Archive pour le 7 juillet, 2007

Gustave Dorè, La Nuova Gerusalemme, …

7 juillet, 2007

Gustave Dorè, La Nuova Gerusalemme, ... dans images sacrée NuovaGerusalemme

http://www.fmboschetto.it/religione/libri_storici/Enoc.htm

Le Pape de l’essentiel

7 juillet, 2007

du site:

http://www.30giorni.it/fr/articolo.asp?id=13833

Le Pape de l’essentiel

par le cardinal Jean-Louis Tauran
archiviste et bibliothécaire de la Sainte Église Romaine

Ayant eu le privilège de participer au conclave qui a élu le cardinal Joseph Ratzinger au siège de Pierre, je me rappelle la pensée qui m’occupait l’esprit pendant que j’attendais, parmi les cardinaux qui faisaient la queue pour faire acte d’obédience au nouveau Pontife: «Toute une vie, modelée par Dieu, pour arriver au pontificat suprême!».
Ce qui impressionne dans ce Pape, c’est son style: un sourire et un regard pleins de bonté, éclairés par l’intériorité, par la sérénité d’un chrétien conscient d’avoir accepté une mission venue d’en haut et pour laquelle il reçoit les grâces nécessaires. Il n’y a chez Benoît XVI aucune prétention: il a demandé, dès le début de son pontificat, les prières de tout le peuple chrétien afin que Dieu lui enseigne «à aimer toujours plus son troupeau» et il a exprimé le souhait que «le Seigneur nous porte et que nous apprenions à nous porter les uns les autres». C’est un Pape qui désire que tout le monde découvre que le christianisme est une bonne nouvelle pour le monde tel qu’il est aujourd’hui: «Chacun de nous est le fruit d’une pensée de Dieu […] chacun de nous est aimé, chacun de nous est nécessaire»
.
Il apparaît toujours plus comme l’héritier du grand pape Jean Paul II, dont il a été le conseiller fidèle et écouté; comme lui, il a crié dans la première homélie de son pontificat: «N’ayez pas peur», et il a ajouté: «Le Christ n’enlève rien, il donne tout»
.
Son humilité, sa piété, son attention aux personnes sont complétées par une vision précise de sa mission. Le 20 avril 2005, dans la chapelle Sixtine, quelques heures après son élection, dans son premier message public, il a exposé en latin aux cardinaux qui l’avaient élu les points principaux de son programme: «Fidélité au Concile Vatican II; collégialité; œcuménisme; dialogue avec les différentes civilisations, engagement pour la paix, attention aux jeunes». Mais quelques jours après, le 24 avril, à l’occasion de la messe du début solennel de son ministère pétrinien, Benoît XVI a précisé dans son homélie: «Mon véritable programme de gouvernement est de ne pas faire ma volonté, de ne pas poursuivre mes idées, mais, avec toute l’Église, de me mettre à l’écoute de la parole et de la volonté du Seigneur, et de me laisser guider par Lui, de manière que ce soit Lui-même qui guide l’Église en cette heure de notre histoire». Je dirais qu’il est resté fidèle à
cette vision.
Si Jean Paul II a donné un relief particulier à l’image de la papauté, Benoît XVI invite tout le monde à découvrir, à approfondir la réalité de l’Église comme communauté de foi et de charité. Et il le fait grâce à son charisme personnel de grand théologien. Il donne la priorité à la pédagogie de la foi; il a voulu que le Catéchisme de l’Église catholique fût publié en version abrégée pour être accessible au grand public. Et c’est là, peut-être, le point fondamental de son action: transmettre dans toute son intégrité le contenu de la foi pour que toutes les personnes baptisées puissent vivre en vérité et en profondeur leur foi et, en même temps, soient en mesure de rendre compte de l’espérance qui est en eux (cf. 1P 3, 15). Je me rappelle qu’il y a quelques mois, après le début du pontificat, j’ai été arrêté dans la rue par une femme simple, qui m’a dit: «Père, savez-vous que ce Pape est formidable? Il dit des choses très profondes, mais nous, nous comprenons tout!». Je pense que cette remarque résume parfaitement la façon dont Benoît XVI exerce son ministè
re.
Notre Pape, qui connaît la culture contemporaine, en mesure la fragilité et les contradictions et, comme un père, fait tout son possible pour fournir à ses enfants les références spirituelles dont ils ont besoin; il propose au monde d’aujourd’hui des raisons de vivre et de choisir. Alors que beaucoup de gens sont victimes de la frénésie d’activité, d’informations, qui sont très souvent des obstacles à la vie intérieure, Benoît XVI nous aide à revenir aux sources de la foi, comme il l’a fait avec sa première encyclique, Deus caritas est, et récemment avec l’exhortation apostolique postsynodale sur l’
Eucharistie.
En un certain sens, on peut dire qu’il est le Pape de la Tradition, la tradition entendue non comme le fait de “conserver” mais comme celui de “transmettre”
(du latin tradere).
Saint Bernard, conseillant l’un de ses disciples devenu pape (Eugène III), lui disait que l’Église devait vivre ante et retro oculata, c’est-à-dire avec un regard tourné vers le passé et un regardé tourné vers l’avenir. Voilà ce que notre Pape nous aide à faire, nous invitant toujours à regarder le Christ, à être attentifs à ne pas dénaturer le grand héritage de la foi, à être des hommes et des femmes de l’essentiel, pour que l’Église soit vraiment sacrement de salut pour l’humanité et qu’elle puisse «rendre visible le grand “oui” de Dieu à l’homme et à sa vie» (IVe Colloque national de l’Église italienne, Vé
rone, 19 octobre 2006).
Que Dieu veuille le garder encore longtemps à la tête de l’Église pour nous guider tous sur les chemins escarpés de notre pèlerinage!

Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu

7 juillet, 2007

du site

http://www.dominicains.be/praedicatio/article_praedicatio.php3?id_article=275

Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu

Dire que Jésus est né de Dieu, et qu’il est lumière, c’est, comme presque tout notre discours sur Dieu, de l’ordre de la métaphore, mais de la métaphore profonde et révélatrice. On peut dire que, dans un certain sens poétique, nous sommes tous nés de Dieu. Dieu est la source de notre existence comme la mère est la source de ses enfants ; nous sommes faits à l’image de Dieu comme un fils peut être l’image de son père. Quand nous disons que Jésus est né de Dieu, c’est aussi un peu poétique, puisque Dieu n’est ni mère ni père biologiquement. Mais Jésus a un lien beaucoup plus intime avec son ‘père’ que nous. Nous sommes des créatures de Dieu, créées à partir du néant. Nous sommes autres que Dieu comme une œuvre d’art est autre que l’artiste et, comme un tableau de Picasso n’a pas la même nature que Picasso, nous n’avons pas la même nature que Dieu, nous ne sommes pas Dieu. Jésus, par contre, n’est pas une créature. Il n’est pas autre que Dieu, il a la même nature que Dieu, il est Dieu.

Il est de la nature de la flamme de répandre de la lumière, qui est ‘née’ de la flamme. La lampe et sa lumière sont inséparables : dire que la lampe illumine est la même chose que dire que sa lumière illumine. La lumière répandue a deux aspects : c’est par cette lumière que nous voyons le monde dans lequel nous vivons, c’est par cette même lumière que nous voyons la flamme qui est son origine. La tradition chrétienne dit que, de même, Dieu est la lampe qui éclaire la vie humaine, qui nous permet de voir clair et de trouver notre chemin : « auprès de toi est la source de la vie ; par ta lumière nous voyons la lumière » (Psaume 36 (35):9). Jésus, dit le Credo, est la lumière répandue par cette lampe. Dieu et Jésus sont inséparables. Dire que Dieu nous éclaire, c’est dire que Jésus nous éclaire. C’est par Jésus que nous voyons clair dans le monde, c’est aussi par Jésus que nous voyons Dieu : « Celui qui m’a vu a vu le Père » dit-il (Jean 14:9).

Nous avons besoin de cette lumière parce que nous avons tendance à nous perdre, à suivre de fausses pistes, de faux dieux. Jésus est la vraie lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Le Credo nous dit effectivement : quand vous lisez l’Évangile de Jésus, lisez attentivement, car c’est là que vous trouverez la vraie lumière qui vous est nécessaire dans la vie ; regardez bien, car c’est là que vous verrez le vrai Dieu !

P. Cantalamessa : Ce n’est plus Dieu qui juge les hommes, mais l’inverse

7 juillet, 2007

du site:

http://www.zenit.org/article-15796?l=french

P. Cantalamessa : Ce n’est plus Dieu qui juge les hommes, mais l’inverse

ROME, vendredi 6 juillet 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du dimanche 8 juillet, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 1-12.17-20

Après cela, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route.
Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira.
Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : ‘Le règne de Dieu est tout proche de vous.’
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites :
‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche.’
Je vous le déclare : au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville.
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. »
Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi ; et rien ne pourra vous faire du mal.
Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »

© http://www.aelf.org

Le royaume de Dieu est proche

Cette fois encore nous commentons l’Evangile avec l’aide du livre du pape Benoît XVI sur Jésus. Auparavant je voudrais toutefois faire une observation de caractère général. La critique adressée au livre du pape par certains préconise de se limiter à ce que disent les Evangiles sans tenir compte des résultats de la recherche historique moderne qui porteraient, selon eux, à des conclusions très diverses. Il s’agit d’une idée très répandue qui alimente une littérature du type « Le Da Vinci Code » de Dan Brown, ainsi que des œuvres de vulgarisation historique basées sur ce même présupposé.

Je crois qu’il est urgent de souligner une équivoque fondamentale présente dans tout cela. L’idée d’une recherche historique sur Jésus, cohérente, rectiligne, qui procède inexorablement vers une pleine lumière sur Jésus, est un pur mythe que l’on tente de faire croire aux gens mais auquel plus aucun historien sérieux ne croit aujourd’hui.

L’une des plus célèbres représentantes de la recherche historique sur Jésus, l’Américaine Paula Fredriksen écrit : « Les livres se multiplient. Dans la recherche scientifique récente Jésus a été présenté comme une figure de chaman du premier siècle, comme un philosophe itinérant cynique, comme un visionnaire radical et un réformateur social qui prêche une éthique égalitaire en faveur des hommes, comme un régionaliste galiléen qui se bat contre les conventions religieuses de l’élite de Judée (le temple et la Torah), comme un champion de la libération nationale ou, au contraire comme son opposant et critique, et ainsi de suite. Toutes ces figures ont été présentées avec des arguments solides et des méthodes académiques ; elles sont toutes des défenses qui font appel à des données très anciennes. Les débats vont bon train et un consensus, même sur des points essentiels tels que les critères à partir desquels procéder, semble une espérance lointaine ».

On fait souvent appel aux nouvelles données et aux découvertes récentes qui auraient finalement mis la recherche historique dans une position plus avantageuse que par le passé. Mais le fait que ces nouvelles sources historiques aient donné lieu à deux images du Christ opposées et inconciliables entre elles, toujours présentes aujourd’hui, montre combien les conséquences à tirer de ces nouvelles sources historiques sont vastes. D’une part un Jésus « juif en tout et pour tout » ; de l’autre un Jésus fils de la Galilée hellénisée de son temps, imprégné de philosophie cynique.

A la lumière de cet état de fait je m’interroge : qu’aurait dû faire le pape : écrire une énième reconstruction historique pour discuter et combattre toutes les objections contraires ? Le pape a choisi de présenter de manière positive la figure et l’enseignement de Jésus tel qu’il est compris par l’Eglise, en partant de la conviction que le Christ des Evangiles est, également du point de vue historique, la figure la plus crédible et la plus sûre.

Après cette parenthèse, venons-en à l’Evangile de ce dimanche. Il s’agit de l’épisode de l’envoi en mission des 72 disciples. Après leur avoir dit comment ils doivent partir (deux par deux, comme des agneaux, sans apporter d’argent…), Jésus leur explique également ce qu’ils doivent dire : « Dites aux habitants : Le règne de Dieu est tout proche de vous ».

Nous savons que la phrase « Voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous » est au cœur de la prédication de Jésus et le présupposé implicite de tous ses enseignements. Le royaume de Dieu est au milieu de vous, et par conséquent aimez vos ennemis ; « voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous », par conséquent si ta main te scandalise, coupe-là : il vaut mieux entrer manchot dans le royaume de Dieu que rester en dehors, avec les deux mains… Le royaume donne son sens à chaque chose.

On a toujours débattu sur ce qu’entendait précisément Jésus par l’expression « royaume de Dieu ». Pour certains il s’agirait d’un royaume purement intérieur consistant en une vie conforme à la loi de Dieu ; pour d’autres en revanche, il s’agirait d’un royaume social et politique que l’homme devrait réaliser, si nécessaire, également à travers le combat et la révolution. Le pape passe en revue ces différentes interprétations du passé et souligne ce qu’elles ont en commun : l’intérêt n’est plus centré sur Dieu mais sur l’homme ; il ne s’agit plus d’un royaume de Dieu mais de l’homme, un royaume dont l’homme est le principal artisan. Il s’agit d’une idée du royaume compatible, à la limite, également avec l’athéisme.

Dans la prédication de Jésus, la venue du royaume de Dieu indique qu’en envoyant son Fils dans le monde, Dieu a décidé d’une certaine manière de prendre en main le destin du monde, de s’engager dans ce destin, d’agir de l’intérieur. Il est plus facile de deviner intuitivement ce que signifie le royaume de Dieu que de l’expliquer, car il est au-delà de toute explication.

L’idée que Jésus attendait une fin du monde imminente et que par conséquent le royaume de Dieu qu’il prêchait ne se réaliserait pas dans ce monde mais dans celui que nous appelons « l’au-delà », est encore très répandue. Les Evangiles contiennent en effet quelques affirmations qui se prêtent à cette interprétation. Mais celle-ci ne tient pas si l’on considère l’ensemble des paroles du Christ. « L’enseignement de Jésus n’est pas une éthique pour ceux qui attendent une fin du monde proche mais pour ceux qui ont fait l’expérience de la fin de ce monde et de l’avènement dans ce monde, du royaume de Dieu : pour ceux qui savent que ‘les choses anciennes sont passées’ et que le monde est devenu une ‘nouvelle création’, car Dieu y est descendu comme un roi » (Ch. Dodd). En d’autres termes, Jésus n’a pas annoncé la fin du monde, mais la fin d’un monde, et cela n’a pas été démenti par les faits.

Jean-Baptiste également prêchait ce changement, parlant d’un imminent jugement de Dieu. Où se trouve donc la nouveauté du Christ ? La nouveauté est entièrement renfermée dans un adverbe de temps : « à présent », « maintenant ». Avec Jésus, le royaume de Dieu n’est plus seulement une chose « imminente », mais présente. « L’aspect nouveau et exclusif du message de Jésus, écrit le pape, consiste dans le fait qu’il nous dise : Dieu agit maintenant – c’est l’heure à laquelle Dieu, d’une manière qui dépasse toutes les précédentes, se révèle dans l’histoire comme son Seigneur, comme le Dieu vivant ».

C’est de là que vient le sentiment d’urgence qui transparaît dans toutes les paraboles de Jésus, spécialement celles que l’on appelle les « paraboles du royaume ». L’heure décisive de l’histoire a sonné, le moment est venu de prendre la décision qui sauve ; le banquet est prêt : refuser d’entrer parce que l’on vient de se marier ou que l’on vient d’acheter un bœuf ou pour tout autre motif, signifie en être exclu pour toujours et voir sa place prise par d’autres.

Partons de cette dernière réflexion pour une application pratique et actuelle du message écouté. Ce que Jésus disait à ses contemporains vaut également pour nous aujourd’hui. Cet « à présent » et cet « aujourd’hui » resteront inchangés jusqu’à la fin du monde (He 3, 13). Ceci signifie que la personne qui écoute aujourd’hui, peut-être par hasard, la parole du Christ : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc , 15), se trouve face au même choix que ceux qui l’écoutaient il y a deux mille ans dans un village de Galilée : ou croire et entrer dans le royaume, ou refuser de croire et en être exclu.

Malheureusement, croire semble être la dernière des préoccupations de beaucoup de ceux qui lisent aujourd’hui l’Evangile ou écrivent des livres sur l’Evangile. Au lieu de se soumettre au jugement du Christ, beaucoup se font ses juges. Jésus n’a jamais été autant jugé. Il s’agit d’une sorte de « jugement universel » à l’envers. Ce sont surtout les chercheurs qui courent ce risque. Un chercheur doit « dominer » l’objet de la science qu’il cultive et rester neutre face à cet objet ; mais comment peut-on « dominer » ou rester neutre face à l’objet quand celui-ci est Jésus Christ ? Dans ce cas, plus que « dominer », ce qui compte, c’est « se laisser dominer ».

Le Royaume de Dieu était tellement important pour Jésus qu’il nous a enseigné à prier chaque jour pour qu’il vienne. Nous nous tournons vers Dieu en disant : « Que ton règne vienne », mais Dieu se tourne aussi vers nous et nous dit, par l’intermédiaire de Jésus : « Le royaume de Dieu est arrivé au milieu de vous : n’attendez pas, entrez ! »

ROME, vendredi 6 juillet 2007 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous le commentaire de l’Evangile du dimanche 8 juillet, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 1-12.17-20

Après cela, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales, et ne vous attardez pas en salutations sur la route.
Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira ; car le travailleur mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous offrira.
Là, guérissez les malades, et dites aux habitants : ‘Le règne de Dieu est tout proche de vous.’
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, sortez sur les places et dites :
‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous la secouons pour vous la laisser. Pourtant sachez-le : le règne de Dieu est tout proche.’
Je vous le déclare : au jour du Jugement, Sodome sera traitée moins sévèrement que cette ville.
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux. Ils racontaient : « Seigneur, même les esprits mauvais nous sont soumis en ton nom. »
Jésus leur dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
Vous, je vous ai donné pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et pouvoir sur toute la puissance de l’Ennemi ; et rien ne pourra vous faire du mal.
Cependant, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »

© http://www.aelf.org

Le royaume de Dieu est proche

Cette fois encore nous commentons l’Evangile avec l’aide du livre du pape Benoît XVI sur Jésus. Auparavant je voudrais toutefois faire une observation de caractère général. La critique adressée au livre du pape par certains préconise de se limiter à ce que disent les Evangiles sans tenir compte des résultats de la recherche historique moderne qui porteraient, selon eux, à des conclusions très diverses. Il s’agit d’une idée très répandue qui alimente une littérature du type « Le Da Vinci Code » de Dan Brown, ainsi que des œuvres de vulgarisation historique basées sur ce même présupposé.

Je crois qu’il est urgent de souligner une équivoque fondamentale présente dans tout cela. L’idée d’une recherche historique sur Jésus, cohérente, rectiligne, qui procède inexorablement vers une pleine lumière sur Jésus, est un pur mythe que l’on tente de faire croire aux gens mais auquel plus aucun historien sérieux ne croit aujourd’hui.

L’une des plus célèbres représentantes de la recherche historique sur Jésus, l’Américaine Paula Fredriksen écrit : « Les livres se multiplient. Dans la recherche scientifique récente Jésus a été présenté comme une figure de chaman du premier siècle, comme un philosophe itinérant cynique, comme un visionnaire radical et un réformateur social qui prêche une éthique égalitaire en faveur des hommes, comme un régionaliste galiléen qui se bat contre les conventions religieuses de l’élite de Judée (le temple et la Torah), comme un champion de la libération nationale ou, au contraire comme son opposant et critique, et ainsi de suite. Toutes ces figures ont été présentées avec des arguments solides et des méthodes académiques ; elles sont toutes des défenses qui font appel à des données très anciennes. Les débats vont bon train et un consensus, même sur des points essentiels tels que les critères à partir desquels procéder, semble une espérance lointaine ».

On fait souvent appel aux nouvelles données et aux découvertes récentes qui auraient finalement mis la recherche historique dans une position plus avantageuse que par le passé. Mais le fait que ces nouvelles sources historiques aient donné lieu à deux images du Christ opposées et inconciliables entre elles, toujours présentes aujourd’hui, montre combien les conséquences à tirer de ces nouvelles sources historiques sont vastes. D’une part un Jésus « juif en tout et pour tout » ; de l’autre un Jésus fils de la Galilée hellénisée de son temps, imprégné de philosophie cynique.

A la lumière de cet état de fait je m’interroge : qu’aurait dû faire le pape : écrire une énième reconstruction historique pour discuter et combattre toutes les objections contraires ? Le pape a choisi de présenter de manière positive la figure et l’enseignement de Jésus tel qu’il est compris par l’Eglise, en partant de la conviction que le Christ des Evangiles est, également du point de vue historique, la figure la plus crédible et la plus sûre.

Après cette parenthèse, venons-en à l’Evangile de ce dimanche. Il s’agit de l’épisode de l’envoi en mission des 72 disciples. Après leur avoir dit comment ils doivent partir (deux par deux, comme des agneaux, sans apporter d’argent…), Jésus leur explique également ce qu’ils doivent dire : « Dites aux habitants : Le règne de Dieu est tout proche de vous ».

Nous savons que la phrase « Voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous » est au cœur de la prédication de Jésus et le présupposé implicite de tous ses enseignements. Le royaume de Dieu est au milieu de vous, et par conséquent aimez vos ennemis ; « voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous », par conséquent si ta main te scandalise, coupe-là : il vaut mieux entrer manchot dans le royaume de Dieu que rester en dehors, avec les deux mains… Le royaume donne son sens à chaque chose.

On a toujours débattu sur ce qu’entendait précisément Jésus par l’expression « royaume de Dieu ». Pour certains il s’agirait d’un royaume purement intérieur consistant en une vie conforme à la loi de Dieu ; pour d’autres en revanche, il s’agirait d’un royaume social et politique que l’homme devrait réaliser, si nécessaire, également à travers le combat et la révolution. Le pape passe en revue ces différentes interprétations du passé et souligne ce qu’elles ont en commun : l’intérêt n’est plus centré sur Dieu mais sur l’homme ; il ne s’agit plus d’un royaume de Dieu mais de l’homme, un royaume dont l’homme est le principal artisan. Il s’agit d’une idée du royaume compatible, à la limite, également avec l’athéisme.

Dans la prédication de Jésus, la venue du royaume de Dieu indique qu’en envoyant son Fils dans le monde, Dieu a décidé d’une certaine manière de prendre en main le destin du monde, de s’engager dans ce destin, d’agir de l’intérieur. Il est plus facile de deviner intuitivement ce que signifie le royaume de Dieu que de l’expliquer, car il est au-delà de toute explication.

L’idée que Jésus attendait une fin du monde imminente et que par conséquent le royaume de Dieu qu’il prêchait ne se réaliserait pas dans ce monde mais dans celui que nous appelons « l’au-delà », est encore très répandue. Les Evangiles contiennent en effet quelques affirmations qui se prêtent à cette interprétation. Mais celle-ci ne tient pas si l’on considère l’ensemble des paroles du Christ. « L’enseignement de Jésus n’est pas une éthique pour ceux qui attendent une fin du monde proche mais pour ceux qui ont fait l’expérience de la fin de ce monde et de l’avènement dans ce monde, du royaume de Dieu : pour ceux qui savent que ‘les choses anciennes sont passées’ et que le monde est devenu une ‘nouvelle création’, car Dieu y est descendu comme un roi » (Ch. Dodd). En d’autres termes, Jésus n’a pas annoncé la fin du monde, mais la fin d’un monde, et cela n’a pas été démenti par les faits.

Jean-Baptiste également prêchait ce changement, parlant d’un imminent jugement de Dieu. Où se trouve donc la nouveauté du Christ ? La nouveauté est entièrement renfermée dans un adverbe de temps : « à présent », « maintenant ». Avec Jésus, le royaume de Dieu n’est plus seulement une chose « imminente », mais présente. « L’aspect nouveau et exclusif du message de Jésus, écrit le pape, consiste dans le fait qu’il nous dise : Dieu agit maintenant – c’est l’heure à laquelle Dieu, d’une manière qui dépasse toutes les précédentes, se révèle dans l’histoire comme son Seigneur, comme le Dieu vivant ».

C’est de là que vient le sentiment d’urgence qui transparaît dans toutes les paraboles de Jésus, spécialement celles que l’on appelle les « paraboles du royaume ». L’heure décisive de l’histoire a sonné, le moment est venu de prendre la décision qui sauve ; le banquet est prêt : refuser d’entrer parce que l’on vient de se marier ou que l’on vient d’acheter un bœuf ou pour tout autre motif, signifie en être exclu pour toujours et voir sa place prise par d’autres.

Partons de cette dernière réflexion pour une application pratique et actuelle du message écouté. Ce que Jésus disait à ses contemporains vaut également pour nous aujourd’hui. Cet « à présent » et cet « aujourd’hui » resteront inchangés jusqu’à la fin du monde (He 3, 13). Ceci signifie que la personne qui écoute aujourd’hui, peut-être par hasard, la parole du Christ : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc , 15), se trouve face au même choix que ceux qui l’écoutaient il y a deux mille ans dans un village de Galilée : ou croire et entrer dans le royaume, ou refuser de croire et en être exclu.

Malheureusement, croire semble être la dernière des préoccupations de beaucoup de ceux qui lisent aujourd’hui l’Evangile ou écrivent des livres sur l’Evangile. Au lieu de se soumettre au jugement du Christ, beaucoup se font ses juges. Jésus n’a jamais été autant jugé. Il s’agit d’une sorte de « jugement universel » à l’envers. Ce sont surtout les chercheurs qui courent ce risque. Un chercheur doit « dominer » l’objet de la science qu’il cultive et rester neutre face à cet objet ; mais comment peut-on « dominer » ou rester neutre face à l’objet quand celui-ci est Jésus Christ ? Dans ce cas, plus que « dominer », ce qui compte, c’est « se laisser dominer ».

Le Royaume de Dieu était tellement important pour Jésus qu’il nous a enseigné à prier chaque jour pour qu’il vienne. Nous nous tournons vers Dieu en disant : « Que ton règne vienne », mais Dieu se tourne aussi vers nous et nous dit, par l’intermédiaire de Jésus : « Le royaume de Dieu est arrivé au milieu de vous : n’attendez pas, entrez ! »

bonne nuit

7 juillet, 2007

bonne nuit dans commentaire à la Sacrée Écriture pour le jour courant Stachys%20grandiflora%20m.r

Stachys grandiflora

http://www.stauder.net/Faktablad%20Stauder/Faktablad%20Stachys%20grandiflora.htm

« Alors ils jeûneront »

7 juillet, 2007

Saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l’Église
Sermon 210 (trad. En Calcat rev.)

« Alors ils jeûneront »

« Des jours viendront où l’Epoux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » Puisque l’Epoux nous a été enlevé, c’est pour nous le temps de la tristesse et des pleurs. Cet Epoux « est plus beau que tous les enfants des hommes ; la grâce est répandue sur ses lèvres » (Ps 44,3) et pourtant, sous la main de ses bourreaux, il a perdu tout éclat, toute beauté, et il a été retranché de la terre des vivants (Is 53,2.8). Or notre deuil est juste si nous brûlons du désir de le voir. Heureux ceux qui, avant sa Passion, ont pu jouir de sa présence, l’interroger comme ils le voulaient et l’écouter comme il se devait… Quant à nous, nous voyons maintenant l’accomplissement de ce qu’il a dit : « Le temps viendra où vous désirerez voir un des jours du Fils de l’homme, et vous ne le verrez pas » (Lc 17,22)…

Qui ne dirait pas avec le roi prophète : « Mes larmes sont devenues ma nourriture jour et nuit, pendant qu’on me dit sans cesse : ‘ Où est ton Dieu ? ’ » (Ps 41,4) Nous croyons en lui sans doute, assis déjà à la droite du Père, mais tant que nous sommes dans ce corps, nous voyageons loin de lui (2Co 5,6), et nous ne pouvons pas le montrer à ceux qui doutent de son existence, et même qui la nient en disant : « Où est ton Dieu ? »…

« Encore un peu de temps, disait le Seigneur à ses disciples, et vous ne me verrez plus, et encore un peu de temps et vous me verrez » (Jn 16,19). Maintenant, c’est l’heure dont il a dit : « Vous serez dans la tristesse, mais le monde sera dans la joie… Mais, ajoute-t-il, je vous verrai de nouveau et votre coeur se réjouira, et nul ne vous enlèvera votre joie » (v. 20). L’espérance que nous donne ainsi celui qui est fidèle dans ses promesses ne nous laisse pas, dès maintenant, sans quelque joie — jusqu’à ce que vienne la joie surabondante du jour où nous lui serons semblables, parce que nous le verrons tel qu’il est (1Jn 3,2)… « Une femme qui enfante, dit notre Seigneur, est dans la peine, parce que son heure est venue. Mais, quand l’enfant est né, elle éprouve une grande joie, parce qu’un être humain est venu dans le monde » (Jn 16,21). C’est cette joie que personne ne pourra nous enlever, et dont nous serons comblés lorsque nous passerons de la conception présente de la foi à la lumière éternelle. Jeûnons donc maintenant, et prions, puisque nous sommes encore au jour de l’enfantement.