Archive pour le 9 décembre, 2006

Dante: « La Divine Commedie » – Le paradis

9 décembre, 2006

 Dante: « La Divine Comédie »

Je vous mis le chant XXXIII du Paradis (oui, c’est une peu longue)

CHANT TRENTE-TROISIÈME

« Vierge Mère, fille de ton Fils, humble et élevée plus qu’aucune créature, terme fixe d’un éternel conseil (1), tu es celle qui tant a ennobli l’humaine nature, que son auteur ne dédaigna point de s’en revêtir. En ton sein se ralluma l’amour, par la chaleur duquel dans l’éternelle paix ainsi a germé cette fleur. Ici, pour nous, tu es en son midi le flambeau de la charité, et en bas, parmi les mortels, tu es la vraie fontaine d’espérance. Dame, tu es si grande, et si grand est ton pouvoir, que celui qui désire la grâce et à toi ne recourt point, son désir veut voler sans ailes. Ta bonté non-seulement secourt qui demande, mais d’elle-même, souvent, elle prévient le demander. En toi miséricorde, en toi pitié, en toi magnificence, en toi se rassemble tout ce que dans les créatures il y a de bonté. Ores, celui-ci, qui du plus profond gouffre de l’univers (2) jusqu’ici, a vu les vies spirituelles (3) une à une, te supplie que, par grâce, il obtienne la force d’élever les yeux plus haut vers le dernier salut (4). Et moi qui jamais ne brûlai de voir plus que je ne brûle qu’il voie, je t’offre toutes mes prières, et te prie qu’elles ne soient pas insuffisantes, afin que, par les tiennes, tu dissipes entièrement les nuages de sa mortalité, en sorte que devant lui le suprême Bien se déploie. Je te prie encore, ô Reine qui peux ce que tu veux, qu’après une telle vue tu conserves ses affections saines. Que, sous ta garde, il vainque les mouvements humains ! Vois Béatrice, vois avec elle que de bienheureux, joignant les mains, s’unissent à mes prières.»

Les yeux aimés et vénérés de Dieu (5), fixés sur les suppliants, montrèrent combien les dévotes prières lui sont agréables. Ensuite ils se relevèrent vers l’éternelle lumière, dans laquelle on ne peut croire qu’avec tant de clarté pénètre le regard d’aucune créature (6). Et, comme je m’approchais du terme de tous les désirs ainsi que je le devais, l’ardeur du désir se calma en moi. Bernard, en souriant, me faisait signe de regarder en haut ; mais déjà, de moi-même, j’étais tel qu’il voulait; parce que ma vue, devenant pure, pénétrait de plus en plus dans la splendeur de la haute lumière qui de soi est vraie (7). Ce que je vis ensuite surpasse notre langage, impuissant à le peindre comme la mémoire à aller si loin.

Tel que celui qui, en songeant, voit, et après le songe la passion demeure imprimée, et le reste à l’esprit ne revient point ; tel suis-je, toute ma vision presque s’étant évanouie, et encore en mon cœur distille la douceur qui naquit d’elle. Ainsi la neige fond au soleil; ainsi au vent, sur les feuilles légères, se perdait l’oracle de la Sibylle. O suprême lumière qui tant t’élèves au-dessus des pensées des mortels, reprête à mon esprit un peu de ce que tu paraissais, et fais que ma langue soit assez puissante pour laisser, de ta gloire, seulement une étincelle à la gent future : car, revenant un peu en ma mémoire, et raisonnant un peu dans ces vers, plus on concevra de ta victoire (8). Si vive en moi fut l’impression du vivant rayon, que je me serais, je crois, égaré, si de lui j’avais détourné les yeux (9) ; et je me souviens qu’avec d’autant plus de courage (10) je le supportai, que je tins ma vue plus étroitement jointe à la Vertu infinie (11). O abondante Grâce, par qui j’osai tant fixer mon regard sur l’éternelle lumière, que de la vision j’atteignis le terme! Je vis que dans sa profondeur s’enfonce, relié en un volume (12) par l’amour, tout ce qui se disperse dans l’univers : substance et accident, et leurs propriétés, tous ensemble unis de telle manière, que ce que je dis est une simple lumière.

La forme universelle de ce nœud (13), je crois que je la vis, parce qu’en disant ceci je me sens plus au large dans la joie. Un seul moment m’est une plus longue léthargie (14) que vingt-cinq siècles à l’entreprise qui fit admirer à Neptune l’ombre d’Argo. Ainsi mon esprit interdit regardait fixement,  immobile et   attentif,  et toujours de  voir  brûlait davantage.

A cette lumière on devient tel, que se détourner pour voir autre chose, il est impossible qu’on y consente jamais ; parce qu’en elle est rassemblé tout le bien qui est l’objet du vouloir, et que hors d’elle est défectif ce qui est parfait en elle. Désormais mes paroles, proportionnées à mon souvenir, seront plus courtes que celles de l’enfant qui baigne encore sa langue à la mamelle. Non que plus d’une seule apparence fût dans la vive lumière que je regardais, laquelle est toujours telle qu’elle était auparavant ; mais parce qu’en moi la vue devenait plus forte, et qu’en regardant un seul objet, moi changeant, il changeait pour moi.

Dans la profonde et splendide substance de la haute lumière, m’apparurent trois cercles de trois couleurs et de même étendue ; et l’un par l’autre, comme une Iris par une Iris, paraissait réfléchi ; et le troisième paraissait un feu qui d’ici et de là également émane (13). Oh ! combien la parole est courte, et combien faible près de ma pensée ! Et celle-ci, près de ce que je vis, est telle, que « peu » ce n’est pas assez dire. O lumière éternelle, qui seule en toi reposes (14), seule te connais, et, connue de toi et te connaissant (15), t’aimes et te souris ! Ce triple cercle (16), qui paraissait se produire en toi comme un rayon réfléchi, regardé un peu par mes yeux tout autour, au-dedans de soi me parut offrir de sa propre couleur (17) notre image peinte, là où toute ma vue était plongée.

Tel que le géomètre qui tout entier s’applique à mesurer le cercle, et, pensant, ne trouve point ce principe (18) dont il a besoin ; tel étais-je à cette vue nouvelle ; je voulais voir comment l’image convient au cercle, et comment elle y a son lieu ; mais point n’auraient à cela suffi mes propres ailes, si mon esprit n’eût été frappé d’un éclair par lequel s’accomplit son désir. A la haute imagination ici manqua le pouvoir (19) ; mais déjà, comme une roue mue également (20), tournait mon désir et le velle (21) l’Amour qui meut le Soleil et les autres étoiles.

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Note:

1. Destinée de toute éternité, par un décret fixe, immuable, à être la mère du Fils de Dieu.

2. De l’Enfer.

3. Les différents états où vivent les esprits.

4. Le dernier terme du salut, ou Dieu même.

5.  Aimés et vénérés, à cause de la qualité de mère de Dieu, a laquelle Marie a été élevée.

6. D’aucune autre créature.

7.  Qui n’a d’autre source, d’autre principe qu’elle-même.

8.  « Plus on concevra combien tu vaincs, tu surpasses tout ce qu’il y a de plus grand hors de toi. »

9.  Ebloui par l’éclat du vivant rayon, il se serait égaré s’il avait tourné les yeux ailleurs, parce que, à l’opposé de la lumière matérielle, la lumière de Dieu fortifie la vue qui se fixe sur elle.

10.  D’autant plus facilement.

2.  « Que ma vue se fixa plus fortement sur cette lumière divine. »

3.  Le Poète représente métaphoriquement l’Intelligence divine qui contient les idées éternelles, les exemplaires immuables des choses, comme un livre dont le Créateur, en formant les êtres, disperse les feuilles dans l’univers.

11. La nature divine, qui produit et qui lie toutes choses.

12. Toute mémoire est éteinte pendant la léthargie ; ainsi Dante veut dire, que « des choses qu’il vit, il en oublie plus en un seul moment, qu’on n’a, pendant vingt-cinq siècles, oublié de circonstances de l’expédition des Argonautes, dont la hardiesse étonna Neptune, lorsqu’il vit se projeter sur la mer l’ombre du navire Argo qui les portait. »

13. Si Spiri ; ce verbe manque à notre langue ; il exprime ici le rapport de l’Eprit-Saint aux deux autres Personnes divines, desquelles il procède également par voie de spiration.

14.  « Qui as, en toi seule, le fondement, le principe de ton être. »

15. Dieu est à la fois, en soi-même, ce qui est connu et ce qui connaît.

16.  Dieu est, Dieu se connaît, et Dieu s’aime : ce sont les trois hypostases ou les trois Personnes de la Trinité ; la Puissance ou le Père, le Verbe ou le Fils, l’Amour ou l’Esprit.

17. De la couleur du triple cercle. L’image étant une avec la couleur qui la forme, le Poète indique par là l’union de la nature divine et de la nature humaine.

18. Le rapport du diamètre à la circonférence.

19. Dévoilé un moment, et comme par un éclair, le mystère de l’Homme-Dieu se dérobe aux yeux de Dante, impuissant à apercevoir, à contempler plus longtemps cette haute image.

20. Dont toutes les parties se meuvent d’un même mouvement.

21.  Le vouloir : c’est-à-dire que, par l’action de Dieu en lui, il ne désirait et ne voulait rien que ce que voulait Dieu lui-même. »

Dante: Le Paradis, du site:

 http://www.bu.edu/english/levine/

la Prière du Pape a la « Immaculée Conception »

9 décembre, 2006

traduction du Zenith:

O Marie, Vierge Immaculée,Cette année encore nous nous retrouvons, avec un amour filial, au pied de ta statue, pour te renouveler l’hommage de la communauté chrétienne et de la ville de Rome. Nous nous recueillons ici, en poursuivant la tradition inaugurée par les papes précédents, en ce jour solennel où la liturgie célèbre ton Immaculée Conception, mystère qui est source de joie et d’espérance pour tous les rachetés. Nous te saluons et t’invoquons avec les paroles de l’Ange : « Comblée de grâce » (Lc 1, 28), le plus beau nom, par lequel Dieu lui-même t’a appelée depuis toute éternité.

Marie, tu es « comblée de grâce », comblée de l’amour divin depuis le premier instant de ton existence, providentiellement prédestinée à être la Mère du Rédempteur, et intimement associée à Lui dans le mystère du salut. Dans ton Immaculée Conception resplendit la vocation des disciples du Christ, appelés à devenir, avec sa grâce, saints et immaculés dans l’amour (cf. Ep 1, 4). En toi brille la dignité de tout être humain, qui est toujours précieux aux yeux du Créateur. Celui qui tourne son regard vers toi, O Mère Très Sainte, ne perd pas la sérénité, quelle que soit la difficulté des épreuves de la vie. Même si l’expérience du péché, qui défigure la dignité de fils de Dieu, est triste, celui qui a recours à toi redécouvre la beauté de la vérité et de l’amour, et retrouve le chemin qui conduit à la maison du Père.

Marie, tu es « comblée de grâce », toi qui en accueillant les projets du Créateur par ton « oui », nous as ouvert la voie du salut. A ton école, apprends-nous à prononcer nous aussi notre « oui » à la volonté du Seigneur. Un « oui » qui s’unit à ton « oui » sans réserve et sans ombre, dont le Père céleste a voulu avoir besoin pour engendrer l’Homme nouveau, le Christ, unique Sauveur du monde et de l’histoire. Donne-nous le courage de dire « non » aux pièges du pouvoir, de l’argent, du plaisir ; aux gains malhonnêtes, à la corruption, à l’hypocrisie, à l’égoïsme et à la violence. « Non » au Malin, prince trompeur de ce monde. « Oui » au Christ, qui détruit la puissance du mal par la toute puissance de l’amour. Nous savons que seuls des cœurs convertis à l’Amour, qui est Dieu, peuvent construire un avenir meilleur pour tous.

Marie, tu es « comblée de grâce ».Ton nom est pour toutes les générations un gage d’espérance sûre. Oui ! Parce que, comme l’écrit le grand poète Dante, pour nous mortels Tu « es la vraie fontaine d’espérance » (Par., XXXIII, 12). Pèlerins confiants, nous venons encore une fois puiser la foi et le réconfort, la joie et l’amour, la sécurité et la paix, à cette source, la source de ton Cœur immaculé. Vierge « comblée de grâce », montre-toi comme une Mère tendre et douce pour les habitants de cette ville qui est la tienne, afin que les comportements soient animés et orientés par un authentique esprit évangélique ; montre-toi comme une Mère et une gardienne vigilante pour l’Italie et l’Europe, afin que les peuples sachent puiser une nouvelle sève pour construire leur présent et leur avenir aux antiques racines chrétiennes ; montre-toi comme une Mère prévoyante et miséricordieuse pour le monde entier, afin que, dans le respect de la dignité humaine et le rejet de toute forme de violence et d’exploitation, soient fixées des bases solides pour la civilisation de l’amour. Montre-toi comme une Mère spécialement pour ceux qui en ont le plus besoin : les sans défense, les personnes marginalisées et les exclus, les victimes d’une société qui trop souvent sacrifie l’homme au profit d’autres buts et intérêts.

Montre-toi comme une Mère pour tous, O Marie, et donne-nous le Christ, l’espérance du monde ! « Monstra Te esse Matrem, O Vierge Immaculée, comblée de grâce ! Amen !

© Copyright du texte original en italien : Libreria Editrice Vaticana
Traduction réalisée par Zenit

Le fleur rose « rose » du Pape
la Prière du Pape a la