de Sandro Magister: Les Angélus secrets de Benoît XVI

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Les Angélus secrets de Benoît XVI

Secrets dans la mesure où les médias en négligent la partie principale: lexplication de lEvangile de la messe du jour. Hormis lassemblée présente, presque personne ne le sait. En voici un échantillon: les sept dernières « petites homélies » prononcées le dimanche à midi par le pape

par Sandro Magister

ROMA, le 8 octobre 2007 Les paroles que prononce Benoît XVI le dimanche à midi avant et après la prière de lAngélus ou du « Regina Coeli » pendant le temps pascal sont parmi les plus suivies par les médias.

 Presque toujours, cependant, les médias ne reprennent que celles qui ont un rapport avec des situations ou des événements de l’actualité, surtout politiques. Le dimanche 30 septembre, par exemple, c’était la Birmanie, les deux Corée et l’Afrique subsaharienne. Le dimanche précédent, ses réflexions sur le capitalisme et « la logique du profit ». Une semaine auparavant encore, le protocole de Montréal sur le trou dans la couche d’ozone…

En écoutant et lisant les médias, le public aura l’impression que le pape a consacré l’intégralité de son message au sujet abordé. Or ce n’est pas le cas. Presque toujours, Benoît XVI ne consacre aux questions d’actualité que quelques mots rapides – montés ensuite en épingle par les médias – lorsqu’il salue les fidèles en plusieurs langues, après la prière de l’Angélus.

Le véritable message a lieu avant la prière. Il s’agit – à de rares exceptions près – d’une brève homélie sur l’Evangile et sur les autres lectures de la messe du jour. C’est cette petite homélie qu’écoutent principalement les très nombreux fidèles qui accourent chaque dimanche au rendez-vous de midi avec le pape, à Rome sur la place Saint-Pierre et à Castel Gandolfo pendant l’été.

Ce sont des textes que seul le pape Joseph Ratzinger peut avoir pensés et écrits. Dans certains cas, on relève facilement des similitudes avec son livre « Jésus de Nazareth », dans les pages qui parlent du même extrait de l’Evangile. De même qu’il raconte progressivement la vie de l’Eglise, des Apôtres aux Pères de l’Eglise, dans ses catéchèses du mercredi, de même Benoît XVI présente aux fidèles le personnage de Jésus lors des Angélus du dimanche.

Plus encore, la voie choisie chaque dimanche par le pape pour accéder à Jésus est la même que celle que parcour tout fidèle catholique en participant à la messe de ce même dimanche. C’est un choix délibéré, typique de la vision de ce pape. L’Evangile commenté par Benoît XVI lors de l’Angélus n’est pas « sola Scriptura », l’Ecriture seule, un livre nu. C’est le Verbe qui se fait chair – le corps et le sang de Jésus – dans la liturgie du jour.

Pour élever à un niveau acceptable la qualité moyenne des millions d’homélies prononcées dans le monde entier chaque dimanche, les prêtres catholiques n’auraient qu’à suivre l’école des Angélus de Benoît XVI.

Voici un échantillon de sa prédication: les sept dernières « petites homélies » qu’il a consacrées à l’Evangile de la messe du jour, dimanche après dimanche.

La parabole du pauvre Lazare

30 septembre 2007, XXVIe dimanche du temps ordinaire, année C

Aujourd’hui, l’Evangile de Luc présente la parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare (Lc 16, 19-31). Le riche incarne l’utilisation injuste des richesses de la part de celui qui les utilise pour un luxe effréné et égoïste, pensant uniquement à sa propre satisfaction, sans se soucier le moins du monde du mendiant qui se trouve à sa porte. Le pauvre en revanche incarne la personne dont Dieu seul s’occupe: contrairement au riche, il a un nom, Lazare, abréviation de Eleazare qui signifie précisément « Dieu l’aide ». Dieu n’oublie pas celui qui est oublié de tous; celui qui ne vaut rien aux yeux des hommes est précieux aux yeux du Seigneur. Le récit montre comment l’iniquité terrestre est renversée par la justice divine: après la mort, Lazare est accueilli « dans le sein d’Abraham », c’est-à-dire dans la béatitude éternelle, alors que le riche finit en enfer, « en proie à la torture ». Il s’agit d’un nouvel état de chose sans appel et définitif. C’est donc pendant sa vie qu’il faut se repentir. Le faire après ne sert à rien. Cette parabole se prête également à une lecture sur le plan social. Celle que livra le pape Paul VI, il y a tout juste quarante ans, dans l’encyclique « Populorum progressio » est inoubliable. Parlant de la lutte contre la faim, il écrivit: « Il s’agit de construire un monde où tout homme puisse vivre une vie pleinement humaine, où le pauvre Lazare puisse s’asseoir à la même table que le riche (n. 47). L’encyclique rappelle que ce sont d’une part « les servitudes qui viennent des hommes » et de l’autre « une nature insuffisamment maîtrisée » (ibid.), qui provoquent les nombreuses situations de pauvreté. Malheureusement, certaines populations souffrent de ces deux facteurs à la fois. Comment ne pas penser, en ce moment, spécialement aux pays de l’Afrique subsaharienne, frappés ces derniers jours par de graves inondations? Mais nous ne pouvons pas oublier tant d’autres situations d’urgence humanitaire dans différentes régions du monde, dans lesquelles les conflits pour le pouvoir politique et économique viennent aggraver une situation déjà critique sur le plan de l’environnement. L’appel que lança alors Paul VI: « Les peuples de la faim interpellent aujourd’hui de façon dramatique les peuples de l’opulence » (Populorum progressio, n. 3) conserve aujourd’hui toute son urgence. Nous ne pouvons pas prétendre ne pas savoir quel chemin prendre: nous avons la Loi et les Prophètes, nous dit Jésus dans l’Evangile. Celui qui ne veut pas les écouter ne changerait pas, même si quelqu’un revenait de chez les morts pour le réprimander.

Que la Vierge Marie nous aide à profiter du temps présent pour écouter et mettre en pratique cette parole de Dieu. Qu’elle nous obtienne de devenir plus attentifs à nos frères dans le besoin, pour partager avec eux l’abondance ou le peu que nous avons, et contribuer, en commençant par nous-mêmes, à diffuser la logique et le style de la solidarité authentique.

La parabole de l’intendant malhonnête

23 septembre 2007, XXVe dimanche du temps ordinaire, année C

Ce matin, j’ai rendu visite au diocèse de Velletri [...]. Au cours de la célébration eucharistique solennelle, en commentant les textes liturgiques, j’ai pu m’arrêter pour réfléchir sur le juste usage des biens terrestres, un thème que lors de ces derniers dimanches, l’évangéliste Luc a reproposé à notre attention de différentes façons. En racontant la parabole d’un intendant malhonnête, mais très astucieux, le Christ enseigne à ses disciples quelle est la meilleure façon d’utiliser l’argent et les richesses matérielles, c’est-à-dire les partager avec les pauvres en se procurant ainsi leur amitié, en vue du Royaume des Cieux. « Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur – dit Jésus -, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles » (Lc 16, 9). L’argent n’est pas « trompeur » en soi, mais plus que tout autre chose, il peut enfermer l’homme dans un égoïsme aveugle. Il s’agit donc d’opérer une sorte de « conversion » des biens économiques: au lieu de les utiliser seulement pour l’intérêt personnel, il convient de penser aux besoins des pauvres, en imitant le Christ lui-même, lui qui, écrit saint Paul, « pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Cela semble un paradoxe: le Christ ne nous a pas enrichis par sa richesse, mais par sa pauvreté, c’est-à-dire par son amour qui l’a poussé à se donner à nous totalement.

Ici pourrait s’ouvrir un champ de réflexion vaste et complexe, sur le thème de la richesse et de la pauvreté, à l’échelle mondiale également, où deux logiques économiques s’affrontent: la logique du profit et celle de la distribution équitable des biens, qui ne sont pas en contradiction l’une avec l’autre, à condition que leur rapport soit bien ordonné. La doctrine sociale catholique a toujours soutenu que la distribution équitable des biens est prioritaire. Le profit est naturellement légitime, et dans une juste mesure, nécessaire au développement économique. Jean-Paul II a écrit dans son encyclique « Centesimus annus »: « L’économie d’entreprise moderne comporte des aspects positifs, dont la racine est la liberté de la personne, qui s’exprime dans le domaine économique comme dans tant d’autres domaines » (n. 32). Cependant, ajoute-t-il, le capitalisme ne doit pas être considéré comme l’unique modèle valide d’organisation économique (cf. ibid., n. 35). L’urgence de la faim et l’urgence écologique dénoncent avec une évidence croissante que la logique du profit, lorsqu’elle prévaut, augmente la disproportion entre les riches et les pauvres, et la ruineuse exploitation de la planète. Lorsque, au contraire, prévaut la logique du partage et de la solidarité, il est possible de corriger la route et de l’orienter vers un développement équitable et durable. Que la Très Sainte Vierge Marie qui proclame dans le Magnificat que le Seigneur « comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Lc 1, 53), aide les chrétiens à user des biens terrestres avec une sagesse évangélique – c’est-à-dire avec une solidarité généreuse -, et qu’elle inspire aux gouvernants et aux économistes des stratégies clairvoyantes qui favorisent le progrès authentique de tous les peuples.

La parabole de l’enfant prodigue

16 septembre 2007, XXIVe dimanche du temps ordinaire, année C

Aujourd’hui, la liturgie nous propose de méditer à nouveau sur le chapitre 15 de l’Evangile de Luc, l’une des pages les plus importantes et les plus émouvantes de toute l’Ecriture Sainte. Il est beau de penser que dans le monde entier, partout où la communauté chrétienne se rassemble pour célébrer l’Eucharistie du dimanche, retentit en ce jour cette Bonne Nouvelle de vérité et de salut: Dieu est amour miséricordieux. L’évangéliste Luc a réuni dans ce chapitre trois paraboles sur la miséricorde divine: les deux plus brèves, qu’il a en commun avec Matthieu et Marc, sont celles de la brebis égarée et de la drachme perdue; la troisième, plus longue et développée, et propre à lui seul, est la célèbre parabole du Père miséricordieux, dite traditionnellement de l’ »enfant prodigue ». Dans cette page évangélique, on a presque l’impression d’entendre la voix de Jésus, qui nous révèle le visage de son Père et de notre Père. Au fond, c’est pour cela qu’il est venu au monde: pour nous parler du Père; pour nous le faire connaître, à nous, enfants égarés, et susciter à nouveau dans nos cœurs la joie de lui appartenir, l’espérance d’être pardonnés et de retrouver notre pleine dignité, le désir d’habiter pour toujours dans sa maison, qui est également notre maison. Jésus raconta les trois paraboles de la miséricorde parce que les Pharisiens et les scribes le critiquaient, voyant qu’il se laissait approcher par les pécheurs et qu’il mangeait même avec eux (cf. Lc 15, 1-3). Alors, Il expliqua, avec son langage typique, que Dieu ne veut pas que même un seul de ses enfants se perde et que son âme déborde de joie lorsqu’un pécheur se convertit. La véritable religion consiste alors à entrer en harmonie avec ce Cœur « riche de miséricorde », qui nous demande d’aimer chacun, même ceux qui sont éloignés et nos ennemis, à l’image du Père céleste qui respecte la liberté de chacun et attire tous à lui à travers la force invincible de sa fidélité. Telle est la voie que Jésus montre à ceux qui veulent être ses disciples: « Ne jugez pas, ne condamnez pas, remettez et il vous sera remis, donnez et l’on vous donnera. Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant » (Lc 6, 36-38). Nous trouvons dans ces paroles des indications très concrètes pour notre comportement quotidien de croyants.

A notre époque, l’humanité a besoin que soit proclamée et témoignée avec force la miséricorde de Dieu. Le bien-aimé Jean-Paul II, qui fut un grand Apôtre de la Miséricorde, perçut cette urgence pastorale de façon prophétique. Il consacra sa deuxième Encyclique au Père miséricordieux et tout au long de son Pontificat, il se fit missionnaire de l’amour de Dieu auprès de toutes les nations. Après les tragiques événements du 11 septembre 2001, qui obscurcissent l’aube du troisième millénaire, il invita les chrétiens et les hommes de bonne volonté à croire que la Miséricorde de Dieu est plus forte que tout mal, et que ce n’est que dans la Croix du Christ que se trouve le salut du monde. Que la Vierge Marie, Mère de Miséricorde, que nous avons contemplée hier dans la Vierge des Douleurs au pied de la Croix, nous obtienne le don de placer toujours notre confiance dans l’amour de Dieu et qu’elle nous aide à être miséricordieux comme notre Père qui est aux cieux.

La porte étroite

26 août 2007, XXIe dimanche du temps ordinaire, année C

Aujourd’hui la liturgie nous propose une parole du Christ éclairante et, dans le même temps, déconcertante. Au cours de sa dernière montée vers Jérusalem, quelqu’un lui demanda: « Seigneur, est-ce le petit nombre qui sera sauvé? ». Et Jésus répond: « Luttez pour entrer par la porte étroite car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne pourront pas » (Lc 13, 23-24). Que signifie cette « porte étroite »? Pourquoi un grand nombre ne réussit-il pas à y entrer? S’agit-il d’un passage réservé uniquement à quelques élus? En effet, tout bien considéré, cette façon de raisonner des interlocuteurs de Jésus est toujours actuelle: il existe toujours la tentation d’interpréter la pratique religieuse comme une source de privilèges ou de certitudes. En réalité, le message du Christ va précisément dans le sens inverse: tous peuvent entrer dans la vie, mais pour tous, la porte est « étroite ». Il n’y a pas de privilégiés. Le passage à la vie éternelle est ouvert à tous, mais il est « étroit » car il est exigeant, il demande application, abnégation, et mortification de son égoïsme. Une fois de plus, comme les dimanches précédents, l’Evangile nous invite à considérer l’avenir qui nous attend et auquel nous devons nous préparer au cours de notre pèlerinage sur terre. Le salut que Jésus a accompli à travers sa mort et sa résurrection, est universel. Il est l’unique Rédempteur, et invite chacun au banquet de la vie immortelle. Mais à une seule et même condition: celle de s’efforcer de le suivre et de l’imiter en prenant sur soi, comme Il l’a fait, sa Croix et en consacrant sa vie au service de ses frères. Cette condition pour entrer dans la vie céleste est donc unique et universelle. Le dernier jour – rappelle encore Jésus dans l’Evangile -, ce n’est pas sur la base de supposés privilèges que nous serons jugés, mais selon nos œuvres. Les « artisans d’injustice » seront exclus, tandis que ceux qui auront accompli le bien et recherché la justice, au prix de sacrifices, seront accueillis. Il ne suffira donc pas de se déclarer « amis » du Christ, en vantant de faux mérites: « Nous avons mangé et bu devant toi, tu as enseigné sur nos places » (Lc 13, 26). La véritable amitié avec Jésus s’exprime dans la façon de vivre: elle s’exprime à travers la bonté du cœur, l’humilité, la douceur et la miséricorde, l’amour pour la justice et la vérité, l’engagement sincère et honnête pour la paix et la réconciliation. Telle est, pourrions-nous dire, la « carte d’identité » qui nous qualifie comme ses « amis » authentiques; tel est le « passeport » qui nous permettra d’entrer dans la vie éternelle. Chers frères et sœurs, si nous voulons nous aussi passer par la porte étroite, nous devons nous engager à être petits, c’est-à-dire humbles de cœur comme Jésus. Comme Marie, sa Mère et notre Mère. A la suite de son Fils, elle a été la première à parcourir la voie de la croix et a été élevée dans la gloire du ciel, comme nous l’avons rappelé il y a quelques jours. Le peuple chrétien l’invoque comme « Ianua Coeli », porte du ciel. Demandons-lui de nous guider, dans nos choix quotidiens, sur le chemin qui conduit à la « porte du ciel ».

« Je suis venu apporter la division »

19 août 2007, XXe dimanche du temps ordinaire, année C

Dans l’Evangile de ce dimanche, il y a une expression de Jésus qui attire chaque fois notre attention et exige d’être bien comprise. Alors qu’il fait route vers Jérusalem, où l’attend la mort sur la croix, le Christ confie à ses disciples: « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde? Non, je vous le dis, mais plutôt la division ». Et il ajoute: « Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées: trois contre deux et deux contre trois ils se diviseront: le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère » (Lc 12, 51-53). Toute personne connaissant un minimum l’Evangile du Christ sait qu’il s’agit d’un message de paix par excellence; Jésus lui-même, comme écrit saint Paul, « est notre paix » (Ep 2, 14), mort et ressuscité pour abattre le mur de l’inimitié et inaugurer le Royaume de Dieu qui est amour, joie et paix. Comment expliquer alors ces paroles? A quoi le Seigneur se réfère-t-il lorsqu’il dit être venu apporter – selon le récit de saint Luc – la « division », ou – selon celui de saint Matthieu – « l’épée » (Mt 10, 34)? Cette expression du Christ signifie que la paix qu’Il est venu apporter n’est pas synonyme d’une simple absence de conflits. Au contraire, la paix de Jésus est le fruit d’un combat permanent contre le mal. La lutte que Jésus mène avec détermination n’est pas une lutte contre des hommes ou des puissances humaines, mais contre l’ennemi de Dieu et de l’homme, Satan. Celui qui veut résister à cet ennemi en restant fidèle à Dieu et au bien, doit nécessairement faire face à des incompréhensions et parfois de véritables persécutions. Par conséquent, ceux qui entendent suivre Jésus et s’engager pour la vérité sans faire de compromis, doivent savoir qu’ils rencontreront des oppositions et deviendront, malgré eux, signe de division entre les personnes, y compris au sein de leurs propres familles. L’amour pour les parents est bien un commandement sacré mais on ne doit jamais le placer avant l’amour de Dieu et du Christ si l’on veut le vivre de manière authentique. De cette façon, les chrétiens deviennent, sur les traces du Seigneur Jésus, « des instruments de sa paix », selon la célèbre expression de saint François d’Assise. Non pas d’une paix inconsistante et apparente, mais réelle, poursuivie avec courage et persévérance dans l’engagement quotidien à vaincre le mal par le bien (cf. Rm 12, 21) et en payant personnellement le prix que cela comporte.

La Vierge Marie, Reine de la Paix, a partagé jusqu’au martyre de l’âme le combat de son Fils Jésus contre le Malin, et continue de le partager jusqu’à la fin des temps. Invoquons son intercession maternelle, afin qu’elle nous aide à être toujours des témoins de la paix du Christ, en ne recherchant jamais le compromis avec le mal.

Les serviteurs vigilants

12 août 2007, XIXe dimanche du temps ordinaire, année C

La liturgie de ce XIX dimanche du temps ordinaire nous prépare, d’une certaine façon, à la solennité de l’Assomption de Marie au ciel, que nous célébrerons le 15 août prochain. En effet, celle-ci est entièrement tournée vers l’avenir, vers le ciel, où la Sainte Vierge nous a précédés dans la joie du paradis. En poursuivant le message de dimanche dernier, la page évangélique invite de manière particulière les chrétiens à se détacher des biens matériels en grande partie illusoires, et à accomplir fidèlement leur devoir en se tournant constamment vers le haut. Le croyant demeure éveillé et vigilant pour être prêt à accueillir Jésus lorsqu’il viendra dans sa gloire. A travers des exemples tirés de la vie quotidienne, le Seigneur exhorte ses disciples, c’est-à-dire nous, à vivre dans cette disposition intérieure comme ces serviteurs de la parabole, qui attendent le retour de leur maître. « Bienheureux ces serviteurs – dit-il – que le maître en arrivant trouvera en train de veiller » (Lc 12, 37). Nous devons donc veiller, en priant et en faisant le bien.

C’est vrai, nous sommes tous de passage sur terre, comme nous le rappelle à juste titre la seconde Lecture de la liturgie d’aujourd’hui, tirée de la Lettre aux Hébreux. Elle nous présente Abraham en habit de pèlerin, comme un nomade qui vit sous une tente et s’arrête dans une région étrangère. C’est la foi qui le guide. « Par la foi – écrit l’Auteur sacré – Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage, et il partit ne sachant où il allait (He 11, 8). Son véritable but était, en effet, « la ville pourvue de fondations dont Dieu est l’architecte et le constructeur » (11, 10). La ville à laquelle il est fait référence, n’est pas dans ce monde, mais c’est la Jérusalem céleste, le paradis. La première communauté chrétienne était bien consciente de cela, et se considérait ici-bas comme « étrangers et voyageurs » et appelait ses centres d’habitation dans les villes des « paroisses », ce qui signifie précisément colonies d’étrangers, en grec « pàroikoi » (cf. 1 Pt 2, 11). De cette façon, les premiers chrétiens manifestaient la caractéristique la plus importante de l’Eglise, qui est précisément la tension vers le ciel. La liturgie de la Parole de ce jour veut donc nous inviter à penser « à la vie du monde qui viendra » comme nous le répétons chaque fois que nous faisons notre profession de foi à travers le Credo. Une invitation à passer notre existence de façon sage et prévoyante, à considérer attentivement notre destin, c’est-à-dire les réalités que nous appelons ultimes: la mort, le jugement dernier, l’éternité, l’enfer et le Paradis. Et ainsi, nous assumons notre responsabilité pour le monde et nous construisons un monde meilleur. Que la Vierge Marie, qui veille sur nous du ciel, nous aide à ne pas oublier qu’ici, sur terre, nous sommes seulement de passage, et qu’elle nous enseigne à nous préparer à rencontrer Jésus, « assis à la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts ».

Les choses d’en haut

5 août 2007, XVIIIe dimanche du temps ordinaire, année C

En ce XVIII dimanche du temps ordinaire, la Parole de Dieu nous invite à réfléchir sur quelle doit être notre relation avec les biens matériels. La richesse, tout en étant un bien en soi, ne doit pas être considérée comme un bien absolu. Et surtout, elle n’assure pas le salut, au contraire, elle pourrait même gravement le compromettre. C’est précisément contre ce risque que Jésus, dans la page évangélique d’aujourd’hui, met en garde ses disciples. C’est une sagesse et une vertu de ne pas attacher son cœur aux biens de ce monde, car tout passe, tout peut finir brusquement. Le trésor véritable que nous, chrétiens, devons rechercher sans cesse, réside dans les « choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu ». C’est ce que nous rappelle aujourd’hui saint Paul, dans la Lettre aux Colossiens, en ajoutant que notre vie « est désormais cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 1-3). La solennité de la Transfiguration du Seigneur, que nous célébrerons demain, nous invite à tourner notre regard « en haut », vers le Ciel. Dans le récit évangélique de la Transfiguration sur la Montagne, un signe prémonitoire nous est donné, qui nous permet d’entrevoir, l’espace d’un instant, le royaume des saints où nous aussi, au terme de notre existence terrestre, nous pourrons participer à la gloire du Christ, qui sera complète, totale et définitive. Alors, tout l’univers sera transfiguré et le dessein divin du salut s’accomplira enfin. Le jour de la solennité de la Transfiguration reste lié à la mémoire de mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Paul VI, qui précisément ici, à Castelgandolfo, en 1978, acheva sa mission et fut appelé à entrer dans la maison du Père céleste. Que son souvenir soit pour nous une invitation à tourner notre regard vers le Haut et à servir fidèlement le Seigneur et l’Eglise, comme lui-même l’a fait dans des années difficiles du siècle dernier.

Que la Vierge Marie, que nous rappelons de manière particulière aujourd’hui en célébrant la mémoire liturgique de la Dédicace de la Basilique Sainte-Marie-Majeure, nous obtienne cette grâce. Comme on le sait, il s’agit de la première Basilique d’Occident construite en l’honneur de Marie et réédifiée en 432 par le Pape Sixte III pour célébrer la divine maternité de la Vierge, dogme qui avait été solennellement proclamé lors du Concile œcuménique d’Ephèse l’année précédente. Que la Vierge, qui plus que tout autre créature, a participé au mystère du Christ, nous soutienne sur notre chemin de foi afin que, comme la liturgie nous invite à prier aujourd’hui, « en travaillant de toutes nos forces à soumettre la terre, nous ne nous laissions pas dominer par la cupidité et par l’égoïsme mais que nous recherchions toujours ce qui est juste aux yeux de Dieu ».

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La série complète des Angélus de Benoît XVI, sur le site du Vatican:

Angelus / Regina Coeli

2 Réponses à “de Sandro Magister: Les Angélus secrets de Benoît XVI”

  1. ukaria kone dit :

    je veux votre aide par la grace de dieu

  2. gabriellaroma dit :

    est-ce qu’il veut me dire qu’est-ce qu’il désire que je fasse?
    Gabriella

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