Archive pour le 11 décembre, 2006

De la cellule communiste « Ho Chi Min » au diaconat

11 décembre, 2006

du Zenith:

2006-12-10

De la cellule communiste « Ho Chi Min » au diaconat

Témoignage de Fabio Quartulli

ROME, Dimanche 10 décembre 2006 (ZENIT.org) –

« Je me méfiais de l’Église comme institution, mais, à ma manière, je croyais en Dieu » : Fabio Quartulli est l’un des 38 séminaristes de l’Opus Dei à avoir été ordonné diacre à Rome le 25 novembre dernier. Dans six mois, il recevra l’ordination sacerdotale.

Né en France il y a 37 ans, il est fils d’un maçon italien émigré à Paris pour y trouver du travail.

Docteur en physiopathologie humaine, Fabio a travaillé quelques années chez Aventis Pharma. Auparavant, durant sa jeunesse, il a fait parti d’une cellule communiste, sans savoir ce que l’avenir lui réservait.

Un témoignage publié sur le site de l’Opus Dei que nous reprenons avec l’aimable autorisation du webmestre pour les lecteurs de Zenit.

Q : Tout a commencé quand tes parents ont émigré en France…

Fabio Quartulli : Après s’être battu durant la seconde guerre mondiale en Albanie et en Russie, mon père est retourné en Italie. Il vivait à Squinzano, un petit village au sud du pays. C’étaient des années de grande instabilité sociale et il était fermement convaincu que le communisme réglerait le problème de la pauvreté de l’après-guerre. Il était donc —et il continue de l’être— un communiste convaincu. La police a perquisitionné plus d’une fois sa maison à la recherche de pamphlets politiques ou de matériel de propagande car des rumeurs couraient qu’une révolution se préparait.
Comme il ne trouvait pas de travail, mon père a émigré en France où il a été employé comme maçon à Argenteuil près de Paris. Ma mère l’a rejoint peu de temps après. Elle avait reçu une éducation catholique mais ne pratiquait pas la foi. Cela fait que les idées que mes frères et sœurs et moi-même avons apprises étant jeunes, furent celles que nous avons entendues de mon père : justice sociale, lutte des classes,…

Q : Et le communisme vous a attiré ?

Fabio Quartulli : Oui. Moi par exemple, à l’âge de quinze ans, j’avais déjà lu le Manifeste Communiste et une partie du Capital de Marx. À cet âge, je me suis inscrit avec ma sœur aînée aux Jeunesses Communistes. Nous faisions partie du groupe de ma ville, la cellule « Ho Chi Min ».
J’en ai été un membre très actif, jusqu’à ce que je rentre à l’université : nous vendions le journal « L’Humanité », nous distribuions des tracts de propagande, nous recueillions des signatures pour le soutien du parti ou pour d’autres causes, comme, par exemple, la libération de Mandela. Je me souviens que la victoire des socialistes en 1981 fut une grande fête dans ma famille.

Q : En quoi cette idéologie t’attirait-elle ?

Fabio Quartulli : Je me suis toujours soucié de justice sociale et du problème de la pauvreté. Le discours sur la lutte des classes et l’idée d’une répartition des biens m’ont intéressé. Mais il y avait cependant une chose à laquelle je résistais : l’idée que la révolution justifiait la violence. Des nouvelles nous parvenaient sur les goulags et cela ne me plaisait pas.

Q : Que pensais-tu de l’Église ?

Fabio Quartulli : Il me semblait que son message était bon mais qu’elle ne l’accomplissait pas. Je me méfiais de l’Église comme institution, mais, à ma manière, je croyais en Dieu. Par exemple, lorsque ma mère est morte d’un cancer, ma sœur s’est exclamée que jamais elle ne pourrait croire en un Dieu qui traitait ainsi les personnes. Je lui ai dit que, pour ma part, je continuais à croire et je pense que cela l’a surprise.

Q : Quand as-tu commencé à pratiquer la foi ?

Fabio Quartulli : À 19 ans, je suis allé à Paris étudier la biologie. Dans mon groupe d’amis, il y avait un catholique pratiquant, Christophe. Ensemble nous parlions de tout et notamment de la foi chrétienne, mais il n’insistait pas beaucoup sur ce sujet car il connaissait mes idées. Il encourageait plutôt les autres, ceux qui se disaient chrétiens, à mieux vivre leur foi. Christophe était « surnuméraire » de l’Opus Dei.
Un samedi, après une fête chez un ami, j’ai raté le dernier train pour rentrer chez moi. Christophe m’a invité à passer la nuit dans son appartement, tout en me prévenant que le lendemain il risquait de faire du bruit tôt le matin, car il comptait se rendre à la messe à la Madeleine. « J’aimerais venir avec toi —lui ai-je dit. Réveille-moi aussi, s’il te plaît. » Je fis ce geste par curiosité et par politesse, rien de plus.
Cette nuit-là, je remarquai que Christophe avait une brochure chez lui qui s’intitulait « Pourquoi et comment se confesser ? » de l’abbé Augustin Romero. J’ai commencé à la lire et l’ai terminé quelques heures plus tard. Le lendemain matin, je fis part à Christophe que je souhaitais aussi me confesser. Peu de jours après —c’était un jeudi, je m’en souviens parfaitement— Christophe m’a présenté à un prêtre de l’Opus Dei. À partir de ce jour-là, j’ai commencé à recevoir le sacrement de la réconciliation toutes les deux semaines.

Q : Et après ?

Fabio Quartulli : J’ai commencé à assister aux activités culturelles et spirituelles qui étaient organisées pour les étudiants dans ce centre de l’Opus Dei. Christophe continuait à me faire découvrir un monde nouveau. Je me rappelle maintenant, par exemple, qu’il m’a appris à réciter le chapelet tandis que nous marchions sur les quais de la Seine.
Peu après il m’a proposé de suivre le même plan de vie spirituelle que celui que vivent les membres de l’Œuvre. Comme j’étais alors fiancé, il me proposa de demander l’admission comme « surnuméraire ». Ce n’est que plus tard que je vis que Dieu pouvait me demander la vie entière et je fus alors admis comme « numéraire » en 1992.

Q : Qu’as-tu découvert pour changer de la sorte ?

Fabio Quartulli : Dans le christianisme, j’ai découvert qu’il fallait aider chaque personne, une à une. Le communisme sacrifiait la dignité de la personne pour le bien de la collectivité. Mais tous nous sommes fils de Dieu, ce qui fait que le monde changera quand nous nous aiderons un à un, avec charité. Comme tu peux le constater, je n’ai pas abandonné ma préoccupation pour la justice sociale et la disparition de la pauvreté !

Q : Qu’as-tu appris dans l’Opus Dei ?

Fabio Quartulli : On m’a appris à prier, à fréquenter Dieu personnellement et à faire de l’apostolat. Quand j’étais dans la cellule « Ho Chi Min », nous nous souciions de l’expansion du communisme. Mais c’était différent car ce que nous voulions c’était que les gens appuient le parti. La vie du gars qui venait de nous laisser sa signature importait peu. L’apostolat chrétien est différent : Dieu t’encourage à t’intéresser aux autres, à la situation dans laquelle il se trouve, à ses problèmes.

Q : Quelle a été la réaction de ta famille devant ta conversion ?

Fabio Quartulli : Normale, car nous avons toujours eu beaucoup de liberté. Ma sœur aînée, celle avec laquelle j’avais milité dans les jeunesses communistes et qui plus tard avait décidé de ne pas croire en Dieu, n’a pas compris ma décision : « Alors tu ne vas pas te marier ? » m’a-t-elle dit effrayée.
Et comme la vocation est un trésor que chacun découvre et qui a besoin d’être partagé avec les autres, j’ai commencé par elle. Comme nous étions très en confiance, je lui ai tout expliqué, peu à peu. Maintenant elle est « numéraire auxiliaire » de l’Opus Dei.

Q : Devenir diacre, qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

Fabio Quartulli : C’est la première étape avant le sacerdoce. Dieu qui m’a guidé dans ma vie comme il l’a voulu, m’invite maintenant à servir ainsi l’Église. Je ressens donc un grand enthousiasme… et beaucoup de responsabilité.

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hanouka: Histoire, Us et Coutumes en Alsace

11 décembre, 2006

du site:

http://judaisme.sdv.fr/traditio/hanouka/hanouka.htm

Histoire, Us et Coutumes en Alsace 

Grand Rabbin Max Warschawski 

Hanouka, fête des lumières ou fête de la dédicace (du Temple de Jérusalem) n’est pas comme les autres fêtes, d’institution biblique. Elle date de l’époque du second Temple et commémore la victoire de Juda l’Hasmonéen (Juda Maccabée) sur les troupes syriennes d’Antiochus Epiphane. Celui-ci, maître de
la Judée, avait interdit la pratique de la religion juive, en vue d’unifier tout son royaume par une croyance et une pratique commune : celle du polythéisme grec. Un soulèvement populaire s’ensuivit, qui permit aux insurgés de reprendre Jérusalem et le Temple, profané par les troupes païennes. 

Pour rappeler cet épisode de notre histoire – triomphe du spirituel sur le matériel-, fut instituée la fête de Hanouka. Ce n’est pas une fête chômée comme les cinq fêtes mentionnées par
la Torah, durant lesquelles le travail est interdit. La seule obligation que nous ayons est d’allumer des lumières huit jours durant, la lumière étant le symbole de la spiritualité. 

Hanouka se célèbre du 25 kislev au 2 tebeth et se situe en général en décembre (le christianisme a-t-il repris la date du 25 pour en faire
la Nativité ?). 

L’allumage des lumières : 


Le Traité Shabath rapporte un débat entre diverses écoles sur la manière de procéder à l’allumage.. Selon une première opinion, on se contente d’allumer chaque soir, pendant les huit jours, une lumière par famille ! Une autre opinion demande qu’on allume une lumière pour chaque personne de la famille. 

Hanouka rappelle aussi un miracle qui a permis qu’au Temple de Jérusalem une fiole d’huile pure (non souillée par les païens d’Antiochus), qui ne contenait que de quoi alimenter le chandelier du Temple pour un jour, a pu le faire huit jours durant ! 


Aussi avait-on adopté une troisième opinion : allumer une lumière le premier soir et augmenter d’une lumière chaque soir, pour arriver le huitième soir à l’illumination de tout le chandelier; car le miracle de l’huile grandissait chaque jour. 

En Alsace, chaque homme de la famille allume sur son chandelier (
la Menora ou ‘Hanoukia) les lumières de la fête (un chandelier à huit branches, avec une neuvième, servant à l’allumage, appelée Shamash). La mitzva est d’allumer avec de l’huile (de préférence l’huile d’olive) comme au Temple de Jérusalem. 

Il existait en Alsace des ‘Hanoukioth à 2 ou 3 étages, ce qui prouve que non seulement le chef de famille mais aussi ses enfants allumaient chacun leurs lumières. Dans beaucoup de familles on se sert de bougies à la place de l’huile. L’allumage est accompagné par un chant populaire, Maoz Tsour, dont l’air s’est répandu dans de nombreuses communautés, même non ashkenazes. Ce chant rappelle les diverses époques de l’histoire d’Israël et leurs épreuves, depuis l’esclavage d’Egypte, l’exil de Babylone, la fête de Pourim, pour en arriver à Hanouka. 

La tradition du judaïsme rhénan ou ashkenaze, intercalle, les Shabath particuliers, ou lors des fêtes, des Pioutim (compositions poétiques datant pour la plupart du Moyen-Age). Le Shabath de Hanouka, un de ces Pioutim, Shené zeitim (« Les deux oliviers », allusion à un texte de Zacharie) est également très populaire en Alsace grâce à son air dont le refrain est repris en coeur par les fidèles. 

Coutumes familiales à Hanouka 

‘Hanikégeld (l’argent de ‘Hanouka)
Depuis fort longtemps, on donnait le soir de ‘Hanouka, des pièces d’argent aux enfants pour marquer la joie de la fête. De nos jours, on leur offre des cadeaux et certaines familles répartissent ces cadeaux sur tous les soirs de la fête. 

Trenderlé (la toupie de ‘Hanouka)
Ce jeu (une toupie à quatre faces), est réservé pour la fête de Hanouka. Elle porte une lettre hébraïque sur chacune des faces. 

N (noûn) pour nichts, « rien » – c’est à dire : « ne prends rien » ; 

G (guimel) pour ganz, « tout » – c’est à dire « prends le tout » ; 

H () pour halb, « la moitié » – c’est à dire : « prends la moitié » ; 

Sh (shîn) pour stellen, « placé » – c’est à dire : « ajoute à la cagnotte ». 

Les quatre lettres forment aussi les initiales de la phrase « NES GADOL HAYA SHAM« , « un grand miracle s’est produit là-bas (en Israël) ». En Israël, on a remplacé le shîn par un , « un grand miracle s’est produit PO », « ici ». 

Klopfess
Les soirs de ‘Hanouka pendant que les enfants font tourner leur toupie, les adultes jouent au Klopfess, un jeu de cartes, auquel participe la famille entière. Ce jeu, auquel s’associent même ceux qui tout au long de l’année ne touchent pas à une carte, est peut-être la survivance d’un passé lointain. Ceux qui passaient leurs soirées et même leurs nuits à l’étude, interrompaient l’étude les soirs de Noël et de
la Saint Sylvestre. La nuit de Noël était appelée Nittelnacht (du mot Natalité). Hanouka coïncidait souvent avec la fête de Noël. On craignait ce soir que certains voisins, avinés, à la suite des agapes (ou parfois excités par des sermons antisémites de la messe de Minuit) ne viennent maltraiter leurs concitoyens juifs. Il fallait donc être prêt à se défendre et pour éviter de s’endormir ou de se laisser trop passionner par l’étude, on passait la soirée à jouer. Les dangers d’attaques antisémites ont heureusement disparu ; la coutume du jeu est restée. 

Aliments de Hanouka :  

La fête de Hanouka étant liée à l’huile du Candélabre du Temple, la coutume, dans la plupart des communautés, voulait que l’on mange des aliments frits à l’huile : en particulier des beignets, ou des croquettes de pommes de terre. Cette coutume, très prisée en Israël, est inconnue en Alsace, les beignets étant réservés à Pourim (PurimKichlich). 

Dans nos régions, on mange à Hanouka du Houttzelwecke (ou Béréwecke) qui n’est pas spécifiquement un aliment juif. C’est un gâteau fabriqué avec toutes sortes de fruits séchés, d’amandes et autres graines, raisins secs et surtout de poires séchées, Houtzel

Préparatifs de Pessah
: Les Juifs en Alsace (probablement ailleurs également) gavaient des oies ou les achetaient chez les paysans, la période de Hanouka étant la saison des oies grasses ! 

On les faisait abattre chez le Sho’heth puis, dans la cuisine débarrassée de tout ‘hametz, on préparait ces oies pour le Pessa’h suivant : on faisait fondre la graisse dans laquelle on conservait les cuisses et la poitrine de l’oie. Le reste, carcasse, ailes et les graillons (les grives) était consommé à Hanouka ! Le foie était parfois réservé pour Pourim, lorsqu’on ne le vendait pas à une famille plus fortunée (dans ce cas, le prix de revient de l’oie était moins élevé). Enfin, pourquoi ne pas le consommer à Hanouka même ? 

Et maintenant bon appétit ! 

UN FEU DE
LA SAINT-JEAN
EN PLEIN HIVER ALSACIEN 

Extrait de Nos Usages religieux, Souvenirs d’enfance,
publié par le Grand Rabbin Moïse SCHUHL en 1896, aux Editions Durlacher Paris.
Présenté par Eliane Roos 

« Il y a un quart de siècle [donc vers 1860] on ne se servait que d’huile pour les lumières de Hanouka. Les maîtresses de maison, trouvant sans doute que les taches produites sur le plancher par l’huile tombant des lampes sont trop difficiles à enlever, ont obtenu que l’on n’emploie plus guère que des cierges minces  ou des bougies filées, vulgairement appelées « rats de cave ».   

  Un divertissement particulièrement cher aux enfants a disparu depuis que l’huile a été remplacée par les bougies.  Les mèches étaient renouvellées chaque soir, et celles qui avaient servi la veille étaient recueillies soigneusement par les enfants qui, le lendemain de Hanouka, les réunissaient toutes en un tas et y mettaient le feu. Les méches, encore humectées d’huile, flambaient facilement, et les petits garçons et les fillettes sautaient joyeux, à plusieurs reprises, par-dessus la flamme. » 

  Illustration : Lampe de Hanouka à deux étages, pour plusieurs personnes, typique de la région du Haut-Rhin – fer blanc fin 19ème siècle. Collection Mireille et R. Max Warschawski, Jérusalem.

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La fête de « Hanoukka » (16-23 décembre), la fête aux neuf lumières

11 décembre, 2006

du Zenith:

2006-12-10

La fête de « Hanoukka » (16-23 décembre), la fête aux neuf lumières

Introduction aux fêtes juives

ROME, Dimanche 10 décembre 2006 (ZENIT.org) –

Commémorant un miracle survenu dans le temple de Jérusalem profané, la fête de « Hanoukka » est fêtée cette année par les Juifs du 16 au 23 décembre. Une fête liée à l’histoire des frères Maccabée qui ont défendu le culte de l’unique vrai Dieu face au paganisme, au temps de la persécution d’Antiochus Epiphane. Mais quelle est son origine précise, en quoi consiste cette fête aux neuf lumières, à célébrer année « avec joie et gaîté », et qui rappelle un moment important de « l’histoire sainte » ?Le P. Michel Remaud, directeur de l’Institut chrétien d’Etudes juives et de littérature rabbinique (www.institut-etudes-juives.net) a bien voulu offrir cette présentation aux lecteurs de Zenit.La fête de Hanoukka

La fête de Hanoukka commémore la purification et la dédicace (Hanoukka en hébreu) du temple de Jérusalem et de son autel en décembre de l’an 164 avant notre ère. Elle est célébrée pendant huit jours à partir du 25 du mois de Kislev (cette année : du 16 au 23 décembre).
Les livres des Maccabées racontent comment le roi de Syrie Antiochus IV Épiphane avait interdit le culte juif, ce qui avait provoqué une révolte conduite par Judas Maccabée et ses frères, et profané le temple de Jérusalem pour le dédier à Zeus olympien. La dédicace et l’institution de la fête nous sont racontées par quatre sources : les deux livres des Maccabées, l’historien Flavius Josèphe et le Talmud.

Selon les livres des Maccabées, il avait été décidé que la fête serait célébrée chaque année « avec joie et gaîté » pendant huit jours. Le second livre des Maccabées ajoute deux précisions importantes : la durée de la fête est calquée sur celle de la dédicace du premier temple par Salomon ; cette fête de huit jours devait aussi compenser celle de Souccot, qui n’avait pas pu être célébrée deux mois plus tôt en raison de la persécution. C’est probablement ce qui explique l’insistance du livre des Maccabées sur la joie qui doit accompagner la fête de Hanoukka ; la joie, en effet, est une des caractéristiques de la fête de Souccot.

Le Talmud, quant à lui, rapporte une histoire peut-être légendaire, mais qui est le fondement du rituel propre à la fête : « Quand les idolâtres étaient entrés dans le temple, ils avaient profané toute l’huile. Il ne restait plus qu’une jarre d’huile portant le sceau du grand-prêtre (…). La quantité d’huile qui s’y trouvait n’était suffisante que pour l’allumage d’une seule journée. Un miracle se produisit : cette huile dura en fait pendant huit jours. »

Aujourd’hui, l’essentiel du rituel consiste dans l’allumage des lumières de Hanoukka, bougies ou lampes à huile. On en allume une le premier soir, deux le second et ainsi de suite jusqu’à huit. La pratique suit ainsi l’école de Hillel, alors que, selon l’école de Shammaï, l’autre grand maître contemporain du début de l’ère chrétienne, on devait en allumer huit le premier soir, sept le second et ainsi de suite jusqu’à une. La justification de cet usage, qui n’a pas été retenu par la tradition, vaut d’être signalée : le nombre des lumières devait aller en décroissant comme le nombre des sacrifices pendant la fête de Souccot, ce qui confirme que cette fête est bien inspirée de la fête des tentes.

La lampe de Hanoukka, la hanoukiyya, doit être placée dans chaque maison dans un endroit visible de l’extérieur, près d’une fenêtre, ou même à l’extérieur de la maison, si elle est protégée du vent. Depuis le Moyen-Age, l’art juif a produit une variété considérable de ces lampes. La hanoukiyya doit comporter le support de neuf lumières, la neuvième, le shamash, devant servir à allumer les autres. On ne doit pas utiliser la hanoukiyya pour s’éclairer : elle doit donner sa lumière de façon purement gratuite et non utilitaire. La fête est appelée aussi fête des lumières : peut-être moins à cause des lampes qu’en souvenir des illuminations qui éclairaient jadis Jérusalem pendant la fête des tentes (Souccot), et qui ont pu être transposées à Hanoukka.

La fête de Hanoukka ne rappelle que de façon allusive les prouesses militaires des Maccabées, sans doute à cause du souvenir ambigu que ces derniers ont laissé dans la tradition d’Israël : les frères de Judas Maccabée et leurs descendants fondèrent en effet une dynastie, celle des Asmonéens, qui fut considérée comme doublement illégitime par le parti pharisien, puisque cumulant les fonctions de grand-prêtre et la royauté — alors que ses représentants n’appartenaient pas à la lignée de David ni à celle de l’héritier légitime du souverain pontificat. En outre, les Asmonéeens firent alliance avec les Romains. C’est d’ailleurs pour arbitrer un conflit entre les derniers Asmonéens que les légions romaines, sous le commandement de Pompée, pénétrèrent en terre d’Israël, pour n’en plus repartir. Lorsque la liturgie de ce jour célèbre « les miracles qu’Il a faits pour nos pères, en ces jours et en ce temps-là », il s’agit essentiellement du miracle de l’huile qui a brûlé pendant les huit jours de la dédicace.

On trouve une allusion à la fête de Hanoukka dans l’Évangile de Jean, dont la chronologie se réfère au cycle liturgique juif : « On célébrait alors à Jérusalem la fête de la dédicace. C’était l’hiver. » (Jn 10,22). Le passage précédent prenait comme point de repère « le dernier jour de la fête » de Souccot (7,37), célébrée deux mois plus tôt, et la suite du récit commence à compter les jours en référence à la fête de la Pâque, vers laquelle tend tout le récit évangélique.

© Tous droits réservés, P. Michel Remaud

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