« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l’Église
Sermon 2 sur le Cantique des Cantiques (trad. Béguin, Seuil 1953, p. 92 rev.)

« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »

Le désir ardent des patriarches appelant la présence corporelle de Jésus Christ est pour moi le sujet de méditations fréquentes. Je ne peux pas y penser sans que des larmes de honte me viennent aux yeux. Car je mesure alors la tiédeur et la somnolence de notre époque misérable. Nous avons reçu cette grâce, le corps du Christ nous est montré à l’autel, mais personne d’entre nous n’en éprouve une joie aussi intense qu’était le désir inspiré à nos ancêtres par la simple promesse de l’Incarnation.

Noël est proche et bien des gens s’apprêtent à le célébrer ; puissent-ils se réjouir vraiment de la Nativité, et non pas des vanités ! L’attente des anciens, leur impatience fébrile me paraissent exprimées à merveille par les premiers mots du Cantique des Cantiques : « Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche ! » (1,2). En ces temps-là, quiconque était doué du sens spirituel devinait la grâce immense répandue sur ces lèvres (Ps 44,3), et par ces paroles lourdes de tous les désirs, souhaitait passionnément ne pas être privée d’une si grande douceur.

Toute âme parfaite disait en effet : « A quoi me servent désormais les textes obscures des prophètes ? J’attends que vienne ‘ le plus beau des enfants des hommes ’ (Ps 44,3), qu’il vienne me baiser du baiser de sa bouche. La langue de Moïse est confuse (Ex 4,10), les lèvres d’Isaïe sont impures (6,5), Jérémie est un enfant qui ne sait pas parler (1,6) ; tous les prophètes sont privés du don des langues. C’est lui-même, c’est celui dont ils parlent, qui doit parler maintenant et me baiser du baiser de sa bouche ; je ne souhaite plus qu’il s’exprime en eux et par eux, car l’eau reste opaque tant qu’elle est retenue par les nuages. J’attends la présence divine, les eaux ruisselantes de la doctrine admirable, qui deviendront en moi une source jaillisant jusqu’en la vie éternelle » (Jn 4,14).

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