mais nous sommes avec lui qui est toujours vivant. Dans le Baptême, unis au Christ, nous avons déjà accompli le voyage cosmique jusqu’aux profondeurs de la mort. Accompagnés par lui, et même accueillis par lui dans son amour, nous sommes libérés de la peur. Il nous enveloppe et il nous porte, où que nous allions, lui qui est la Vie même. 

Retournons encore à la nuit du Samedi saint. Dans le Credo, nous proclamons, à propos du chemin du Christ : «Il est descendu aux enfers». Qu’est-il arrivé alors ? Puisque nous ne connaissons pas le monde de la mort, nous ne pouvons nous représenter ce processus de victoire sur la mort qu’à travers des images qui restent toujours peu adaptées. Avec toute leur insuffisance, elles nous aident cependant à comprendre quelque chose du mystère. La liturgie applique à la descente de Jésus dans la nuit de la mort la parole du psaume 23 [24]: «Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles!» La porte de la mort est fermée, personne ne peut entrer par là. Il n’y a pas de clé pour cette porte de fer. Pourtant, le Christ en a la clé. Sa Croix  ouvre toutes grandes les portes de la mort, les portes inviolables. Maintenant, elles ne sont plus infranchissables. Sa Croix, la radicalité de son amour, est la clé qui ouvre cette porte. L’amour de Celui qui, étant Dieu, s’est fait homme pour pouvoir mourir, cet amour-là a la force d’ouvrir la porte. Cet amour est plus fort que la mort. Les icônes pascales de l’Église d’Orient montrent comment le Christ entre dans le monde des morts. Son vêtement est lumière, parce que Dieu est lumière. «Même les ténèbres pour toi ne sont pas ténèbres, et la nuit comme le jour est lumière» (cf. Ps 138 [139], 12). Jésus, qui entre dans le monde des morts, porte les stigmates : ses blessures, ses souffrances sont devenues puissance, elles sont amour qui vainc la mort. Jésus rencontre Adam et tous les hommes qui attendent dans la nuit de la mort. À leur vue, on croit même entendre la prière de Jonas : «Du ventre des enfers, j’appelle : tu écoutes ma voix» (Jon 2, 3). Dans l’incarnation, le Fils de Dieu s’est fait un avec l’être humain, avec Adam. Mais c’est seulement au moment où il accomplit l’acte extrême de l’amour en descendant dans la nuit de la mort qu’il porte à son accomplissement le chemin de l’incarnation. Par sa mort, il prend par la main Adam, tous les hommes en attente, et il les conduit à la lumière. 

On peut toutefois demander : mais que signifie donc cette image ? Quelle nouveauté est réellement advenue avec le Christ ? L’âme de l’homme est par elle-même immortelle depuis la création – qu’est-ce le Christ a donc apporté de nouveau ? Oui, l’âme est immortelle, parce que l’homme demeure de manière singulière dans la mémoire et dans l’amour de Dieu, même après sa chute. Mais sa force ne lui suffit pas pour s’élever vers Dieu. Nous n’avons pas d’ailes qui pourraient nous porter jusqu’à une telle hauteur. Et pourtant rien d’autre ne peut combler l’homme éternellement si ce n’est être avec Dieu. Une éternité sans cette union avec Dieu serait une condamnation. L’homme ne réussit pas à atteindre les hauteurs, mais il aspire à monter : «Du ventre des enfers, j’appelle …» Seul le Christ ressuscité peut nous mener jusqu’à l’union avec Dieu, jusqu’à ce point où, par nos forces, nous ne pouvons parvenir. Lui prend vraiment la brebis perdue sur ses épaules et il la ramène à la maison. Nous vivons accrochés à son Corps, et, en communion avec son Corps, nous allons jusqu’au cœur de Dieu. Ainsi seulement la mort est vaincue, nous sommes libres et notre vie est espérance. 

Telle est la joie de la Vigile pascale : nous sommes libres. Par la résurrection de Jésus, l’amour s’est manifesté plus fort que la mort, plus fort que le mal. L’amour l’a fait descendre et il est en même temps la force par laquelle il est monté; la force par laquelle il nous porte avec lui. Unis à son amour, portés sur les ailes de son amour, comme des personnes qui aiment, nous descendons avec lui dans les ténèbres du monde, en sachant que nous montons aussi avec lui. Prions donc en cette nuit : Seigneur, montre aujourd’hui encore que l’amour est plus fort que la haine; qu’il est plus fort que la mort. Descends aussi dans les nuits et dans les enfers de notre temps et prends par la main ceux qui attendent. Conduis-les à la lumière ! Sois aussi avec moi dans mes nuits obscures et conduis-moi au-dehors ! Aide-moi, aide-nous à descendre avec toi dans l’obscurité de ceux qui sont dans l’attente, qui crient des profondeurs vers toi ! Aide-nous à les conduire à ta lumière ! Aide-nous à parvenir au «oui» de l’amour, qui nous fait descendre et qui, précisément ainsi, nous fait monter également avec toi ! Amen.  

bonne nuit

27 mars, 2008

bonne nuit dans Pape Benoit 600_birdprey1

Two white-backed vulture (Gyps bengalensis) on bare tree, at dusk, Masai Mara, Kenya

http://www.wildanimalspix.com/images/600_birdprey1.jpg

« La paix soit avec vous »

27 mars, 2008

du site:

http://levangileauquotidien.org/

Cardinal John Henry Newman (1801-1890), prêtre, fondateur de communauté religieuse, théologien
Sermons on Subjects of the Day, n° 10 (trad. AELF)

« La paix soit avec vous »

Le coeur de chaque chrétien devrait représenter en miniature l’Église catholique, puisque le même Esprit fait de l’Église tout entière aussi bien que de chacun de ses membres le Temple de Dieu (1Co 3,16). Comme il fait l’unité de l’Église qui, laissée à elle-même, se diviserait en de nombreux partis, ainsi il rend l’âme une, en dépit de ses divers goûts et facultés, de ses tendances contradictoires. De même qu’il donne la paix à la multitude des nations qui sont de par leur nature en discorde les unes avec les autres, de même il soumet l’âme à une gérance ordonnée et il établit la raison et la conscience comme souverains sur les aspects inférieurs de notre nature… Et soyons bien assurés que ces deux opérations de notre divin Consolateur dépendent l’une de l’autre. Tant que les chrétiens ne rechercheront pas l’unité et la paix intérieures en leur propre coeur, jamais l’Église elle-même ne sera dans la paix et l’unité au sein de ce monde qui les entoure. Et de façon à peu près semblable, tandis que l’Eglise à travers le monde est dans cet état de désordre lamentable que nous constatons, il n’est aucun pays en particulier, simple portion de cette Église, qui ne soit nécessairement lui-même dans un état de grande confusion religieuse.

C’est là une chose à laquelle il nous faut bien songer à l’heure actuelle, car elle tempérera nos espoirs et dissipera nos illusions ; nous ne pouvons pas espérer la paix chez nous si nous sommes en guerre au-dehors.

LES PELERINS D’EMMAUS

26 mars, 2008

LES PELERINS D'EMMAUS  dans images sacrée 16%20A%20LES%20PELERINS%20D%20EMMAUS%20PARIS%20LOU

Titre LES PELERINS D’EMMAUS Source représentation Nouveau Testament Période 1er quart 16e siècle Millésime 1509

http://www.artbible.net/3JC/-Luk-24,13_Emmaus_on_the_way_en_route/slides/16%20A%20LES%20PELERINS%20D%20EMMAUS%20PARIS%20LOU.html

Grégoire de Nazianze: Discours no 40 sur le baptême chrétien

26 mars, 2008

du site: 

http://www.spiritualite2000.com/page.php?idpage=1805&chronique=Patristique

 

PATRISTIQUE 

 

Mars 2008 

 

Discours no 40 sur le baptême chrétien 

Grégoire de Nazianze 

 

I. L’illumination baptismale est éclat fulgurant des âmes, transformation du cours de la vie, mettant la conscience en quête de Dieu. Cette illumination est pour notre faiblesse un secours : mettant de côté la chair, elle fait suivre l’Esprit et entrer en communion avec le Verbe. Redressement de la nature créée dont elle submerge le péché, elle donne part à la lumière et anéantit les ténèbres. Cette illumination fait monter vers Dieu, partager la route du Christ; elle est l’appui de la foi, la perfection de l’intelligence, la clé du royaume des cieux. Transformation de la vie, suppression de la servitude, libération des liens, elle est une amélioration totale de l’être. Cette illumination est, de tous les dons de Dieu, le plus beau et le plus magnifique. Aussi, comme on parle du Saint des saints et du Cantique des cantiques, car ils comprennent que la transfiguration du baptême est l’illumination par excellence, étant donné qu’elle est la plus sainte de toutes celles de la terre. 

Comme le Christ qui l’accorde, le baptême reçoit bien des noms divers : soit à cause de l’extrême joie qu’on a de l’avoir reçu (car on aime à savourer en l’appelant de noms divers ce à quoi on est passionnément attaché), soit que la multiplicité d’aspects du bienfait qu’il apporte explique cette multitude de vocables. On le nomme : le Don, la Faveur gratuite; le Bain, l’Onction; l’Illumination, le Vêtement d’immortalité, l’Eau de la régénération, le Sceau de Dieu et de tous les autres termes d’honneur qu’on peut trouver. 

C’est un Don, qu’aucun acte ne mérite et une Grâce dont on est aussi débiteur; un Bain dans l’eau duquel le péché est enseveli; une Onction, par son caractère sacré et royal, les deux titres qui justifient l’onction. Une illumination par l’éclat qu’il donne; un Vêtement revêtu pour cacher la honte, un Bain qui lave vraiment, un Sceau qui protège et signifie la souveraine maîtrise de Dieu. 

II. … Purifions donc notre corps tout entiers; consacrons toute notre sensibilité. Que rien en nous n’échappe à l’initiation, qu’il n’y ait plus rien de la première naissance, ne laissons rien qui ne soit illuminé. 

Que l’illumination baptismale touche nos yeux pour nous donner un regard droit, pour que nous ne portions en nous-mêmes aucune de ces imaginations déshonnêtes qui viennent d’un spectacle dont notre vaine curiosité est toujours en quête. Car même si nous ne vouons pas un véritable culte à nos passions, nous avons cependant une âme souillée. Que ce soit, chez nous, une poutre ou un fétu de paille, ôtons-les; nous pourrons alors voir ceux des autres. 

Que l’illumination touche nos oreilles; qu’elle touche notre langue, pour que nous entendions ce que dira le Seigneur, qu’il nous fasse connaître sa « miséricorde du matin », et que nous percevions l’exultation et la joie qui résonnent aux oreilles ouvertes à la grâce divine. Quant à notre langue, que l’illumination lui évite d’être un glaive acéré ou un rasoir effilé et de rouler sous elle peine et souffrance. Qu’au contraire, attentif envers l’Esprit-aux-langues-de-feu, nous exprimions la sagesse cachée de Dieu qui se manifeste dans le Mystère. 

Guérissons notre odorat pour n’être pas efféminés et ne pas nous disperser en poussière au lieu de répandre un parfum délicat. Respirons plutôt la senteur du baume qui a été répandu pour nous; laissons notre esprit s’en imprégner; laissons-nous faire et réformer par lui, de façon que de nous aussi s’exhale une bonne odeur. 

Purifions notre toucher, notre goût, notre gosier; ne donnons pas de caresses efféminées, et ne nous plaisons pas à la mollesse. Touchons plutôt, comme il convient, à l’imitation de Thomas, le Verbe qui s’est fait chair pour nous. Ne nous laissons pas tenter par les mets succulents et les friandises, laissant ce qui est plus amer à nos frères; goûtons plutôt et apprenons que le Seigneur est doux, d’un goût meilleur et qui demeure. Ne nous contentons pas d’apporter de faibles soulagements à notre gosier, quand il est amer et désagréable, quand il renvoie et ne garde pas ce qu’on lui donne; offrons-lui plutôt la douceur des paroles qui sont plus délicieuses que le miel. 

En outre, s’il est encore bon d’ajouter que purifier notre tête où s’élaborent nos sensations, c’est tenir droite la tête qu’est le Christ, d’où toutes les parties du corps tirent leur coordination et leur union; et jeter à bas le péché qui nous domine, nous, mais qui est dominé par celui qui est plus fort que lui. 

Il est bon de sanctifier et de purifier nos épaules pour qu’elles puissent porter la croix du Christ, car elle n’est pas toujours facile à porter pour n’importe qui. Il est bon, de même, de nous sanctifier les mains et les pieds – les mains pour qu’en tout lieu on puisse les montrer pures et pour qu’elles saisissent l’enseignement du Christ. Qu’ainsi, jamais le Seigneur ne se mette en colère et que l’action de nos mains accrédite la parole, comme celle que le Seigneur a confiée à la main du prophète.- Et les pieds, afin qu’ils ne courent répandre le sang et ne se précipitent pas vers le mal; qu’au contraire, ils soient chaussés pour l’Évangile, prêts à remporter le prix auquel nous sommes appelés dans le ciel, et à recevoir le Christ qui lave et purifie. 

S’il y a aussi une façon de purifier les entrailles qui contiennent et digèrent la nourriture que nos tenons du Verbe, il est bon de ne pas les traiter comme un dieu en nous adonnant à la sensualité et à l’excès de nourriture. Purifions-les, au contraire, le plus possible; dépouillons-;es e leur grossièreté pour qu’elles puissent accueillir la parole du Seigneur et ressentir une saine souffrance devant l’achoppement d’Israël. Je trouve que le cœur et les organes intérieurs sont dignes aussi d’honneur. Je me fie pour cela à David, quand il demande que soit créé en lui un cœur pur, que soit renouvelé dans ses entrailles un esprit sans détour : il désigne par là, je pense, la faculté de penser, avec ses mouvements, c’est-à-dire les idées. 

Et le flanc? Et les reins? Ne laissons pas cette question de côté. Eux aussi, que la purification les atteigne. Que nos reins soient ceints et contenus par la modération, comme le voulait autrefois la loi pour les Israélites lorsqu’ils participaient à la Pâque. 

Personne n’est pur quand il sort d’Égypte; s’il n’a maîtrisé ses passions, personne n’échappe à l’ange exterminateur. Que nos reins subissent donc ce vertueux changement et portent toute leur ardeur vers Dieu, de manière à pouvoir dire : « Seigneur, devant toi, tout mon désir », et : « Je n’ai pas désiré le malheur de l’homme. » Il faut, en effet, devenir des hommes passionnés de l’Esprit. Ainsi, ce dragon qui porte le meilleur de sa force sur le nombril et les reins serait terrassé si son pouvoir en ces parties-là était anéanti. 

Rien d’étonnant que j’accorde plus d’honneur aux parties indécentes de notre corps; en parlant ainsi, je les mortifie, je les corrige et je me dresse contre la matière. Donnons tous nos membres à Dieu sur la terre; consacrons-les lui tous. Je ne précise pas : le lobe du foie, ou les reins avec leur graisse, ou une autre partie du corps, ou celle-ci ou celle-là; car pourquoi devrions-nous mépriser les autres? Offrons-nous tout entiers; devenons des holocaustes raisonnables, des victimes parfaites. Faisons une offrande sacrée, non seulement de nos bras ou de notre poitrine, ce serait trop peu. Mais en nous donnant tout nous-mêmes, retrouvons-nous tout entiers en échange, puisque c’est recevoir sans rien perdre que de se donner à Dieu et de lui faire l’offrande sacrée de toute notre personne.

  

HOMÉLIE PASCALE ANCIENNE : Le Christ est mort pour que nous ayons la vie

26 mars, 2008

Office des Lectures – Deuxième Lecture  - 26 mars 2008 

 

HOMÉLIE PASCALE ANCIENNE 

 

Le Christ est mort pour que nous ayons la vie.

Saint Paul, rappelant l’heureux événement de notre salut restitué, s’écrie: De même que par Adam la mort est entrée dans le monde, c’est ainsi que par le Christ le salut a été rendu au monde. Et encore: Pétri de terre, le premier homme vient de la terre. Le deuxième homme, lui, vient du ciel. Et il ajoute: De même que nous portons l’image de celui qui est pétri de terre, c’est-à-dire de l’homme ancien, pécheur, de même nous porterons l’image de celui qui vient du ciel, c’est-à-dire que nous posséderons dans le Christ le salut de l’homme adopté, racheté, restauré et purifié. Car le même Apôtre dit: En premier, est ressuscité le Christ, c’est-à-dire l’auteur de la résurrection et de la vie, ensuite ceux qui seront au Christ, c’est-à-dire ceux qui vivent selon son modèle de pureté: ils auront en toute sécurité l’espérance de la résurrection, car ils posséderont avec lui la gloire promise par Dieu. En effet, le Seigneur a dit dans l’Evangile: Celui qui me suivra ne périra pas, mais il passera de la mort à la vie.

Ainsi, la passion du Christ, c’est le salut de la vie humaine. Car c’est pour cela qu’il a voulu mourir pour nous: afin que, croyant en lui, nous ayons la vie sans fin. Il a voulu devenir pour un temps ce que nous sommes, afin qu’ayant reçu la promesse de l’éternité, nous vivions sans fin avec lui.

Telle est la grâce des mystères célestes, tel est le don de la Pâque, telle est cette fête annuelle, si désirable, telle est l’aurore du monde nouveau.

C’est pourquoi les nouveau-nés, mis au monde par cet enfantement qu’est le baptême de vie donné par la sainte Église, régénérés dans la simplicité des enfants, font retentir les accents de l’innocence. C’est pourquoi des pères chastes et des mères pleines de pudeur engendrent par la foi une innombrable descendance nouvelle.

C’est pourquoi, sous l’arbre de la foi, du sein d’une source pure, brille l’éclat des cierges. C’est pourquoi ces enfants sont sanctifiés par le don d’une grâce céleste et sont nourris par le mystère d’un sacrement célébré dans l’Esprit.

C’est pourquoi, une troupe de frères, élevée sur les genoux de la sainte Eglise pour former un seul peuple, adorant la nature de la divinité unique et le nom de sa puissance en trois Personnes, s’unit au Prophète pour chanter le psaume de la solennité annuelle: Voici le jour que fit le Seigneur: qu’il soit pour nous jour de fête et de joie.

Quel est donc ce jour? Celui qui a donné naissance à la vie, qui a fait éclore le jour, l’auteur de la lumière, c’est-à-dire le Seigneur Jésus Christ en personne, qui a dit lui-même: Moi, je suis le jour; celui qui marche de jour ne trébuche pas. Autrement dit: celui qui suit le Christ en toute chose, parviendra sur ses traces au trône de l’éternelle lumière. C’est ainsi qu’aux derniers jours de sa vie mortelle lui-même a prié le Père pour nous en disant: Père, je veux que là où je suis, ceux qui ont cru en moi soient aussi; comme tu es en moi et moi en toi, qu’ils demeurent en nous

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